Je suis témoin, que faire ?

L’association de lutte contre le harcèlement de rue Hollaback! a créé une méthode mnémotechnique afin d’encourager les témoins à réagir, les 5D :

DIRECT

Vous pouvez répondre et confronter directement la personne qui harcèle. Cette tactique peut être risquée : le-a harceleur-se peut se retourner contre vous et empirer la situation. Avant de l’appliquer, posez-vous ces questions :

  • Suis-je physiquement en sécurité ?
  • La personne harcelée est-elle physiquement en sécurité ?
  • Est-il possible que la situation dégénère ?

 Si la réponse est négative, vous opterez pour la méthode Direct. Voici quelques phrases que vous pouvez utiliser :

  • « C’est irrespectueux »
  • « Laissez-le/la tranquille ! »
  • « C’est du harcèlement, vous n’avez pas le droit »
  • Vous pouvez également interpeler directement la victime « Est-ce que cette personne vous importune ? ».

Biais de conformité

Il est démontré que lors d’une scène de harcèlement ou d’agression, les témoins n’osent pas agir par peur de répercutions ou par déni. Chacun-e a tendance à se conformer au comportement de la masse et il devient difficile d’agir différemment du groupe. Si il-elle ne fait rien, je ne fais rien.


Lorsqu’on se trouve devant une pareille situation dans un lieu public, et que l’on a connaissance de cet effet, on est mieux armé-e pour avoir ce petit déclic mental et se dire: il faut que je fasse le premier pas, non ? En intervenant, vous ouvrez la porte à celles et ceux qui n’osaient pas forcément. Vous pouvez d’ailleurs accélérer le processus en mobilisant les passant-e-s autour de vous « Réagissez, ne les laissons pas faire ! » afin de provoquer une effet de masse et dissuadez le-a harceleur-se.

DISTRACT

La distraction est une méthode permettant de faire dérailler la scène de harcèlement en l’interrompant. L’idée est d’ignorer la personne qui harcèle et de lui parler directement. Ne lui parlez pas de la situation mais de quelque chose de complètement différent :

  • Prétendez être perdu-e, demandez l’heure, faites semblant de la connaître… tout en prêtant toujours attention à la réaction de la personne qui harcèle.
  • Continuez ce que vous étiez entrain de faire mais placez-vous entre la personne qui harcèle et la personne ciblée.
  • Provoquez accidentellement une agitation : renversez du café, signalez un événement bénin non loin.

La personne qui est harcelée comprendra certainement vos intentions et entrera dans votre jeu et la personne qui harcèle aura des chances d’être prise au dépourvue.

DELAY

Même si vous n’agissez pas sur le moment, vous pouvez faire une différence pour la victime de harcèlement en vous assurant qu’il-elle va bien après les faits. Beaucoup de harcèlements se passent rapidement, dans quel cas vous ne pouvez pas agir sur le moment. Vous pouvez tout de même parler à la personne qui a été ciblée :

  • Demandez-lui si elle-il va bien, dites-lui que vous êtes désolé-e de ce qui lui est arrivée.
  • Demandez-lui s’il y a quelquechose que vous pouvez faire pour l’aider.
  • Proposez-lui de la-le raccompagner à sa destination (sans entrer dans un processus de séduction, la victime n’est certainement pas réceptive après les faits !)
  • Proposez à la personne de l’aider à rapporter les faits à la police si il-elle le souhaite.
  • Si vous avez filmé la scène, demandez-lui si elle-il souhaite l’utiliser.
DOCUMENT

Il peut être opportun de filmer la situation afin de récolter des preuves et aider la victime dans sa démarche de signalement ou de plainte. Avant de filmer :

  • Evaluez la situation : quelqu’un aide-t-il la personne victime ? Si oui, utilisez les autres méthodes D. Suis-je physiquement en sécurité ? Si oui, vous pouvez filmer.
  • Assurez-vous de garder une distance sécurisée.
  • Filmez la signalisation ou la plaque d’immatriculation.
  • Déclarez clairement la date et le lieu du harcèlement.

Demandez TOUJOURS à la personne victime ce qu’elle souhaite faire de la vidéo, ne la postez jamais en ligne ou ne l’utilisez pas sans sa permission. Etre harcelé-e est une expérience humiliante, traumatisante. Utiliser une image d’une victime sans son consentement peut être aggravant. Si la vidéo est vue par un large public, cela peut générer une victimisation plus importante ou un niveau de visibilité que la victime ne souhaite pas forcément et ne fera pas de vous un bon témoin.

Note de sécurité : nous ne vous encourageons pas à adopter un comportement risqué ni pour vous, ni pour la victime. Pensez toujours à la sécurité et considérez avant tous les premières possibilités que vous avez pour vous venir en aide à la victime via les autres D. En cas d’agression, appelez immédiatement le 17 ou le 112 et signalez l’identité de la personne qui harcèle (lieu, vêtements, plaque d’immatriculation…).

Souvenez-vous : tout le monde peut agir ! Les recherches montrent que même montrer un soutien à la victime peut être moins traumatisant pour lui-elle. Montrez-lui qu’elle-il n’est pas seul-e et que vous ne cautionnez pas le-a harceleur-se. C’est déjà un grand pas !

Sources :

https://www.ihollaback.org/resources/bystander-resources/

http://www.stopstreetharassment.org/strategies/bystander-responses/