Pas de question sans réponse

Quelques réponses aux questions les plus fréquentes…

1. Quelle différence entre drague et harcèlement ?

Alors comment on fait pour draguer dans un bar ou dans la rue ?

Il y a un bon millier de façons de séduire ou de complimenter une personne sincèrement et sans passer pour un-e tordu-e ! Voici quelques idées d’approche : essayer d’entamer une conversation sur autre chose que le physique de celle/celui que vous convoitez. Montre un intérêt sur ce que la personne est en train de faire, les livres ou autres objets que la personne pourrait porter avec elle ou sur un évènement particulier qui serait en train de se produire…

Il faut garder à l’esprit qu’une personne seule dehors la nuit tombée et/ou dans un endroit désert ou un quartier inconnu réagira probablement mal à un quelconque compliment car elle se trouve déjà dans une position inconfortable et peut croire que sa sécurité est menacée. Il est donc judicieux de ne pas l’approcher du tout et même s’éloigner d’elle pour lui signifier que l’on a compris sa situation.

Dans tous les cas, si la personne abordée montre des signes de gêne ou de malaise, il est plus sage de s’excuser poliment pour ne pas causer davantage d’embarras.

Alors pour vous il faut avoir fait BAC+5 pour draguer ?

Non, savoir séduire est à la portée de tout le monde et heureusement. En revanche il faut savoir le faire avec un minimum de subtilité et de bienveillance et, comme tout comportement social, ça peut s’apprendre… Le dragueur maladroit n’est pas un harceleur, sa maladresse est d’ailleurs généralement bien tolérée.

Pour faire la différence entre séduction et harcèlement, il suffit de se demander si on aimerait soi-même sincèrement recevoir les mêmes mots ou les mêmes signaux d’une autre personne… On peut regarder pour cela le film Majorité opprimée d’Eléonore Pourriat qui permet aux hommes de comprendre ce que représente le harcèlement de rue pour les femmes. Si certains commentaires vous choquent, imaginez ce que c’est de les recevoir.

Comment un homme peut-il savoir qu’il drague et ne harcèle pas ?

Tout simplement en considérant la réceptivité de la personne avec qui il souhaite nouer une relation de séduction réciproque ! La drague respecte le consentement ou l’absence de consentement de l’autre. Elle est polie et tient compte des réactions de la personne en face. Le harcèlement ne prend pas en compte ces interactions. C’est le résultat de la volonté d’un seul individu dont le but n’est pas de nouer une relation mais d’intimider une autre personne. Il met à défaut le confort de la personne prise pour cible et l’entrave dans son sentiment de sécurité.

Concrètement, dire bonjour à une femme et tenter une approche polie et courtoise, en l’invitant par exemple à prendre un café ou un verre et en l’informant qu’on la trouve jolie, n’est pas un comportement de harceleur tant que cette attitude se cantonne à une proposition.

Soit cette proposition débouche sur un dialogue et alors un rapport de séduction peut se construire à deux, soit cette proposition est repoussée (formellement, par un silence ou un refus de dialogue) et alors la drague doit s’arrêter là. Chercher à dépasser le refus manifeste d’une personne, ou le minimiser comme s’il s’agissait d’un jeu, c’est entrer dans le harcèlement.

Les propositions et actions constitutives du harcèlement sont non désirées et non réciproques. Elles privent les cibles de leur capacité de choisir par qui elles veulent être touchées et qui elles veulent laisser entrer dans leur intimité. C’est une interaction forcée.

Autrement dit :

  • pour faire une rencontre, il faut être deux ;
  • sans consentement des deux personnes, il n’y a pas de drague possible ;
  • l’absence de consentement (ignorer la proposition) ou le refus explicite (décliner la proposition) doit mettre un terme à l’approche et ne constitue en aucun cas une justification à des insultes ou des propos sexistes.

Les salutations, compliments, sentiments, sourires neutres et sans connotation sexuelle sont possibles et ne rentrent pas dans le cadre du harcèlement de rue.

Est-ce que vous militez contre la drague ?

Non, nous ne sommes pas contre la drague lorsque celle-ci est respectueuse. Draguer n’est pas un délit et c’est d’ailleurs le plus souvent flatteur. Il n’y a pas de mal à trouver une personne séduisante et à le lui faire savoir, mais uniquement si c’est fait avec respect et bienveillance.

Le harcèlement ça commence où exactement ?

Il y a une bonne part d’appréciation au cas par cas, mais en gros trois critères caractérisent le harcèlement.

Le fait d’interpeller une personne (même une seule fois) en lui tenant des propos ou en exprimant une attitude sexiste, humiliante, insultante ou généralement à caractère sexuel.

Oui une seule fois ça suffit lorsque les propos ou l’attitude sont inacceptables par leur nature même. Et puis malheureusement, quand le harceleur dit ça une fois il n’est pas forcément le premier, ni le dernier de la journée… Alors oui, dans ce cas une fois c’est déjà trop !

Le fait d’aborder une personne (quelle que soit l’intention), sans tenir compte des réactions de celle-ci et de son refus de réciprocité, que celui-ci soit exprimé verbalement ou simplement par un refus de dialogue.

Lorsque l’on a abordé une personne et que celle-ci n’est manifestement pas intéressée à entamer un échange, il convient de respecter sa décision. En insistant on entre dans le domaine du harcèlement. Pas de dialogue = pas de consentement = fin de la tentative, c’est plutôt simple en fait.

Le fait de suivre une personne à qui on impose une présence non souhaitée et/ou un itinéraire forcé en l’obligeant à faire face à la menace implicite que ça représente.

Une telle attitude crée un environnement hostile et angoissant pour la personne qui en est victime.

Oui mais c’est aux hommes de faire le premier pas, forcément il faut bien aborder les femmes !

L’homme qui doit faire le premier pas c’est un peu beaucoup « cliché »… L’homme peut également être objet de désir et la femme peut apprendre à se risquer à être rejetée. Quoi qu’il en soit, toute personne (homme ou femme) peut faire le premier pas sans tomber dans le harcèlement…

Faire le premier pas c’est ouvrir un dialogue (en évitant de se contenter d’une réflexion sur le physique ou la tenue de la personne), parfois simplement par un regard (à condition que ce ne soit pas un regard déshabilleur et pervers…). Mais attention, le premier pas doit rester le seul si l’on constate que la personne n’est pas intéressée !

Si je dis à une femme qu’elle est belle c’est du harcèlement ?

Non, complimenter ce n’est pas harceler et heureusement ! Un compliment ne fait jamais de mal. Mais complimenter ce n’est pas « commenter »… Autrement dit évoquer le charme et la beauté d’une personne par une remarque un peu subtile : oui, avec plaisir, mais se contenter d’évoquer basiquement le physique d’une personne : non, c’est un commentaire physique et pas un compliment !

Vous devriez vous sentir flattéEs, après tout ça reste avant tout des compliments !

Pourquoi les filles ne se sentent pas flattées quand on leur fait des compliments ou qu’on les aborde ? Le harcèlement dans la rue, qu’il soit ou non accompagné de propos sexuels ou sexistes, a toujours une même source : le pouvoir.

Le harcèlement met à défaut le confort de la personne prise pour cible et entrave son sentiment de sécurité. Les victimes se considèrent souvent intimidées, malmenées et moquées, atteintes dans leur dignité. Si la cible réagit, elle est potentiellement sujette à des insultes, menaces et à de l’agressivité verbale voire physique, c’est alors un sentiment de danger qui est vécu par la victime.

Et même un pseudo « compliment » peut être malvenu, surtout quand il a trait au physique des personnes ou à leurs choix vestimentaires. Une personne ne se résume pas à ces quelques aspects, et être renvoyéE constamment à ceux-ci sous prétexte de leur visibilité c’est aussi une forme d’enfermement.

« Complimenter » un physique ou une tenue c’est aussi envoyer indirectement un message clair à la personne : « si tu ne veux pas que ça t’arrive, dissimule-toi ou fais d’autres choix… ». Répété à longueur de journée, ce message est une entrave réelle à la liberté de choix, d’expression et de déplacement des personnes qui en sont victimes. Le fait que ce message repose parfois sur de bonnes intentions n’en provoque pas moins un effet négatif bien réel : obliger les personnes à subir ce message ou à s’y conformer.

2. Quelles sont les causes du harcèlement ?

C’est du harcèlement quand ça vous arrange, si le mec est mignon personne ne dit rien…

Certaines femmes aiment ou tolèrent les sifflements et les commentaires sur leur apparence. Mais ce n’est certainement pas le cas pour les 80 % des 811 femmes interrogées internationalement par Holly Kearl qui disent surveiller constamment leurs alentours. Les 50 % qui doivent traverser la rue et modifier leur itinéraire pour rejoindre leur destination. Les 45 % qui évitent de se déplacer seules. Les 26 % qui doivent mentir et dire qu’elles vont rejoindre quelqu’un. Les 19 % qui ont dû déménager et les 9 % qui ont dû changer de travail pour éviter le harcèlement dans la rue. Comme tout le monde, la préoccupation première de ces femmes tenait à leur sécurité et non à savoir si les individus qui les abordaient ressemblaient à Jude Law/Brad Pitt.

Il ne faut pas que certaines femmes s’étonnent d’être harcelées dans la rue vu comment elles s’habillent ou se maquillent…

Non ! Le harcèlement n’est jamais provoqué, il est uniquement subi !

Chacun-e a le droit de s’habiller et de s’exprimer par son image comme il ou elle l’entend. La société a des lois pour définir ce qui est acceptable dans l’espace public et ce qui ne l’est pas, mais ce n’est certainement pas une affaire d’opinion personnelle.

Et ce n’est pas non plus une invitation ! Il serait faux de dire que personne ne s’habille jamais pour impressionner quelqu’un. Mais beaucoup d’entre nous choisissent simplement leur garde-robe sur des critères culturels, professionnels, météorologiques, religieux, de confort, de couleur. Quand bien même une personne s’habille pour séduire, attirer l’attention, est-ce pour autant qu’elle mérite l’irrespect ? Certainement pas.

Le soi-disant harcèlement c’est surtout les belles filles qui le cherchent bien…

Nous ne prétendons pas que toutes les personnes qui sont sifflées ou reçoivent des commentaires sur leur physique dans la rue de la part d’inconnus détestent absolument ça et se sentent déshumanisées ou bouleversées.

Mais si nous aimions toutes et tous avoir ce type d’interactions dans la rue, ce collectif n’aura pas été créé. Les pages Facebook n’aurait pas vu le jour. Le hashtag #safedanslarue n’aurait pas été autant repris…

Personne n’aime secrètement recevoir des commentaires raciaux, homophobes, sur son âge, sa position sociale, sa religion, etc. Pourquoi aimerions-nous de telles humiliations quand elles portent sur notre genre ou notre identité ? Est-ce parce qu’elles nous parviennent plus ou moins déguisées en compliments ?

Vous avez raison de dénoncer le harcèlement, mais tout le monde sait bien que c’est telle catégorie de personne qui harcèle, les autres sont des gens biens !

Le harcèlement de rue n’est pas le fait de telle ou telle catégorie de personnes. Il y a des harceleurs dans toutes les catégories sociales, dans les quartiers chics comme dans l’espace rural ou les banlieues, et il y en a de toutes les origines !

Les formes du harcèlement peuvent changer selon les références culturelles des uns et des autres, c’est normal, il y a aussi de la diversité dans le harcèlement. Mais en aucun cas un groupe de population peut-être désigné comme ayant une plus forte tendance au harcèlement qu’un autre.

3. Pourquoi cette mobilisation ?

Ce n’est pas vraiment une question prioritaire, il y a des problèmes plus importants à régler, non ?

Une question en retour : qu’est-ce qui permet de dire qu’un problème est plus important qu’un autre ? Mais pour répondre clairement à la question : oui c’est un problème prioritaire, et oui il y a d’autres problèmes à régler !

Pourquoi est-ce que vous pensez que c’est un problème prioritaire ?

Parce que le harcèlement de rue est un phénomène massif et qu’il s’inscrit dans un contexte plus global de réduction des droits des femmes. De nombreuses enquêtes ont été lancées afin de le mettre en lumière :

  • enquête « Enveff » réalisée en 2000 auprès de près de 7 000 femmes de 20 à 59 ans : ce sont environ 2,5 millions de personnes qui sont victimes chaque année de harcèlement sexuel dans l’espace public en France.
  • enquête Madmoizelle réalisée en mars 2013 auprès de 5256 femmes, hommes et transexuel-le-s : 9/10 femmes ont déjà subi du harcèlement de rue dans l’espace public
  • Etude par le Haut Conseil à l’Egalité entres les femmes et les hommes réalisée en 2015, 100% des femmes ont subi du harcèlement au moins une fois dans leur vie dans les transports publics, dans plus de 50% des cas, la 1ère agression intervient avant 18 ans.
  • enquête par l’Agence des Droits Fondamentaux de l’UE réalisée en 2013 auprès de plus de 93 000 personnes LGBT, près de la moitié des répondants (47 %) déclarent avoir été victimes de discrimination ou de harcèlement fondés sur l’orientation sexuelle au cours de l’année

Ça vaut la peine qu’on s’en occupe, non ?

D’autant plus que les victimes les plus touchées par ces violences, allant de l’insulte aux agressions physiques, sont les jeunes personnes qui construisent leur personnalité et celles qui sont les plus vulnérables socialement : non diplômées, au chômage et vivant seule. La précarité offre un terrain particulièrement favorable au harcèlement.

C’est aussi un sujet prioritaire car nous pouvons agir dessus et faire changer les choses très concrètement ! Le harcèlement de rue c’est avant tout une question d’éducation et de sensibilisation. En refusant collectivement de le tolérer, en travaillant avec les pouvoirs publics et les gérants d’établissements ou d’événements accueillant du public (bars, festivals) on peut refaire de l’espace public un espace qui appartient à toutes et à tous, un espace de liberté et de tolérance.

Enfin et surtout, c’est un sujet prioritaire car ce que l’on qualifie à tort de sujet « banal », « pas si grave », « inévitable », impose quotidiennement une inégalité basée essentiellement sur le genre. Chaque jour, des millions de personnes sont renvoyées à un statut sexualisé par autant de personnes qui affirment ainsi un statut de domination et d’impunité. Par son caractère diffus et accepté, ce phénomène installe et consolide une discrimination qui en alimente d’autres.

Le harcèlement sexuel dans la rue est la démonstration du sexisme dans sa forme la plus ordinaire et la plus acceptée. Il est un exemple du non-respect des femmes au quotidien. Parce qu’il est subi par la plupart des femmes mais toléré même par certaines femmes, nous pensons qu’il est un problème grave et urgent !

Le harcèlement de rue aborde les notions de respect, de sécurité et de parité, et ceci de manière concrète et visible par tous. Il permet de parler de l’éducation à la mixité. Nous estimons que ce sont des sujets sérieux, c’est pourquoi ce projet nous tient à cœur et nous semble important.

Tant que ce ne sont que des paroles, ça n’a rien de grave…

Les paroles blessent, c’est même la meilleure arme pour détruire une personne de l’intérieur. Au fil des années, être harceléE dans la rue c’est accumuler et refouler des peurs, des dégoûts, des lassitudes, des humiliations, des frustrations, des colères… Les incidents non physiquement violents du harcèlement de rue peuvent causer de considérables dommages psychologiques et émotionnels sur les personnes qui en sont victimes.

Le harcèlement de rue entraine une limitation de l’accès à l’espace public pour les personnes qui en sont victimes. L’enquête « Enveff » révèle que les trois quarts des agressions ont lieu au cours de simples déplacements quotidiens. Cette réalité impose aux personnes de mettre en place des stratégies de protection : détours pour éviter certaines rues, taxi plutôt que transports en commun, réduction des déplacements… Et contrairement aux idées reçues, cette contrainte ne se limite pas à la nuit et aux lieux isolés puisque, toujours selon cette enquête, 67% des agressions ont lieu de jour et, dans 65% des cas, dans des espaces fréquentés par d’autres personnes au moment des faits…

Votre histoire de harcèlement c’est un problème limité aux grandes villes ?

Les grandes zones urbaines, en raison peut-être de la densité de leur population et de la nature des échanges qu’elles imposent, semblent plus largement soumises à toutes formes d’incivilité et notamment aux insultes à l’égard des femmes et aux atteintes à caractère sexuel (poursuite, exhibitionnisme, pelotage). En revanche, les agressions physiques ne sont pas plus fréquentes dans les grandes agglomérations, compte tenu d’autres facteurs, mais elles le sont en fonction de la structure de l’habitat, notamment collectif.

Une partie des violences physiques semblent donc relever d’une fracture sociale plus que d’une fracture géographique puisque ce sont les femmes présentant divers signes de vulnérabilité ou d’isolement qui les subissent davantage (les non diplômées, les femmes au chômage ou vivant seule…).

Si le harcèlement de rue est par hypothèse un phénomène urbain lié à des échanges sociaux plus fréquents, le sexisme lui ne l’est pas… Si dans l’espace rural le harcèlement et les atteintes à la dignité des femmes et des LGBTQ prennent des formes différentes, il n’est pas moins réel !

Pire, si le phénomène est moins visible c’est peut-être aussi parce que les personnes qui en sont victimes dans l’espace rural sont beaucoup plus isolées, et que les contraintes sociales qui s’y exercent les empêchent d’accéder pleinement à l’espace public… Quoi qu’il en soit, nous sommes ouvertEs pour en parler !

4. C'est comme ça et on n'y peut rien !...

Draguer c’est culturel pour certaines personnes !

Il est certain que n’importe quelle personne ayant séjourné dans différents pays peut témoigner que le fait de publiquement « complimenter les femmes » et les « draguer » est un phénomène fréquent dans différentes cultures… Et justement ce n’est pas la drague et les simples compliments que nous dénonçons, mais le harcèlement ! En outre, ce n’est pas parce qu’une pratique globalement plutôt sexiste bénéficie de la patine de l’histoire et du folklore qu’elle est plus légitime pour autant ! Enfin, partout dans le monde, quelles que soient les différences culturelles, des collectifs et associations se mobilisent contre le harcèlement de rue qui fait aujourd’hui partie des campagnes de prévention menées par la commission des Nations-Unies sur les droits des femmes.

 

Faire des compliments, ça relève de la liberté d’expression

Oui, et toute liberté s’arrête là où commence celle des autres. Si exprimer un compliment (en supposant que ce soit vraiment un compliment) relève de la liberté d’expression, cette liberté ne doit pas porter atteinte à la liberté des autres de se déplacer librement sans être interpelléE constamment !

Quand on fait un compliment à une personne qui ne nous a rien demandé, il faut se souvenir que l’on est peut-être la dixième personne de la journée à le faire. A qui est-ce que cela plairait de recevoir toute la journée des « compliments » qui, globalement, insistent sur votre physique ou votre tenue et ne tiennent compte en aucun cas de ses sentiments et de sa personnalité ?

A notre sens, combattre le harcèlement dans la rue c’est promouvoir la liberté individuelle plutôt que l’inverse. Nous voulons permettre aux gens de vivre, travailler, jouer, voyager sans crainte et dans l’apaisement. Leur allouer plus de liberté dans leurs déplacements, dans leur faculté de lier des amitiés, de s’impliquer dans leurs quartiers, etc.

Il y aura toujours des harceleurs, c’est regrettable mais lutter contre n’y changera rien…

Nous refusons cette vision pessimiste ! Bien sûr il y aura toujours des gens pour se sentir autorisés à harceler d’autres personnes, mais par l’éducation et la sensibilisation on peut tout à fait restreindre ce phénomène à quelques personnes marginales. Aujourd’hui le phénomène est général et trop souvent « socialement accepté », c’est cette situation que nous dénonçons et oui on peut agir !

Parfois le harcèlement de rue est présenté comme un phénomène masculin, une pulsion irrépressible et naturelle… Outre qu’une telle vision des choses est contestable à bien des égards, notons simplement que toutes et tous nous apprenons par l’éducation et la vie en société à contrôler nos pulsions, pourquoi celle-ci moins qu’une autre ?

Enfin, comme nous l’avons dit plus haut, le harcèlement de rue transcende les barrières de genre et d’identité sexuelle. Conclure lapidairement que “les hommes sont comme ça”, c’est insulter les hommes, renier leur libre arbitre. C’est refuser le débat et la recherche des origines du harcèlement. C’est ignorer les sentiments des victimes.

Vous savez bien que les hommes qui font ça ce sont des gens frustrés et ignorants, il faut en avoir pitié plutôt que se mobiliser contre eux !

On ne se mobilise pas contre des personnes mais contre un phénomène de société. Le fait que des facteurs économiques, sociologiques et éducatifs puissent expliquer un phénomène ne le rend pas plus acceptable pour autant, ni plus facile à vivre… Les victimes ne sont pas là pour faire le suivi psychologique des agresseurs et la société n’est pas là pour leur demander de le faire.

L’action que nous menons ne vise pas à « interdire » le harcèlement de rue (il est déjà interdit, voir ci-dessous) ni à en « punir » les auteurs, mais bien à faire en sorte que collectivement et avec le concours des autorités (communes, écoles, responsables de lieux ouverts au public…) nous parvenions à ce que toutes les personnes qui pratiquent le harcèlement de rue se remettent en question et, ainsi, mettre fin au phénomène.

De nombreuses dispositions légales ou règlementaires s’appliquent aux différents faits qui relèvent du harcèlement de rue :

  • Injures publiques (art. 29 de la loi de 1881 sur la liberté de la presse) et privées (art. R621-2 du Code Pénal)
  • Menaces de commettre un crime ou un délit (art. 222-17 du Code Pénal), ou menaces de violences (art. R623-1 du Code Pénal)
  • Violences (art. R625-1 du Code Pénal) ou violences légères (art . R624-1 du Code Pénal)
  • Exhibition sexuelle (art. 222-32 du Code Pénal) et harcèlement sexuel (art. 222-33 du Code Pénal)
  • Agression sexuelle (art. 222-22 du Code Pénal)
Peut-on porter plainte contre harcèlement de rue ?

 

Le harcèlement de rue peut être considéré comme du harcèlement sexuel.

La loi du 6 août 2012 est venue renforcer le régime de répression de cette infraction, dans un but préventif. C’est l’article 222-33 du code pénal qui définit l’infraction. Plusieurs faits peuvent caractériser ce délit pénal. Le harcèlement sexuel est :
− le fait d’imposer à une personne, de façon répétée, des propos ou comportements à connotation sexuelle qui :
− portent atteinte à sa dignité en raison de leur caractère dégradant ou humiliant.
− créent à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante.
− est également assimilé au harcèlement sexuel le fait, même non répété, d’user de toute forme de pression grave, dans le but réel ou apparent d’obtenir un acte de nature sexuelle, pour soi-même ou pour un tiers.

Ainsi, le harcèlement sexuel est soit la répétition de paroles ou de comportements sexistes dégradants ou intimidants soit le fait d’utiliser une pression grave dans le but d’avoir des rapports (la pression grave peut être le fait de suivre quelqu’un une fois tout en étant violent dans ses propos).

Précisions : La loi de 2012 a permis d’élargir la définition du harcèlement sexuel, le harcèlement sexuel n’est plus lié à un acte de nature sexuelle (des mots seuls ou un comportement suffisent). Il n’est pas non plus nécessaire qu’il existe une relation hiérarchique entre l’auteur des faits et la victime.

L’article 222-33, III du code pénal punit ce délit de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende. La peine est portée à 3 ans d’emprisonnement et 45 000 euros d’amende si le délit est précédé, suivi de circonstances aggravantes (pluralité des auteurs des faits, la victime a moins de 15 ans, si l’auteur des faits abuse d’une autorité qu’il détient sur la victime, si la victime est enceinte ou vulnérable du fait de son âge ou de sa situation sociale).

Que faire légalement contre un frotteur dans le métro (avec et sans photo) ?

L’article 222-22 du code pénal définit l’agression sexuelle comme « toute atteinte sexuelle commise avec violence, contrainte, menace ou surprise ».

Contrairement au harcèlement sexuel, il est nécessaire d’avoir ici un contact physique entre l’agresseur et l’agressé. De sorte que des seuls actes obscènes sans contact ne constituent pas une agression (mais une exhibition sexuelle).

Il faut en plus prouver l’élément matériel de « violence, contrainte, menace ou surprise ». Pour un « frotteur » dans le métro, la surprise est caractérisée par le fait que personne ne peut s’attendre à de tels actes.

Des attouchements, des frottements avec son sexe contre une personne, des actes obscènes commis sur la victime, sont tous des faits reconnus comme une atteinte sexuelle.

La perversité et la volonté d’un homme (ou d’une femme) de toucher une autre personne dans un but sexuel ou pour s’exciter, ou même pour s’amuser, constitue une violation de la dignité de la personne humaine, de l’inviolabilité de son corps. Il s’agit d’une infraction grave, tant pour vous que pour la société, et non un acte banal.

L’article 222-27 du code pénal punit l’agression sexuelle de cinq ans d’emprisonnement de 75000 euros d’amende. L’article 222-28 du même code définit plusieurs circonstances aggravantes (si la victime est mineure, si les auteurs des faits sont plusieurs, si la victime est particulièrement vulnérable du fait de son état…) et hausse la peine à 7 ans d’emprisonnement.

Avec photo

Porter plainte (article 2 et 15-3 du code de procédure pénale) avec ou sans constitution de partie civile. Il faut se rendre au commissariat du lieu de l’agression ou aller au commissariat (ou gendarmerie) de votre lieu de domicile, qui transmettra le dossier au service territorialement compétent. Enregistrer votre plainte.
− Si la police ne veut pas engager de procédure, voir la fiche « harcèlement » et les procédures à mettre en œuvre, notamment citer l’article 15-3 du code de procédure pénale qui rend obligatoire l’enregistrement de votre plainte ;
− La photo va permettre à la police judiciaire d’identifier la personne qui vous a agresséE en faisant une recherche dans la base de données de la police (qui dispose de beaucoup de fichiers et de renseignements) ;
− S’il est fiché, la procédure sera lancée, vous pourrez obtenir des dommages et intérêts si vous vous constituez partie civile ;
− S’il n’est pas fiché, cette photographie permettra tout de même de garantir une enquête plus efficace. La police pourra rechercher la personne, ou au moins faire un signalement (dès lors, elle sera enregistrée et pourra être arrêtée si quelqu’un la reconnaît).

Sans photo

Il n’est pas sûr que la procédure aboutisse. Il sera très difficile d’enquêter pour la police ou pour le juge d’instruction (si vous vous constituez partie civile et qu’une information judiciaire est ouverte). Il faut porter plainte, votre déposition comprendra une description détaillée de l’agresseur et un portrait robot devrait être dressé par la police.

Recours possible : Il sera préférable d’ouvrir une information judiciaire selon l’article 85 du code de procédure pénale (sans photo, les policiers risquent de faire peu pour vous).

Avec ce recours, vous aurez des droits, vous pourrez demander au juge d’instruction de pratiquer des expertises (article 156 du code de procédure pénale), de se transporter sur les lieux de l’agression. Plus largement, la loi du 15 juin 2000 permet à la partie civile de demander au juge de réaliser « tous les actes qui paraissent nécessaires à la manifestation de la vérité (article 82-1 du code de procédure pénale), dont la production des vidéos issues du système de vidéo-surveillance de la RATP.

Quelle est la marche à suivre pour agir en justice ?

Il est nécessaire de porter plainte dans un premier temps. Dans tout commissariat ou toute gendarmerie, vous pouvez faire une déposition et enregistrer votre plainte (en donnant le plus de détails possible sur le harceleur, le lieu, l’heure, l’existence de caméra de vidéo surveillance etc…). Ils sont chargés de mener l’enquête et de vous tenir au courant.

Mais la théorie est plus difficile qu’un simple enregistrement de plainte. Les policiers et les gendarmes mettent bien trop souvent de la mauvaise volonté dans ces affaires là. A leur décharge, ils connaissent la longueur des procédures et la difficulté de prouver l’infraction. Mais cela n’excuse en rien leur inaction ou leur indifférence devant ces harcèlements violents et blessants.

Si un policier est rétif à enregistrer votre plainte, rappelez-lui que selon la loi du 10 mars 2004, l’article 15-3 du code de procédure pénale oblige légalement la police judiciaire à enregistrer votre plainte et à vous en donner un récépissé.

Une fois enregistrée, votre plainte va être transmise au parquet (procureur), magistrat habilité à décider de la procédure à mettre en place (enquête, classement sans suite, etc…). L’article 40 du CPP donne au Procureur « l’opportunité des poursuites », c’est-à-dire qu’il peut décider de « classer votre affaire » ou de la poursuivre selon différentes procédures. On ne peut malheureusement rien faire contre sa décision de « classer sans suite ». Donc soit :

− le procureur décide d’engager une procédure, vous serez misE au courant de l’enquête en cours ou des procédures à mettre en place. L’enquête permettra d’établir la culpabilité du « harceleur » et de le condamner si les preuves le permettent. S’il n’a pas de casier judiciaire, s’il n’y a pas eu agression mais uniquement harcèlement, il y a de grandes chances que le condamné n’ait qu’une amende à payer ou de la prison avec sursis.

ou

− Le procureur peut aussi décider de ne rien faire ou de classer votre affaire (n’y donner aucune suite judiciaire). Malheureusement, il peut être très fréquent qu’il classe l’affaire, étant donné que comme les policiers, il sait que le manque de preuve entraîne un non lieu, voire une longue procédure pour rien. Depuis la loi du 30 décembre 1985, l’article 40 du code de procédure pénal oblige le procureur qui classe une affaire a en aviser la victime si celle-ci est identifiée.

Si le procureur ou la police décide de rien faire pendant un délai de trois mois, ou qu’ils ont décidé de classer sans suite, vous pouvez porter plainte devant le juge d’instruction. (il faut cependant prouver avoir porté plainte, donc soit avoir un récépissé de plainte, soit avoir porté plainte par recommandé).

Cette procédure, appelée « la plainte avec constitution de partie civile », définie à l’article 85 du code de procédure pénale, est une procédure lourde. Vous serez une des « parties » au procès, ce qui signifie que vous aurez plus de droits (engager un avocat, produire des pièces et des preuves, demander des dommages et intérêts). Mais vous serrez amenéE à faire face à la personne qui vous a harceléE (confrontation des parties, reconstitution de la scène), ce qui peut être lourd à vivre.

Si cette procédure a le mérite d’engager réellement des poursuites, en cas d’inaction des services policiers ou du procureur, si elle permet, avec de la volonté, de trouver le coupable et de l’arrêter afin de prévenir d’autres délits, elle a l’inconvénient d’être longue, difficile à vivre.

6. Comment fonctionne le collectif ?

Comment vous positionnez-vous par rapport à d’autres luttes et d’autres causes, notamment féministes ?

Toutes les luttes pour le progrès social en général et l’égalité femmes-hommes en particulier sont importantes. Nous n’entendons pas les hiérarchiser et encore moins positionner celle contre le harcèlement de rue comme plus importante que d’autres. D’ailleurs, de nombreuses personnes membres du collectif sont également engagées dans d’autres combats et dans d’autres structures.

Par contre, nous tenons à ce que le collectif reste ouvert à toutes et à tous et que l’on puisse s’y investir contre le harcèlement de rue sans forcément partager toutes les convictions des autres membres. Nous voulons agir concrètement contre ce phénomène en mobilisant toutes les forces qui se reconnaissent dans les principes de notre action.

C’est pourquoi nous n’engageons pas le collectif dans des actions ou des prises de position portées par d’autres mouvements. En revanche, nous relayons les informations que l’on nous transmet aux membres et aux sympathisants. Chacun est alors libre, en son nom propre, de les soutenir.

Vous n’avez jamais dû vous faire draguer pour avoir ce genre de réflexion…

Nous ça va, merci. Au collectif, il y a des femmes. De tous physiques, toutes tailles tous styles. Mais pas que. Il y a aussi des hommes. De tous physiques, toutes tailles tous styles. Potentiellement, nous sommes toutes et tous au gout de quelqu’un. Et parce que nous avons déjà pu plaire, ou chercher à plaire, nous sommes justement capables de faire la différence entre drague et harcèlement.

Nous sommes originaires de pays, communautés, religions, genres, couches sociales variés et avons des âges, opinions politiques, éducations, expériences personnelles très différentes. La chose qui nous réunit, c’est la volonté de lutter et d’agir contre le harcèlement de rue. Nous voulons vivre dans une société plus égalitaire, faire ce que nous avons à faire sans être effrayéEs, menacéEs. Et nous ne sommes pas les seul-e-s. De nombreux mouvements en Europe et à travers le monde dénoncent ces comportements.