Témoignages

«La première agression sexuelle que j’ai subie, c’était à l’école primaire, je devais avoir 7 ou 8 ans, un petit garçon de mon âge prénommé Wilfried m’a plaquée contre le mur du préau pour m’embrasser de force. J’ai eu envie de vomir. Je n’ai rien dit à personne. C’est le seul dont je peux donner le prénom; tous les autres, je n’ai bien souvent pas pu les identifier, mettre un visage sur ces mains qui me touchaient, mettre un nom sur ces visages. Ce sont les garçons du collège, dont le nouveau « jeu » était de glisser leurs mains entre les cuisses des filles dans la queue de la cantine pour leur toucher le sexe. Ce sont ces mains aux fesses, sur la poitrine, qui te caressent et t’agrippent comme un objet, au milieu d’une foule confuse dans un bar ou une boîte de nuit, impossibles à identifier.

C’est ce type qui s’est un jour frotté contre moi dans le métro, sans que je ne comprenne. Je suis sortie, il y avait du sperme sur ma jupe, sur mon sac. Je suis rentrée chez moi, j’ai tout jeté à la poubelle, j’ai passé 45 minutes sous une douche brûlante à pleurer de honte. Je n’ai rien dit à personne. Et je ne parle même pas des sifflements, des insultes dans la rue, de toutes les agressions verbales qui font aussi mal dans ton corps. Voilà, c’est ma vie. Ma vie de femme. Identique à celle de milliers, de millions d’autres femmes. Aujourd’hui, je veux qu’on nous laisse parler, je veux qu’on nous écoute, j’ai la rage, je veux dire, non crier, hurler ce qui m’est arrivé, ce qui nous arrive tous les jours, toute la vie. Je n’en peux plus de me taire… Merci de nous permettre de nous exprimer sur cette page, merci de les forcer à nous écouter. Merci pour la solidarité, pour la sororité qui transpire dans cette page. Ensemble, nous ferons changer les choses, pour que les futures générations de femmes n’aient plus autant d’histoires sordides à raconter. Je veux y croire. »

Vanessa, 29 ans,

 

« Je suis une jeune maman de 25 ans. Quand j ai appris ma grossesse ce fut la plus belle chose de toute ma vie. Un jour je rentrais du travail, enceinte, et ça se voyait. Un homme m a accostee et m a sorti des propos déplacés. Je n ai pu voulu sortir seule de toute ma grossesse. Je me suis sentie bafouée et mal pour mon bebe. Maintenant j ai accouché. Et Je me suis promenee il y a quelques jours avec mon bebe en poussette. Sur un trajet de 15min je me suis faite accostée 6 fois par des gamins tout juste au lycée. Et 1 fois par des policiers. Oui oui des policiers en voiture. Par la fenêtre ouverte l agent m a sorti un « wow quel beau petit cul! » Un policier.. si meme eux s y mettent c est grave! Et tout ça avec mon bebe auprès de moi.

Je me suis sentie vraiment mal et encore plus pour mon bebe car j ai préféré ne rien dire pour elle à tous ces mecs ce jours la. Et aujourd hui j ai peur de sortir seule avec mon bebe. Et surtout j ai peur qu elle ne subisse ce harcèlement de rue quand elle sera plus grande et cela me donne envie de pleurer. On devrait pouvoir se sentir en sécurité dans la rue, et la police devrait nous aider plutôt que de prendre part à ce harcèlement, et on devrait pouvoir promener et élever nos enfants sans crainte ! »

Anonyme, 25 ans, Orléans

 

« Ce dimanche matin, vers 9h30, je me rend au carrefour City faire deux petites courses, dont un pack de bières pour une soirée ce soir avec un ami. (Je précise les bières, vous allez comprendre) Je suis habillée en jupe patineuse avec des collants mi opaque, mi transparent avec des petits noeuds au genou (je précise aussi, même si je sais bien que la tenue ne justifie rien). Donc, je descend ma rue tranquillement. Arrivée près du carrefour, je vois qu’il y a une bande de mecs, prévenant les remarques, je les contourne en traversant.

Je rentre dans le magasin, achète mes bières, mon pain et mon nutella, et sors. Les hommes sont encore la. Tant pis, je décide de passer, j’ai la flemme de contourner. Ça ne rate pas.  » B’jour mademoiselle, vous allez vous mettre bien hein avec vos bières la, buvez pas trop hein, une jolie paire de jambe comme ça ça se fait écarter facile ». Bon, ils sont 4, je suis seule, j’ignore en lâchant un gros soupir en passant. Je remonte ma rue, tranquillement, quand j’entends des  » psssssssst ! PSSSSSSSS !  » Booooon, y commencent à me chauffer sévère mais j’ignore. Ce sont 3/4 mecs dans un immeuble, sur un balcon. Et la, vient le magnifique  » EH SALOPE !  » Ok. J’ai fermé ma bouche jusque la, mais ce  » Salope » c’est l’insulte de trop. Je m’arrête net, me retourne, et décide de lui sortir une repartie cinglante.
– Pardon ? C’est a moi que tu parles la ?
– Ouais mais désolée mais on t’appelle tu répond pas…
– Ha.Ha.Ha. Tu sors des PSSSS et tu dit que tu m’appelles ? Parce que quoi, tu as cru que la verge molle domiciliée entre tes cuisses te permet de me parler comme ça ? Je rêve.
– Ça va on voulait te faire un compliment reste polie la !
– Oh mais j’hallucine. Un compliment en me sifflant comme un chien. T’as pas trouvé mieux ? Faut arrêter de penser avec vos queues.
– Ouais désolée mais t’es charmante avec ta p’tite jupe la… J’te soulève quand tu veux…
– Oook donc t’es vraiment con. J’espère qu’un jour un mec parlera comme ça à ta mère devant toi. ça va te faire tout drôle.
– T’a mis une jupe calme toi tu cherches aussi !
– Nan nan nan. J’ai pas mis une jupe pour que les chiens de la casse dans ton genre viennent aboyer a mes pieds. Le respect et l’éducation vous n’avez pas du connaitre.
Bref, j’ai pas de temps a perdre avec des pauvres types immatures. Je suis partie, et ait entendu un flot d’injure. J’ai levé mon majeur sans même leur lancer un regard. »
 
Charlotte, 21 ans, Rennes

 

«Aujourd’hui, il est 19h00. Je m’engage dans la rue menant chez moi. Soudainement, je sens une présence derrière moi. Je me dis que je psychote, que je me fais des films. Je me retourne et vois une voiture qui me suit au pas. Je me mets à l’écart sur le trottoir. J’arrive au bout de la rue, devant le portillon de mon immeuble. Il s’arrête à ma hauteur et me dit « excuse moi, je peux te demander comment ca va ? ». Alors non, vous ne pouvez pas ; vous n’avez pas le droit de me tutoyer comme si l’on se connaissait, vous n’avez pas le droit de me regarder avec insistance comme si j’étais un simple morceau de viande, et vous n’avez aucunement le droit de me suivre comme ca, jusqu’à mon domicile. »

Morgane, 18 ans, Montpellier

 

«Je courrai pour attraper mon train , j’étais en retard car je suis aide soignante et on travaille vers 5h du matin . Je marchais vite mais je croise une personne. Un homme autour de la 20aine qui finit par me suivre et au bout d’un moment me demande où je vais. Je lui répond que j’ai pas le temps car il insiste lourdement. Il l’as mal pris et me dit  » tu est belle , tu travaille où ?  » je lui dit de me laisser tranquille . Il me dit  » t’inquiète je veux discuter t’es pas mon genre  » . Il commence à me prendre le bras et je le pousse . Il se fâche et me menace de me frapper et de m’étrangler . Je suis en rage parce qu’il me retarde et de plus je suis sanguine. Il essaye de me taper mais moi je lui dit » essaye de me toucher , et c’est moi qui te démolit  » avec mes 1m55 et ma force de mouche, je savais que je faisais pas le poids mais bon je tente le tout pour le tout. Je le repousse en lui donnant des petits coups de points dans la poitrine . Il as dit  » c’est bon je me tire  » . Je pense qu’il a vu que je me laissais pas faire du tout et que j’avais un sale caractère . Je suis arrivée 2h en retard à cause de lui . »
 
« JUIN 2017 – Ma fille de 14 ans a arrêté d’aller réviser son brevet des collèges à la bibliothèque de notre ville. Dans le grand espace commun, elle avait l’habitude de s’installer sur une table quelconque et travailler ses cours. Malheureusement, des groupes d’hommes adultes (3 ou 5) – entre 20 et 40 ans, lui tournaient autour en lui disant « t’est belle »  » Jolie fille …  » et surtout ils se plaçaient devant elle – à plusieurs et la fixaient avec insistance. Elle était alors terrorisée et n’osait plus lever les yeux, elle ramassait ses cours et partait. Puis elle a tout simplement arrêté de fréquenter le lieu. Elle m’a raconté ça seulement plusieurs mois après. J’ai signalé ce harcèlement à la bibliothèque qui m’a répondu qu’on leur avait déjà signalé de tels comportements et qu’ils travaillaient sur une procédure adaptée. »
 
Anonyme

 

« Descendre prendre le bus pour aller chercher une ordonnance à Vaise. Voir qu’un voisin (du bâtiment voisin au mien ) prend le même bus.
Cet homme passe tout le trajet (pont sncf à gorge de loup soit 8 min ) à me regarder. Je me sens mal à l’aise (j’ai horreur qu’on me fixe).
On descend donc à gorge de loup. Le mec m’attrape par le bras et commence à baragouiner un truc. J’enlève mon casque et là :

– excuse moi mais je te regarde depuis tout à l’heure et je te trouve très charmante. J’ai vu qu’on habitait la même rue et si tu as besoin d’un plan cul ou un coup rapide, je suis ton homme.

(Oui oui !!!! Je dois avoir une tête à vouloir ça xD)

– ben déjà merci du compliment mais je vais décliner ta proposition. J’ai déjà un plan cul régulier qui s’appelle un petit copain et on vit ensemble. Et on est pas porté sur le plan à 3. Alors je te souhaite une bonne fin de journée.

Le mec me lâche pas le bras et commence à me faire mal.

Moi : par contre tu as 2 secondes pour me lâcher. Si t’as pas compris par la gentillesse, clairement c’est non. Je suis pas le genre à me laisser victimiser et si je veux te faire bouffer le goudron je le ferai.

Le mec me lâche et part avec un gros : toute de façon je baise pas les salopes. »

Alice, Lyon

 

« C’est la grève des transports en commun à Paris, j’attends désespérément mon RER pour me rendre au travail. Je suis seule et dans mes pensées lorsque j’aperçois un homme à ma gauche qui cherche à rentrer en contact avec moi. Il me pose des questions de banalités (l’heure, râler sur la grève etc), il n’est pas agressif cependant il est lourd, inintéressant et insistant. Je vis à Paris depuis 5 ans, j’ai l’habitude de ce genre de type, j’enfile donc ma carapace de femme pas commode et je me referme sur moi-même, lui faisant comprendre que la discussion va prendre rapidement fin. Lorsque sur notre gauche arrive une jeune fille (16 ou 17 ans), seule elle aussi. J’aperçois alors cet homme se détourner de moi pour reproduire le même scénario avec elle. Peut importe l’âge, cette jeune fille adopte la même attitude que moi, elle se braque et essaye de l’éviter. J’observe la scène avec beaucoup d’attention prête à intervenir. Le RER arrive enfin, il est évidement surpeuplé. La jeune fille se dirige vers un wagon différent du mien, l’homme la suit. Elle s’en aperçoit et décide de quitter le wagon pour venir dans le mien. L’homme sort aussi et nous nous retrouvons tous les trois collés serrés dans ce train bondé.

Je continue d’observer l’attitude de ce type avec attention. Il est collé à elle, je le vois, ça la gêne mais les gens sont les uns sur les autres, ni l’une ni l’autre ne pouvons bouger. A chaque arrêt, mouvement de foule mais l’homme se remet constamment derrière elle, collé à ses fesses. Sauf qu’à un moment la vu se dégage et je m’aperçois de ses intentions : ce mec est un frotteur. Je vois son sexe en érection sous son pantalon et ses mouvements de va et viens contre elle. Elle s’en aperçoit mais ne comprends pas bien se qu’il se passe. Je suis outrée, scandalisée et je boue à l’intérieur de moi même. Il y a trop de monde, je suis bloquée et je ne peux toujours pas bouger. Nous arrivons enfin à une station où une masse de gens descendent sur le quai, je décide d’agripper la jeune fille par le bras et la tire derrière moi. Elle est plaquée contre la paroi du train. Je me retrouve entre elle et lui, face à lui. Je lui fais des yeux noirs, il comprend que je sais ce qu’il est entrain de faire, il fait mine de s’excuser pour la proximité, qu’il y a du monde etc. Je ne répond pas, je lève le menton bien haut et le fixe avec un air sévère. Il baisse les yeux. Avec la jeune fille nous sortons à la station Châtelet, je la prend par la main pour ne pas qu’elle me file entre les doigts. Je me sens une âme de grande soeur et je ne veux pas la lâcher. Une fois sur le quai, elle me remercie mais ne comprends pas ce qu’il s’est passé. Elle est consciente qu’une chose anormale s’est passée. J’ai été témoin de tout et je lui explique qu’elle a été victime d’un frotteur et je lui donne les détails ragoutant pour qu’elle soit marquée par la réalité des choses. Je lui explique qu’il faut faire très attention à ce genre d’homme prédateur. Elle est sous le choc mais avertie. Je vous narre cette histoire car si vous êtes témoin d’une agression quelconque, s’il vous plait, réagissez. Ne laissez pas les jeunes filles dans la peur, la panique, l’incompréhension et l’impuissante. La peur peut paralyser les femmes victime d’agression mais à l’intérieur d’elles-même c’est des hurlements. Simuler que c’est une connaissance, prenez-les par le bras, extirper les de leur agresseur. Sauvez-les. »

Margot, 29 ans, Paris

 

« La semaine dernière, pour rentrer chez moi, je rentre dans le métro. Ce métro, ce n’est pas le dernier, non. Il fait encore jour pour un moment, il n’est que 18h30, et tout le monde se retrouve à attendre sur les quais, les gens circulent…et moi aussi. Je suis la foule, un peu ailleurs, j’ai passé une journée épuisante, ça doit se voir. Et alors? En face, je remarque trois hommes. Je les vois parce qu’ils sont grands, et bruyants, et surtout parce qu’ils remontent le flots de voyageurs en empêchant les gens de passer. J’étais de ceux-là, et « ça » m’est tombé dessus. J’aimerais dire « Pourquoi moi? » mais ça voudrait dire « Pourquoi pas quelqu’un d’autre? » Je crois que je préfère que ça me tombe dessus, je suis assez solide. Alors qu’ils arrivent à ma rencontre, les trois mecs forment un mur, m’empêchant de faire un pas de plus. Le plus costaud des trois avance le bras, et sans que je puisse parer son geste, empoigne mon sein avec une force terrifiante, le presse et le tord, avant de se servir de sa prise pour me jeter contre le mur. Je suis choquée. Je tremble, je ne m’attendais pas à une telle agressivité. Ce contact, violent et absolument abject, de cette main sur ma poitrine, et la douleur, tout ça me laisse (malheureusement) sans voix, sans recours possible. Les trois s’esclaffent, ils ont passé un bon moment. Je vois bien que pour eux, c’est « une bonne blague » réussie. J’ai envie de leur arracher la peau avec mes ongles, mais est-ce qu’on ose faire ça quand trois hommes de 1m90, taillés comme des armoires à glace, font face à vous qui atteignez avec peine le mètre cinquante?

 

Alors j’ai arrêté de les regarder pour chercher de l’aide. Du regard seulement, je ne savais plus quoi dire. Et ce que j’ai constaté m’a fait tout aussi mal: les gens, nombreux, avaient vu. Et ces mêmes gens, dans ce même nombre, on détourné les yeux, admirant le quai d’en face, cherchant sur leur smartphone, fouillant dans leurs poches, etc… Ces trois c*ns ont fini de rire et sont partis. J’ai remis mon sac sur mon épaule et j’ai dû faire de même. Écœurée. Quand j’ai raconté ça, on m’a soutenue, bien sûr. Mais on a aussi relativisé. Moi, je ne voulais pas. C’était grave. Et j’ai entendu: « Mais pourquoi tu n’as pas crié ? Pourquoi tu ne t’es pas défendue? Si tu comptes toujours sur les gens… » Ai-je vraiment une réponse à donner ? Je me sens coupable de n’avoir rien dit. « Ils auraient pris peur, si tu avais crié. Si tout le monde se tait, ils continueront » Voilà ce qu’on m’a aussi répondu, ajoutant la culpabilité au fait que, si j’avais agi, ils auraient arrêté. Mais non, je ne suis pas d’accord. Je n’ai rien pu faire, et surtout, s’ils continuent, ce n’est pas de ma faute! Je n’ai rien dit parce que j’étais surprise et choquée, et parce que j’ai senti, à tort ou à raison, que ça pouvait probablement être pire. Dur de se dire que votre instinct de survie vous a soufflé la passivité comme meilleure stratégie. Dur, aussi, de ne pouvoir en découdre avec ces trois c*nnards. C’est arrivé, je n’ai pas plus peur pour autant. Je devrais me méfier, mais je ne suis pas comme ça, à m’inquiéter à tout instant. Et ce n’est pas l’héritage que je veux recevoir de cette histoire. Du harcèlement, physique et verbal, j’en ai eu ma part. Là, c’est juste que j’en ai assez qu’on tourne la chose en dérision, voire qu’on se permette un sourire en coin quand je raconte ce qu’il s’est passé. Merci d’avoir lu, je me doute qu’il y a pire, mais aucun de ces gestes ne peut rester anodin. »

 

Anonyme, 33 ans, Lyon

 

« Aujourd’hui j’ai eu peur. Tu étais près de moi tout en étant loin, je te sentait me suivre depuis de longues minutes je n’ai pas eu la force de me retourner et de regarder ton visage. J’ai voulu partir vite mais tu en as décidé autrement tu me voulais près de toi tu me voulait sous ton emprise. À la caisse je savais que tu allais arriver tôt ou tard derrière moi. j’appréhendais ce moment je me suis dit pourvu qu’il ne me touche pas, pourvu qu’il ne me parle pas. Et tu est arrivé, tu es arrivé et tu m’as parlé. Non tu ne m’as pas parlé tu m’as rabaissé insulté, menacé. Pourquoi? Car je ne suis pas retourné, car tu n’as pas vu mon visage et mes yeux remplis de larmes car j’avais peur de toi. J’ai vu sur ce tapis ce couteau et cette bouteille d’alcool. J’ai vu en toi un danger. Tu t’est permis de poser tes mains sur moi. J’étais bloqué entre toi et cette dame devant moi , j’avais honte.
 
J’entendais mon père me dire retourne-toi et éclate lui les couilles, j’entendais ma mère me dire cours chercher de l’aide. Je suis resté là devant toi à regarder la caissière en ayant les larmes aux yeux. Je t’entendais parler je t’entendais me menacer. Tu étais là derrière moi pendant ces petites minutes qui était pour moi interminable. J’étais perdu. J’avais peur. Je ne sais pas qui tu es et à quoi tu ressembles mais ta voix tourne en boucle dans ma tête. j’ai l’impression de sentir encore ta présence sur ma peau. Je suis triste de ne pas avoir agi comme d’habitude de ne pas mettre retourner et t’avoir éclaté les couilles je ne sais pas pourquoi,je ne sais pas comment mais j’ai perdu tout contrôle. Et puis j’ai décidé d’aller parler à cette dame. je lui expliquer calmement que j’étais suivi, je lui ai demandé de ne pas te regarder je lui ai demandé de faire comme si l’on se connaissait. Elle m’a raccompagnée à ma voiture, elle m’a sauvé. Mon subconscient m’as protégé de ne pas te regarder pour ne pas que ta tête de pervers traîne dans mes cauchemars. J’ai eu peur et je sais que ça continuera. »

Hélène, 20ans, Vannes (56)
 
« J’étais à la fête de l’humanité. Nous sommes le dimanche, il est 18h30, je fais le tour des stands des copains pour leur dire au revoir. À la sortie d’un stand, je me fais arrêter par un homme pour me dire bonjour. Emportée par l’élan, j’accepte de lui serrer la main (à l’huma, on est toustes copain-e-s et toustes camarades). Celui-ci a dû se sentir pousser des ailes puisqu’il enchaîne de suite en me proposant son numéro. Après avoir refusé son offre, celui-ci m’embrasse la main un peu comme un baise-main. J’ai la chance d’avoir une camarade féministe qui l’arrêtera avant que ça puisse aller plus loin, peu importe quelle aurait été l’issue. Je n’ai pas su réagir à part regarder en panique à la recherche de l’homme que j’aime pour qu’il vienne m’aider. Ce n’est pas grand chose, mais je me suis sentie beaucoup moins en sécurité pour la fin. »
 
Anonyme, 19 ans, Fête de l’Humanité 2017
 
« Après un après-midi shopping en centre-ville je rentre tranquillement chez moi. Il pleut beaucoup et les rues sont plutôt déserte pour un samedi après-midi. J’emprunte une rue, en face deux jeunes hommes qui marchent dans ma direction. Je ne leur prête pas plus d’attention que ça mais arrivé à ma hauteur j’ai le droit aux réflexions « salut mademoiselle très mignonne » « tu veux boire un verre » je leur souris pour ne pas paraitre impolie et continue mon chemin. Mais en les dépassant je sens derrière moi une présence et je sais qu’ils commencent à me suivre. Je les entends ricaner, j’accélère le pas mais ils arrivent vers moi l’un des deux propulse mon parapluie au sol l’autre m’attrape par les bras et me maintient contre lui.
 
Je commence à me débattre et à crier mais malheureusement personne n’est là à cause de ce temps pluvieux de merde. Celui qui s’est occupé de mon parapluie continue de rigoler, à un moment l’autre me lâche, je récupère mon parapluie (j’ai pensé à le prendre au sol je ne sais pas trop pourquoi) et commence à marcher très vite sans courir. Je les entends derrière me lancer tout un tas d’insulte « sale chienne va » « petite salope » et en continuant de rigoler. Je rentre chez moi en larme, je me sens humiliée, seule et impuissante. Le pire c’est que pour eux c’était une simple blague, leur petit moment drôle de la journée. »
 
Anonyme, 21 ans, Orléans
 
« Aujourd’hui alors que je me rends tranquillement faire des photocopies à Nantes, je suis a pieds et j’écoute de la musique. malheureusement j’entends quand même, même avec mes écouteurs. Je marchais donc quand j’entends une sorte d’interpellation venant de la route, je me retourne donc (et là fut mon erreur) et vois deux mecs dans une voiture fenêtre ouverte. Sachant à quoi m’attendre je me dis  »et merde » et continue ma route faisant mine d ne pas les avoir vus. Malheureusement ils savant qu je les ai vus et continuent de m’interpeller en criant  » je veux juste te poser une question! ». je continue de les ignorer jusqu’à ce que j’en entende un dire  »quelle salope » avant de balancer une bombe de gaz vide sur moi. Là plus moyen de l’ignorer, mais je suis pétrifiée il m’as carrément balancé quelque chose dessus.
 
J’enlève mes écouteurs, aborde un sourire forcé, la boule au ventre et me tourne vers eux. L’un d’eux me demande  »tu t’appelle louane non » Non pas du tout. je lui dis donc non et me prépare à partir mais il continue de me poser la question pendant que… son pote est entrain de me filmer. Je suis incapable de leur dire pourquoi tu filme espèce de connard. On pense à rien dans ces moments là on a juste envie de lui éclater la tête contre un trottoir, on est morte de peur on sait pas quoi faire. heureusement après un final et on pourrait presque dire  »banal » t’as pas un numéro ils ont enfin daigné me laisser tranquille. c’était court cependant ça paraît interminable on se fait pleins de scénarios. on ne sait pas comment ça va se terminer. Je me suis demandé ce que j’avais fait pour mériter ça, ce qui devait être une petite ballade tranquille a pieds pour aller faire des photocop s’est lentement transformé , cauchemar. Depui je me suis remise de mes émotions mais j’ai encore la boule au ventre. Je me demande quand sera la prochaine fois car oui ça m’es déjà arrivé de me faire accoster mais jamais comme ça. Je sais que je ne suis pas la seule. Mais ce que je ne sais pas c’est pourquoi on nous inflige ça? est ce que ça les amuse ? »
 
Anonyme, 20 ans, Nantes
 
« J’étais à Paris, dans un petit parc près de la gare du Nord avec mon chéri. Un groupe d’hommes se trouvait sur le banc à côté du nôtre. Une femme seule a traversé le parc, et l’un des hommes l’a accostée. Ils avaient l’air de se connaître, et la jeune femme lui souriait. Ils étaient assez proche de nous et nous pouvions les entendre, la femme a commencé à dire qu’elle devait partir, elle avait l’air agacée et beaucoup moins souriante qu’au début. L’homme voulait la retenir, et le ton montait, il l’attrapait par le bras et lui disait de rester, qu’il allait lui présenter ses amis, et son groupe d’amis l’encourageait. J’étais terrorisée, mais je savais que mon chéri (très sportif) serait là si ça dégénerait. Je me suis levée, malgré le fait que mon copain tentait de me décourager en me disant que ce « n’était pas mes affaires », et je suis allée voir cet homme lui demandant de la laisser partir. J’ai vu le regard apeuré de cette jeune femme, elle a vu le mien, l’homme a rejoint ses amis sans faire plus d’histoire, la jeune femme m’a remerciée et elle est partie.
 
J’ai 17 ans, et j’ai osé tenir tête à un homme d’une quarantaine d’années, mais j’étais seulement témoin, je ne sais pas si j’en aurais le courage en tant que victime. Osez agir. Je ne sais pas ce qui aurait pu arriver à cette jeune femme et je pense qu’elle ne veut pas le savoir. J’ai eu peur, vraiment, mais j’ai osé. S’il vous plait, tout le monde peut avoir besoin d’aide un jour, alors osez. »
 
Anonyme, 19 ans, Paris
 
« Je suis de Montpellier mais j’habite à Paris actuellement et j’ai constaté qu’il y avait beaucoup + de types d’harcèlements dans la rue que ce que j’ai connu pendant mes années lycées dans le sud. De plus, j’ai constaté une réelle régression de la part de certains hommes en comparant aux générations précédentes. En effet, ma mère qui a 45 ans m’a dit que dans sa jeunesse ce phénomène s’estompait petit à petit mais était revenu en force depuis quelques années. Ce que je trouve aberrant c’est que moi même je suis victime de regards peu audacieux tout au long de ma journée. Que ce soit dans le métro ou autre.
 
Un évènement qui m’a choquée était que je prenais la sortie à Réaumur Sébastopol quand un groupe de policier m’ont regardée en me disant « nihao » ( oui, déjà là ça prouve le niveau de maturité) et m’ont dit que j’étais quand même vachement jolie. Or, ils se situaient sur leur lieu de travail et était censé effectuer des rondes. J’ai trouvé ça hallucinant. Ils se sont même charriés entre eux pour savoir qui avait commencé à dire que j’étais jolie. Mais d’une manière fort désagréable de gros lourdingue. Bref, une autre histoire aussi quand j’étais allée au commissariat pour porter plainte pour vol à l’arraché de mon portable et que le policier au poste, m’a demandé de lui faire la bise pour faire connaissance? C’est révoltant. Je lui ai donc dit non mais je ne suis pas venue pour ça. Il m’a répondu d’un air hautain que j’étais méchante et qu’il ferait tout pour que ma plainte soit refusée. Même si c’était de l’humour (très drôle…) Je ne trouve pas ça acceptable. »
 
Marie, 19 ans, Paris
 
«Lyon, début du mois de janvier, il fait très froid. Je sors de cours et je saute dans le tramway pour aller rejoindre mon copain. Forcément heure de pointe oblige, le tramway est extrêmement rempli et nous sommes obligés d’être serrés les uns contre les autres pour que les portes se ferment. Peu importe je n’ai que deux arrêts à faire pour arriver à destination. Tout d’un coup je sens quelque chose de dur se frotter contre moi, des vas et viens. Je ne comprend pas tout de suite, je me demande si ce n’est pas plutot moi qui suis parano, si ce n’est pas seulement parce qu’on est tous serrés et que la personne en question ne fait pas exprès…
 
Et puis je comprend vite, je sens le souffle d’un homme juste derrière qui continue à se frotter contre moi de plus en plus rapidement. Je n’ai rien su dire rien pu faire à part essayer de bouger un peu pour lui faire comprendre que je n’étais pas d’accord. Arrivée à destination je suis sortie en courant sans même me retourner. Je n’ai même pas pu regarder son visage. J’ai rejoins mon copain qui n’a même pas semblé se rendre compte de la gravité de la situation… Aujourd’hui avec le recul je me dis que j’aurai dû réagir différemment, cet homme méritait d’être humilié devant tout le monde..j’aurai dû le remettre à sa place… Je ne peux pas m’empêcher de me demander comment un homme peut profiter d’une telle situation pour se faire plaisir…dans un espace public…à vision de n’importe qui… J’adore Lyon, j’adore ma ville et je continue de prendre les transports en commun, je n’ai pas peur. Maintenant je ne me laisserais plus faire.. »

Anonyme, 22 ans, Lyon

 

« Ce soir j’ai été la victime d’un pervers sexuel. J’attendais que mon train démarre à Lille et j’étais contre la vitre côté voie lorsqu’un train est arrivé en gare de mon côté. A un moment donné je me suis tournée vers la vitre et j’ai vu un homme positionné entre les deux trains, en train de se masturber contre la vitre. Son sexe tendu, positionné de profil, était au niveau de mes yeux… Tellement choquée, je me suis retournée paniquée et quand j’ai voulu voir si je n’avais pas halluciné il était de nouveau dans le train, les mains dans les poches avec la bosse visible de son érection sous son survêt. La porte côté voie de ce train était grande ouverte. Mon train a commencé à démarrer et je me suis dirigée vers les contrôleurs pour leur expliquer ce que je venais de voir. Je n’ai pas pu retenir mes larmes, j’étais extrêmement choquée qu’un homme ait ce genre de pratique et que je puisse être l’objet de son désir malsain. Le contrôleur a tout de suite signalé l’individu à ses collègues restés en gare, mais lorsqu’il a compris que j’avais vu l’homme entre les deux trains et que la porte côté voie de l’autre train était ouverte, il m’a dit que c’était impossible et que seuls les contrôleurs pouvaient ouvrir la porte avec une clef spéciale. J’ai alors émis l’idée que ça pouvait être un agent sncf et on m’a répondu que c’était impossible.

En définitive, à leurs yeux j’étais tellement sous le choc que je me trompais sur ce que j’avais vu alors que j’étais sûre de moi. Fort heureusement une jeune femme est intervenue pour appuyer mon témoignage, disant avoir vu l’individu entre les deux trains aussi. Une fois arrivée chez moi, j’ai reçu un coup de fil de la police ferroviaire qui disait avoir arrêté un individu qui correspondait à la description. Mais quelques secondes après j’ai entendu quelqu’un dire que ça ne pouvait pas être lui et ils l’ont donc relâché. Je n’étais de toute manière pas capable de le décrire précisément. Ce qui m’inquiète c’est que si on admet qu’il ne s’agit pas d’un agent sncf, cela veut dire qu’un individu possède la clef qui permet d’ouvrir les portes des trains et qu’il peut s’adonner à ce genre de pratique sans risquer de se faire prendre. La police ferroviaire m’a conseillé de porter plainte contre X, ce que je vis faire. Dans le contexte de la braderie de Lille ils n’ont pas pu mettre par écrit ce que j’ai expliqué mais ils ont été très attentif. Ils m’ont dit qu’ils avaient déjà eu ce signalement et qu’ils allaient enquêter pour savoir comment il a pu ouvrir les portes et comment l’en empêcher. J’ai également un ami qui travaille à la sncf qui a signalé ce que j’ai vu.
Je témoigne ici pour que les personnes victimes de ce genre de pratique aient le courage de témoigner afin que cet ou ces individus ne puissent plus sévir en toute quiétude. J’ai porté plainte et l’homme a recommencé une semaine plus tard. Il a été repéré et s’est fait arrêter. »

Anonyme, 27 ans, Lille

 

« A l’instant, je sors de chez moi, je marche et je passe devant 3 mecs. Je me fais accoster, siffler et traiter de chienne. Je suis fidèlement votre page et j’aurai aimé avoir le cran de répondre, de me retourner et de les envoyer chier et au lieu de ça j’ai docilement marché jusqu’au tram.. Je suis énervée contre moi. »
 
Anonyme, 24 ans, Dijon

 

« Ce soir, c’est jeudi, et l’été à nimes ont lieu les traditionnels « jeudis de Nîmes » : des artistes/artisan-e-s exposent leurs créations sur le parvis de la maison carrée, les cafés sont bondés, la ville est animée, l’ambiance est festive. Comme tous les jeudis je me rends avec une de mes meilleures amies rejoindre d’autres amies. Nous nous étions retrouvés sur la terrasse d’un bar du centre ville, et nous décidons d’aller nous commander un verre à l’intérieur. Juste avant de franchir la porte du bar, un gars nous interpelle : « eh mesdemoiselles » et nous n’entendons pas la suite, coupant la parole à cette personne, car nous l’avions reconnue : j’avais déjà été harcelée par cette personne auparavant alors que je me baladais seule et la semaine avant ce jeudi de Nîmes, mes amies et moi avions de nouveau été victimes de ce harceleur.

En effet, la semaine dernière nous marchions en centre ville pour rejoindre des amis (le coin n’était pas trop fréquenté mais nous étions deux, nous n’avions pas peur) lorsqu’une voiture s’est arrêtée à notre hauteur. Le conducteur a baissé la vitre et nous a dit « eh mesdemoiselles vous êtes vraiment très charmantes ». Sur le coup, nous l’avons remballés : « Oh le relou… ». Bref, ce soir, nous allions commander nos consommations quand il nous a interpellé, mais nous l’avons directement reconnu et nous lui avons dit de nous laisser tranquille car c’était lourd. Nous croyions que « l’affaire » allait s’arrêter là, mais à peine sorties du bar et passant devant lui nos verres à la main (il était entouré de plusieurs potes à lui) nous avons entendu qu’il criait bien fort devant tout le monde : « mais qu’elles sont laides, vous êtes laides, laides, laides ». Puis, il s’est posté pile en face de nous en nous fixant et en rigolant, et nous nous sentions observées tout le reste de la soirée. Le terme « laide » ne m’a absolument pas vexée (venant de ce genre de personne), mais c’est plutôt cette tendance à tout le temps dire aux filles : « mesdemoiselles vous êtes charmantes » avec un regard déplacé. Ce qui me dérange, c’est le fait que des « gars » s’autorisent, se permettent de nous insulter. Parce que nous n’avons pas répondu à leurs « avances », qui nous font plus peur qu’autres choses, ne nous font absolument pas plaisir (je ne sais pas pourquoi ce genre de personne pense que nous sommes flattées de ce genre de paroles), je ne comprends pas la motivation de ces gars à dire cela, le besoin qu’ils ont d’accoster/de parler aux filles de cette façon. Demain, je dois me rendre en ville et la semaine prochaine je veux retourner au dernier jeudi de nimes de l’été, mais j’ai une petite appréhension au fond de moi de recroiser cette personne, même si je sais que je ne crains rien car je suis entourée. »

Charline, 23 ans, Nîmes

 

« Aujourd’hui en rentrant du travail, fatiguée, je traverse la ville. Un homme en voiture m’arrête pour demander sa route, je lui ai répondu gentiment. Jusque là pas de soucis, je remets ma musique. Je l’entend à nouveau me parler, je me retourne et là : « vous voulez pas faire une virée avec moi », je réponds fermement non. Et là mr me suis pendant 15mn à me sortir des insanités: « on pourras faire une partie de jambes en l’air » , « vous me faites une pipe je vous donne 7€ ». J’arrive au point de rdv devant un parking et là rebelotte il me lâche pas. S’arrete à nouveau à côté de moi. Je fini par hurler de dégager, et là enfin au bout de 15mn il part. J’en ai marre de devoir dire plusieurs fois non et que les hommes refusent de m’écouter, j’en ai marre de devoir hurler et menacer pour qu’on me foute la paix, j’en ai marre de ne pas être respectée. Heureusement grâce aux témoignages et aux soutiens, je sais réagir et je ne me démonte pas. On était en plein jour et il n’y avait personnes autours de moi. J’ai tenu bon et j’étais prête à me défendre, mais qui sait ce qui se passera la prochaine fois… »

Louise, 19 ans, Quimperlé (29)

 

« Comme quoi les relous sont de partout. J’ai passé un séjour à Berlin la semaine dernière avec des amis. Un soir on décide de sortir dans un club: soirée afrobeat, dub, dancehall. On était partis pour une soirée rythmée et endiablée. On se dirige à l’intérieur mes deux amies sous la bras, on arrive dans une première salle très hip-hop, on était lancées pour la soirée. Hélas notre fièvre du samedi soir n’était que temporaire. On ne pouvait pas danser sans qu’un homme vienne se coller à nous, danser langoureusement devant nous, nous interpelle, ne nous parle. On s’écarte et refuse poliment ses avances. Puis un autre arrive, même topo, puis un troisième etc. Je bouillonnais parce que je nous sentais observées, réduites au statut de proies, désirées alors qu’on en avait pas du tout envie, matées, déshabillées du regard et surtout parce que je voyais mon ami, devant la scène danser en s’amusant comme jamais, tournant sur lui même, libre de tous faits et gestes, libre de danser sans se soucier d’attirer l’attention, tout simplement. Il était libre et sans peurs ni craintes. J’ai ressenti un profond sentiment d’injustice qui depuis ce jour là je n’arrive pas à oublier. Sans doute la goutte d’eau qui à fait déborder mon vase. Un peu plus chaque jour je perds espoir dans ce combat pour le changement des mentalités mais grâce à votre page je me dis que je ne suis pas seule, qu’une communauté est là, bien présente. Ça me rassure. Je voulais vous dire tout simplement merci pour tout ce que vous faites sur cette page, vos actions et vos mots. »

Justine, 22 ans, Berlin

 

« C’était une très belle journée de fin de mois de septembre, il faisait beau et je buvais un verre place Sainte Anne à Rennes avec mon frère et quelques copains. Habitant en dehors du centre, nous devions rentrer assez vite avec mon frère pour un anniversaire et donc prendre le bus. Il devait être 18h quand nous sommes arrivés à l’arrêt. Nous avons environ 15-20min de trajet alors on s’est dépêché de monter pour prendre des places assises et pouvoir passer un trajet tranquille. J’étais devant mon frère, je me suis dirigé vers 2 places et je me suis assise sur la place côté fenêtre pour laisser celle côté couloir à mon frère. Malheureusement il a dû aller dans le fond du bus puisqu’un homme s’est assis à côté de moi avant lui. Vous me direz, rien de spécial jusque-là ! C’est ce que je croyais aussi!  Je n’étais pourtant pas à mon avantage, je portais un vieux jean, un teeshirt et un gilet il me semble. Pas du tout prête en plus pour la soirée d’anniversaire de notre amie ! Mais qu’on soit en jupe, en pantalon ou en robe n’y change rien dans ce genre de situation, pour certaine personne vous êtes un objet, un bout de viande, une sucrerie..

Je riais en voyant mon frère par le reflet d’une vitre qui se trouvait non loin devant moi. Je me disais qu’il allait passer le trajet debout avec son gros sac de cours sur le dos et moi tranquille assise à ma place. J’aurais aimé louper la place et rester debout dans le fond du bus avec lui. L’homme qui se tenait à côté de moi n’était pas vieux, 25-30 ans je dirais, il portait un tee-shirt orange et n’était ni louche ni alcoolisé. Pourtant, il a commencé à me parler, un bonjour à laquel je n’ai pas fait attention et donc je ne lui ai pas répondu, j’étais trop concentré à rire de mon frère. Mais il s’est approché de mon oreille, m’a chuchoté des: « t’es bonne » « salope » « c’est bien, tu n’as pas croisé tes jambes, écarte encore » À ce moment-là je n’ai pensé qu’à une chose: pourquoi moi? Pourquoi me fait-il ça ? C’est un cauchemar ou la réalité ?
La situation s’est aggravé, a mon regret, il a commencé à glisser sa main sur ma cuisse, mon entre jambes, à vouloir passer sa main sous mon tee-shirt et plus encore. J’étais terrifiée, j’avais peur, il y avait tellement de monde mais personne n’a rien vu, personne ne regardait, étais-je invisible ou..? Je me suis demandé quand est-ce que cela allait s’arrêter, si mon frère pouvait me voir.. mais mes questions étaient sans réponses.. alors j’ai regardé par la fenêtre, tétanisée, je ne pouvais ni me débattre ni parler, j’étais impuissante. Intérieurement, je hurlais!
Étant croyante, je me suis demandé pourquoi Dieu ne m’aidait pas, pourquoi me laisser ainsi, pourquoi..?

Ça à durer 10min comme ça, mais pour moi c’était des heures. Comment me suis-je sortie de là ? Ah je remercie encore le chauffeur du bus d’avoir mis du temps à démarrer. L’homme en question avait des amis autour de nous qui sont sorti du bus en l’appelant (me regardaient-ils pendant que leur copain profitait de moi?). Alors l’homme a enlevé ses mains, m’a chuchoté dans l’oreille que j’étais une pute et s’est en aller.
Mon frère a pris immédiatement sa place sans savoir ce qui s’était passé mais la peur, la colère, la tristesse, l’incompréhension, la culpabilité, se lisaient sur mon visage et mon corps entier et il l’avait bien compris, se sentant lui-même mal sans même savoir ce qui s’était exactement passé.J’ai passé le reste du trajet à ne rien dire et c’est en arrivant chez moi devant ma famille que j’ai explosé comme une bombe.

Aujourd’hui ? Justice n’a pas été faite et elle ne le sera jamais, alors je vis, tout en essayant à la fois d’oublier mais aussi d’en parler.
Je me suis tu ce vendredi à 18h, je me suis tu pendant longtemps. Forcément je suis encore gênée d’en parler. Je suis encore bouleversée parce que c’est l’une des choses la plus traumatisante que j’ai vécue jusqu’à maintenant. J’ai connu cette page grâce à une amie et je me suis dit « pourquoi pas raconter mon histoire ? Ça pourrait me permettre d’enlever un poids et d’aider sûrement certaines personnes ». Cela me tenait à cœur d’écrire mon histoire et de la partager. Une chose est sûre, si cela se reproduit pour d’autres ou moi, que ça soit aujourd’hui ou demain, je ne me tairais pas. Réagissons ensemble. »

Anonyme, 20 ans, Rennes

 

« Individu : Femme – 27 ans – 1,65m – 65 kg

Lundi 31 juillet 2017 – 17h45 / 20h

Tenue : Legging de sport noir, débardeur blanc, petit pull en laine noué sur les épaules, baskets.

Je me suis rendue au cinéma, seule pour la séance de 18h. Auparavant, j’avais une jupe longue (jusqu’aux pieds) fendue sur les cotés jusqu’au niveau des genoux et un petit haut noir. Mais pour aller voir ce film tranquillement et traverser la rue piétonne seule, je décide de me changer. Déjà, ce genre de raisonnement ne devrait pas avoir lieu d’être. A peine la rue traversée, je ne regrettais pas mon choix de tenue. Les hommes assis en terrasse avaient tous les yeux rivés sur moi. Peu importe, je soutiens leurs regards, j’ai des années d’expérience. Certains sont gênés d’être répérés et tournent la tête, mais la plupart continuent de me regarder. Au cinéma, peu de monde, beaucoup de parents avec leurs enfants. Pas de quoi se sentir observée.

Film terminé, retour à la maison. Plus grand monde dans cette rue piétonne à 20h. Je rentre donc tranquillement jusqu’au passage piéton en face de chez moi. Celui que je connais par coeur et pour lequel je sais anticiper avec 3 secondes d’avance le passage au vert. Une camionnette s’arrête car le feu était rouge. 3 hommes à bord commencent à me siffler. Je les ignore, faisant mine de surveiller la couleur de mon petit bonhomme. L’un d’eux me demande comment je vais. Je leur jette un regard pour leur faire comprendre mon agacement. Cela ne les derange pas, au contraire, ils en profitent pour me faire des petites mimiques à connotation sexuelle. Je les regarde donc droit dans les yeux, soutiens leurs regards insistants. Ce rapport de force a duré quelques instants avant que je me rende compte que mon feu était passé au vert, puis au rouge, car c’était à leur tour, en voiture, de passer. Seulement ils étaient décidés à rester là. J’ai donc contourner leur camionnette en leur lachant un « Cafards » puis suis rentrée chez moi. Quand j’ai raconté cette histoire à ma mère, elle m’a dit : « Méfies-toi, un jour il va t’arriver des problèmes ». Donc je dois faire quoi maman ?? Baisser la tête sans arrêt, répondre à leurs questions, leur donner mon numéro et répondre à leurs propositions « Ah oui, j’ai envie de baiser, ça sera avec grand plaisir ».

Jeudi 3 août 2017 – 16h

Tenue : Jupe longue turquoise, débardeur fine bretelles noir basique, tongs.

Je précise tout d’abord que la jupe m’arrivait en bas des pieds. Je sors de chez moi pour aller faire quelques courses et à peine 10 mètres parcourus que j’entends « ça c’est beau !! ». Je ne dis rien, comme d’habitude je fais mine de n’avoir rien entendu. Mais cette phrase m’a hantée pendant 10 minutes. Je me suis dit mais pourquoi ne pas lui avoir demandé ce qu’il trouvait beau ?? Pourquoi ne pas lui avoir dit « Rassures-moi quand tu dis c’est beau ça, tu parlais de cette arbre, ou de cette voiture, pas de mes fesses ?! » Il se serait surement trouvé idiot d’avoir agit ainsi, se sentant fort avec son ami. Mais non, comme d’habitude, j’ai gardé la tête haute et fait semblant de ne rien entendre. Ces deux histoires, en l’espace de 3 jours m’ont amené à me poser des questions. Cela fait plus de 11 ans que je vis cela. Les hommes se retournent sur moi dans la rue depuis aussi loin que je me souviennes.

J’entends chaque jour ces questions, ces remarques, ces commentaires qui réduisent la femme à un objet. Et depuis toujours je garde la tête haute et soutiens ces regards malsains. Je ne réponds quasiment jamais, un simple regard. Et si jamais un jour l’un d’eux s’en prends à moi, j’ai pratiqué pendant 10ans les sports de combat et de self défense. Je saurais au moins me dégager et me sauver. Reste à espérer qu’il court moins vite que moi. Mais la plupart des femmes dans la rue baisse la tête. C’est eux qui devraient baisser la tête de honte. J’en viens aussi à me demander si les mentalités changeront un jour. Si réellement un jour la femme sera l’égal de l’homme. Et je voudrais trouver une solution pour qu’aucune femme ne se remette en question lorsqu’elle subit ce genre de harcèlements. Car notre tenue n’est jamais forcément en cause, c’est pour cela que j’ai écrit ces deux témoignages. 2 tenues, 1 seul résultat, le harcèlement de rue. Ces comportements me désespèrent car ces hommes doivent avoir des soeurs, des femmes, des filles. Que penseront-ils quand ces dernières, leur sang, sera ainsi traité ?? L’homme restera-t-il toujours cet animal ?? J’aimerais juste aider les femmes à faire face à ça pour leur dire stop. »

Anonyme, 27 ans, Charleville-Mézières (08)

 

« J’étais avec une amie à Belleville à Paris. On sortait d’une after vers 1h00 du matin après qu’une amie nous ai quitté. On marche dans la rue pour rentrer à notre hôtel en pressant le pas. Quand deux mecs bourrés nous sifflent et nous crient après. Je n’ai rien entendu mais j’ai eu peur. Et dix mètres plus loin, un autre que j’ai entendu clairement nous crier « Oh les putes » ! C’était violent, je me suis sentie mal le reste du trajet, je me suis agrippée à ma pote en craignait qu’il nous suive. Heureusement non… je ne dis pas que je ne me suis jamais faite harcelée. J’habit dans une petite ville et les remarques s’arrêtent souvent à des « Hé madmoiselle » ou des « sifflements » en l’espace de quelques mois. Mais dans tout les cas…. c’est désagréable de se sentir comme un morceau de viande. »

Charlotte, 25 ans, Paris Belleville

 

« Pas plus tard que tout à l’heure, sur le parking d’un supermarché, un homme m’a regardé en souriant avant de faire un bruit de baiser. Pendant trop longtemps, je les ai simplement ignorés, mais maintenant ça m’insupporte de plus en plus, on n’a pas à supporter ça. Alors maintenant je ne réfléchis plus, je réplique. Je lui demande s’il aimerait bien qu’on s’adresse comme ça à sa mère ou à sa soeur. Il me répond « Suce-moi », je réponds « T’aimerais bien ouai ». Pour vous qui témoignez, pour moi, pour toutes les femmes, je n’en peux plus. Et les engueuler c’est ma petite vengeance à moi pour tout ce qu’ils vous font subir. Soyons fortes ! »

Laura, 27 ans, Val d’Oise

 

« C’était au moment où j’avais une petite voiture, assez ancienne, avec un toit semi ouvrant. Je roulais sur la 4 voie, pour rentrer chez mes parents après une semaine à la fac. Les appels de phare d’un grand camion derrière moi m’ont interpellée. Comme je l’ai dit j’avais une vieille voiture et il n’aurait pas été étonnant que le conducteur du camion ait voulu me signifier un problème sur ma celle ci. Les appels de sont rapprochés et devenaient insistants. Inquiète, j’ai décidé de m’arrêter sur un emplacement sécurisé. Le camion s’est garé devant moi et un homme d’une cinquantaine d’années est descendu de la voiture. Prudente, j’ai simplement ouvert la fenêtre pour voir ce qu’il avait à me dire. Aussitôt, il s’est approché, et m’a dit que j’étais très charmante, tout à fait à son goût, et qu’il avait pu l’observer du haut de son camion, par le toit ouvrant. J’ai aussitôt refermé la fenêtre, mais lui restait là, devant la voiture, à me regarder avec insistance. J’ai allumé le moteur et suis repartie en vitesse, complètement paniquée. Il y avait du monde sur la route et il faisait jour. Que serait-il arrivé en pleine nuit…? »

Fanny, 23 ans, Caen

 

« Dans les harcèlements de rue que j’ai subi, trois m’ont particulièrement marqués. La première fois que j’y ai été confronté, c’était à Lille, et j’avais 14 ans. Je sortais du Conservatoire de musique, j’allais à la boulangerie, située à 5 minutes à pied, m’acheter un goûter. Il y avait du vent ce jour là, et je ne sais pas, j’avais la drôle de sensation que les personnes derrière moi me collaient d’un peu trop près. Du coup je tenais ma jupe dans mes mains pour être sûre qu’elle ne se soulève pas. Quelques secondes plus tard, j’ai eu la confirmation que mon impression ne s’était pas plantée. Un jeune homme, environ 25 ans, s’est penché à mon oreille et m’a dit « tu sais, quand il y a du vent, il ne faut pas la tenir, sa jupe ». J’ai foncé dans la boutique la plus proche, et ils m’ont attendu devant en me regardant pendant 15 longues, trop longues, minutes. Le pire, c’est qu’après ça, je n’ai plus osé porter de jupe à Lille pendant un bon moment, de peur de revivre ça.

Toujours l’année de mes 14 ans. Je passais le weekend chez une amie à Villeneuve d’Ascq. C’était l’été, il faisait beau, on a décidé de sortir faire le tour du quartier. Dans la rue, une camionnette passe à côté de nous, l’homme au volant ralentie, ouvre la vitre, et nous siffle. On ne fait pas particulièrement attention: il est au volant, et nous ne sommes pas loin de chez mon amie, nous nous pensons en sécurité. Nous tournons à la rue suivante, et je vois alors la camionnette garée devant une maison. Mon amie ne fait pas le lien tout de suite avec la camionnette qui était passée, mais je suis très méfiante, et je trouve ça extrêmement louche. Il commence à nous parler, à nous demander si on est du quartier, notre âge, ce qu’on fait pendant nos vacances d’été… Je ne lui réponds pas, j’avance tête baissée, dans le but de passer mon chemin le plus vite possible, mais mon amie lui répond. En relevant la tête je remarque alors que la maison devant laquelle il est garé est fermée: aucun signe de vie, tous les volets clos,… Je trouve ça de plus en plus louche et je tire mon amie par le bras en lui disant que quelque chose cloche, qu’il n’est visiblement pas la pour travailler, et qu’il faut qu’on s’en aille. Quelques mètres plus loin, mon amie a commencé à partir en courant devant moi, sans rien me dire. Je me suis retournée et j’ai vu que l’homme était remonté dans sa camionnette et nous suivait! Je me suis mise à courir, je n’ai jamais couru aussi vite de ma vie. Heureusement, mon amie connaissait très bien le quartier, et nous a fait passer par une ruelle dans laquelle la camionnette ne rentrait pas, et nous avons pu rentrer seine et sauve. L’image de la camionnette bloquée à l’entrée de la ruelle me hante encore. Et je suis encore plus méfiante qu’avant. J’ai emménagé à Lyon je venais juste d’avoir 18 ans. J’étais venue habiter ici pour les études, premier logement seule, loin des repères, une sensation de liberté infinie !

Un jour alors que je me rendais en cours, un homme s’est arrêté juste devant moi, me bloquant le passage, et a commencé à hurler dans la rue que je ne portais pas de soutien-gorge. Le fait est que j’en portais un de couleur chaire, mais la n’est pas la question! D’où est-ce qu’il s’est cru permis de me stopper dans mon chemin pour mater ma poitrine sans aucun respect et d’en hurler ses conclusions personnelles ?! Malheureusement c’est loin d’être la seule « rencontre » de ce genre qui me soit arrivée à Lyon… »

Pauline, 23 ans, Lyon

 

« Avec une amie nous partions faire les soldes, j’étais habiller « normalement », jeans, talons et une chemise (qui appartenait à mon copain en plus donc rien de bien sexy…). D’ailleurs même si c’était super sexy, ça ne changeait rien ! Je sors simplement de la voiture quand un mec avec un copain et son père (du moins il avait l’air de l’être) me regarde et me sort direct avant même que j’ai le temps de le voir « Oh putain, ça sent le cul ça ! ». Mon sang n’a fait qu’un tour, c’est bête et nul mais je n’ai eu aucun contrôle sur ma réponse « Et toi tu vas sentir ma main sur ta gueule si tu ne parles pas mieux ! ». Le gars est tomber sur le cul. Il a juste répondu « ouai ouai… » . Je pense qu’il ne s’attendait pas une telle réponse. Moi non plus remarque. Je n’ai eu aucun contrôle sur ma réponse. Comme un réflexe… Je regrette de m’être énervé comme ça. J’aurais préféré avoir une réaction plus intelligente qui peut être l’aurait fait réfléchir lui et ses amis. Ses amis qui n’ont eu aucun réaction du début à la fin d’ailleurs…. Enfin même si ce jeune homme a réussi à m’énerver sur le coup tout le reste de la journée, aujourd’hui avec mon amie on en rigole et nous en avons fait une blague entre nous. Je me demande seulement comment aurais réagit ce jeune homme si quelqu’un avait dit sa à ça maman. »

Betty, 24 ans, Vendée

 

« Je rentrais des courses et je portais des vêtements moulants. J’étais dans mon bus et avant de descendre, j’avais vu qu’il y avait un groupe d’hommes, peut-être 25, 30 ans au bas de mon immeuble. Je me suis dirigée vers chez moi (de la musique dans les oreilles) et lorsque je me suis approchée suffisamment, tous m’ont regardée. Je n’ai pas fait plus attention à leur comportement puisque c’est monnaie courante de se faire reluquer comme un objet, maintenant. Celui devant la porte m’a laissée passer (encore heureux, c’est quand même devant chez moi) et j’ai donc ouvert la porte du RDC de mon immeuble. Le temps que je passe la clé dans la serrure, je sentais leur regard sur moi, le silence autour était suffisamment clair pour ça. Je suis rentrée dans le hall de mon immeuble et j’ai ouvert ma boîte aux lettres. J’ai pris mon courrier et je m’apprêtais à monter les marches lorsque j’ai entendu : « Eh ! Tu fais payer ton cul ?! « , suivis de rires. Je peux vous dire à quel point ça m’a énervée ! Comme à mon habitude, quand j’entends des propos aussi grossiers que ça, je regarde la personne avec un regard noir qui suffit à me laisser tranquille et qui prépare le terrain pour répliquer. Sauf qu’ils ne regardaient plus vraiment. L’un d’eux murmurait quelque chose à un autre, un air malsain sur je visage et ils ont ajouté quelque chose mais je n’ai pas entendu à travers ma musique. Puis, j’ai monté les marches et je me retournais sans cesse, pour savoir s’ils regardaient, s’ils allaient ajouter un truc et surtout pour saisir l’occasion de leur faire un bon gros doigt d’honneur. Malheureusement je n’ai pas pu et je suis rentrée, mais je sais que je ne ressortirais pas de l’appartement pour aujourd’hui, au risque de les revoir et d’avoir une autre remarque dégueulasse. Sans parler du fait qu’ils savent que j’habite ici maintenant, rien ne les empêche de revenir un autre jour.

Tout ça pour vous partager mon ras le bol, comme tant d’autres femmes comme moi, qui en ont marre du comportement de certains hommes à nous traiter comme des moins que rien, à nous réduire à un simple bout de chair à « baiser ». J’en ai plus que marre de faire attention à comment je m’habille, à me demander si cela va attirer des réactions comme ça même si au fond, je m’en contrefous. Simplement, je n’ose pas toujours mettre certains vêtements, soit parce qu’ils sont moulants et que l’on pourrait voir mes formes (comme aujourd’hui), soit parce qu’ils laissent voir mes cuisses, mon ventre, mon dos ou mon décolleté. Mais encore une fois, lorsque j’ai suffisamment confiance en moi, je m’en fiche et je sors comme j’en ai envie. Je n’ai aucune attention à porter pour les gens qui jugent à la façon dont nous sommes habillé(e)s. Je fais ce que je veux et si je sens le regard de quelqu’un qui me jauge, je ne me gêne pas pour le regarder avec insistance et lui signifier de se mêler de ses affaires. Je suis une fille un peu réservée par moment, je n’ai pas forcément les mots justes et j’ai peur de rougir si j’ose dire quelque chose, mais mon regard est une arme que je ne me prive pas d’utiliser. Bref, j’en ai marre que des abrutis nous traitent comme leur jouet, comme des vagins ambulants. J’aimerais trouver un moyen que ça change, que l’on arrête de minimiser ce harcèlement de rue, ces paroles vulgaires et sexistes, ces jugements incessants sur le comportement des femmes, que cela vienne d’hommes ou même de femmes. J’aimerais être avant tout un être humain comme les autres, à qui l’on parle avec gentillesse, qu’on ne réduit pas à son sexe et son corps et qui est libre de se vêtir, de marcher, de faire l’amour, de vivre comme bon lui semble, sans jugement. »

Manon, 20 ans, Caen

 

« J’en ai marre que dès qu’une fille met une robe, une jupe ou tout autre vêtement dévoilant ses jambes, un gros lourd vienne l’emmerder. Merde quoi. On ne peut plus sortir comme on veut sans qu’on vienne nous embêter ? Les mecs ne peuvent pas se retenir un peu (je ne fais pas une généralité, je sais qu’il y en a qui se comporte normalement) ? Ça commence réellement à me saouler. La première fois que ça m’est arrivé, c’était il y a deux ans. J’étais dans le tram, côté fenêtre, en robe. Il n’y avait pas grand monde. Soudain, un homme, d’une quarantaine d’année, un peu enrobé s’installe à côté de moi. Rapidement, je sens ses coudes sur mes hanches, mais je me dis, comme pour me rassurer :  » Nan mais il est juste un peu gros et il prends de la place, c’est tout…  » Et je me décale un peu. Il cesse quelques instants avant de recommencer. Je ne dis rien, j’essaye de me rassurer mentalement. Du moins, jusqu’à ce que je sente sa main ignoble sur ma cuisse. Bordel à ce moment là j’étais tellement énervée contre lui… Mais la peur m’empêchait de bouger…

Finalement, j’ai réussi, je ne sais trop comment, à trouver le courage et me lever pour partir, même si ce n’était pas mon arrêt. Il me suit. J’ai vraiment eu la trouille de ma vie à ce moment là, seule à l’arrêt de tram avec lui. Enfin, je suis pas restée là bien longtemps car lorsque j’ai entendant l’alarme de fermeture définitive des portes, je me suis presque précipitée à l’intérieur. Je sais que c’était un peu bête d’agir ainsi, surtout s’il me suivait, mais j’étais tellement terrorisée que je ne réfléchissait plus correctement et ne savais pas quoi faire. Et hier, rebelote. Je m’habille en robe et prends le tram. Je vois deux mecs assit un peu plus loin, mais ne les calcule pas vraiment et m’installe. À peine ai-je posé mon cul sur la banquette que l’un deux vient me voir et me dit :  » Ça te dérange si je m’installe à côté de toi ? » Et automatiquement, sous la peur, et l’énervement de me faire emmerder, je suis ai répondu sèchement « Oui, un peu, en effet. », et je suis partis plus loin en le laissant en plan. Alors oui, vous pouvez pensez que c’est méchant d’avoir réagit ainsi, mais après tout ce que j’ai vécu, je n’ai pas envie de subir ce genre de chose. Tout ça pour dire, je ne sais pas si c’est le cas de tout le monde, mais j’ai vraiment peur lorsque je dois prendre les transports en commun ou sortir. Les hommes que je ne connais pas m’effraient, et je ne peux m’empêcher d’avoir la boule au ventre en passant près de quelqu’un. »

Pauline, 20 ans, Grenoble

 

« J’étais avec des amis. 3 garçons, dont mon meilleur ami de l’époque. Cela faisait déjà quelques années que nous nous fréquentions tous. À l’époque, je n’avais rien d’autre qu’eux. Pour mes parents, je n’étais pas plus importante que la sainte télévision. Les jeunes du quartier me méprisaient et me tabassaient à cause de mes dreadlocks et de mon look metalhead. J’avais beau le dire à la police et aux parents, rien à faire. J’étais seule au monde.

Un soir, invitée à une soirée chez l’un de mes « amis », je n’avais bu qu’une petite bibine que je m’étais ramenée en clandestine. Personne d’autre n’avait bu la moindre goutte d’alcool. J’avais un tee-shirt jaune moulant sous une veste de skateboarder trop large et un froc de teuffeuse, large aussi. J’ai un moment enlevé ma veste parce que j’avais chaud. Mon meilleur ami m’a dit : hep, la M ! T’es bonne ! Mais je croyais qu’il disait ça pour rigoler.
Bref, il y avait des matelas par terre, mais ayant un peu le dos pourri, j’ai voulu dormir dans le lit. Mon meilleur ami qui lui aussi avait mal au dos s’est battu contre moi pour avoir le lit. J’aurais dù aller sur le matelas par terre. Mais au lieu de ça, j’ai dit en ayant aveuglement confiance en l’amitié : : bah au pire on sera 3 dans le lit et pis voilà, tant que ça dérange personne… non ? Bon, ben bonne nuit alors !

Quelle idée j’ai eu ! Durant la nuit, ce soit-disant meilleur ami a cru que c’était portes ouvertes. Je ne sais tjs pas s’il en était conscient lui-même ou non, mais ça m’a réveillée. Il m’a touché la poitrine et il a essayé de s’introduire par un côté comme par l’autre. J’ai serré tout ce que je pouvais pour qu’il n’entre pas, mais je me suis figée. Tellement figée que c’est peut-être pour ça qu’il n’est rentré nulle part. Je n’arrivais pas à croire que mon meilleur ami me faisait ça. Je n’ai jamais réussi à savoir s’il était conscient ou non.
Quand il s’est « calmé », j’ai fait style de descendre pour aller pisser pdt au moins 2 heures et en remontant, je me suis recouchée dans le même lit. J’avais tellement peur de les perdre. Même si 1 d’entre eux était pas réglo, je ne voulais pas me retrouver toute seule avec mes tortionnaires de parents. Je voyais tjs tout le monde régulièrement, c’était une sorte de délivrance, même si lui était là.
Je ne l’ai jamais dit à personne. Sauf à mon mec avec lequel je suis depuis 12 ans, quelques années après. Même pas à mon propre père parce que ce cher môssieur le mâââle avait l’habitude de jamais me défendre, ni encore moins de me croire, quant au soutient…… inexistant.

En me prenant la tête avec mon père, 12 ans après, il vient me reparler de ce meilleur ami que moi, j’ai envoyé tailler les rosiers, je lui explique alors que si je fréquente plus ce bestiau, c’est parce qu’il a essayé de me violer. La réponse de mon père :
– ah bon? Ah ben ça moi j’en n’ai rien à foutre !
Bref, mon père, quoi. »

Emilie, Moselle (57)

 

« Depuis un certain temps, dans ma famille, j’ai le droit à des remarques sur mon poids et sur ma personne (ma façon de m’habiller, de me coiffer ou me maquiller…). Là où ça a commencé à vraiment m’emmerder, c’était à l’Ascension 2016, pendant notre grosse réunion de famille. J’ai reçu, presque toujours de la part des mêmes personnes, des remarques comme « oh tu as pris du poids », « tu ne devrais pas manger ça » ou encore « fais attention à ta ligne » – liste non exhaustive. Sachant que je n’étais à l’époque pas du tout à l’aise avec mon corps (j’ai pris 20 kilos en 2 ans, et je le voyais très bien sur moi), ça m’avait déjà beaucoup touchée, et quand on me faisait ce genre de remarques je ne disais rien et partais ailleurs, tout simplement. Mais la même année, à Noël, c’est devenu trop pesant. A chaque fois que je mettais un truc dans ma bouche, j’avais droit à une remarque – alors que c’est Noël et que tout le monde fait des excès, en plus ! « T’es sûre que tu reprends du gâteau ? C’est pas très bon pour toi ça ! » (etc etc) La remarque de trop était toute bête : je mangeais une pâte de fruit avec mon fromage, et là un de mes oncles m’a sorti « hé c’est pas bon pour ta morphologie ça ! ». Là, j’ai vu rouge, et je suis carrément sortie de table pour aller ailleurs, pleurer un bon coup parce que c’était juste trop. Mon frère, qui avait certainement vu le truc venir, est venu me voir, m’a écoutée, et m’a proposé, puisque je ne voulais pas parler, de dire quelque chose à ma place. Il est donc reparti à table, et je suis évidemment aller écouter à la porte (bah quoi ?). Je l’ai entendu dire que les remarques qu’on me faisait étaient déplacées, et que ce que je mangeais, mon poids ou bien comment je percevais mon corps ne regardait que moi et qu’il fallait tout simplement garder ce genre de remarques pour soi. A ce moment-là, une de mes tantes a répondu – celle qui me faisait le plus de remarques – que toutes les « filles » de la famille avait vécu ça, que c’était normal et que c’était comme ça, et qu’elle voyait pas en quoi ça devrait changer ou en quoi c’était mal.

Heureusement, ma mère m’a soutenue en disant qu’elle n’avait jamais fait ce genre de remarques à aucune de mes cousines – ce qui est vrai – et je suis repartie m’assoir toute seule au coin du feu, en attendant la fin du repas. Un de mes oncles est venu me voir juste après, en me demandant si ça m’avait vraiment blessée, ce à quoi j’ai évidemment répondu oui. J’ai ajouté « c’est comme si moi je te disais comment gérer ton cholestérol ! », et bizarrement il a tout de suite compris quel effet ça pouvait avoir. Un autre de mes oncles – celui qui avait fait la remarque trop – est venu s’excuser en me disant qu’il ne pensait pas que ça aurait autant d’effet. En vérité, ce n’est pas cette remarque-là en particulier qui est blessante – même si elle l’est un minimum – mais surtout l’accumulation de remarques, comme si le fait de faire partie de ma famille en autorisait n’importe quel membre à avoir son mot à dire sur mon corps. Et puis je pense qu’aucun homme de mon âge dans ma famille n’a connu ce genre de remarques. Après cette soirée-là, Noël s’est déroulé plutôt calmement. Et puis vint l’Ascension 2, édition 2017. Ma famille entière était là. Et je n’ai eu AUCUNE remarque. Zéro. Rien. Nada. Tout ça pour dire, les filles (et les garçons aussi d’ailleurs), si on vous fait des remarques de ce genre, n’ayez pas peur de dire que ça vous emmerde. Que votre corps vous regarde, et que vous pouvez avoir toutes les formes que vous voulez, ou même ne pas en avoir, ça ne regarde que VOUS. Soyez forte et ne vous laissez pas abattre par des commentaires que personne, ni même les gens les plus proches de vous, n’ont le droit de faire. »

Ariane, 21 ans, Périgord

 

« J’ai été il y a quelque année étudiante en école d’art et en recherche d’un nouvel appartement. Pour contextualiser je venais de me faire arnaquer par un marchand de liste et suite à cette méthode inefficace et crapuleuse je m’étais adressée à des agences immobilières. J’ai fini par convenir d’un rendez vous avec un agent pour visiter un studio. Il m’avait appelé le matin même et avait commencé à me poser des questions « oh vous dessinez ? » « vous faites du nu alors ? » « il n’est jamais arrivé que l’homme bande pendant les séances ? » etc… Des questions plutôt gênantes mais je me suis dit qu’il devait être très curieux sur la formation comme beaucoup peuvent l’être. On avait convenu qu’il vienne me chercher devant une station de métro pour m’emmener visiter l’appartement. Pendant le trajet, je pouvais lui parler de mon problème avec « l’agence » marchand de liste et mon litige avec eux. Il avait promis de m’aider.

Donc on est resté longtemps dans la voiture pour régler ça. On a enfin pu commencer la visite, ou ce que l’on peut appeler visite car ça ne l’a pas du tout intéressé (pourtant c’est lui l’agent). Une fois enfermé dans l’appartement et après le tour de celui-ci, il s’est assis sur le canapé du studio meublé et m’a demander de m’assoir à coté de lui. Ce à quoi j’ai répondu que j’étais mieux debout. J’avais des questions à lui poser sur l’appartement et il trainait à faire des réponses. Il préférait me poser des questions, sur moi, si j’ai un copain, si j’aime dessiner des nus, si ça ne pose pas de problèmes sur ma sexualité ? (sous entendu voir des gens nu et la jalousie de mon copain) Si ça ne me donnait pas envie des fois en voyant ces corps d’hommes nus? Je commençais à devenir très gênée et angoissée de me retrouver dans un espace clos avec ce type. Je me sentais incapable de l’envoyer bouler, coincé dans ma politesse. Je ne pouvais qu’essayée de le ramener sur l’appartement, et poser des questions dessus. Ces questions devenaient de plus en plus gênantes. Si j’étais sure de ne pas vouloir m’assoir à côté de lui ? Que je suis ravissante avec mes taches de rousseurs, qu’il aimerait bien voir mes dessins chez moi, donc pouvait-il me ramener jusque chez moi pour les voir ? Qu’il aimerait apprendre à dessiner, donc est ce que je faisais moi-même du nu ? Non ? Dans ce cas est-ce qu’il peut me prendre en photo ? J’ai réussi à m’en sortir par toutes les réponses négatives possibles.

Encore une fois j’aurai pu le traiter de malade et claquer la porte du studio. Mais je n’avais que 19 ans et après une arnaque qui me faisait un trou dans mon budget, je flippais de pas avoir l’appartement. Il l’a bien senti d’ailleurs car il m’a fait comprendre que c’était possible de l’avoir mais sous conditions… J’ai très bien compris la référence même si elle n’a pas été dite explicitement. Juste avant il me disait qu’il connaissait bien mon école, qu’il avait eu à faire avec des filles de là bas. J’ai de gros doutes sur de potentielle petites amis vu la différence d’âge (il faut 45/50 ans) mais j’imagine très bien le genre de questions et de moments angoissant qu’il a pu leur faire vivre. Je ne sais plus comment la conversation s’est close. Je me souviens juste que comme on était venu en voiture il voulait me raccompagner jusque chez moi. Ce à quoi j’ai inventé qu’une amie m’avait invité chez elle, que j’étais en retard et qu’elle m’attendait. Il insistait beaucoup et j’ai négocié pour qu’il ne me ramène QUE chez elle… Ce qu’il a fait, et c’est la que j’ai ressenti toute la pression que j’avais eu jusque la… J’ai mis du temps à capter l’ensemble de l’évènement. Il avait mon dossier donc connaissait mon adresse et pour les dernières semaines dans mon appartement je sortais le moins possible de peur de le croiser. J’ai par la suite eu d’autres visites, mais avec mon copain si c’était avec un agent. Je n’ai pas peur maintenant que je recherche de nouveau, je sais que si je ne me sens pas à l’aise il faut que je sorte de ma politesse, de ma réserve et le dire à la personne en face, ou me barrer… Mais je flippe beaucoup plus pour toutes celles qui arrivent à Paris et qui font confiance au sérieux de la profession. Parce qu’on devrait leur faire confiance. Je ne veux pas qu’elles flippent, ni s’enferment dans une politesse inutile face à ce genre de personne et dire les choses quand on peut… »

Anonyme, 23 ans, Paris

 

« Le harcèlement de rue se passe-t-il forcément dans la rue ? J’ai pu apprendre à mes dépends que ce n’est pas le cas. Strasbourg, mois de juillet, 5e étage d’un immeuble d’une rue très calme, dans un quartier familial. Sortie de ma douche et revêtie d’un pyjama adapté à la saison, une culotte et un soutien gorge de sport, je passe dans ma chambre fermer mes volets. J’arrive au premier, j’entends un espèce de sifflement, comme celui d’un serpent. C’est un homme, sur son balcon à l’immeuble d’en face. Il commence à me parler, tu t’es habillée ainsi pour moi, tu es bien jolie, … Je ferme de suite le volet, j’éteins précipitamment la lumière et m’assieds par terre. Un problème se pose. Mon second volet est cassé, je dois donc passer du temps dessus pour réussir à le fermer. Mais j’entends encore l’homme. Assise sur le sol sous ma première fenêtre, j’attends, je me dis qu’il va se lasser, mais je continue à l’entendre. Rallume la lumière, allez viens te montrer, pourquoi tu as éteins, moi j’aimais bien. Parfois, il y a des minutes de calme. Je ne bouge quand même pas. Je l’entends à nouveau, je crois que c’était une technique pour me faire sortir. Il se met à imiter la chèvre, le loup. J’attrape une robe posée pas loin et l’enfile. Même si je ne compte pas sortir de ma cachette, je me sens un peu moins vulnérable. La porte de ma chambre est dans l’axe de la fenêtre ouverte, et mon lit juste en dessous, mon téléphone posée dessus. Je décide de ramper vers le lit. Il m’entend, car il recommence à me parler. Sors de ta cachette, je veux juste discuter. J’envoie un message à ma sœur, dans la chambre d’à côté. Je n’ose pas l’appeler, j’ai peur qu’il m’entende. Mais elle ne répond pas, j’imagine qu’elle dort ou qu’elle ne le voit pas. Collée contre le mur dans un coin de mon lit, j’envoie donc des messages à mes amis, qui me rassurent pour la plupart ou me conseillent d’appeler les flics. Mais j’avais peur de le faire. Au bout de 30 minutes de calvaire, ma sœur voit finalement mon message et se poste à la fenêtre. L’homme est parti. J’en profite pour fermer mon volet, et je vais la rejoindre, paniquée et en larmes. Elle passera le quart d’heure suivant à guetter, attendant qu’il se pointe à sa fenêtre pour pouvoir l’engueuler, mais il ne se montrera plus. Le lendemain, je n’ai pas ouvert mes volets de la journée. Je ne me suis pas sentie en sécurité dans mon propre appartement. Quand le harcèlement dépasse les portes de votre domicile, quel est l’endroit où on se réfugie pour se sentir en sécurité ? »

Lisa, 19 ans, Strasbourg

 

« J’ai pris le métro à Jean Macé direction saxe-gambetta pour emmener un enfant que je garde chez l’orthophoniste. Un homme d’une soixantaine d’années abordait une jeune femme qui distribuait des magazines. L’homme lui faisait clairement peur, il lui lançait des phrases très bizarres et elle n’osait pas lui répondre. Forcément, je n’ai pas pu m’empêcher d’intervenir et de lui dire calmement de partir, de la laisser tranquille et de ne pas revenir. Il a dit que j’étais « chelou », et je lui ai répété la même chose très distinctement. Je suis retournée voir la jeune femme en sortant du cabinet car j’étais assez inquiète pour elle. J’ai dit au petit que je gardais d’aller à son terrain, comme d’habitude, c’est le deal avec ses parents, je n’ai pas besoin d’être présente, mais je ne pouvais pas rester sans savoir. J’avais ma bombe lacrymogène dans la poche, et je n’allais clairement pas hésiter à m’en servir et à appeler la police si nécessaire. Quand je suis retournée la voir, elle m’a remercié car l’homme était parti. Il a pris peur, et elle était soulagée car elle n’avait pas de quoi se protéger. Il lui disait que ses yeux pétillaient, qu’elle devait quitter son copain… Des gens se trouvaient autour, prêts à « intervenir » mais plus il y a de monde, moins les gens agissent. Elle, ça aurait pu être n’importe qui. Toi, moi, ta sœur, ta cousine. Alors, faites attention à vous et ne restez pas sans agir si nécessaire ! »

Mélitine, 22 ans, Paris

 

« Aujourd’hui à Montpellier, j’ai été témoin , avec mes amis, de scènes de violences en pleine rue qui m’ont profondément touchée. J’ai vu un homme, enragé, frapper violemment une femme au visage, celle-ci a hurlé de douleur, pleuré, criait d’épuisement. Une seule femme a réagi face à cet homme en se révoltant contre ce geste, il a failli la frapper, l’a insultée, menacée, il était très agressif. Beaucoup de personnes autour observaient sans réagir, ce qui déjà en soi me révolte. Il a entraîné sa pauvre victime en la menaçant continuellement avec insultes à tout va, elle le suivait à contre coeur, et moi, je ne pouvais pas rester là sans rien faire. J’ai été la seule, suivie de quelques uns de mes amis, à tenter d’agir au milieu de tous ces badauds, il fallait voir toute la violence chez cette dangereuse personne et la détresse de cette femme qui malgré tout l’a suivi… l’homme nous a à notre tour menacés et insultés au moindre geste de notre part, j’étais terrifiée… nous avons tenté de retenir la victime et je lui ai dit, avec toute la bienveillance possible, de ne pas le suivre, qu’il était dangereux, qu’il ne devait pas la traiter comme ça, que j’allais l’aider. Déboussolée, elle m’a répondu « écoutez je suis à la rue il faut que j’y aille  » et je n’ai pu la retenir plus longtemps… j’ai immédiatement appelé le 3919, qui a coupé l’appel après que la messagerie m’ait indiqué que « toutes les écoutes sont déjà en ligne ».

Alors j’ai appelé la police et ai signalé la situation du mieux que je pouvais. Chose qui n’aura sûrement servi à rien, mais que pouvais je faire de plus ? Je me sens si mal, si coupable, de l’avoir laissée partir, la situation me semblait si critique, et qui sait ce qu’elle a pu subir par la suite… deux choses m’alertent dans cette histoire: tout d’abord, cette scandaleuse situation de dépendance de la victime qui n’a d’autre choix que de se laisser dominer, insulter, menacer, frapper, peut être violer qui sait, pour survivre ? Cette femme criait de souffrance et son visage respirait la détresse et la crainte face à cet homme. C’est ça le prix à payer pour échapper à la précarité ? Syndrome de Stockholm ou profond problème de société ? Ensuite, c’est cette inadmissible lâcheté qui, en quelques sortes participe à l’aggravation de ce type d’agressions en les laissant arriver. Je ne demande pas aux gens de se confronter physiquement à l’agresseur, étant donné les risques évidents face à quelqu’un d’aussi agressif et peut être armé. Mais bordel, si toutes les personnes autour s’y étaient mises, rien qu’en tentant de le calmer et de le remettre un peu à sa place, permettant ainsi à la femme de prendre la fuite, on en serait pas là, elle n’en serait pas là ! Je me sens si responsable, et pourtant, je suis pratiquement la seule à avoir agi un minimum. Alors si j’ai une chose à dire… ne soyez pas passifs, par pitié pour ces personnes en danger. »

Anonyme, 19 ans, Montpellier

 

« Aujourd’hui 14 juillet région parisienne, j’ai subi un harcèlement particulièrement traumatisant car c’est la première fois que j’en subi depuis que je vis en région parisienne. Dans le train de retour de Clichy après une ballade en famille avec mon chéri et ma petite fille? un homme c’est collé à moi il sentait l’alcool et il parlait tout seul et sa dégaine attirait les regards .. Aucune personne majoritairement masculin n’a réagi ils me regardait juste d’un air compatissant.

Finalement l’homme commence à devenir violent envers moi et mon compagnon intervient car il était assis plus loin donc il venait à peine de remarquer ce que faisait cet importun. Heureusement la police ferroviaire était là et intervient. Leur réaction : le faire descendre au prochain arrêt. ! Je les interloque « il va se chercher une autre proie ! » Aucune réaction ils descendent aussi …

Je me rappelle de tous ces articles du parisien qui décrivent des multi récidivistes qui agressent les femmes. Je comprend mieux pourquoi maintenant »

Alexandra, 28 ans, Paris

 

« Je suis caissière dans une enseigne reconnue et aujourd’hui j’ai vécu un moment plus que gênant, sans doute le plus gênant que j’ai eu à vivre jusqu’à présent. J’ai un jean noir simili-cuir, un chemisier blanc, des sandales à talons marrons et le gilet de l’enseigne couvrant toute parties pouvants éventuellement attirer l’attention. J’ai pourtant l’habitude dans le milieu du commerce à faire face à des hommes gênants. Il y a ceux qui vous tutoie comme si vous étiez sa pote, ceux qui vous suivent du regard avec un petit sourire en coin comme si vous alliez être croquer sur place, ceux qui fixent votre « décolleté  » même s’il n’y a absolument rien à voir, il y a aussi les « bonjour mademoiselle » avec le même petit sourire pervers, et enfin il y a ceux qui font pire que ça, ceux qui vont plus loin dans les paroles ou les gestes.
Ces exemples peuvent peut-être paraître exagérées car les femmes victimes de ce genre de comportement sont reconnues malheureusement pour être « parano ». Quand vous vivez depuis gamine dans un monde où beaucoup d’hommes ne savent pas se tenir, je vous assure qu’on sait reconnaître un sourire bienveillant à un sourire pervers.


Aujourd’hui, enrhumée depuis deux semaine a cause de la clim, je suis à ma caisse et j’ai le malheur d’éternuer. L’homme que j’encaissais, 70 ans au moins, « laissez moi vous déshabiller pour que je vous examine », avec le fameux petit sourire répugnant. Ma seule réaction, « ha » avec un sourire gêné… *politesse quand tu nous tiens*. Je n’ai pas eu peur car je savais qu’il ne pouvait rien faire vu les circonstances du lieu mais maintenant je me pose la question, que pourrait faire un homme comme ça seul avec une jeune femme ? Je suis restée choquée, abasourdie par ce que je venais d’entendre, moi qui avais l’habitude de vivre des scènes plutôt « basiques » comme celles énoncées plus haut.
À ce moment-là viennent une cascade de questions et surtout de remise en question, vous pensez à votre tenue : est-ce le rouge à lèvre nude qui fait cet effet ? Est-ce les talons pourtant pas très hauts ? Est-ce ce joli haut acheté il y a trois jours qui n’a même pas de décolleté ? Puis vous vous regardez dans le miroir et passez par plusieurs positions pour voir à quel moment il aurait pu entrevoir la moindre chose.
Aujourd’hui j’en ai parlé à mes parents et à mon copain, ils me soutiennent, m’assure que ce n’est pas moi la fautive, que c’est ce monsieur qui n’est pas normal ! On me conseille d’en parler à ma patronne et au vigile, je n’en ai pas encore parler car est ce que ça changera quelque chose ? Je n’ai ni retenu sa tête ni son nom, donc qu’est-ce qu’ils pourraient faire de toute façon ?
Depuis cette réflexion, mon gilet est fermé et remonté complètement, je n’arrive plus à sourire naturellement aux clients, car c’est peut-être mon sourire de commerçante qui lui a paru aguicheur ?


J’ai toujours eu l’habitude de lire les témoignages de cette page, je me suis toujours demandé comment les victimes pouvaient culpabiliser car ça n’a jamais été leur faute. Maintenant je comprends car j’ai moi-même de la culpabilité. Je suis habituée à être méfiante en général dans la rue car je suis malheureusement habitué aux regards, sifflements, petites réflexions…mais je ne pensais pas que sur mon lieu de travail ça pouvait arriver, aussi violemment. Aujourd’hui je ne sais pas vers qui me tourner pour résoudre ce problème, si je dois écouter mes parents, aller en parler à ma patronne ou au vigile. Qu’est ce qu’ils pourraient faire franchement ? »

Emma, 18 ans, Valence

 

« Pendant mon adolescence, on m’a toujours vieilli, donné 5 ou 7 ans de plus, j’étais, et suis toujours très grande, j’ai eu des formes à partir de 12 ou 13 ans. J’ai grandis dans la campagne profonde, mais j’allais souvent rendre visite à ma famille, en île de France. Et c’est d’une journée là-bas, dont je vais vous parler, week-end qui a changé ma vie, et ma relation avec mon corps. J’avais 14 ans, j’étais en famille, dans le jardin de chez ma grand mère, il faisait chaud. Elle s’est aperçue qu’il lui manquait quelque chose pour le repas du midi, elle m’a donc donné un peu de sous pour que j’aille au supermarché 200 mètres plus loin. J’étais en short. J’avais 14 ans.

Sur le chemin, je me suis fais alpaguer une première fois par des mecs en voiture, à qui j’ai répondu que j’avais 14 ans, ils sont partit. J’ai continué ma route, et je suis passé devant le bar/tabac du coin, où un homme de 60, 70 ans m’a sifflé. Je l’ai regardé, mi-choquée mi-enervée, mais j’ai continué mon chemin. Arrivée au supermarché, le vigile à l’entrée m’a dit que j’étais jolie, et que je devais pas être du coin. J’ai acheté ce qu’il fallait, et je suis rentrée. J’ai recroisé l’homme âgé, qui cette fois-ci, c’est levé après mon passage, m’a attrapé par les hanches et ma touché la fesse. Je suis partie en courant. J’en ai parlé à ma famille, qui m’a dit de passer à autre chose, et on a mangé.

L’après midi, on est allé aux puces de St Ouen, pour moi c’etait LE moment attendu, j’allais pouvoir m’acheter des chaussures de marques, et des vêtements, j’étais pressée et j’essayais d’oublié l’incidant du viel homme …. On y est allé en transports en commun. Il faisait toujours très chaud, mais ma mère m’a dis que je devrais mettre un jean, pour éviter de me faire embêter. En pleine crise d’adolescence, en rébellion, et vexée qu’elle n’ai pas prit un peu plus au serieux l’incident d’avant, j’ai décidé de garder mon short. J’ai regretté. Arrivée aux puces, avec ma mère et ma tante, on se balade, on profite, et je ne sais plus pour quelle raison je me prends la tête (j’suis ado, ça va !) avec ma mère. On rentre chez ma grand-mère, mais arrivé dans le métro (ou rer je ne sais plus), elles vérifient le trajet devant la carte et je les attends quelques mètres plus loin. Quand tout a coup, 5 mecs, dont je n’oublierais jamais le visage, s’approchent de moi, m’entourent, me collent, me touchent, tous en même temps. J’appelle ma mère, ils s’en vont, je suis en pleurs, meurtris de toutes ces mains sales qui m’ont touché, moi, jeune fille de 14 ans. Ma mère et m’a tante me disent que je n’aurais pas du mettre un short. Aujourd’hui j’ai 23 ans, et je commence seulement à remettre des short. Je me suis fais dragué dans la rue d’autres fois, toujours en île de france, parfois gentillement, parfois de manière agressive, mais je n’oublierais jamais cette journée. »

Anonyme, 23 ans, Paris

 

« Je sors rejoindre une amie en ville. Je passe sous des échafaudages et là un homme âgé (comme quoi il n’y a vraiment pas d’âge pour les crocodiles…) me dit « Bonjour mademoiselle, c’est 5 euros pour passer! ». Je lui réponds « ah désolée, je les ai pas. ». Et là il me répond « Ou bien un bisou ». Je continue mon chemin en l’ignorant et j’entends derrière moi « Une langue dans la chatte ça marche aussi! ». C’était il y a 3 semaines mais ça me revient en tête régulièrement. Quand j’ai raconté ça à mon mari, ça l’a fait rire… »

Anonyme, 28 ans, Lyon

 

« Cet après-midi, j’ai pris le bus à Châtelet : j’étais au téléphone avec ma mère, je repère une place libre au fond du bus et je vais m’assoir pour lui parler tranquillement. C’était sans compter les deux hommes saouls présents au fond de ce même bus. Ils commencent par me dévisager de bas en haut, avant de m’aborder. Impossible de comprendre ce qu’il me disent. Gênée et agacée, je retourne vers la porte pour pouvoir être en paix. Sauf que les deux hommes me suivent et continuent de me parler, et de parler entre eux, sans que je comprenne ce qu’ils disent. Ils s’approchent de plus en plus de moi, je commence à avoir peur. Le bus s’arrête, la porte s’ouvre, je contourne un des deux hommes et saute dehors. Je me rends alors compte qu’ils sont sortis du bus pour me suivre et j’ai vraiment très peur. J’accélère et je change de trottoir. Les deux hommes disparaissent. Ouf. Ma mère au téléphone me calme et m’aide. Une dame m’aborde : « ça va mademoiselle? J’étais dans le bus, j’ai tout vu. La prochaine fois, ne descendez pas, demandez aux gens de vous aider. J’étais là pour vous aider. On va pas les laisser faire ces connards !  »

Prise dans la panique, et stressée, j’avais fui tellement vite que la dame n’a pas eu le temps de me signaler sa présence. Je voudrais vraiment la remercier car même si elle n’a pas eu le temps d’intervenir avant, sa présence et son soutien après m’ont vraiment aidée. Elle a su me rassurer et me donner de la force, si jamais cette situation devait se reproduire. J’ai fait de mon mieux face à la situation dans laquelle j’étais, et je suis contente d’avoir eu le réflexe de fuir, mais elle a raison : on ne va pas les laisser gagner ces connards.

De savoir que d’autres femmes, comme cette dame, et d’autres hommes, veillent et seront là pour me soutenir, m’aide à me sentir plus forte et à apprendre : la prochaine fois, je ne descendrais pas du bus, je ne fuierai pas. Je me battrai et je demanderai de l’aide, car ce n’est pas moi qui suis en tort. C’est à eux de comprendre que nous ne sommes pas des bouts de viande à leur disposition. »

Inès, 23 ans, Paris

 

« Hier, à Lille. Il fait chaud, très chaud. J’ai mis une jolie robe et je me ne suis pas maquillée par flemme. Je finis un rendez-vous avec une amie en ville et je rentre chez moi. J’en ai pour seulement 15 minutes à pied. Quelques minutes après avoir laissé mon amie, un mec un peu éméché vient me parler, je continue ma route, il m’insulte dans mon dos car je ne lui ai pas répondu. Presque arrivée chez moi, un groupe de 3 mecs prêt à traverser un passage piéton me voit, s’arrête et m’attend. Il me regarde arriver et une fois à leur niveau, m’aborde. Je ne répond pas. Un des mecs insiste, je lui réponds, excédée, « ta gueule! ». Les gars se mettent à rire, m’insultent. Je continue ma route, j’ai envie de pleurer. Quelques mètres plus loin, un homme plutôt âgé me fait un clin d’œil et un bruit de succion avec sa bouche. J’accélère le pas pour rentrer chez moi. C’était une belle journée, c’était 15 minutes de marche à pied dans Lille. »

Annabelle, 28 ans, Lille (59)

 

« J’avais 19 ans, c’était l’été il faisait beau, il devait être à peu près 19h, j’étais allée boire un verre avec des copines et je rentrais chez mon copain. En sortant du métro j’ai traversé la gare de Lyon Part Dieu, me suis retrouvée de l’autre côté où les bus se garent, j’avais cette affreuse sensation d’être suivie et je sais que mon instinct sur ces choses là ne se trompe jamais. Je n’étais pas très loin de chez moi peut être à 500metres, j’ai accéléré le pas et j’ai entedu d’autres pas aller plus vite. Je voulais pas me retourner, je voulais pas voir le visage de la personne qui me suivait depuis déjà quelques minutes. Finalement j’ai fait volte face, il était jeune, je ne suis même pas sure qu’il était majeur, je lui ai alors demandé s’il cherchait quelque chose ?  » Ouais ton cul grosse pute » d’accord, bien déjà c’est très classe, je lui ai dit que c’était pas possible car il appartenait déjà à mon copain qui vient me rencontrer sur le chemin, il a commencé à me traiter de tous les noms, j’ai lors essayé de partir rapidement mais il ne m’en a pas laissé le temps, il m’a attrapé par les poignets, il m’a secouée dans tous les sens en hurlant qu’il allait me montrer ce que c’était de se moquer de lui (à quel moment je me suis moquée de lui ?!?!?!) il continuait à hurler des insanités « tu vas voir ce que je vais te faire, on va aller la bas dans la petite rue et je vais te violer tu verra ce que ca fait de pas respecter les hommes » j’avais vraiment peur, il me faisait mal aux bras, il continuait de me secouer dans tous les sens.

Je regardais autour de moi, les gens nous regardaient et passaient leur chemin comme si rien ne se passait, j’avais beau essayé de capter leur regard personne ne réagissait. Je n’arrivais même pas à lui mettre ce coup de genou bien placé il m’en empêchait sans problèmes. Finalement quelqu’un est venu m’aider, c’était un monsieur SDF, il a attrapé mon agresseur et lui a donné quelques coups de pieds dans le dos, il lui a probablement fait mal mais tant pis. Il a attendu d’être sur que l’agresseur était parti, puis gentiment il m’a proposé de me raccompagner jusque chez moi pour être sur que l’agresseur ne me retrouverait pas sur le chemin. Je n’ai pas décliné son offre car j’étais en état de choc. Il est allé récupéré ses quelques affaires et m’a accompagnée jusque devant ma porte. Cet homme m’a tellement réchauffé le coeur que je lui ai donné ce que j’avais, des clopes, une écharpe, je suis montée dans l’appartement, j’ai préparé un sandwich et une bouteille d’eau. Il n’en a pas voulu mais je l’ai presque forcé à les prendre, cet homme m’a peut être sauvé la vie, il ne voulait rien, il sait ce que ca fait quand les gens passent à côté sans même regarder. je n’oublierai jamais cet homme que je n’ai jamais recroisé et qui m’a peut être sauvé la vie. »

Anonyme, Lyon

 

« Aujourd’hui je sors du bus après le boulot, la journée était enfin chaude et ensoleillé, je me suis dit que c’était l’occasion de remettre une jupe. J’en ai pour 800 mètres depuis l’arrêt de bus pour arriver chez moi. Je traverse le trottoir et là une voiture passe à ma hauteur, manque de bol le feu est au rouge. Les hommes qui sont dedans poussent des cris mais vraiment en mode homme de cromagnon. Je ne me suis pas retourné je ne pourrais donc pas dire combien ils étaient ni quel âge ils avaient ni rien sur eux. Devant mon manque de réaction ils commencent à « parler » et je me souviens d’une phrase « même ta jupe est plus bronzée que toi ».

Alors faudra qu’on m’explique comment une jupe peut être bronzée… Et oui étant blonde je suis très claire de peau et forcément une jupe noir c’est plus foncé que ma peau. Je n’ai rien fait, je les ai ignoré superbement, le feu est passé au vert et ils sont partis. Mais non ce n’est pas normal de se faire hurler dessus comme un animal en cage juste parce que je suis une femme et que je porte une jupe (et même si j’avais un pantalon ça ne serait pas normal).

Non ce n’est pas normal d’avoir des appels de phare, coup de klaxon et autres pseudo abordage à la fenêtre d’une voiture quand on est jugé bonne, sexy, belle… Je m’en fous de votre avis de relou. Je fais ce que je veux, je m’habille comme je veux. Je n’ai sûrement pas besoin d’avoir votre pseudo approbation. Alors votre réaction, vous vous la mettez là où je pense. »

Marie, 25 ans, Lyon

 

« Je sors retrouver un ami sur les coups de midi. Il fait beau, chaud, il est midi, ce sont les enfants et les papys et mamies qui sont de sortie, il n’y a donc pas de soucis, je mets une robe. Sur mon chemin, je dépasse un vieil homme, qui marche lentement. Lorsque j’arrive à sa hauteur, je l’entends dire quelque chose, j’ai l’impression en tout cas, d’entendre « joli cul ça ». Ce n’est pas possible, je dois avoir mal entendu, je lui demande s’il peut répéter. « Eh bien oui, c’est un joli petit cul, c’est bien pour ça que tu as mis ta robe là ! ». Evidemment monsieur, j’ai mis ma robe pour que des inconnus puissent commenter mon cul, la chaleur ambiante et le soleil qui tape ne sont bien sûr qu’un prétexte que j’ai utilisé pour me dénuder, dépravée que je suis !

Je suis choquée. Je ne sais pas vraiment quoi répondre. C’est un vieillard, je pourrais être sa petite fille, je ne me vois pas le gifler, il tient à peine debout. Je ne lui sors qu’un « vous êtes une honte monsieur », avant de continuer ma route. Je m’en veux, j’aurais du faire bien plus, le corriger. Je n’ai pas eu peur de ce type, il n’était pas physiquement dangereux pour moi. Il a été psychologiquement dangereux néanmoins. J’ai eu l’impression que les gens ne regardaient que ça tout le reste de mon chemin. Et ce soir, je mettrais un jeans pour sortir.

Je l’ai raconté à un ami. Cet ami m’a répondu « il faut laisser, il est vieux, il faut bien qu’il puisse profiter ! ». Profiter de la vie oui, mais profiter de moi, jamais.  » »

Lisa, 19 ans, Strasbourg

 

« Je me balade dans le centre ville, un jeune homme (entouré de ses copains) m’interpelle « salut Mademoiselle! T’es trop jolie ».
Réticente mais polie, je lui répond « merci c’est gentil! »
Et là, il me dit « tu ne t’imagines même pas comment je me ferais plaisir » et tout ses copains éclatent de rire.

J’aurai dû peut être continuer à avancer plutôt que de lui répondre quand il m’a adressé la parole la première fois, et encore j’aurai sûrement eu le droit au bon vieux « salope, t’es pas polie ! ».

Je suis coupable d’avoir espérer que ce mec la ne faisait pas partie de ces hommes irrespectueux. Depuis je ne répond plus, je me contente de lever la tête, de regarder loin devant moi, et de mettre mon armure pour que leurs mots ne m’atteignent pas. »

Anonyme, 22 ans, Tourcoing

 

« Je suis une personne qui met peu de robe, de jupe, toujours à faire attention ce qu’on ne voit pas trop mon corps. Hier alors que je n’avais pas mis de robe depuis 5,6 ans, j’ai enfin passé le cap, et j’ai passé une super journée jusqu’à qu’un homme passe à côté de moi en m’effleurant le visage et me dise « huuum mais tu es bonne toi » je me suis arrêtée, je l’ai regardé avec le regard le plus noir que j’ai tout en l’insultant de « connard » il m’a fait un clin d’œil, et est parti avec le sourire. Je regrette de ne pas avoir réagit autrement, je suis désolée pour toutes ces femmes qui vivent la même chose et qui comme moi, se sent comme un « truc » un « quelque chose » »

Anonyme, 15 ans, Lisieux

 

« Aujourd’hui alors que je rentrais chez moi en transport en commun, j’effectue un changement de ligne. En montant les escaliers, un homme qui se trouvait sur ma droite m’a littéralement craché dessus. Sans que je lui ai jeté un regard ou adressé ne serait-ce qu’un mot.

Lorsque j’ai levé les yeux dans sa direction, complètement choquée par ce qu’il venait de m’arriver, cet homme m’a fait un doigt avant de partir et continuer son chemin comme si de rien était. Je suis restée planter comme une idiote avant de m’effondrer, ce n’est seulement qu’à ce moment là que des personnes se sont arrêtées pour me demander ce qu’il se passait. »

Zoé, 24 ans, Paris

 

« Comme tout les jours j’emprunte le même chemin pour aller à mon travail. Il fait beau et chaud. Je suis en jean et et en débardeur Basket. Au loin j’aperçois un groupe de jeunes. Comme toutes les fois où je croise des hommes, que se soit seul ou plusieurs je la ressent. Cette boule au ventre. Et ce moment où je me demande si encore une fois je vais avoir droit à une réflexion.  » c’est quoi ton numéro sale pute ». J’avais mon coeur qui battait très vite. Je n’osais pas répondre. J’avais peur de me faire agresser. Je continue ma route en les ignorant.  » la prochaine fois qu’on te voit on te baise par le cul sale pute « .

A cette boule au ventre montait en moi une grande colère. Et le sentiment de ne plus en pouvoir. Chaque jour. Tout le temps. La même chose. Les mêmes remarques. La même rengaine. C’est usant. Et dans ce pays de liberté qu’est la France, chaque jour, à chaque remarque, j’ai l’impression de porter une musolière. Qui m’interdit de me défendre au risque de me faire agresser physiquement. Et ça, ce n’est pas la liberté. »

Pauline, 21 ans, Lille

 

« C’était il y a 3 semaines, un samedi soir. J’étais avec une amie à Caen à une soirée. Nous sommes reparties vers 3h du matin en direction de mon domicile, pas loin du lieu de la soirée. On évite d’abord de passer devant la boîte de nuit pour éviter les soucis. Quelques minutes plus tard, j’ai vu un homme marcher derrière nous, sans trop réagir. Puis j’ai senti les pas de cet homme s’accélérer, jusqu’à ce qu’il se mette à courir pour arriver à notre niveau, en se plaçant entre nous 2. Il voulait nous parler, faire connaissance avec nous. Nous faisions comme si de rien n’était, tout en accélérant le pas pour arriver le plus rapidement possible chez moi. Il a continué de nous suivre, de nous parler, sans qu’on lui réponde. Mon amie était, tout comme moi, littéralement paniquée. Je n’ai vu personne d’autre dans la rue, mis à part une voiture qui passait sur la route. Plus on avançait, plus il devenait insistant. J’ai dû lui dire, pleine de peur, que j’allais hurler s’il continuait de nous suivre pour qu’il nous laisse tranquille. Jamais je ne suis rentrée aussi tétanisée chez moi. Nous n’avons pas signalé cet acte à la police, on aurait dû. Depuis, mon amie supporte mal la présence d’hommes et personnellement, j’en fait des cauchemars.

Peut-être cela paraît anodin, ou pas grand chose, mais on s’est tellement senti en danger à ce moment-là. On a « l’habitude » (malheureusement) de se faire huer, siffler ou encore accoster, mais jamais suivre de nuit. Je ne le souhaite à personne. Et si jamais cela vous arrive, signalez-le, ne vous muez pas dans le silence comme nous l’avions fait jusque-là. Il faut dire ces choses, pour qu’elles cessent. »

Marion, 21 ans, Caen

 

« C’était il y a 6 ans, j’avais 16 ans et je rentrais chez moi en bus. Un homme plus âgé me fixait de façon insistante sans que je n’ai particulièrement cherché le contact visuel. Je descends à mon arrêt, l’homme me suit. Après quelques minutes, je me retourne et il me suit toujours. Il commence à m’interpeller en souriant, mais je ne réponds pas. Puis j’atteins le hall de mon immeuble, l’homme me suit toujours. Je n’arrive pas à réagir plus que ça, mais je décide de prendre les escaliers plutôt que de me retrouver coincée avec lui dans l’ascenseur.

Il me suit toujours, je cours dans les escaliers et je l’entends derrière moi. Je finis par faire volte face et je m’adresse à lui directement en lui disant de cesser son manège, que je vais prévenir mes parents. Il s’approche de moi, je reprends mon ascension en me disant que je dois être très rapide pour atteindre mon étage. Il me suit toujours, alors je me retourne une nouvelle fois, et lui dis en le regardant fixement que je suis mineure, que je suis en train d’appeler mon père qui va descendre (ce qui était faux). Il s’approche à nouveau et je me mets à crier. Il prend peur, il redescend aussi vite.
J’ai eu extrêmement peur, j’aurais sans doute du m’adresser à quelqu’un dans la rue plutôt que de le guider involontairement jusqu’à mes escaliers d’immeuble, mais je n’ai pas su réagir autrement a l’époque. »

Anonyme, 22 ans, Paris

 

« C’était mercredi passé, cours de gym dans le parc à côté de mon école. Sous le cagnard, soufflantes, transpirantes, on court autour de l’herbe. Devant moi, mon amie N., dont la surcharge pondérale n’a rien à envier de son trop-plein de tendresse. Oui, elle est grosse, mais on s’en tape, on l’aime, et elle est très fragile à ce propos, et dans la classe on la soutient beaucoup. Derrière moi, mon amie M., à peine plus épaisse que moi, mais ayant également beaucoup de complexes au propos de son poids. Toutes deux sont douces, fragiles moralement, et surtout, très émotives. Toutes les trois, nous courons côté route. Deux clampins en mobylette arrivent derrière nous et gueulent:

 »Allez les grosses, on court! »

Je n’ai pas le temps de réagir, ils sont déjà partis. Je pense que ce n’est rien, je ne me sens pas visée. Puis j’entends des sanglots.
N. et M. sont en pleurs. Et moi je ne peut rien faire.
J’ai 18 ans, et je me sens impuissante. Je ne sais pas quoi dire. J’ai 18 ans, et je rumine. De retour au vestiaire, autour de moi je n’entends que des filles qui haïssent leur corps, mal à l’aise avec leurs seins, leurs fesses, leurs cuisses. J’ai mal à ma féminité.
J’aimerais leur dire qu’elles sont superbes, qu’elles m’inspirent. Mais elle ne me croiraient pas. J’ai 18 ans, et j’ai mal à ma féminité. »

Natasha, 18 ans

 

« J’habite à Lille, et malheureusement comme beaucoup trop de personnes je suis victime de harcèlement de rue. En effet j’ai souvent entendu des remarques sexistes et déplacés que ce soit à propos de mon physique ou sur des ami-e-s. Mais jusqu’à maintenant ça n’avait jamais été physique.

Depuis quelques mois je me suis remise au sport et ce matin je me suis donc décidé à aller courir dans le parc qui est prêt de chez moi. Pensant être tranquille j’ai donc mit mon casque et je me suis mise à courir. C’est seulement au bout de 10 minutes de courses qu’un homme un peu plus âgé que moi et se baladant sur son vélo s’est décidé à me toucher les fesses sans aucune raison et le tout avec un immense sourire. Je me suis sentie impuissante et la seule chose que j’ai faite c’est de lui demander de « dégager » en le disant assez fort que pour les autres personnes présentes puissent l’entendre. Sauf que personne n’a bougé, ni même fait la moindre remarque, comme si rien ne s’était passé.

Je n’arrive toujours pas à comprendre comment ce genre de chose est toujours possible dans notre société, ni pourquoi est ce que ce sont nous qui sommes obligés de subir sans jamais pouvoir répliquer de peur des représailles.

A ceux qui se permettre de harceler toutes ces personnes, je vous pose une question : est-ce que vous auriez agi de la même façon s’il s’agissait de votre mère/soeur/copine ? J’espère que non et j’espère qu’un jour nous pourrions tous nous balader dans la rue et tout simplement vivre notre vie sans avoir à subir le regard malsain ou les commentaires déplacés de ces gens qui se croient tout permit. Et surtout sans avoir peur qu’une de ces choses se produisent. »

Anonyme, 20 ans, Lille

 

« Un dimanche matin, vers 6 heures du matin, ma meilleure amie et moi avons pris le métro parisien pour un trajet de 10 minutes (les plus longues de ma vie). Alors qu’on discutait tranquillement, assises côte à côte sur un emplacement pour quatre personnes, deux hommes sont montés dans le wagon. L’un d’entre eux, très alcoolisé, s’est assis en face de moi et son ami, un peu moins éméché, en face de ma meilleure amie. Je précise que j’ai développé une phobie des gens saouls au fil du temps (pour des raisons antérieures) et ce que j’ai vécu ce jour là n’a pas du tout arrangé les choses. Etant quelqu’un d’avenant, j’ai commis l’erreur de répondre à ce monsieur lorsqu’il m’a adressé la parole. Je ne sais plus vraiment comment a débuté la conversation tant c’était banal, je me souviens juste avoir précisé que nous n’étions pas de Paris, et du moment où les choses ont commencé à déraper.

Il m’a demandé si j’étais célibataire, chose à laquelle j’ai répondu non, de manière très naturelle. Je pensais qu’après ça, il allait en déduire que je n’étais pas intéressée et qu’il allait me laisser tranquille. Mais au lieu de ça, il a commencé à se rapprocher de moi, à me chuchoter des paroles très embarrassantes et déplacées dans l’oreille comme : « il te baise bien ton mec ? ». J’ai commencé à avoir peur, je me souviens lui avoir dit, le plus calmement possible d’abord : « on ne se connaît pas, vous n’avez pas à me demander ça. » et il a insisté, répétant la question de plus en plus fort, jusqu’à ce que les gens autour nous regardent. Il y avait ceux qui faisaient semblant de ne rien entendre, et il y avait deux jeunes que ça faisait marrer, plus loin. Alors qu’il insistait toujours, je lui répétais que je n’avais pas à lui répondre. Il a fini par s’approcher une nouvelle fois et m’a chuchoté à l’oreille : « tu as de beaux seins… ». Ce même homme a ensuite essayé de m’embrasser, mais j’ai tourné la tête, j’aurais aimé faire plus mais j’étais tétanisée et je n’osais plus bouger. Je lui criais de me lâcher, de me laisser tranquille, mais je n’osais pas bouger, mes jambes ne semblaient plus répondre donc impossible pour moi de sortir d’ici. Son ami est intervenu : « laisse-la, tu vois bien qu’elle va mal, là ». Mais ça ne l’a pas empêché d’essayer à nouveau de me toucher les seins, je l’ai repoussé avec mes mains du mieux que j’ai pu. Je regardais de temps à autre, furtivement, les arrêts qu’il nous restait à parcourir avant d’arriver à destination. Heureusement, nous avons fini par arriver.

Une fois sur le quai, avant que les portes ne se referment, j’ai regardé les gens dans le wagon et ai dit de vive voix : « les agressions sexuelles, tout le monde trouve ça normal, apparemment ?! ». Je me souviens encore d’avoir vu et entendu mon agresseur rire de ma phrase. Lorsque le train est parti, je me suis mise à pleurer et je me suis effondrée plus loin, dans un couloir. J’ai fait un malaise et une crise d’angoisse. Un homme s’est gentiment arrêté et m’a demandé, paniqué : « ça va, mademoiselle ?! Vous allez bien ? ». J’étais incapable de répondre, tant j’étais sonnée. Ma meilleure amie lui a dit qu’elle allait s’occuper de moi et l’a remercié de s’être arrêté. Tout le reste de la journée, je me suis sentie affreusement mal et surtout : SALE. Parce que mon corps avait suscité l’excitation d’un homme que je ne connaissais pas et qui m’écœurait. J’ai pleuré presque dix heures d’affilée (tout le trajet du retour et y compris une fois arrivée chez moi) et j’ai passé les deux nuits suivantes sans dormir, réveillée par des cauchemars, à pleurer et à faire des crises d’angoisse.

Depuis, je ne sors plus sans avoir sur moi une bombe lacrymogène. Il m’est arrivé, un jour, de me rendre compte que je l’avais oubliée et j’ai commencé à paniquer. Je ne trouve pas normal de devoir être « obligée » de transporter avec moi ce genre de dispositif, visant à repousser d’éventuels prédateurs. La peur de me faire agresser une nouvelle fois ne me quitte plus, dès que je sors. Et pendant plusieurs mois, j’ai été INCAPABLE de prendre le tramway toute seule. Je n’ai pas pu refaire l’amour avec mon chéri avant pas mal de temps, parce que j’avais honte de mon corps et parce que j’avais l’impression d’entendre ou de voir mon agresseur chaque fois que j’avais une relation sexuelle. Je pleurais tous les jours, je ne me regardais plus dans le miroir. Depuis, je ne vais plus non plus à des soirées où je suis sure de croiser quelqu’un qui aura trop bu, de peur de revivre la même situation.

Un jour, mon psychiatre m’a dit « vous auriez pu changer de place, au lieu de jouer les victimes ». Je me suis sentie mal de ne pas être comprise et épaulée par ce professionnel qui me suit depuis deux ans. Il n’a pas compris le fait que j’étais trop apeurée pour pouvoir faire quoi que ce soit. Cette histoire a laissée des marques sur beaucoup de gens m’entourant : ma meilleure amie, avec qui on ne parle jamais de ce qui s’est produit. Mon copain : je me souviens qu’il était brisé en apprenant la nouvelle (il en a pleuré de rage) et s’en est profondément voulu de n’avoir pu être présent. Mes parents : dégoûtés que de tels « monstres » (terme employé par ma mère) puissent exister et agir impunément. De plus, ils ont été réveillés toutes les nuits par mes crises d’angoisse. Et enfin : ma petite sœur qui maintenant a peur de se faire agresser aussi.

Je précise, au cas où, pour ceux qui trouveraient éventuellement que la tenue justifie le viol ou l’agression (ce que je trouve ridicule et inadmissible, comme remarque) : ce jour là, je n’avais pas beaucoup dormi, je portais mes lunettes au lieu de mes lentilles, j’étais habillée d’un short en jean (pas du tout au ras des fesses) et un débardeur. On aurait dit que j’étais en pyjama : je n’étais pas DU TOUT à mon avantage. Aussi, en ce qui concerne mon âge : j’avais 19 ans au moment des faits (août 2016). Et pour ma meilleure amie, parce que je suis presque sûre que certaines personnes diront qu’elle aurait pu agir : elle n’osait rien dire, elle avait très peur que tout cela se retourne contre elle et jamais je ne lui en voudrai pour ça, car jamais je n’aurais souhaité qu’elle vive ce que j’ai vécu.

Ce témoignage est sans doute long, mais je tenais à l’écrire dans les moindres détails. Je trouvais important de décrire tout ce que cette agression a impliqué dans ma vie et de tout ce qu’elle a généré chez moi pendant et après. Aujourd’hui encore, je me sens mal quand je repense à tout ça, et il m’arrive encore d’en pleurer. Certains diront peut-être que ce n’est rien, mais pour moi, cela reste à ce jour, l’expérience la plus traumatisante de toute ma vie et j’estime qu’il n’est pas DU TOUT normal que certains (et je souligne ce mot) hommes puissent se comporter ainsi et qu’on les laisse faire, qu’on regarde passivement une agression qui se déroule sous nos yeux sans agir, en faisant semblant de ne rien voir, ou qu’on ose en rire. »

Anonyme, 21 ans, Paris

 

« Je bosse dans un bar, et j’ai 90% de clients hollandais ou anglais, que je peine à comprendre vu que je ne parle que très peu ses langues. Alors, même s’il disent quoique ce soit de sexiste, je ne peux pas les comprendre.
Par contre, je comprend très bien les 10% restant.
Un après-midi, un groupe de clients (donc parlant français, trois hommes et une femme), arrive au bar. Chacun me dit ce qu’il désire boire, je les sers puis de là commence les remarques.
L’un : « j’aime bien les petites serveuses moi ». L’autre : « Si elle était blonde avec forte poitrine je ne dirais pas non » (devant sa propre femme). Ne voulant pas m’attirer d’ennuis (car le client est roi, euuuuh non pas trop quand-même), j’ai uniquement répondu : « Si vous avez encore des remarques à faire sur les femmes, je ne veux pas les entendre alors allez dehors ! », puis je suis partie faire autre chose pour ne pas avoir à les voir. Je me suis sentie tellement humiliée, et tellement choqué que deux hommes se permettent de tenir de tels propos devant d’autres clients, leur femme et moi même.
Non, je ne suis pas un bout de viande, non je ne supporte pas qu’on tienne des propos aussi désobligeants à mon égard.
Stop au harcèlement, où qu’il soit ! »

Amélie, 21 ans, Châteauroux

 

« Il y a 1 mois, je devais me rendre à un spectacle sur Nice avec ma sœur. Ce soir la, étant très coquette, je décide de m’habiller en talons, jean et chemise et de me maquiller pour la soirée, je me sens bien dans ma peau et encore mieux : dans mes affaires !
Une fois partie de chez moi et arrivée sur Nice nous n’avions plus que 10 minutes pour arriver au théâtre. Moi et ma sœur sortons de la voiture, à la première intersection deux hommes bien plus âgé que moi et ma sœur me regardent et nous font une réflexion inaudible, nous passons notre chemin.

3 minutes plus tard, un mec commence à nous suivre et me lance un « eh mademoiselle ! T’as de belle jambes tu sais ? » Cet épisode reste l’un des plus inquiétant car nous ne savions pas si il aller continuer à nous suivre ou non. Heureusement il s’est arrêté après quelques mètres. J’étais partagé entre me retourner et lui dire de se la boucler et continuer mon chemin sans rien dire. J’ai continuer mon chemin sans rien dire de peur qu’il réagisse mal face à moi et ma sœur.

Exactement 2 minutes plus tard un autre homme nous salut sans qu’on lui ai rien demandé… Ce n’est qu’arrivée au théâtre que nous avons eu la paix.

Si j’écris ce message aujourd’hui c’est parce que ça devient insupportable de ne plus réussir à marcher 5 minutes dans la rue sans avoir une réflexion ou des regards insistant sur soi. D’avoir envie de crier pour que ça s’arrête et pouvoir sortir de chez soi tranquillement. Je n’ai qu’une seule question :
Est ce qu’un jour je pourrais sortir de chez moi et ne plus avoir à me soucier des remarques incessantes et fatigantes ? »

Margaux, 18 ans, Antibes

 

« C’était la rentrée, ils étaient trois et était dans le même collège que moi. J’étais sur le chemin pour rentrer chez moi quand ils se sont mis à me suivre. Ils me posait des tas de questions « où est-ce que tu vas comme ça? t’habite où? » je tentais de les ignorer comme je pouvais en pressant le pas. Puis ça a fini par des insultes. J’ai eu droit à des « réponds nous salopes! pourquoi tu cours sale chienne? ». Je me suis mise à courir, ils se sont mis à me courir après tout en continuant de me couvrir d’insulte. Puis j’ai foncé dans le premier tramway, en priant que les portes ne s’ouvrent pas pour les laisser entrer. C’est justement ce qui se passa. Ils cognèrent sur la porte du tramway en me faisait des mimiques de cunnilingus et me faisant des doigts d’honneur. Puis le tramway est parti, et j’ai éclaté en larmes. Par chance, j’ai eu assez de courage pour porter plainte au directeur le lendemain de l’incident et je n’ai plus eu de problèmes avec eux depuis. J’avais 14 ans quand c’est arrivé et ils en avaient 15. »

Julie, 20 ans, Grenoble

 

« Dès qu’il s’est assit en face de moi je l’ai ressenti, l’aura d’intérêt et d’attente qu’il dégage. Ses petits yeux perçants me cherchent. Déjà contrariée, je m’enfouis d’avantage dans mon livre, ne laissant pas sa présence entacher ma lecture. Il fait si chaud. Je porte une robe qui découvre mes jambes jusqu’aux genoux et des sandales. Mal réveillée, j’ai un air bougon et mes cheveux semblent poursuivre leur bataille nocturne. Il me regarde.

Je descends au terminus et le wagon du métro se vide peu à peu, laissant deux sièges vides à mes cotés. À quelques instants de l’arrivée, il se déplace et s’installe à ma droite. Un coup d’oeil furtif me permet de voir qu’il ne s’est pas mis tout à fait à coté de moi, ni même sur le siège d’après. Ok, il s’est assis entre les deux fauteuils, il va m’aborder. Je sens la colère affluer dans ma poitrine. Ce n’est vraiment pas le bon jour.

Alors qu’il se penche vers moi, je le fusille du regard. « Madame… » je ne lui laisse pas le temps de finir sa phrase que je l’interromps d’un « Non. » sans détour. « Madame, je vais chez toi… ou tu viens chez moi… ». Indignée, je tourne le buste vers lui pour lui rétorquer « J’ai dis non ». Je quitte ma place et vais un peu plus loin, debout et je poursuis ma lecture. Je ne vais tout de même pas me laisser perturber.

Mais tandis que le métro s’arrête sur le quai, un doute me saisit. Je tourne à droite. Je ne vais jamais à droite. Ainsi, s’il me suit, j’aurai d’avantage de chemin pour le semer. Arrivée en haut de l’escalier, il me dépasse et j’entends « S’il-vous-plaît madame… ». Comment ça « S’il-vous-plaît » ? Je tourne la tête vers lui et je le vois, le regard presque triste avec dans la main un morceau de carton jaune avec un code barre. Je suppose qu’il s’agit de son numéro de téléphone noté sur un emballage quelconque. Mais alors que je fais brusquement demi-tour en répétant plus fort « Non ! J’ai dis non, ça suffit ! » je reconnais l’objet.

C’est un préservatif.

Ma colère laisse place à de l’inquiétude. Je garde le pas ferme et je poursuis ma route dans le sens inverse. Je profite d’un tournant pour m’arrêter une seconde, j’ai besoin de respirer. Je descends de la rame avec précaution. Je l’ai perdu de vue. Arrivée en bas, je reprends une allure assurée avant de le voir du coin de l’oeil. Il est descendu de l’autre coté. Pour me retrouver si vite, il doit avoir couru ! « Madame s’il-vous-plaît… ». Cette fois je hurle « J’ai dis NON, vous arrêtez maintenant ! ». Je lui tourne le dos et poursuit ma route. Je tourne à gauche. Je ne passe jamais par la gauche. Mais cette route est plus fréquentée et les immeubles qui la bordent offre de grandes baies vitrées dans lesquelles je peux observer mes arrières.

Il ne me suit pas. Je poursuis ma route jusqu’à chez moi et je réalise que je ne reprends mon souffle qu’après avoir claqué la porte derrière moi. J’ai eu peur. »

Anonyme, 26 ans, Rennes

 

« Il y a quelques années, je marchais dans la rue sans regarder personne, sans penser à rien, j’étais juste de bonne humeur et je profitais de ma journée ensoleillée. Soudain une voiture ralentit en passant à côté de moi et un jeune garçon me crie par la fenêtre:  » T’aimes bien te la prendre dans le cul, hein, salope ?  »
J’ai cru avoir tout d’abord mal entendu. Puis je me suis aperçue du regard de cet individu sur moi. Comme si j’étais un objet, comme si j’étais son objet et qu’il avait le droit de conjecturer sur ma vie privée et de me juger. Je suis restée pétrifiée, et j’ai ressenti de la honte. J’ai eu honte que d’autres personnes entendent les paroles que cet homme venait de m’adresser. Sans que j’ai cherché à établir le contact. Comme un chien qu’on siffle. Ma mère me suivait à quelques pas et n’avait pas entendu. Elle fut tout aussi choquée que moi.
J’avais 15 ans et je me rendais à la bourse aux livres pour mon entrée en seconde. Je portais une jupe juste au dessus du genoux mais même si j’avais porté une mini jupe, cette personne n’aurait jamais dû se croire en droit de me dire cela. C’était la première fois que je connaissais ce sentiment d’impuissance, d’humiliation, et de colère. Celui que je ressens plusieurs fois par semaine maintenant. Celui qui me frappe comme un fouet chauffé à blanc lorsque je me rends compte à quel point nous sommes dans une époque où la misogynie, le sexisme et le harcèlement de rue connaissent une recrudescence importante et se cachent dans tellement de gestes et de phrases qui sont rentrés dans les moeurs qui cela passe inaperçu.
Je me dis que le combat en faveur de la condition et de la considération féminine est loin d’être terminé aujourd’hui même si beaucoup de gens pensent le contraire. »

Mélanie, 20 ans, Metz

 

« Il était 21h. Je sortais du travail et j’avais insisté auprès de mon copain pour qu’il ne vienne pas me chercher à part dieu mais à la sortie de mon tram. Je vais donc prendre mon tram, et me place sur les sièges « assis-debout » et regarde autour de moi : deux femmes et le reste… des hommes. Je me dis que je psychote. Ce n’est pas parce que je suis en robe ( avec un short en dessous… toujours. ) qu’il est un peu tard, qu’il va m’arriver un truc.

Les deux femmes sortent au premier arrêt et je me retrouve dans un wagon exclusivement rempli d’homme. Je ne panique pas, j’ai mon casque, quand bien même, un de ces individus viendrait me parler je ne lui répondrais pas. Je n’ai que 5 arrêts à faire avant que mon chéri soit la pour me récupérer. Mais voilà après le troisième arrêt un mec se place à côté de moi et se rapproche dangereusement de moi, petit à petit. On est à 1 ou 2 min d’arriver à mon arrêt . Et là. La pire sensation de toute ma vie, cet homme a passé la main sous ma robe. Tranquille. Comme ça. Comme si c’était normal. Je me suis levée d’un bon et suis partie devant la porte du tram, cherchant du regard une aide.

Mais ce fut Les 30 secondes les plus longues de ma vie, venant de me faire toucher par un mec, dans un wagon rempli d’hommes, la peur d’empirer les choses si je me m’étais à crier ou à pleurer. Je suis sortie du wagon, ai retrouvé mon chéri et ai explosé en sanglots.
J’étais la première à dire que je gueulerai si un mec me touchait sans ma permission. Ou si j’étais victime de harcèlement. Mais voilà, la peur vous fait perdre tous vos moyens. Je n’ai pas arrêter de porter des robes/shorts/jupes pour autant, je ne sais même pas comment je réagirai si ça m’arrivait à nouveau. Je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est que j’ai toujours un peu peur, Du regard des hommes sur moi, de leurs gestes et de leur attitude.

Je suis très triste car après analyse de mon propre témoignage, je ne pourrai même pas me dire « tiens c’est bête, j’aurais pu demander de l’aide à une tierce personne » car tout simplement je ne voyais pas de solution. Aucune. Très triste tout ça. »

Lilas, 22 ans, Lyon

 

« Jeudi, premier jour de service dans un bar-restaurant de ma ville. Les soirées étudiantes génèrent beaucoup de monde, et je parviens tant bien que mal à gérer la pression. Deux jeunes hommes, d’environ 20 ans, prennent commande en me regardant fixement et un peu trop longuement. Pendant que je leur sert leurs bières, l’un me demande avec insistance mes coordonnées, je refuse plusieurs fois. Il finit par se résigner mais se permet de me dire, avec un regard encore une fois insistant, mais le sourire narquois en prime : « en tous cas, jolies grosses fesses ». Choquée, je bafouille de façon sèche que « je ne lui permet pas », que ça « je ne l’accepte pas », mais évidement « ça va c’était pour rire madame ».

Sur le coup de la surprise, je n’ai rien su dire d’autre, leur permettant de comprendre pourquoi ce n’est pas acceptable.
Je sais que je vais durant la saison être à nouveau confrontée à ce genre de situation, et je ne compte pas me laisser faire. »

Anonyme, 19 ans, Dordogne

 

« C’était il y a 2 ans, en plein mois de juillet. Gros pic de chaleur, en plein milieu d’après midi. J’étais avec mon petit ami, avec qui je venais d’emménager ; on allait chercher les derniers cartons de mon ancien appart. J’étais habillée en short, et en t-shirt. On était à pieds, en plein centre ville. J’étais dans mes pensées , toute heureuse de ce déménagement et de ce beau temps d’été.

J’ai entendu mon copain crier « quoi ?! », « qu’est ce que t’as ?! » Il avait interpellé un mec sur le trottoir d’en face, que je n’avais pas remarqué. Ce mec m’avait reluquée de haut en bas jusqu’à se retourner quand on l’avait dépassé. Il n’a donc rien trouvé d’autre à répondre à mon copain: « si tu veux pas qu’on regarde ta meuf, t’as qu’a pas l’habiller comme ça. »

Sa réponse m’a choquée. Je me suis sentie mal, j’ai tout de suite remis en question ma tenue que je ne trouvais pourtant pas spécialement aguicheuse. Il s’est adressé à mon copain en parlant de moi comme si j’étais un objet qu’il avait pour rôle d’habiller convenablement, comme si je n’étais pas libre de m’habiller comme je voulais et que je dépendais de lui. Je me suis sentie profondément humiliée.

Ça a gâché ma journée et je m’interrogeais sur mon short, peut être trop court ? J’ai posé la question à mon copain, que je remercie pour sa réaction saine : « bah oui il est court ton short mais il fait chaud et puis tu t’en fous, si tu l’aimes bien c’est le principal, c’est pas à moi de choisir comment tu t’habilles ! Il avait pas à te regarder comme ça. »

C’était pas une agression mais une fois de plus du rabaissement, un sentiment de se sentir femme-objet, comme si c’était normal de sentir des regards posés sur soi à longueur de journée dès qu’une paire de jambes est dévoilée. Ce n’était pas la première fois que ça m’est arrivé et pas non plus la dernière, malheureusement. »

Manon, 21 ans, Amiens

 

« J’ai 16 ans, et depuis 1ans je me suis rendue compte a quel point la femme était vue comme une proie au yeux des hommes.
Je n’ai pas de copain, je n’ai jamais eu de relations non plus. Le regard insistant de certains hommes sur moi me gêne quand je suis en jupe.

16ans, et je suis déja vue comme un bout de viande.
c’est horrible… je suis encore une adolescente, et de voir des hommes de 30ans me regarder avec des sourires et des regards insistants quand j’attend de traverser le passage pièton alors que eux sont dans leur voiture me répugne.

Je vois écris car aujourd’hui ça a encore recommencé… je marchais pour aller à mon stage, sous 32° pensez bien que je vais pas sortir en jean et col roulé. J’ai opté plutôt pour une jupe qui m’arrive au dessus du genoux et un tshirt de groupe de rock rentré dans celle ci. Je marchais donc, puis une voiture sors de virage et arrive vers moi, je vois le gars (25-30ans maximum) me faire un signe des plus déplacés (il mimait une fellation en me regardant).

16ans et un homme inconnu d’une trentaine d’année dans une voiture qui passe et me fait un signe de fellation, vous trouvez ça normal ? Je suis dépassée vraiment, je sors de moins en moins rassuré de chez moi en journée parceque je suis en jupe ou en robe. Juste l’impression d’être un mouton au milieu d’une meute de loup… »

Laurie, 16 ans, Salon de Provence

 

« Ce témoignage pour expliquer que le harcèlement de rue peut se faire dans des endroits improbable tels qu’une église . J’étais allé prier dans l’église du quartier je m’arrête pour prier, un homme âgé débarque, salue la statue et me dit bonjour, je réponds naturellement « bonjour », il me dit qu’il va m’offrir un cierge (sur le coup je me dis qu’il a reçus une bonne nouvelle et veux la partager). Il me donne donc ce cierce et me dit d’aller le poser en face. Je vais donc le déposer et continue ma petite prière. L’homme débarque et me prend la main, sur le coup ça m’a choqué, je ne savais pas comment réagir, il commence à me dire qu’il va prier pour moi. Il me demande quel est mon nom et tout bref, je commence à paniquer. Il me dit « je suis riche et je cherche une femme noire ». Prise de cours et souhaitant rester polie, je lui dit que je dois y aller, ayant un train à prendre, il me demande mon numéro et à m’accompagner je dit NON. Il me demande alors de rembourser le cierge je lui donne donc le seul billet que j’avais et m’enfuis. Une fois sortie et sur tout le trajet jusqu’à chez moi je me suis désinfectée les mains au moins toutes les minutes. Je m’en veux d’avoir crus que dans un endroit tels qu’une église on pouvais faire confiance au gens mais je trouve ça surtout honteux pour cet homme qui agit de la sorte dans ce lieu tout ça pour dire qu’on est à l’abri nulle part et c’est bien triste. »

Anonyme, 23 ans, Paris

 

 

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