Comment se débarrasser du harcèlement de rue ? Intervention à la quinzaine de l’égalité Rhône Alpes

Affiche de la quinzaine

Affiche de la quinzaine

Le 6 octobre 2014, nous intervenions à Lyon pour la quinzaine de l’égalité hommes-femmes en Rhône-Alpes, dans un débat intitulé « Comment se débarrasser du sexisme ? ». Voici ce que nous proposons, pour notre part :

Je représente ici un collectif de lutte contre le harcèlement de rue qui a été créé en mars 2014 à Paris. En 8 mois nous avons réuni une trentaine de membres actifs, nous sommes suivis par plus de 13000 personnes. Et des femmes (avec des hommes) ont monté des collectifs dans 5 autres villes. Par exemple à Lyon ! Nous avons eu des dizaines d’initiatives et nous avons de nombreux contacts, du simple bar de quartier au ministère pour l’égalité femmes-hommes. Je ne dis pas ça pour nous vanter, même si on peut être fières du travail accompli ensemble. Je dis ça pour montrer que nous sommes face à un phénomène réel et qui empoisonne de nombreuses personnes. Et je dis ça parce que des énergies sont là pour mettre en oeuvre des solutions. C’est la bonne nouvelle.

Je vais définir ce qu’est le harcèlement de rue, vous dire en quoi nous avons notre place dans un débat sur la fin du sexisme. Puis je vous parlerai des solutions que nous proposons pour nous débarrasser de ce fléau.

Le harcèlement de rue, vous avez forcément une idée de ce que c’est. Les sifflements, les commentaires sexistes, les interpellations ou les insultes, voire les attouchements… Ces comportements qui touchent les femmes et les lesbiennes, gays et transexuelles, dans la rue, les bars, les transports et les espaces publics. Ils peuvent mener à des agressions sexistes ou homophobes. Ce n’est pas de l’humour, ce ne sont pas des compliments, et ce n’est certainement pas de la drague ! On ne doit pas les confondre !

La seule enquête nationale qui parle de ce phénomène montre que les personnes les plus touchées sont les plus fragiles : les jeunes femmes de moins de 25 ans, ou les femmes en situation de précarité. Evidemment, le harcèlement de rue peut avoir lieu partout et à toute heure, le sexisme ordinaire ne connaît pas de barrière géographique ou sociale (ce serait tellement plus simple).

Pourquoi le mot harcèlement ? Parce que la répétition de ces micro agressions constitue une forme de harcèlement, même si l’on ne peut pas désigner une seule personne comme responsable (sauf dans les cas, pas si rare, d’insistance). On sait où cela finit : quand le harcèlement devient une agression en terme juridique. Mais où est-ce que cela commence ? Nous pensons que les femmes sont tout à fait capables de se rendre compte quand on les aborde avec respect et dans une volonté d’échange : ça commence donc quand la personne se sent gênée, rabaissée, humiliée, insultée, importunée et ce parce qu’elle est une femme ou une personne LGBT.

Vous le voyez, le harcèlement de rue est une manifestation du sexisme ordinaire dans sa forme la plus banale et la plus intégrée. Parce que de quoi parle-t-on au fond ? D’un phénomène qui renvoie à l’idée qu’une femme serait moins légitime qu’un homme à vivre dans l’espace public. Une idée archaïque mais bien ancrée dans notre imaginaire collectif. Quand un homme insiste lourdement pour avoir une conversation avec une femme dans un bar, que dit son comportement ? Il dit, je vous désire et vous devriez être flattée et me le montrer, mon désir me donne un droit sur vous. Si un homme est reconnu par ses pairs comme « un mec un vrai » car il a ce genre de comportement, insidieusement ça l’oblige à les avoir. Dans un échange entre un homme et une femme, si la femme est tendue par crainte d’un harcèlement, tout le monde y perd.

La lutte contre le harcèlement de rue est une lutte contre le sexisme, qui soulève deux problèmes essentiels du combat pour l’égalité : l’accession à l’autonomie, dans tous les domaines de la vie, et l’éducation à la mixité (réelle). En 2014, nous voulons pouvoir être seules, partout et à tout heure, pratiquer toutes les activités, même celles soit-disant masculines et partager les espaces à égalité, dans tous les rapports sociaux, y compris de séduction. Les droits des femmes avancent, pour qu’ils soient appliqués et que cela se traduise dans les rapports sociaux, il reste un bastion : le changement profond des mentalités jusque dans les actes les plus anodins (comme se promener ou aller boire un verre).

Nous avons voulu nous y attaquer car nous avons des idées pour changer les choses. D’abord réunir des hommes et des femmes au-delà des mouvements féministes traditionnels, autour d’une question concrète et d’un projet circonstancié. Ensuite, faire émerger la question du harcèlement de rue afin qu’elle soit vu par les pouvoirs publics et la société dans son ensemble comme un problème qui doit trouver des solutions. Il s’agit d’inventer de nouvelles modalités de relations sociales qui ne soit plus fondées sur l’acceptation de la domination mais sur l’horizon d’un partage à égalité.

Pour cela nous prônons :

Une éducation dès le plus jeune âge, dans les différents espaces de la vie quotidienne. Nous sommes donc favorables au maintien des ABCD de l’égalité et pensons que des ateliers de lutte contre les comportements violents et sexistes, comme il en existe dans d’autres pays, devraient être généralisé dans les espaces éducatifs. Donc nous sommes inquiets de la baisse des subventions sur certaines associations qui ont besoin d’espace physique pour permettre aux jeunes de se rencontrer et d’apprendre à vivre ensemble.

Nous développons une démarche d’éducation populaire, à travers la campagne « zone sans relou » : nous proposons de développer dans des lieux existants (bars, festivals, compagnie de transports publics, etc) des actions concrètes et une visibilité pour vivre réellement l’expérience d’un lieu sans harcèlement de rue, sans sexisme ordinaire. Grâce à des affichages, des actions de sensibilisation, la formation des personnels par exemple.

Parallèlement, nous menons des actions de sensibilisation pour rendre visible le problème et montrer la possibilité de le combattre. Nous allons au-devant des personnes dans l’espace qu’elles occupent et donnons des conseils pour réagir, qu’elles soient harcelées ou bien témoins. Ces deux mesures permettent de travailler sur l’emporwement des femmes et de montrer aux hommes qu’un espace sans sexisme, c’est mieux pour tout le monde.

La société civile dans son ensemble doit se mobiliser car l’action collective est un excellent moteur de changement. Mais les pouvoirs publics doivent aussi prendre leur responsabilité. Outre l’éducation des plus jeunes, ils doivent mieux faire connaitre à tous les sanctions prévues. Cela permet de légitimer la réaction des victimes. Ils doivent montrer aux agresseurs les sanctions encourues. Pour, comme le disait Najat Vallaud-Belkacem, « abaisser notre seuil de tolérance ».

Je le répète l’enjeu majeur est d’inventer de nouvelles modalités de relations sociales qui ne soit plus fondée sur l’acceptation de la domination. Alors aujourd’hui, se débarrasser du sexisme, ça ne passe plus uniquement par la lutte pour des droits mais par un travail de changement des mentalités et de l’imaginaire collectif. Dis comme ça, ça paraît impossible, en réalité la méthode est juste sous notre nez, très simple et l’histoire a montré que les mentalités évoluent beaucoup beaucoup plus vite qu’on ne le pense. Et c’est tant mieux, car quand on sera débarrassé du sexisme, nous vivrons beaucoup mieux ensemble.