TRIBUNE DE SOUTIEN À L’ASSOCIATION LALLAB

Nous, féministes, militant·e·s, chercheur·se·s, journalistes, artistes, citoyen·nes, universitaires et entrepreneur·se·s, apportons notre soutien à Lallab. Le succès de cette jeune association féministe et antiraciste lui vaut de devoir répondre à nouveau à une campagne de désinformation, et à ses militantes de subir un épuisant cyberharcèlement nourri d’islamophobie et de sexisme. Cet acharnement doit cesser.

Lallab entend lutter contre les préjugés sur les femmes musulmanes. Sa mission est claire : produire un environnement, des ressources et des outils favorisant la liberté, pour que chaque femme musulmane puisse définir son identité et son parcours de vie. Lallab est une association areligieuse, aconfessionnelle  et apartisane dont le rêve est qu’aucune femme ne soient plus jugée, discriminée ou violentée en raison de son genre, de son physique, de son orientation sexuelle, de ses origines ou encore de ses convictions religieuses. 

 
Ces objectifs sont affirmés dans les statuts de l’association déposés en préfecture (lien1), sur son site internet et dans tous ses outils de communication. On peut par exemple lire ceci sur cette page de leur site (lien2) : « Les femmes musulmanes sont réduites à un silence paradoxal. On ne cesse de parler d’elles mais sans jamais leur donner la parole. […] Les musulmanes sont représentées comme un bloc homogène avec une histoire unique. Écrire soi-même son histoire est un moyen de se la réapproprier et de déconstruire les mythes qui y sont attachés. […]  Notre combat va au-delà des droits des femmes musulmanes ! Nous souhaitons que chaque personne puisse être non pas ce que l’on souhaite qu’elle soit, mais bien ce qu’elle veut être. »
 
Afin de concrétiser cet objectif, Lallab a développé des outils militants : réalisation d’une série documentaire «Women Sense Tour – in Muslim Countries», organisation de projections-débats, édition d’un magazine en ligne, réalisation de portraits mettant en valeur la diversité des vies et des parcours de femmes musulmanes, animation d’un réseau de bénévoles, d’ateliers de sensibilisation et de rencontres culturelles, notamment un festival féministe qui a réuni plus de 500 personnes à la Bellevilloise en mai 2017. En un peu plus d’un an, le travail de Lallab a été salué par de nombreuses instances. La Fondation de France a récompensé sa cofondatrice, Sarah Zouak, dans le cadre de son Prix Déclic Jeune pour sa série documentaire. Cette dernière a aussi reçu le premier prix de Coexister « Femme française émergente 2016 » ou le premier prix militante associative du Gala de la femme africaine. L’énergie de l’association lui a valu de nombreux reportages et articles dans la presse : Le Monde, Télérama, TV5 Monde, Cheek, ELLE, Grazia… (Dossier de presse : lien3)
 
Un tel bilan devrait apporter au moins du respect pour le travail effectué et les objectifs visés. Mais l’accomplissement de Lallab vient de lui valoir une nouvelle campagne de désinformation et de cyberharcèlement misogyne et islamophobe, la troisième en huit mois. Le déclencheur a été cette fois-ci l’annonce que l’association se dotait à la rentrée d’une équipe de deux salariées et de trois volontaires du service civique. L’agence d’État concernée a été noyée sur les réseaux sociaux de messages occultant la réalité du travail de Lallab véhiculant approximations, procès d’intention et mensonges à son sujet.
 
Cette campagne virulente n’a pas uniquement visé l’association. Ses militantes ont été personnellement victimes d’un attirail de cyberviolences : surveillance sur les réseaux sociaux, recherche et diffusion en ligne d’informations privées, menaces de viol, de meurtre, insultes, raids de cyberharceleur·se·s. Ces méthodes, nourries par le sentiment d’impunité de ceux qui s’y adonnent, résultent en une culpabilisation des victimes,  une silenciation des concerné·e·s, et, plus préoccupant encore, entraîne une banalisation d’attitudes et de propos islamophobes.
 
La cyberviolence a porté en partie ses fruits. Sans en discuter d’abord avec l’association, l’Agence du service civique a annoncé le retrait des annonces pour les trois candidatures, avant de rétropédaler, face à une réaction massive de soutien à Lallab sur les réseaux sociaux. Selon l’agence, ce retrait n’était motivé que par des problèmes techniques.
 
Cela doit cesser. En plus de menacer la structure de l’association et ses activités militantes, l’impact physique et psychique de ces violences sur les bénévoles est massif. Nous ne pouvons rester silencieux·ses face à un tel acharnement. Se taire serait se rendre complices. C’est la raison pour laquelle, après avoir manifesté individuellement notre soutien à Lallab, nous nous rassemblons pour co-signer cette tribune et montrer notre détermination à défendre l’association, ses membres et ses valeurs, contre les responsables des raids virtuels dirigés contre elles.
 
À l’origine des trois campagnes dirigées contre Lallab, on trouve des membres de l’extrême droite et de groupes identitaires, mais aussi des personnes prétendant défendre une vision « intransigeante » de la laïcité et de l’universalisme républicain. En plus de reposer sur une compréhension erronée de la loi de 1905. Cette supposée intransigeance est en réalité une intolérance, voire une paranoïa, qui ne s’exerce qu’à l’égard d’une seule religion : l’islam. Cette vision les rend complices de l’extrême droite, les amène à hurler avec elle, et à défendre une vision raciste et sexiste de la société.
 
À cet égard, nous dénonçons la responsabilité particulière du Printemps républicain, ou encore du site Ikhwan. Supposément de gauche, féministe, universaliste et laïque, ce mouvement s’en prend ici à une association qui rassemble des femmes directement concernées par la misogynie et le racisme, et qui s’auto-organisent pour lutter contre. Ces structures passent par l’approximation et la manipulation pour défendre un universalisme abstrait et une République qui dissimule mal ses inégalités.
 
Lallab s’inscrit dans une démarche bienveillante et inclusive. Nous refusons que ses militantes et tant d’autres avec elles, soient constamment scrutées, agressées, acculées et menacées. Nous exigeons que les responsables de ces campagnes rendent des comptes sur les mensonges et les agressions dont ils et elles sont directement ou indirectement responsables. Et, par-dessus tout, nous nous inquiétons de la façon dont les institutions étatiques s’engouffrent systématiquement dans les brèches ouvertes par ces campagnes calomnieuses, compromettant le travail essentiel mené par Lallab contre l’islamophobie qui s’exerce, en France, avec une virulence préoccupante, contre les femmes musulmanes.
 
 SIGNATAIRES

— Leïla Al Awf, auteure — Alice Barbe, entrepreneuse sociale, directrice Singa France — Lauren Bastide, journaliste et productrice de podcast — Nargesse Bibimoune, auteure, militante antiraciste et féministe — Anaïs Bourdet, graphiste et créatrice de Paye Ta Shnek — Valérie Rey, blogueuse Crêpe Georgette — Rokhaya Diallo, écrivaine et journaliste — Amandine Gay, universitaire et réalisatrice — Camille Gelpii, journaliste — Leïla H., militante féministe et créatrice de Check Tes Privilèges — Hanane Karimi, sociologue et féministe antiraciste — Diariatou Kebe, auteure et militante afroféministe — Johanna Luyssen, journaliste et cheffe du service web à Libération — Maeril, illustratrice et directrice artistique — Jérôme Martin, activiste LGBTQI, professeur, ex-Act-Up Paris — Océanerosemarie, auteure, comédienne, réalisatrice — Julie Pascoët, activiste, chargée de plaidoyer à l’European Network Against Racism — Ndella Paye, militante afroféministe et antiraciste — Le collectif Des Raciné.e.s — Le collectif Féministes Contre le Cyberharcèlement — L’association Les Dégommeuses — L’équipe du magazine Simonæ — L’association Stop Harcèlement de Rue — Les collectifs féministes Paye ta Blouse, Paye ton IVG, Paye ton Journal, Paye ton Couple, Paye ta Race, Paye ta Soirée, Paye ta Truelle — Rebecca Amsellem, cofondatrice des Glorieuses — collectif Team Bagarre — Judith Aquien, cofondatrice de Thot — Emilie Tôn, journaliste — Jehan Lazrak-toub, cofondatrice de W(e)Talk — l’association KÂLÎ

24 août 2017