Trolls et « journalistes » haineux : à qui profite le crime ?

Le collectif Stop Harcèlement de Rue s’est formé en février 2014. Depuis la fin du mois de mars, nous avons répondu à des critiques légitimes, mais nous avons aussi dû faire face à des attaques gratuites, des menaces, et des insultes, jusque dans nos vies privées.

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Un des mails reçus sur la boîte personnelle d’une militante par un forumeur de Fdesouche

Il y a ceux, de Fdesouche et de l’extrême droite, à qui on ne plaît pas et qui nous le font savoir violemment, parce que nous ne sommes pas racistes. On en est fières.

Il y a Causeur, qui nous accuse de ne plus vouloir des hommes au motif qu’on aimerait pouvoir, comme eux, nous promener dans la rue.

Il y a les trolls de JV.com et des militants de la Manif pour tous, qui spamment nos murs, appellent au viol, insultent nos membres, dans l’espoir de nous voir retourner à la cuisine pendant qu’ils titillent GTA V (1). Selon l’adage du « Go make me a sandwich », blague à l’humour indéniable la plus répandue sur leur forum.

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Environ 1000 messages ont été postés sur notre mur en 3 jours

Et puis, il y a ceux, notamment Yérim Sar chez Vice, qui veulent faire du buzz et ne trouvent les preuves de notre racisme que dans leur imagination, pour mieux nous faire passer tout autant pour des « bourgeoises nunuches » «insignifiantes» que pour des dangereuses féminazis «inconscientes». Ils ne doivent pas en être à une contradiction près.

Ceux-là sont les pires. Ils se prétendent antiracistes alors qu’ils caractérisent eux-mêmes les harceleurs comme des Noirs et des Arabes (2), allant à l’encontre de nos positions. Ils prétendent défendre les plus faibles alors qu’ils affirment que seules les bourgeoises parisiennes se font agresser (3), contrairement aux études sérieuses menées (4). Ils s’érigent en juges des «  vrais problèmes des femmes » (le harcèlement au travail, les agressions, les inégalités de salaire) (5). Le sempiternel « Vous comprenez, le viol c’est plus grave ! ». Mais qui sont-ils pour décider à la place des concerné-es quelles sont les luttes « dignes de ce nom » ? Et où sont-ils quand il s’agit de lutter contre le racisme, les inégalités salariales, l’exclusion sociale et les combats qu’ils estiment seuls valables ?

De là à penser que ces accusations, venant d’hommes se disant de gauche et ouverts d’esprit, ne servent qu’à remettre en question le bien-fondé d’un combat légitime pour les droits des femmes et des LGBTQI, il n’y a qu’un pas. Et nous le franchissons : ces petits journalistes veulent empêcher qu’on touche à leurs privilèges et continuer à être les seuls légitimes à occuper l’espace public. S’attaquer au harcèlement de rue, c’est combattre un bastion du sexisme ordinaire pour faire changer les mentalités en profondeur : cela les gênerait-il tant que ça ? Eux, qui se croient progressistes, rejoignent ainsi les premiers cités, de Causeur, Fdesouche et autres trolls haineux. 

Nous affirmons que si l’article de Vice cite des sources fausses ou inventées (6), c’est dans l’unique but d’être malveillant. Il soulève, certes, des problèmes que nous nous sommes posés, mais sans chercher à savoir quelles réponses nous y avons apportées. Nous le réaffirmons ici, conformément à nos principes fondateurs :

Nous combattons le sexisme et l’homophobie en défendant le droit à l’autonomie et l’avènement d’une vraie mixité.

Nous refusons que notre lutte soit instrumentalisée à des fins racistes, xénophobes et islamophobes. Nous condamnons les propos tenus visant à stigmatiser une partie de la population. Ce type de discours a pour conséquence de voiler la réalité de ce qu’est le harcèlement de rue, qui prend place constamment, quel que soit le lieu.

Nous accueillons tous ceux et toutes celles qui souhaitent s’inscrire dans l’action, quelque soit leur classe sociale, leurs revendications personnelles, leur genre, leurs origines.

Dans le collectif nous tenons des propos et avons des comportements activement inclusifs. Nous excluons les propos et comportements racistes, homophobes, sexistes, validistes, que ce soit dans la préparation, la communication, la diffusion ou la mise en œuvre de l’action, aucun propos discriminatoire ne sera porté au nom du collectif.

Toute personne qui ne se plie pas à nos principes n’y est pas admise. Qu’on se le dise !

L’auteur de l’article de Vice, Yérim Sar, et tous ceux dans sa veine, passe outre l’honnêteté intellectuelle minimale qu’exige le métier de journaliste, pour nous insulter. Ce n’est qu’un stratagème pour affaiblir une lutte pour les droits des femmes et des LGBTQI. Comparer nos revendications à des soucis de bourgeoises nunuches revient à dire « Se promener dans la rue, quel snobisme ! ».

Non, le politiquement correct ce n’est pas la lutte contre le harcèlement de rue ! Les attaques dont nous sommes victimes ne font que nous renforcer dans notre certitude : la bien pensance est du côté de ces hommes, de FdeSouche à Vice, qui ne veulent pas que les choses changent.

(1) Voir l’article référencé de Mademoizelle http://www.madmoizelle.com/jeuxvideocom-culture-misogyne-270098

(2) «Et ces relou, qui sont-ils ? Des mecs malpolis et machos, OK, mais ça ne suffit pas, sinon ce serait trop large. Des mecs qui en plus traînent dans la rue, les transports en commun, ou n’importe quel espace public. Mais qui n’ont pas l’habitude ni les moyens d’accoster des filles à l’intérieur d’un établissement classe. Des galériens. Un esprit blagueur pourrait dire : des mecs de quartier et soyons fous, des Arabes et des Noirs.»

(3) « ce machin difforme ressemble surtout à un groupuscule de bobos nunuches dont l’objectif serait de virer les indésirables de leur Paris, et pas grand-chose de plus. Leur mot d’ordre pourrait être : « on aimerait bien rentrer de boîte tranquille, loin de la racaille. »

(4) Jaspard M et l’équipe Enveff, 2001, Nommer et compter les violences envers les femmes : une première enquête nationale en France, Population et société consultable sur notre site http://www.stopharcelementderue.org/wp-content/uploads/2014/05/publi_pdf1_pop_et_soc_francais_364.pdf

(5) Si l’on réfléchit deux secondes (n’essayez pas de le faire chez vous), on s’aperçoit que le harcèlement au travail est cent fois plus vicelard et d’autant plus dur à contrer. Outre les évidentes et parfaitement injustes inégalités de salaire dont apparemment plus personne n’a rien à foutre, devoir supporter les assauts du gros con qui est de surcroît votre boss est un calvaire de tous les instants.

(6) Les citations sont tronquées ou inventées, une femme est désignée comme faisant partie du colelctif alors qu’il s’agit d’une passante, une chroniqueuse avec laquelle nous avons montré notre désaccord est citée comme membre du collectif