Pourquoi est-ce que vous pensez que c’est un problème prioritaire ?

Parce que le harcèlement de rue est un phénomène massif et qu’il s’inscrit dans un contexte plus global de réduction des droits des femmes. De nombreuses enquêtes ont été lancées afin de le mettre en lumière :

  • enquête « Enveff » réalisée en 2000 auprès de près de 7 000 femmes de 20 à 59 ans : ce sont environ 2,5 millions de personnes qui sont victimes chaque année de harcèlement sexuel dans l’espace public en France.
  • enquête Madmoizelle réalisée en mars 2013 auprès de 5256 femmes, hommes et transexuel-le-s : 9/10 femmes ont déjà subi du harcèlement de rue dans l’espace public
  • Etude par le Haut Conseil à l’Egalité entres les femmes et les hommes réalisée en 2015, 100% des femmes ont subi du harcèlement au moins une fois dans leur vie dans les transports publics, dans plus de 50% des cas, la 1ère agression intervient avant 18 ans.
  • enquête par l’Agence des Droits Fondamentaux de l’UE réalisée en 2013 auprès de plus de 93 000 personnes LGBT, près de la moitié des répondants (47 %) déclarent avoir été victimes de discrimination ou de harcèlement fondés sur l’orientation sexuelle au cours de l’année

Ça vaut la peine qu’on s’en occupe, non ?

D’autant plus que les victimes les plus touchées par ces violences, allant de l’insulte aux agressions physiques, sont les jeunes personnes qui construisent leur personnalité et celles qui sont les plus vulnérables socialement : non diplômées, au chômage et vivant seule. La précarité offre un terrain particulièrement favorable au harcèlement.

C’est aussi un sujet prioritaire car nous pouvons agir dessus et faire changer les choses très concrètement ! Le harcèlement de rue c’est avant tout une question d’éducation et de sensibilisation. En refusant collectivement de le tolérer, en travaillant avec les pouvoirs publics et les gérants d’établissements ou d’événements accueillant du public (bars, festivals) on peut refaire de l’espace public un espace qui appartient à toutes et à tous, un espace de liberté et de tolérance.

Enfin et surtout, c’est un sujet prioritaire car ce que l’on qualifie à tort de sujet « banal », « pas si grave », « inévitable », impose quotidiennement une inégalité basée essentiellement sur le genre. Chaque jour, des millions de personnes sont renvoyées à un statut sexualisé par autant de personnes qui affirment ainsi un statut de domination et d’impunité. Par son caractère diffus et accepté, ce phénomène installe et consolide une discrimination qui en alimente d’autres.

Le harcèlement sexuel dans la rue est la démonstration du sexisme dans sa forme la plus ordinaire et la plus acceptée. Il est un exemple du non-respect des femmes au quotidien. Parce qu’il est subi par la plupart des femmes mais toléré même par certaines femmes, nous pensons qu’il est un problème grave et urgent !

Le harcèlement de rue aborde les notions de respect, de sécurité et de parité, et ceci de manière concrète et visible par tous. Il permet de parler de l’éducation à la mixité. Nous estimons que ce sont des sujets sérieux, c’est pourquoi ce projet nous tient à cœur et nous semble important.

13 mai 2014