Quand elle-ils dénoncent le harcèlement de rue par la musique, l’art, l’écriture…

Après Projet Crocodiles et le blog de Diglee, de nombreuses créations artistiques se sont multipliées afin de dénoncer le harcèlement de rue. A travers la musique, l’illustration, l’écriture, des artistes engagé-e-s dénoncent, sensibilisent, témoignent auprès d’un large public et contribuent à débanaliser ce phénomène bien trop massif. Voici une sélection de leurs créations !

Norma et son titre « Girl in the city »

Norma, compositrice et chanteuse d’origine toulousaine, témoigne de ce qu’est être une fille en ville à travers un extrait de son premier EP « Badlands ». Un rythme brut, une voix franche, un ton dénotant la lassitude et le sarcasme, avec son titre « Girl in the city », Norma dénonce le peu de place que certains hommes accordent aux femmes dans l’espace public et la peur d’y marcher seule qui en découle (« Etre une fille en ville, demande à n’importe quelle fille, on ne peut jamais marcher seule »). Norma accuse avec talent, audace et ça fait du bien !

Les Coquettes et leur titre « Hey Mademoiselle »

En mai 2017 chantaient Les Coqettes, en version acoustique dans les studios de Madmoizelle, « Hey mademoiselle ». Sur un rythme swing entrainant, Lola, Marie et Juliette illustrent avec humour et pédagogie le harcèlement de rue tout en répondant avec ironie aux harceleurs (« Hé beau gosse, on se marie on fait des gosses ? ») ou pas (« Hé crevard, t’en as pas marre, je comprends pourquoi t’es célibataire ! »). Un trio de chanteuses talentueuses, fun, engagées, on adore !

Blog Goujat Mode d’Emploi

Goujat Mode d’emploi est un blog né d’une collaboration réussie entre Julie Clavier, réalisatrice de documentaires et l’illustratrice Claire Gosnon. A travers une vingtaine de strips, elles lèvent les consciences sur la définition et le comportement type du-de la harceleur-se et le combat et les punchlines que les victimes doivent trouver pour s’en dépêtrer. Issus de témoignages, ce blog dénonce tout en apprenant aux jeunes générations les attitudes qui font d’eux des prédateurs-rices.

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4 Sans Team et leur titre « Question de Principe »

Extrait de leur EP Wara, « Question de Principe » illustre le quotidien d’une jeune fille et les conséquences psycho traumatiques suite à une agression sexuelle qu’elle a subi dans la rue. Via des paroles frappantes sur fond de musique mélancolique, le jeune groupe de rappeurs Rennais met en lumière différentes facettes du harcèlement de rue et de la culture du viol (« C’est de sa faute, une jupe trop courte a-t-elle entendu »), le traumatisme post agression (« L’impression que son corps pourrait se vendre aux puces »), l’entrave à la liberté de déplacement (« Vivre cachée, ne serait-ce pas plus mal ? »), les conséquences psychologiques qui s’ensuivent (boulimie, dépression, idées noires…) et l’indifférence de la société (« Tout le monde s’en fout quand elle se fâne, elle s’arrête de manger, elle s’affame »). Le tout accompagné d’un script et de scènes réalistes (par Thomas Cazottes) et d’un premier rôle tenu par une actrice talentueuse.

 

Babette et le Malotru par Corinne

Corinne, une jeune artiste belge, sensibilisée au harcèlement de rue par le blog de Diglee et le Projet Crocodiles, a rédigé un poème réaliste, cru, dépictant parfaitement le harcèlement de rue et encourageant les victimes et témoins à répliquer. En dénonçant certains clichés, notamment véhiculée par la télévision (la femme est un objet sexuel, elle se laisse séduire si l’homme est riche…), elle retranscrit avec brio, humour, sarcasme une scène de harcèlement et on adhère !

Babette et le malotru
Babette se promène dans la rue
Quand elle est sifflée par un inconnu
C’est qu’elle a de très jolis attributs
Ses seins ne passent pas inaperçus.
Elle se plante face au malotru,
Mains sur les hanches, pour être bien vue
Et hèle ainsi l’horrible individu :
« Penses-tu que je puisse apprécier
De me faire impoliment aborder ? »
L’homme si fièrement interpellé
Ne trouve vraiment rien à répliquer.
Il se contente donc de l’insulter
Et ne lui épargne aucun des clichés
Que nous pouvons entendre à la télé.
Alors qu’il fait mine de s’esquiver,
Babette s’entête à le haranguer :
« C’est tout ce que tu peux me proposer ?
Mais il y aurait de quoi disserter !
Accorde-moi le temps de t’exposer
Ce que tu aurais pu me balancer.
Tiens donc, comme la tirade des nez. »

L’autre roule alors des yeux effarés.
Autour, une foule s’est rassemblée.
Parce qu’il ne peut pas se défiler,
Le voilà obligé de l’écouter.
 « Tirade que devant un abribus,
J’ai improvisée face à un minus. »
Hilare, l’assistance fait chorus.
Contre le dragueur, c’est le consensus.
Encerclé, il endure le laïus.
« Au moins, je parle mieux qu’un prospectus,
Je sais ce que croient les olibrius
Qui ne raisonnent qu’avec leur phallus, »
Lance Babette en introduction.
Elle entame sa démonstration.
« Avec un peu d’imagination,
Voici le genre de munitions,
Dont, pour attirer mon attention,
Tu aurais pu me faire mention.
Adoptons l’exacte élocution. »
Prenant une grande inspiration :
« Paysan : Si j’étais aussi coincée
J’irai dans les champs me faire sauter. 
A la mode : Retire ta culotte
Pour que je vienne y mettre ma menotte.
Amical : Tu as un chien en profil
Forcément, toi tu dois être zoophile.
Alpin : Écarte donc tes jolies cuisses
Afin que, sans lambiner, je m’y glisse.
Animalier : À quoi sert ta minette
Si tu exclus de faire la levrette ?
Fat : Je maîtrise le cunnilingus
Aussi bien que les langues de l’Hindus.
Débrouillard : En contournant le problème,
Inutile de te dire je t’aime.
Radin : Pourquoi t’inviter à dîner
Alors que c’est seulement pour coucher ?
Vexé : Comment ça, tu me trouves lourd ?
Mes blagues salaces sont sans humour ?
Tactique : Arrête de polémiquer,
Moi, ce que je voulais, c’est forniquer.
Bancaire : Accepte mon rentre-dedans
Crois-moi, tu en auras pour ton argent.
Affirmatif : Fais pas ta mijaurée
C’est sûr, t’aimes te faire peloter. »

Babette est aussitôt félicitée
Pour son aplomb et son agilité.
Mais cette dernière veut ajouter :
« Voilà, c’est ce qu’on se prend dans la tête
À chaque fois qu’on vire un trouble-fête.
Si on n’est pas du tout dans notre assiette,
Si on veut pas tailler une bavette,
Apprenez donc l’art de la pirouette,
Ou bien celui de nous compter fleurette
Avant de vous prendre une balayette.
Vous aurez ainsi l’air beaucoup moins bête. »

Les spectateurs ne peuvent qu’approuver,
Le harceleur, quant à lui, s’est échappé
Malheureux de s’être fait recadrer.

Les flâneuses par Ati

Inspirée des œuvres de Marianne Breslauer, Ruth Orkin ou encore Virginia Woolf, Ati illustre et pose les mots de manière poétique mais réprobateur en s’adressant directement aux prédateurs. Au nom de toutes les victimes de harcèlement de rue, elle réclame la liberté de déplacement, dénonce le non respect du consentement et décrit les stratèges que les femmes doivent adopter pour éviter de se faire harceler.

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Vous souhaitez vous aussi dénoncer le harcèlement de rue à travers vos créations ? Faites-nous part de vos œuvres via notre page facebook ou stopharcelementderue@gmail.com.

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5 août 2017