Témoignages

« Bon, je pense qu’à un moment ça dois sortir et qu’une petite phrase ne suffit pas à se soulager de ça.

Par rapport au « gros con » d’hier, je vais parler en généralité et ceux qui ne se sentent pas concernés n’auront même pas besoin de le préciser car ils l’auront comprit qu’ils ne sont pas visé.

« Hier, après mon RDV chez le dentiste, je devais aller chez une amie. Je n’aime pas sortir, j’ai horreur de ça, surtout lorsque je suis seule, je dois prendre mon courage à deux mains pour aller en ville à cause de certaines raisons que je pensais évité ou limiter en ce jour de pluie. Pour cela j’ai adapté ma tenue alors que j’ai chaud, jean large, basquettes en toile pour m’enfuir si besoin, débardeur mais petite veste au cas ou, tournevis dans mon sac si je me fait agressée, pas maquillée, à peine coiffée.

A mi-chemin d’arriver chez mon amie, j’avance tranquillement abritée sous mon parapluie, qu’un mec assez grand (je fais 1m60) vient soudainement derrière moi, s’incruste sous le parapluie en tentant de me le prendre des mains. Il ne le fait pas avec violence, mais son approche l’est, il entre directement dans ton espace vital, marmonnant des trucs incompréhensibles et je tente de le repousser calmement, mais je bout déjà.

– Laissez-moi tranquille, c’est mon parapluie.

Il marmonne, on comprend rien sauf quelques bribes, « nan mais je vais là bas », « je peux venir ? », question stupide, il c’est déjà incrusté. Je tente de reprendre le parapluie, de lui retirer l’abri mais rien y fais, il me colle sur 5m, 10m et plus. Je lui rabâche plusieurs fois que je vais arriver là où je dois me rendre. On passe devant un groupe de gars, je hausse le ton.

– Laissez-moi tranquille, maintenant !

Personne ne bouge, quelle surprise. J’ai même l’impression qu’ils se sont échangé des regards en ricanant. La situation devient très pénible, il ne lâche pas mon parapluie et j’ai accélérer le pas depuis longtemps, « pourquoi tu accélère ? », « tu veux pas me donner ton numéro ? », « je viens de Lyon ». Plus de 100m et il ne m’a pas lâcher, je répond à côté de ses questions « tu viens d’où ? », « quelque part », « t’a un copain ? », question posée une fois, deux fois, je lui dit que oui et que même si ça n’étais pas le cas ça serai non pour lui. J’ai réussit à le lâcher au début de la rue où habite mon amie, je lui téléphone très vite en lui disant de descendre, d’un coin de l’œil je vois dans la vitre que l’autre me suit de prêt, il continu à marmonner et à me dire des trucs que je ne peux pas entendre, j’ai peur et je suis hors de moi mais je ne dois pas explosée car je pourrai me prendre un retour, je regrette même d’être sortie alors que je ne vois jamais mes amis… Arriver au point de RDV, l’autre m’aborde de nouveau et quand je lui renchérit de continuer sa route, j’explose :

– UNE FEMME SE BALADANT SEULE DANS LA RUE NE VEUT PAS DIRE QU’ELLE EST DISPONIBLE !

Il continu sa route, ricanement aux lèvre et moi je bout sur place, j’en tremble, je me dit que j’aurai pu faire plus mais non, c’est pas à moi de me culpabilisée. Mais ce sentiment ne me quittera pas avant un long moment et je demanderai même à mon amie si elle peut me ramener en voiture chez moi, je ne veut plus sortir, plus toute seule… j’en ai assez… »

Vous nous pourrissez la vie les mecs… vous nous tuez à petits feu et vous vous en foutez. Vos comportement, vos fantasmes, vos délires et vos envies nous détruisent… Agir comme ça n’est plus possible… ce n’est plus tolérable, traiter nous comme des êtres humains et non des objets à votre disposition… Je fais partie de celles qui ont décidé de ne plus se taire, remettez vous en question pour ceux qui ne l’on toujours pas fait et aider nous à avancer tous ensembles car nous somme égaux… arrêtez de l’oublier pour de vieux principes rétrogrades et débiles. »

Ariane, 28 ans, Vienne

 

« J’avais les cheveux longs à la mode « mimissicu » (un indien dans la ville) et tout le monde me prenait pour une fille. J’étais encore tout jeune ce soir là, je prenais le bus pour rentrer chez moi. 

Un homme s’est assis à côté de moi, sans parler. Je l’ai senti très proche de moi, je me suis écarté, il s’est rapproché. Encore. Je sentais comme des caresses sous ma cuisse puis sa main s’est glissé sous mes fesses et je le sentais « me gratter ». Je voulais hurler mais aucun son ne sortait, j’étais collé à la paroi du bus bondé et bruyant lui a moitié sur mon siège. Au premier arrêt il a dit « merci » et s’est enfui. 

Cela remonte à plusieurs années mais je me souviens encore des vêtements que je portais, je me souviens de la nuit passée à pleurer
Je me souviens de la honte, encore présente aujourd’hui et ce sentiment de n’avoir été qu’une merde même pas capable de crier. 
Je me souviens de cette colère contre moi même et l’envie d’en finir. 

Personne n’a jamais rien su de cette histoire. Pas même ma sœur qui s’est confiée a moi.

Elle m’a confié qu’un homme l’avait suivie partout en gare, collé à elle ne cessant de lui répéter qu’elle lui « faisait envie » « oh vous me donnez envie ». Il a réussi a l’embrasser de force sur la bouche, elle a eu la chance de pouvoir s’enfuir et a sauter dans le premier train qui était là.

Il est temps que cela cesse !!!!! »

Cyril

 

« J’ai été victime d’attouchements sexuelles quand j’avais 19 ans dans le métro. A cette époque-là, j’étais terrifiée et je n’osais rien dire, j’ai donc quitté le métro (FYI : 2 fois les fesses et une fois la cuisse alors que j’étais assise). Et en lisant tous les témoignages, j’ai pris conscience que ce n’étais pas normale, j’ai donc décidé de ne plus me laisser faire et d’intervenir de manière significative la prochaine fois que ce genre de chose irait trop loin.

Nous subissons chaque jour ce genre d’incivilité, que ce soit ce genre d’attouchement, des mots loin d’être convenables ou des regards instants et libidineux. Il y a 2 semaines encore, dans le train un homme regardait de manière très insistante les autre femmes, quand je me suis assise, il a regardé mes jambes je l’ai donc fixé du regard et il a arrêté, puis une autre femme est rentrée et elle est restée debout devant lui. Le mec a rapproché la tête de ses fesses en la tournant sur le côté pour les regarder. Ça m’a dégoutée !!!! je voulais lui dire : « et oui mon gars, ce sont des fesses et ça lui sert à faire caca » mais je n’ai rien dit de peur de mettre mal à l’aise la jeune femme, mais finalement je le regrette …

Mais aujourd’hui j’ai osé ! Alors que je sortais des cours pour me rendre à la station de métro, très heureuse de ma matinée et de pouvoir rentrer chez moi sous ce chaud soleil de juillet, je passe, comme tous les jours devant cette agence (je serais ravie de vous donner l’adresse et le nom si vous le souhaitez). Comme tous les jours depuis qu’il fait beau, je croise ces hommes qui y travaillen, ils ont entre 25 et 35 ans à peu près, et discutent sur le trottoir (à croire qu’ils n’ont rien d’autre à faire …). Chaque jour j’ai le droit à leurs regards insistants. Aujourd’hui, quand je m’approche d’eux je sens qu’ils parlent de moi car puisqu’ils me fixent, je n’entends pas ce qu’ils disent car j’ai de la musique dans les oreilles. J’arrive à leur niveau, puis j’entends l’un d’eux dire « gniagnia démarche sexy gniagnia » et ses copains rigolent (désolé pour l’approximation mais j’avais toujours la musique dans les oreilles). Je me retourne, j’avance et lui dit : « t’as déjà réussi à pécho une meuf comme ça ? » (je me déteste d’avoir utilisé ces termes mais l’énervement ne m’a pas fait laisser le temps de réfléchir à quelque chose de plus intelligent), l’homme en question a d’abord eu l’air étonné et a lancé un « hein ? » et ces copains ce sont mis à exploser de rire. Face à cette réaction pleine de poésie, je répète : « non mais c’est une question sérieuse, t’arrive à pécho des filles avec ce genre de phrase ? », il répond : « je suis vraiment désolé [instant d’espoir, je lance même un petit merci], j’avais pas vu que t’étais moche » -_____-‘ je lance un deuxième soupir et sous le rire gras et fort de ces copains-collègues je tourne les talons et pars. Et comme si ça ne suffisait pas, je subis le regard insistant et libidineux d’un homme dans le métro puis le sifflement d’un autre sur le chantier à côté de chez moi.

Au bout d’un moment : à t-on le droit de mettre une robe d’été quand il fait 30°C sans subir les relfexions dont on s’en FOU et leurs agissements des hommes que l’on croise? (même si je ne devrais même pas le préciser, elle n’était en rien décolté ou courte) Est ce que ce sont les talons ? ma manière de marcher ? que faut-il faire pour rentrer tranquillement chez soi ? Bien sûr, et fort heureusement, tous les hommes sont loin d’être comme ça, mais ces évènements sont tellement quotidiens, j’en suis fatiguée, fatiguée de devoir faire attention à ce que je porte et à devoir anticiper le comportement des hommes que je croise. Je suis fière de mes formeset d’être une femme et il est hors de question que ce genre de comportement continue de modifier le notre.

Aujourd’hui j’ai réagi, et j’en suis heureuse. J’ouvre les yeux continuellement dans le métro pour agir si quelqu’un d’autre devait subir ce genre de comportement. Nous le subissons depuis toujours, je suis ressortie de cette mésaventure en ayant l’impression d’avoir 100x plus de courage d’avoir réagi SEULE face à ces 6 autres hommes et j’aimerais encourager chacune d’entre vous sur cette voie. Les témoignages m’ont donné la force de réagir, j’espère que le miens en fera autant. Il est évident que nous ne changerons pas la mentalité de ce genre de personne, ils sont déjà perdus.

Mais là je lance un appel international (oui, je suis ambitieuse) : ces hommes sont perdus, mais il est encore temps d’éduquer les plus jeunes et la future génération. Il faut que les garçons comprennent que les femmes-filles ne sont pas à leur disposition et qu’elles méritent le respect (c’est bizarre de l’écrire, ça me semble tellement naturel …) et il faut apprendre aux jeunes filles qu’elles ne doivent pas se laisser faire face à ces situations, et cela s’apprend dès le plus jeune âge.

Je finirais par cette phrase qui a été écrite sur le mur du métro et que je trouve très juste : ce n’est pas parce qu’il fait chaud, que les femmes sont chaudes.

May the force be with you ! »

Anaïs, Paris, 26 ans

 

« Il m’est arrivée des milliers d’agressions sexuelles depuis que je suis mineure. Celles qui m’ont marqués :

– dans le train un homme c’est assis en face de moi, il a sorti son pénis et il s’est branler en me regardant (malgré le monde qui nous entourait), j’étais tétanisée je ne pouvais ni bougée ni parler. Il a fini par descendre et il continuait à me regarder de l’autre côté du train droit dans les yeux.

– je sortais dehors avec mon meilleur ami et un groupe de jeune s’est approché et à crier « hey mademoiselle t’es bonne » et ils se sont rapprochés de nous et il m’ont collé 3 fessées et sont partis en courant. Mon ami n’a pas bouger d’un poil je crois il était choqué de la situation et a fait comme si il ne s’était rien passé.

– je suis partie aquaboulevard avec ma mère et ma sœur et un garçon faisait la queue derrière moi, il frottait son pénis sur mes fesses alors qu’on était pas serrés, il y avait de la place … ma petite peur à l’époque a assistée à la scène et s’est mise à pleurer en voyant la scène d’un mec qui se frottait à moi ..

– lors d’un stage un mécanicien m’a plaqué contre un mur et à tenter de m’embrasser et voulait me toucher

– à chaque consultation mon docteur me demande toujours de me déshabiller même quand il n’y a pas besoin, et il met son truc bien en dessous mon soutient gorge, et m’a déjà proposé de faire la piqûre sur mon cul pour « pas avoir mal » bien sûr il ne l’a pas proposé à mon frère…

– actuellement en poste, les gars même les chefs ramène tout au cul, les blagues tout. Même mon chef il me dis ouais si tu fais pas ça si tu fait pas si c’est la fessée, devant tout le monde et tout le monde rigole (les gars bien sûr)

– des collègues à mon beau-père souvent restent pas loin devant la maison à glander et dès que je passe il me fixe de haut en bas et même quand je me retourne je les regarde droit dans les yeux en mode énervé, ils continuent et c’est flippant… aucune gêne…

– le cousin de mon copain, lors d’une soirée s’est mis à me caresser les fesses je n’ai pas pu bouger sur la panique… et le pire dans tout ça c’est que son frère me traiter de menteuse qu’il ne serait pas capable de faire ça etc etc

Maintenant je suis devenue une parano je vois tout de travers.. j’aime pas qu’on me matte (sauf mon mec lol ) sinon je le prends, très mal ça me provoque, j’en fais des polémiques. Je crois même que mon entourage ne me supporte plus mais c’est plus fort que moi je suis atteinte… »

Anonyme

 

« C’était au mois de juin en 2017. Il devait être dans les 17 heures, on avait marché toute la journée dans Nantes ma mère, ma petite soeur et moi. On était crevées, on avait chaud… et on avait qu’une hâte : rentrer chez nous. Pour ce faire, on devait prendre le tram en direction de Beaujoire pour rejoindre notre voiture. On arrive à pieds à l’arrêt Duchesse Anne, on regarde dans combien de temps arrive notre tramway… je dis à ma mère et à ma soeur : « 3 minutes, ça va, on va pas attendre trop longtemps. ». Peu de temps après que j’ai dit ça, un mec d’une cinquantaine d’années s’approche de moi.

Depuis plusieurs années, j’ai développé une phobie des hommes saouls et ça s’est amplifié quand je me suis fait agresser sexuellement dans le métro parisien (un homme a tenté de me faire descendre du wagon pour me violer) en aout 2016. Alors forcément, ce jour là, en sentant l’haleine alcoolisée de ce monsieur qui s’était rapproché de moi sur le quai, je ne me sentais pas à mon aise. Il me regarde de haut en bas et me lance : « mignonne cette petite jupe, là… dis-moi, tu as quel âge ?». Je ne réponds pas et me contente de boire de l’eau sans le regarder. Il insiste… je lui dis en arquant un sourcil et en soupirant « j’ai 20 ans ». Ensuite, il se tourne vers ma mère et lui dit d’un air intéressé : « vous avez deux très belles filles madame. Vous le savez, ça ? Vous êtes très belle vous aussi, d’ailleurs… ». J’ai cru revivre la même chose qu’à Paris un an plus tôt… je pensais qu’en m’éloignant, ma mère et ma soeur me suivraient alors j’ai traversé le quai bondé pour attendre à l’autre bout. En me retournant, j’ai remarqué qu’elles étaient toujours avec le type, plus loin.

Quand je me suis tournée vers eux pour voir ce qui était en train de se passer il touchait les cheveux de ma soeur !! Elles étaient tétanisées. Le tram est heureusement arrivé dans la foulée et je les ai rejoint le plus vite possible. Ma mère m’a dit qu’il avait dragué ma soeur. Qui avait SEULEMENT 15 ANS putain !! Quant à moi, je ne pensais pas attiser les regards de tels pervers habillée comme je l’étais… la jupe en question m’arrivait en dessous du genou… je ne portais même pas de décolleté… comme quoi, la tenue c’est juste un prétexte pour nous blâmer, nous, les victimes.

Depuis, il m’arrive encore de me faire siffler ou draguer dans la rue. Je ne suis JAMAIS tranquille dès que je dois prendre seule les transports en commun. Je ne sors JAMAIS passé une certaine heure par peur de me faire agresser. Il m’arrive de changer de quai même en pleine journée quand des groupes douteux se rassemblent et regardent les femmes passer. Il y a des rues que j’évite d’emprunter, même en plein jour. J’aimerais que ces hommes comprennent que si je ne les regarde pas, si je leur demande d’aller se faire voir ou si j’insiste sur le fait que je sois déjà en couple : c’est qu’ils ne m’intéressent pas. Il m’est arrivé un soir, après une journée de cours éprouvante qu’un mec assis sur une marche me sorte : « allez mademoiselle… fais-moi un joli sourire ! » alors que je marchais vite avec un visage fermé. Un soir, dans notre car, une fille que je connais a été traitée de salope parce qu’elle a tenu tête à un gros con. Il l’a ensuite menacée de viol avec ses autres copains (les mecs avaient genre 16 ans) : « Les filles grande gueule comme toi, je leur prend le cul ! Tu vas voir, j’vais t’baiser salope, tu vas rien comprendre ». Une autre fille de ma classe a été menacée avec un couteau et s’est fait tabasser par un groupe d’une dizaine d’hommes parce qu’elle portait une robe jugée par ces messieurs : « trop moulante et trop courte ».

Et pour finir : il y a deux semaines, nous étions un groupe d’une vingtaine de personnes en soirée étudiante dans le centre de Nantes (au niveau du Macdo, place du commerce). Il n’était que 23 heures, il y avait pourtant des garçons avec nous, mais des hommes bourrés commençaient à nous tourner autour comme des vautours en nous accostant : « bonsoir mesdemoiselles ! »… on est pas restés longtemps car personne, filles et garçons, ne se sentait en sécurité avec des types pareils. Avec tout ce que je vous raconte ici, j’ai déjà entendu des trucs du genre : « mais de toute façon, il t’est tout arrivé à toi ! » et pourtant je n’invente rien. C’est frustrant qu’on décide de fermer les yeux sur ce qui fait le quotidien des femmes et de les blâmer pour ce qui leur arrive. Pour finir : je précise que je ne tiens pas DU TOUT à mettre tous les hommes dans le même sac, je sais qu’il y en a qui draguent poliment et sans mauvaises intentions (j’en ai croisé des très gentils et mon copain avec qui je suis depuis plus de 3 ans en fait partie) mais malheureusement, ils sont moins nombreux que les lourdauds… ou peut-être qu’ils se font simplement moins remarquer !»

Océane, 21 ans, Nantes

 

« J’ai hésité avant d’écrire et puis je me suis dit que c’était le meilleur moyen de sensibiliser.

J’ai la haine. Depuis deux jours, j’ai la haine. Pourtant avant-hier matin, avant 11H, tout allait bien. J’avais passé une merveilleuse soirée la veille, et rejoignais Marlène pour aller courir.

Il était à peu près 11H20 à Porte Dorée quand tu m’as agrippé. J’étais en train de courir, de chercher mon chemin et tu m’as agrippé. Tu sais, toi, l’espèce d’animal dont, à mon grand regret, je ne pourrais même pas faire la description pour avertir la police. Tellement tu m’as tétanisée.

Toi, qui passait par là, et qui t’es retrouvé les deux mains sur ma poitrine en sueur (oui, parce qu’après 45 min de footing en plein soleil, on n’est pourtant pas au top du sex apeal), et ta jambe entre mes cuisses recouvertes d’un simple short de sport. Ecrire ces mots me dégoûte, j’ai envie de vomir.

Mais j’ai aussi envie de faire réagir. Parce que ce jour là, ce matin là, la scène a dû durer 10 secondes. Ces 10 secondes où le temps s’arrête et où les secondes paraissent des heures. Ces 10 secondes où personne ne bouge, tout le monde constate, personne ne bouge. Ces 10 secondes qu’en général on redoute à 5H du mat dans des ruelles sombres (où rien n’est plus justifié, évidemment) quand on est une femme.

Cette peur, qui fait presque partie de nous, tellement elle nous est inculquée depuis l’enfance parce que l’on ne « doit pas se promener seule le soir », ou qu’on ne « doit pas s’habiller de telle ou telle façon » pour ne pas trop attirer les regards malveillants. Cette peur «  » » »normale » » » » quand on est une femme aujourd’hui.

Ces 10 secondes où l’adrénaline m’a permis de te pousser, et de n’avoir que le temps de partir en courant, plus rapidement que jamais. Avec un seul regard en arrière pour vérifier que tu ne me suivais pas. Il était 11H30 du matin ce matin là, à Porte Dorée, où les voitures n’en finissent plus de passer et où les gens débordent sur les trottoirs, et pourtant je me suis sentie seule, une toute petite fille, comme si personne n’existait autour.

Tu m’as retiré un instant le fait d’être une femme. UNE FEMME. Tu m’as forcé à être une toute petite fille. Je me suis sentie seule. Maintenant je me sens sale. Et toi, t’as du continuer ta route. Comme un animal. Sans aucun état d’âme par rapport à ce qui venait de se passer.

Tu m’as laissée tremblante, apeurée et honteuse comme jamais, de m’être faite toucher par un mec comme toi. Honteuse de ne même pas avoir pu regarder ton visage pour pouvoir dresser ton portrait et que tu ne recommences pas sur l’amie d’à côté. Toi t’as continué ta route, quand ça fait deux jours que je ne pense qu’à ça. Aux « j’aurais du » et « j’aurais pu » qui ne resteront que des suppositions, et forçant la culpabilité ne pas avoir « réagi à temps », ou comme j’aurais voulu.

Ça arrive, tout le temps, partout, à n’importe quelle heure, n’importe quand et par n’importe qui. »

Ysé, 27 ans, Paris

 

« En vacance à Lyon dans le métro : un homme bourré prend le cou d’une jeune demoiselle avec son bras… (essayant de rester souriante) elle se défait du bras et marche vite pour ne pas que ça recommence, un dame âgée fait remarquer à l’homme que son geste est déplacé, il ne trouve rien de mieux que répondre « qu’est ce que tu as la vieille, tu es jalouse » …

Alors j’ai crié (étant un peu loin) « Bravo madame c’est super ce que vous faites, oui monsieur ce que vous avez fait c’est du harcèlement et une honte … etc … etc … (oui quand ça m’agace, on ne m’arrête pas facilement) » honteux pour le coup, le mec s’en va en faisant moins le beau… La demoiselle est revenu nous remercier …

Au final parfois sur tout un quai de métro, seules une dame et une campagnarde ont su parler de ce qui devrait ne pas exister … peut être donner l’envie à d’autre de la faire car finalement … c’est la solidarité que d’arrêter de regarder ses pieds. »
 
Maïna, 31 ans, Lyon

 

« Voilà j’avais 17 ans. J’habitais un petit village et mon copain de l’époque habitait à Troyes. Un matin j’ai pris le bus pour aller le voir. C’était prévu et je savais qu’il travaillait ce matin là mais il n’y avait pas de bus plus tard alors j’ai pris celui du matin. Je savais que je resterai plusieurs heures dans Troyes à l’attendre. J’ai fais un peu de shopping puis au bout d’un moment je suis allée me poser dans l’église d’à côté. Ou plutôt me cacher. Je savais que je ne risquerai rien dans l’église. Mais à un moment elle a fermée pour l’heure du déjeuner. Pas grave mon copain allait bientôt quitter et arriver. Je suis allée l’attendre sur les marches de l’hôtel de ville. Il habitait dans la rue d’à côté et passerait forcément devant moi en arrivant. Seulement il a été retardé au boulot. Et là j’ai commencé à avoir peur. Je n’aime pas la foule, je ne suis pas à l’aise au milieu des gens.
 
J’étais tranquillement assise sur les marches quand un gars est venu me taxer une clope. Soit, je la lui donne je suis pas à une près. Et là il commence à me parler « tu fais quoi ? Pourquoi tu es là toute seule ?  » alors je lui dis que j’attends mon copain qui va bientôt quitter du boulot et arriver. Et dans ma tête, moi l’athée je prie encore et encore pour qu’effectivement il arrive vite. Seulement voilà il n’arrive pas. Je m’éloigne un peu avec mon téléphone dans la main et essaie de l’appeler. Pas de réponse. Il travaille donc encore. Je lui envoie un texto : « tu fais quoi ? Dépêches toi stp. » Je retourne m’asseoir. Oui j’aurais pu partir ailleurs mais qui me dit que le gars ne m’aurait pas suivie dans les petites ruelles ? Troyes est un vrai labyrinthe de ruelles désertes. Et forcément dès que je suis assise le gars revient. « Alors pas de nouvelles ?  » « il arrive. » Que je réponds. « Franchement à sa place j’aurais honte de laisser une si belle jeune fille seule comme ça  » qu’il me sort. Je lui réponds qu’il travaille c’est tout. Et ça continue encore et encore. Je fume clope sur clope pour essayer de me calmer. Rien n’y fait je suis terrorisée. À un moment je me suis levée. Le gars lui était déjà debout. Je suis face à lui et machinalement je lève les yeux vers lui. Et là je vois de l’appréhension voire même un peu de peur dans ses yeux.
 
Au même moment je sens une main sur ma hanche et un baiser dans mon cou. Je tourne la tête et vois mon copain. Enfin. Il a une lueur meurtrière dans le regard en regardant l’autre gars. Il est plus âgé que moi. Et je pense que le gars ne s’attendait pas à voir un homme de 35 ans arriver pour me chercher. Il recule. Me dit « Salut à une prochaine. » Et se barre. Je regarde l’heure. 2 heures. Cela faisait 2 heures qu’il me collait. 2 heures de peur. Mon copain me serre dans ses bras. Il sait que j’ai eus peur. La peur de ma vie. Il m’emmène chez lui sans me lâcher et en jetant des regards derrière pour voir où est l’autre. « C’est fini il est parti. Je suis désolé ma chérie le patron m’a retenu. » Après il m’a laissé un double de clé qu’il avait été faire faire la veille. Et il m’a promis de ne plus jamais me laisser prendre un tel risque. On a eut peur tous les 2. Il m’a dit plus tard qu’il avait compris que quelque chose clochait en voyant mon appel en absence et mon texto juste derrière.
 
Plutôt que de prendre le bus pour rentrer comme il le faisait d’habitude il a demandé à un de ses collègues de le déposer. Même si je ne suis plus avec lui maintenant je lui suis encore reconnaissante d’avoir réagit aussi promptement. Depuis j’évite d’aller trop en ville seule. Et j’ai toujours un couteau suisse sur moi. Je baisse les yeux quand je croise quelqu’un, quand je croise un homme. J’essaie de me fondre dans le paysage, d’être invisible. Dieu merci cet individu ne m’a pas touché. Si ce n’est un frôlement ou deux quand il était assis à côté de moi. Mais j’ai peur aujourd’hui… J’avais 17 ans, je savais que des choses comme ça arrivait mais je ne pensais pas que ça pouvait m’arriver. Maintenant je sais que toutes les femmes sont concernées. Et c’est ce qu’il y a de moins rassurant.»
 
Mylène, 27 ans, Troyes
 

«Invitée dans un restaurant très chic de Montpellier pour une occasion , une clientèle très chic, endroit très coté, et pourtant ce dîner avec mon compagnon fut un désastre, à en couper la faim. Installés à une table en bout de salle, table prête à accueillir 4 couverts de plus un peu plus éloignés de nous. Jusqu’ici tout paraît correct !
 
Entrée délicieuse, place au plat, et à l’arrivée de 4 personnes dont 4 garçons, assez dangereux physiquement. Repas où j’ai passé ma soirée même accompagnée a avoir peur. Soirée, ou j’ai été regardée comme un morceau de viande, du début jusqu’à ce que je quitte la table, des regards à en déstabiliser plus d’une, jusqu’à regarder comment j’étais vêtue. Des conversations, des sous entendus que j’entendais au coin de l’oreille à se demander, si cela ne m’était pas destiné. Des propos sur la femme mais absolument choquants, dénigrants. A tel point, que mon compagnon et moi n’avons plus dialogué du plat jusqu’à ce que nous partions. Même dans ce cas lui même n’a pu réagir fasse à ces colosses. Soirée qui est tombée en miette, ou je n’avais qu’une envie, partir ! Peu importe l’endroit que nous fréquentons, ce genre de choses ne devraient pas se produire. »
 
Anonyme, 21 ans, Montpellier

 

« Vendredi soir, alors que je sortais du tram « nouveau saint roch » pour aller à mon cours de danse je marche dans la rue quand je croise un homme. Au début il marche devant moi, puis je vois qu’il se retourne et me laisse passer devant lui, là il commence, avec insistance, à me parler, me demander à plusieurs reprises mon numéro de téléphone et essayant de deviner mon prénom. Il devait être âgé de 35/40 ans, les cheveux grisonnants et maigre. Voyant qu’il n’arrêtait pas de me questionner je me suis réfugiée dans une salle de sport à proximité. J’ai eu très peur et je souhaite partager mon témoignage pour que ce genre de chose n’arrive plus.»
 
Elisa, 17 ans, Montpellier
 
 

« Ce qui s’est passé hier soir, très spécifiquement, je me sens peut-être de le raconter un peu plus clairement maintenant, avec bien sur un bon gros //ATTENTION\\, ça va parler de mes fesses et de mon sexe, oui, et ce sera un peu violent. J’en suis désolée. Et y’aura des gros mots sans doute.

Parce que bon, je pense que vous le connaissez tous.tes, le coup de la fille éméchée qui rentre chez elle à 3h30 du matin et quelques, qui est sortie danser avec des ami.es, qui a passé une bonne soirée et qui rentre juste avec son MP3 dans les oreilles et la sensation que le monde lui appartient. Qui ne la connaît pas ? 
J’avance donc tranquillement, j’ai chaud aux joues et je suis étourdie de ma nuit, je rentre au pas de course parce que je n’aime pas traîner dans ce genre de situations malgré tout (j’ai des grandes jambes en plus, si vous voyez ma capacité en accélération !). Mais le sujet n’est pas à mes compétences aérodynamiques.

Je marche, une chanson vissée dans la tête, et soudain un mec apparaît sur ma droite, dans mon champs de vision, son visage à pas plus de 5cms du mien. Il marmonne un truc comme quoi je suis soit mignonne soit une salope, je n’écoute pas du tout ce qu’il me dit et prends le réflexe que beaucoup d’autres auraient sans doute eu.es à ma place : je trace encore plus, le dépassant de quelque mètres (estimés), persuadée que le gars va me lâcher, que ce n’est qu’un gros lourd de plus (on en est arrivé.es à ce stade hein, celui ou se faire traitre de potentielle salope devient juste banal en pleine rue et on veut juste passer à autre chose immédiatement. On en est là.) 
Grave erreur. Quelques secondes suite à ça, alors que je me croyais hors de danger / portée des paroles de ce gars, je sens qu’on m’attrape par derrière, d’une main gigantesque, entre mes jambes, pile à la jonction entre mes fesses et mon sexe. Je crois que j’ai dû réagir un peu comme les personnage de mangas dont les yeux s’écarquillent quand ils sont choqués et les cheveux se hérissent : J’ai à peine eut le temps de réfléchir que je me suis retournée pour constater que le gars s’enterrait déjà dans son écharpe et faisait demi-tour, dos à moi, comme si de rien n’était.

Alors j’ai donné un premier coup de pied, probablement plus choquée qu’en colère, en hurlant. (On était près de la tour de Bretagne hein, y’avait un peu de monde.) J’espérais que quelq’un.e voit ce qu’il se passait et réagisse. Rien. La rage a prit le dessus, et j’ai couru derrière lui pour lui en coller un deuxième, de toutes mes forces, en lui hurlant que c’était un énorme connard, un fils de chien, et que si il voulait se battre avec moi il avait qu’à se retourner, je le défonçais (je me serais jamais crue capable de réagir comme ça sobre hein avouons le) Je hurlais le plus fort possible, tout ce que mes poumons m’autorisaient.

Personne ne s’est retourné. Pas même le mec, qui a purement ignoré mes coups, et a avancé le plus vite possible en disparaissant le plus possible dans ses vêtements. Il ne s’est même pas. Retourné. Quand je l’ai frappé. J’étais atterrée. Même la personne qui venait de m’agresser ne reconnaissait pas, n’entendait pas ma rage et ma violence. La colère est retombée automatiquement et j’ai tracé vers chez moi d’autant plus vite avec la sensation glaçante d’avoir toujours cette main entre mes jambes. J’en ai encore la sensation maintenant alors que j’écris, peut-être que j’espère que ça exorcisera un peu mon malaise. J’étais incapable de marcher droit. Je devais raser les murs en tremblant, j’avais la sensation qu’il était toujours derrière moi, la main entre mes cuisses.

Je suis arrivée chez moi en larmes et tristement résignée. Une fois encore hier soir la rue m’a rappelée que je n’avais pas ma place dehors.
Et il ne faut même pas penser à me dire que « j’avais qu’à pas sortir dans la rue seule à cette heure ci » : ce n’est pas une question d’horaire, ce genre de truc m’est déjà arrivé en plein milieu de l’après midi à 15 heure dans le centre ville de Nantes, et dans la même situation, malgré la violence de ce qui se déroulait, des insultes de ceux qui m’agressaient en criant et d’une bouteille lancée dans ma direction (15heure hein, en plein centre ville !), eh bien personne n’a réagit, et j’en étais tout aussi seule. Les mecs qui m’interpellent dans la rue, ça m’arrive à toute heure du jour et de la nuit, et je crois que c’est le cas aussi pour n’importe quelle personne ayant déjà rencontré cette expérience.
Ne sortez pas de chez vous mesdames surtout, vous n’êtes en sécurité à aucun moment, vous n’êtes attendues nulle part lorsqu’il s’agit de votre rage et de votre rancœur. 
Haha.

Je suis une bonne petite salope. »

Amande, 23 ans, Nantes

 

« En revenant de l’église, je m’installe calmement dans le tram et mon trajet se passe bien jusqu’à l’arrivée d’un jeune homme , qui « s’affale » sans hésiter à côté de moi et prenant la quasi totalité de l’espace où nous pouvons mettre nos jambes. Habituée à avoir mes écouteurs pendant de longs trajets, je ne fais souvent pas attention à ce qu’il se passe autour. Je regarde donc dans la vitre en face de moi et je remarque que le jeune homme est entrain de me parler.
 

J’enlève donc un écouteur et lui demande ce qu’il a dit ce à quoi il me répond « que je suis très belle et qu’il a envie de me connaître  » je réponds poliment que je ne suis pas intéressée par sa proposition mais il insiste : monsieur me parle même de mariage et de voyage ! Je réitère et je lui demande de me laisser tranquille, de respecter ma décision de ne pas accepter. Il me répond sans aucune gêne « qu’il faut que je respecte sa décision de m’avoir dans sa vie » je m’offusque et, avec un ton plus agacé, que je ne veux pas faire connaissance avec lui. Malheureusement nous n’étions que 3 dans ce tram, c’était aux environs de 22h.
 

Je demande donc à la 3ème personne (un homme , la cinquantaine) de m’aider et qui fait mine de ne pas comprendre ce que je dis. Je m’énerve et lui répond que si il ne m’aide pas, le jeune homme risque de me suivre jusque chez moi et Dieu sait ce qu’il est capable de faire. Voyant mon énervement, il tente à peine une phrase « Laissez la tranquille, elle ne veut pas  » et mentionne qu’il ne peut pas vraiment m’aider car il doit travailler. J’étais vraiment outrée !
 

Arrivé au terminus, l’harceleur me suit toujours. Je commence donc à essayer d’appeler ma famille pour qu’ils puissent venir m’aider car je commençais à réellement avoir peur et il n’y avait vraiment personne dans le environs. J’ai fini par fuir et lui a enfin décidé de se résigner. Je trouve cela quand même incroyable qu’un homme présent ne m’ai pas aidé comme il se doit et surtout que ce genre de personne à qui l’on dit « non » plus de 50 fois ne réagisse pas et continue en espérant avoir un « oui » »
 

Anonyme, 20 ans, Bruxelles

 

« Hier soir je me trouve à une soirée. Je suis entourée de mes amis et de mon petit ami. On danse tous ensemble et je sens quelqu’un qui me touche les fesses. Je ne suis pas sûre à 100% que se soit volontaire, je laisse le bénéfice du doute, par réflexe je me tourne pour voir qui est derrière moi. Cet homme d’une quarantaine d’année me dis que c’est le foulard qu’il a dans la main qui m’a touché, je réponds ok mais que je n’ai pas inventé ce que j’ai ressenti. Et là il me répond que c’est son ventre qui m’a touché les fesses. Oui évidement je suis de petite taille, il n’a pas de ventre, il me prends vraiment pour une conne.

Je lui réponds « bien sûr, ton ventre » et là il me dit « qu’est ce que tu crois c’est dans tes rêves que j’aurais envie de toucher pauvre fille » Non mais le mec me touche les fesses, je laisse un doute, il me prends pour une conne, il me dit ça et se barre. Ni une ni deux je lui balance mon verre dans le dos. Je fais signe à un employé de la sécurité que je connais de venir. Il se trouve qu’il connaît aussi cet homme. Il me dit que c’est un chirurgien et qu’il n’aurait pas fais une telle chose. Ça me révolte ! Parce qu’il est chirurgien il ne peut pas m’avoir agressée en me touchant les fesses. Cet homme a touché la mauvaise fille. Personne ne peut me toucher une partie d’une corps sans mon accord, aucun homme ne peut m’humilier quand je me défends. Je suis bien contente qu’il ait eu sa chemise trempée de vin. J’espère qu’à l’avenir il ne reproduira pas ça. À toutes les filles qui subissent constatent des harcèlements, soyez sur qu’on n’a pas à subir ça. Quand c’est non c’est non. On a pas à se faire toucher, à se faire insulter, à se faire humilier. »

Anonyme, 27 ans, Montpellier

 

« J’étais sur mon canapé chez moi en train de lire un livre tranquille. Là, j’entends des cailloux taper contre ma fenêtre, je vais voir, 2 jeunes garçons me font signe d’ouvrir, je me suis dis qu’ils avaient besoin de quelque chose, je suis une personne bienveillante alors j’ouvre ma fenêtre, puis 1 des 2 garçons me lance un « Dis tu lis quoi ? T’es vachement mignonne toi, on peut pas venir on regarde un film tous les trois ? Ta pas un numéro ? Je suis du bâtiment tu veux pas venir m’ouvrir ? Allez minette, je te veux du bien »

J’ai refusé. Ils m’ont traité de pute et ils ont essayé de rentrer dans le bâtiment. Je suis choquée que des hommes soient capable de harceler des femmes jusqu’à leur domicile, de nous importuner et nous insulter dans l’enceinte même de notre lieu de vie. Les limites sont largement franchies et il est vraiment temps de faire quelque chose, c’est un veritable problème… »
 
Kaithleen, 19 ans, Aix-en-Provence 

 

« Il faut que je parle d’un truc qui m’est arrivée. Pas parce que j’ai envie que les gens me plaignent, me prennent en pitié ou me regarde différemment mais parce que je trouve que encore une fois en 2017 il faut en parler. Encore et encore jusqu’à ce que ça rentre dans la tête des gens, dans leurs comportements, dans notre comportement.

Samedi 9 décembre c’était la dernière soirée des bars en transe à Rennes. 3 jours de fêtes dans cette magnifique ville qui est la mienne, où vivent des gens important pour moi, une ville que j’aime de tout mon coeur. Pourtant dans la nuit de samedi à dimanche, je l’ai détestée cette ville. J’avais passé une super soirée, entourée de mes ami.e.s et de musique enivrante. J’avais bu de l’alcool, avec plus ou moins de modération, je sais pas pourquoi mais j’ai besoin de le préciser.
A la fermeture du bar où j’étais on est allés rue de la soif chez une copine pour finir la soirée, dans la joie et la bonne humeur, j’ai donnée un briquet à un type qui n’en avais plus et il m’a remercié comme si je venais de lui donner la lune. Bref tout le monde était contents.
 
Et puis à un moment, avec la fatigue et l’alcool je décide de partir en même temps que des amis qui devaient prendre le bus de nuit. Moi j’habite à 5 minutes de la place St Anne et en plus je rentrait avec une amie qui bossait aux bars en transe. On se fait des bisous en bas de l’appartement et on se sépare, je traverse la rue de la soif seule mais d’un pas décidé, regardant par terre pour éviter les ennuis avec quiconque (c’est ma technique du regard fuyant et ça marche bien en général). J’ai pas beaucoup de mètres à faire, même pas une centaine, je dois rejoindre mon amie qui est au T’y Anna.
 
Trois types arrivent en face de moi, le premier tout devant se poste sur mon chemin avec les bras ouvert, je lui dit clairement et poliment « non merci je rentre bonne soirée ». Il insiste, m’attrape le bras, je me dégage et encore une fois « m’excuse » tout en essayant de continuer ma route. Le deuxième qui était derrière n’apprécie pas, je sais pas vraiment ce que j’ai fais de mal mais toujours est il qu’il m’attrape par les épaules et me plaque contre la vitrine de L’Annexe Café pile dans le coin pour être à l’abri des regards. Ses deux potes nous regardent, l’un emmitouflé dans son écharpe et l’autre (qui m’avait accosté en premier) fais des vas et vient.
J’ai hyper peur. Je comprend pas ce que j’ai fait pour en arriver là. Il commence à me serrer les épaules de plus en plus fort. Je lui dis de me lâcher, ce qu’il fait mais en me poussant pour que je tombe en arrière. Je me relève et commence à hurler (ça marche parfois de crier) de me laisser tranquille. Il rigole, regarde ses potes et s’approche de moi en me disant « ah c’est bien tu cris » et me pousse une nouvelle fois pour que je tombe. Je tremble énormément. Je sais pas si c’est le froid, l’alcool, la peur ou tout en même temps.
Je le menace d’appeler la police, en voulant sortir mon téléphone je me dis « meuf, ils sont trois, si ça ce trouve ils vont pas du tout apprécier et te casser encore plus la gueule », je le range et hurle de nouveau « laisse moi tranquille, je t’ai rien demandé, je veux juste rentrée chez moi, fout moi la paix ! ».
 
J’entend la voix d’un mec qui fait « Oooooooh » mais j’ai beau essayer de regarder autour de moi je ne vois personne. Je continue à crier, j’ai l’impression que je m’en sortirai pas. Il me pousse de nouveau et son pote le tire par le bras en disant « c’est bon on y va », j’arrive à me relever. Le type se décide à partir mais me laisse un « cadeau », il me colle une magnifique baffe au visage en m’insultant du classique « pétasse » et là c’est drôle parce que la seule chose que j’ai pu dire c’est « oui bah toi aussi pétasse ! ». Risible.
Je marche aussi vite que je peux et je me rend compte qu’il y avait des gens. A même pas 10 mètres de nous. Les larmes montent, j’ai mal à la joue, aux épaules et au bras mais je marche aussi vite que je peux pour me réfugier dans le bar de mon amie.  J’ai pleurer, j’ai suffoquer dans les bras de mes amis présents dans le bar.  Je sais pas ce que j’ai fait pour mériter ce qui c’est passer.  Je sais juste que j’ai le malheur d’être née fille. Que à chaque fois que je dois rentrée tard il faut limite avoir des gardes du corps.  De devoir me confondre en excuses quand je ne veux pas discuter dans la rue à 3h30 du matin. Et que malgré le fait que j’avais un pantalon pas moulant, des chaussures plates, un gros pull et un chapeau je me suis quand même fais emmerder. Pour rien. Gratuitement.  Je veux pas faire de moral à la con. Juste si un jour vous entendez dans la rue, dans un bar une personne en difficulté, aller l’aider sans essayer d’analyser la situation trop longtemps ou en vous disant que ce ne sont pas vos affaires… Essayer c’est déjà agir pour le bien être des gens, important dans notre vie ou non. »

Victoire, 24 ans, Rennes

 

« Ce matin dans un bus à Montpellier, aux alentours de 8h30, je monte dans le bus, trois hommes me suivent et vont au fond du bus. Ils commencent à parler en français puis en anglais à une jeune fille asiatique, qui leur répond peu. Ça n’a pas loupé, un « et pute, on va te fourrer, tu comprends? ». Je me suis retournée, et ai dit à l’auteur des paroles de la laisser tranquille et de se calmer. En retour je me suis faite insultée, il m’a dit de quoi je me mêle, on a rien dit de mal, tu nous manques de respect, on va péter la gueule à ton copain, je vais lui faire faire le tapin, je suis un fou moi j’ai fait du sport de combat, etc… ils ont parlé entre eux en disant « tu te souviens de la fille la dernière fois, elle avait fait pareil! », preuve que ce n’est pas la première qu’ils embêtent quelqu’un, et qu’une personne la défend.

Je ne pouvais pas en placer une, je leur ai dit que c’est eux qui manquaient de respect en disant pute (ils m’ont répondu que j’avais mal entendu!), je me suis levée face au plus virulent pour lui montrer que je n’avais pas peur, je l’ai traité de pauvre mec. J’étais énervée, je ne pouvais pas en placer une, ce n’étais sans doute pas le bon comportement, mais dans ce genre de situation, tout s’enchaîne tellement vite… Le plus virulent est allé engueuler un garçon plus loin qui les fixait en lui demandant de baisser les yeux, c’est la seule personne du bus qui ait un minimum réagit à l’altercation, les autres avaient le nez sur leur téléphone. Le chauffeur du bus ne s’est pas arrêté, ne les a pas calmé ni fait descendre, les trois hommes sont même allés se plaindre vers lui que je leur avais manqué de respect, ils ont joué les victimes. Je suis descendue du bus à mon arrêt en espérant qu’ils ne me suivent pas, ils n’auraient pas osé me toucher en pleine journée avec du monde autour, mais j’espère ne pas les rencontrer seule la nuit. J’ai écrit au réseau de transport de Montpellier pour leur relater les faits, en espérant que la prochaine fois, le conducteur réagira. J’espère ne plus les croiser.»
 
Julie, 27 ans, à Montpellier

 

« Je voulais vous faire partager une expérience qui s’est déroulée mardi a 12h50 a Boulogne-Billancourt. Je réalise mes trajets pour mes cours, mes stages et mon travail a vélo. Je peux réaliser jusqu’à 40km par jour. Mardi, je me dirigeais sur mon lieu de stage. Cycliste, je suis sur la file de droite, les autres usagers (scooters, motos, voitures, camions, etc) me dépassent sur la gauche et a ma droite, ce sont des places de stationnement. Remarquant qu’une voiture est a ma gauche et roule a ma hauteur et a ma vitesse depuis une dizaine de secondes, je me tourne vers la voiture concernée et là je vois deux hommes me faire coucou, tout sourire et souhaitant me parler. Écouteurs et musique sur les oreilles, je les ignore. La voiture se rapproche de moi, me laissant peu de place.

Je commence a m’énerver et je leur hurle « bouge ta bagnole ! » Le conducteur n’ayant pas apprécié met un coup de volant se rabatant complément sur la droite et empiétant mon espace pour circuler. Obligée de freiner et de m’arrêter, je me déporté complètement sur la file de gauche. L’histoire ne s’arrête pas là. Il me poursuit sur la file de gauche feignant de vouloir me percuter avec sa Mercedes Benz Classe ML (gros modèle, gabarit type 4*4). Je m’arrête en plein milieu de la route énervée, choquée qu’on souhaite me blesser et je hurle de toutes mes forces « mais t’es malade ! Ca va pas ou quoi la tête ?! Dégage !!! » une pluie d’insultes, toutes plus poétiques les unes que les autres et se barre. ENFIN. J’ai pleuré tout le reste du trajet. Je suis arrivée en larmes sur mon lieu de stage. Quand harcèlement de rue peut se transformer en une éventuelle agression physique … J’ai déposé une main courante, j’avais relevé la plaque d’immatriculation de la voiture en question. »

Hélène, 25 ans, Paris

 

« Samedi soir, je sors prendre un verre avec des amis. Un gars m’aborde, on discute il est agréable. Il me demande si il peut m’offrir un verre, oui avec plaisir et on continue de papoter… Le verre arrive, il s’approche de mon oreille et me dit : « après ça on va chez moi et tu me suces ! » Je reste bouche bée 30 secondes, le temps de reprendre mes esprits et là je m’adresse à mes potes autour de la table bien fort : « écoutez c’est super drôle, le mec me paye un verre et me propose d’aller chez lui le sucer ! » Évidemment mes potes embarquent, un des gars lui dit « écoute justement je voulais pas te le dire mais tu me plais grave, j’habite juste à côté ce sera plus rapide et puis comme tu veux juste une pipe, elle ou moi c’est pareil ! » Le mec mort de honte est parti très vite sans demander son reste… bien heureuse d’avoir été entourée, seule pas sûre que j’osais lui répondre … »

Anonyme, 20 ans, Québec

 

« Aujourd’hui, je sors du métro à la gare, je vois une fille qui a l’air paniquée parler avec un homme. Je m’inquiète pas plus je continue je vais à l’arrêt de bus je tourne la tête et là je vois la fille assise, plein de gens autour et l’homme qui revient vers elle. Elle s’éloigne de lui les gens autour s’éloignent d’eux, personne n’intervient. Il lui pose des questions, elle lui dit « je veux pas vous parler laisser moi » et là, j’interviens je dis à la fille « Salut tu va bien ? » Elle met 2min à comprendre et me fait la bise, l’homme essaie de parler, je lui dis « Désolée, c’est ma copine allez viens », on s’écarte, elle m’a remercié, pas le temps de répondre qu’il et la à s’énerver. Il ne m’a pas fait peur mais il m’a énervé, je lui dis : « mais pourquoi tu viens là, tu continues à lui parler, je suis avec elle. » Il m’a dit « Je sais que tu la connais pas… je cherche à me marier mais vous êtes toute des putes » Je lui ai dit « Pourquoi tu affiches tes problèmes ? Je m’en fiche c’est bon ! »

Et il est parti en faisant des grands gestes. J’ai aidé une fille ce soir mais vous savez ce qui me dégoute dans tout ça ? C’est les gens autour qui se sont écartés de cette jeune fille qui se faisait harceler. Demain, cela aurait pu être leur femme, leur fille, leur mère… Pourquoi ont-ils fui ? Cela me rend triste et en colère. J’ai conseillé à la victime de se diriger vers un agent de sécurité et d’expliquer la situation et d’appeler ses proches. Tous les témoins de harcèlement devraient faire de même !»

Anonyme, 28 ans, Toulouse

 

« Je devais avoir 18 ans et je rentrais d’un festival vers 2h du mat. Je n’avais qu’une marche de 5/6 minutes pour rentrer chez moi. En sortant, je remarque un homme, la quarantaine, totalement éméché, ils sort en même temps que moi et déblatèrent des choses incompréhensibles. Je n’y fais pas trop attention et commence à marcher. Alors que je m’éloigne de l’entrée du festival et que j’arrive à un endroit sans personne et sans lampadaires, je remarque qu’il me suit, je commence à avoir peur. J’appelle alors mon père pour qu’il vienne me chercher. Il me dit de faire un peu demi tour et de l’attendre un une pharmacie qui se trouvait sur le chemin et qu’il arrive. L’homme part. J’y vais donc et attends. L’homme revient. Il s’avance vers moi. Et là mon corps, mes cordes vocales, mon être entier se paralyse. Je sais ce qu’il va m’arriver, je sais que je devrais faire quelque chose mais rien. Je deviens spectatrice. Il arrive, mon colle contre le mur. Je peux sentir tout le whisky qu’il a bu, il commence à me murmurait dans l’oreille « tu l’as veut hein? Tu l’as veux, je le vois bien petite pute » tout en collant son sexe contre mes jambes et en baladant ses mains sur mon corps. Il relève ma robe et commence à baisser mon collant puis ouvre sa braguette tout en continuant de me dire des obscénités. Je n’y crois plus, à rien.

Puis là miracle, des policiers faisant leur tours arrivent en demandant ce qu’il se passe et avec des lampes torches. L’homme se retire, de rhabille et crie « c’est pas moi, il le voulait, elle me voulait cette salope ». Les policiers me regardent, j’avais l’impression d’être une coquille vide, j’étais juste là debout à essayer de comprendre ce qu’il venait de se passer. Un des policiers me regarde et me demande si ça va, j’ai du mal a émettre des sons de ma bouche et lui réponds un faible oui. Il regarde alors son collègue, prenne mon agresseur par le coude, me disent qu’ils vont l’emmener au poste. Ils me demandent alors si je rentre chez moi. La seule chose que j’arrive a dire c’est que mon père arrive. Ils acquiescent et me laissent là, seule. Mon père arrive, il voit que j’ai l’air patraque, il pense que l’alcool, je m’excuse de l’avoir réveillé. Je n’arriverais à lui dire ce qu’il s’est passé que 1 an après, quand un psychologue m’aura fait comprendre que ce qu’il s’est passé n’était pas de ma faute parce que je ne suis pas une salope qui ne demandait que ça et que ce n’était pas normal que ces policiers me laissent seule sans demander plus de détails alors que clairement, ce qu’il venait de se passer le méritait. Ce genre d’acte m’est arrivé et c’est ignoble et ça aurait pu être pire, malheureusement je sais aussi se ça arrive à tellement d’autres filles. Le système judiciaire doit changer. Ce n’est pas normal de faire penser à une victime qu’au final, c’est aussi un peu elle la coupable. »

Anonyme, 20 ans, Saint-Lô (50)

 

« A côté de chez moi il y a un parc, et j’y vais tous les weekend pour souffler un peu et prendre des photos, ben je suis pas prête d’y retourner. J’étais entre deux chemins dans un coin de forêt, retournant les tronc d’arbre morts, quand un vieux (entre 60 et 70 ans) est arrivé.

« Lui-alors on cherche les champignons ?
-Euh non des insectes
-Ah, je m’y connait pas la dedans
-Ah
-Je suis de paris je connais pas Nantes
-Ah d’accord
-Et je connais pas les nantaises non plus, et ma femme est loin
-Euh ok
-Ca vous dit qu’on se voit et qu’on règle ce problème rapidement?
-Hein??
-Bah vous savez je suis en manque et vous avez l’air bien vous voulez mon numéro peut être que l’on puisse faire ça assez souvent? Vous avez quel âge d’ailleurs
-Euh 25 ans (je me vieillis exprès)
-Vous faîtes bien plus jeune vous en pensez quoi de ma proposition?
-Non, je ne veux pas
-Mariée peut-être?
-Euh oui (même si en réalité c’est faux)
-Ah ben il ne le saura pas
-Non je ne veux pas, je dois y aller »

Pendant cet échange il m’a touché aussi le bras,le bassin, les fesses et les seins. Puis il est parti, et je suis resté bloquée, toute tremblante. En pleurant , j’ai couru jusqu’à chez moi. Je m’en veut, de ne pas avoir réagit, de ne pas avoir réussie a crier ou fuir. J’étais habillée d’un vieux jogging et d’une veste trois fois trop grande pour moi, qui ne m’était rien en valeurs et pourtant… Moi qui aimait tant ce parc, je n’y retournerai pas de si tôt… »

Anonyme, 23 ans, Nantes

 

« Avant toute chose je tenais à transmettre toute mon empathie pour ce fléau qu’ est le harcèlement. Je tenais aussi à témoigner un vécu. A l’ époque il y a trois ans de cela je vivais avec une copine, et j’ étais paysagiste . Le paysagisme tout comme le monde du bâtiment est un milieux parfois très misogyne. J’ avais des collègues qui me disait ouvertement que les femmes étaient bonne à baiser, ( c’ était très cru mais je n’ entendais que cela ) Ayant l’ habitude d’ entendre des blagues passablement faible d’ esprit, très sexistes cela me faisais rire bêtement. Rien ne me choquais vraiment. Au jour ou j’ ai eut une conscience qui m’ est venu m’ illuminer l’ esprit du problème.

Un jour nous avions eut un client proche d’ un campus universitaire. La route cantonal que nous devions emprunter chaque jour passait devant le campus. Une jeune étudiante passant par là. Mon collègue ouvrit la fenêtre de la camionnette afin de lui siffler et lui hurler des obscénités. Tapant très fort avec une main contre la portière et miaulant très vulgairement. Hors ce n’ était pas la première fois que cela se produisait. Même le collègue concerné m’encouragea à siffler pour demander le numéro d’ une autre jeune étudiante . N’ ayant pas du tout le courage et l’envie je m’y refusai catégoriquement. »

Anonyme, 29 ans, ville de Fribourg (Suisse)

 

« La première agression sexuelle que j’ai subie, c’était à l’école primaire, je devais avoir 7 ou 8 ans, un petit garçon de mon âge prénommé Wilfried m’a plaquée contre le mur du préau pour m’embrasser de force. J’ai eu envie de vomir. Je n’ai rien dit à personne. C’est le seul dont je peux donner le prénom; tous les autres, je n’ai bien souvent pas pu les identifier, mettre un visage sur ces mains qui me touchaient, mettre un nom sur ces visages. Ce sont les garçons du collège, dont le nouveau « jeu » était de glisser leurs mains entre les cuisses des filles dans la queue de la cantine pour leur toucher le sexe. Ce sont ces mains aux fesses, sur la poitrine, qui te caressent et t’agrippent comme un objet, au milieu d’une foule confuse dans un bar ou une boîte de nuit, impossibles à identifier.

C’est ce type qui s’est un jour frotté contre moi dans le métro, sans que je ne comprenne. Je suis sortie, il y avait du sperme sur ma jupe, sur mon sac. Je suis rentrée chez moi, j’ai tout jeté à la poubelle, j’ai passé 45 minutes sous une douche brûlante à pleurer de honte. Je n’ai rien dit à personne. Et je ne parle même pas des sifflements, des insultes dans la rue, de toutes les agressions verbales qui font aussi mal dans ton corps. Voilà, c’est ma vie. Ma vie de femme. Identique à celle de milliers, de millions d’autres femmes. Aujourd’hui, je veux qu’on nous laisse parler, je veux qu’on nous écoute, j’ai la rage, je veux dire, non crier, hurler ce qui m’est arrivé, ce qui nous arrive tous les jours, toute la vie. Je n’en peux plus de me taire… Merci de nous permettre de nous exprimer sur cette page, merci de les forcer à nous écouter. Merci pour la solidarité, pour la sororité qui transpire dans cette page. Ensemble, nous ferons changer les choses, pour que les futures générations de femmes n’aient plus autant d’histoires sordides à raconter. Je veux y croire. »

Vanessa, 29 ans, Toulouse

 

« Je suis une jeune maman de 25 ans. Quand j ai appris ma grossesse ce fut la plus belle chose de toute ma vie. Un jour je rentrais du travail, enceinte, et ça se voyait. Un homme m a accostee et m a sorti des propos déplacés. Je n ai pu voulu sortir seule de toute ma grossesse. Je me suis sentie bafouée et mal pour mon bebe. Maintenant j ai accouché. Et Je me suis promenee il y a quelques jours avec mon bebe en poussette. Sur un trajet de 15min je me suis faite accostée 6 fois par des gamins tout juste au lycée. Et 1 fois par des policiers. Oui oui des policiers en voiture. Par la fenêtre ouverte l agent m a sorti un « wow quel beau petit cul! » Un policier.. si meme eux s y mettent c est grave! Et tout ça avec mon bebe auprès de moi.

Je me suis sentie vraiment mal et encore plus pour mon bebe car j ai préféré ne rien dire pour elle à tous ces mecs ce jours la. Et aujourd hui j ai peur de sortir seule avec mon bebe. Et surtout j ai peur qu elle ne subisse ce harcèlement de rue quand elle sera plus grande et cela me donne envie de pleurer. On devrait pouvoir se sentir en sécurité dans la rue, et la police devrait nous aider plutôt que de prendre part à ce harcèlement, et on devrait pouvoir promener et élever nos enfants sans crainte ! »

Anonyme, 25 ans, Orléans

 

« Ce dimanche matin, vers 9h30, je me rend au carrefour City faire deux petites courses, dont un pack de bières pour une soirée ce soir avec un ami. (Je précise les bières, vous allez comprendre) Je suis habillée en jupe patineuse avec des collants mi opaque, mi transparent avec des petits noeuds au genou (je précise aussi, même si je sais bien que la tenue ne justifie rien). Donc, je descend ma rue tranquillement. Arrivée près du carrefour, je vois qu’il y a une bande de mecs, prévenant les remarques, je les contourne en traversant.

Je rentre dans le magasin, achète mes bières, mon pain et mon nutella, et sors. Les hommes sont encore la. Tant pis, je décide de passer, j’ai la flemme de contourner. Ça ne rate pas.  » B’jour mademoiselle, vous allez vous mettre bien hein avec vos bières la, buvez pas trop hein, une jolie paire de jambe comme ça ça se fait écarter facile ». Bon, ils sont 4, je suis seule, j’ignore en lâchant un gros soupir en passant. Je remonte ma rue, tranquillement, quand j’entends des  » psssssssst ! PSSSSSSSS !  » Booooon, y commencent à me chauffer sévère mais j’ignore. Ce sont 3/4 mecs dans un immeuble, sur un balcon. Et la, vient le magnifique  » EH SALOPE !  » Ok. J’ai fermé ma bouche jusque la, mais ce  » Salope » c’est l’insulte de trop. Je m’arrête net, me retourne, et décide de lui sortir une repartie cinglante.
– Pardon ? C’est a moi que tu parles la ?
– Ouais mais désolée mais on t’appelle tu répond pas…
– Ha.Ha.Ha. Tu sors des PSSSS et tu dit que tu m’appelles ? Parce que quoi, tu as cru que la verge molle domiciliée entre tes cuisses te permet de me parler comme ça ? Je rêve.
– Ça va on voulait te faire un compliment reste polie la !
– Oh mais j’hallucine. Un compliment en me sifflant comme un chien. T’as pas trouvé mieux ? Faut arrêter de penser avec vos queues.
– Ouais désolée mais t’es charmante avec ta p’tite jupe la… J’te soulève quand tu veux…
– Oook donc t’es vraiment con. J’espère qu’un jour un mec parlera comme ça à ta mère devant toi. ça va te faire tout drôle.
– T’a mis une jupe calme toi tu cherches aussi !
– Nan nan nan. J’ai pas mis une jupe pour que les chiens de la casse dans ton genre viennent aboyer a mes pieds. Le respect et l’éducation vous n’avez pas du connaitre.
Bref, j’ai pas de temps a perdre avec des pauvres types immatures. Je suis partie, et ait entendu un flot d’injure. J’ai levé mon majeur sans même leur lancer un regard. »
 
Charlotte, 21 ans, Rennes

 

«Aujourd’hui, il est 19h00. Je m’engage dans la rue menant chez moi. Soudainement, je sens une présence derrière moi. Je me dis que je psychote, que je me fais des films. Je me retourne et vois une voiture qui me suit au pas. Je me mets à l’écart sur le trottoir. J’arrive au bout de la rue, devant le portillon de mon immeuble. Il s’arrête à ma hauteur et me dit « excuse moi, je peux te demander comment ca va ? ». Alors non, vous ne pouvez pas ; vous n’avez pas le droit de me tutoyer comme si l’on se connaissait, vous n’avez pas le droit de me regarder avec insistance comme si j’étais un simple morceau de viande, et vous n’avez aucunement le droit de me suivre comme ca, jusqu’à mon domicile. »

Morgane, 18 ans, Montpellier

 

«Je courrai pour attraper mon train , j’étais en retard car je suis aide soignante et on travaille vers 5h du matin . Je marchais vite mais je croise une personne. Un homme autour de la 20aine qui finit par me suivre et au bout d’un moment me demande où je vais. Je lui répond que j’ai pas le temps car il insiste lourdement. Il l’as mal pris et me dit  » tu est belle , tu travaille où ?  » je lui dit de me laisser tranquille . Il me dit  » t’inquiète je veux discuter t’es pas mon genre  » . Il commence à me prendre le bras et je le pousse . Il se fâche et me menace de me frapper et de m’étrangler . Je suis en rage parce qu’il me retarde et de plus je suis sanguine. Il essaye de me taper mais moi je lui dit » essaye de me toucher , et c’est moi qui te démolit  » avec mes 1m55 et ma force de mouche, je savais que je faisais pas le poids mais bon je tente le tout pour le tout. Je le repousse en lui donnant des petits coups de points dans la poitrine . Il as dit  » c’est bon je me tire  » . Je pense qu’il a vu que je me laissais pas faire du tout et que j’avais un sale caractère . Je suis arrivée 2h en retard à cause de lui . »
 
« JUIN 2017 – Ma fille de 14 ans a arrêté d’aller réviser son brevet des collèges à la bibliothèque de notre ville. Dans le grand espace commun, elle avait l’habitude de s’installer sur une table quelconque et travailler ses cours. Malheureusement, des groupes d’hommes adultes (3 ou 5) – entre 20 et 40 ans, lui tournaient autour en lui disant « t’est belle »  » Jolie fille …  » et surtout ils se plaçaient devant elle – à plusieurs et la fixaient avec insistance. Elle était alors terrorisée et n’osait plus lever les yeux, elle ramassait ses cours et partait. Puis elle a tout simplement arrêté de fréquenter le lieu. Elle m’a raconté ça seulement plusieurs mois après. J’ai signalé ce harcèlement à la bibliothèque qui m’a répondu qu’on leur avait déjà signalé de tels comportements et qu’ils travaillaient sur une procédure adaptée. »
 
Anonyme

 

« Descendre prendre le bus pour aller chercher une ordonnance à Vaise. Voir qu’un voisin (du bâtiment voisin au mien ) prend le même bus.
Cet homme passe tout le trajet (pont sncf à gorge de loup soit 8 min ) à me regarder. Je me sens mal à l’aise (j’ai horreur qu’on me fixe).
On descend donc à gorge de loup. Le mec m’attrape par le bras et commence à baragouiner un truc. J’enlève mon casque et là :

– excuse moi mais je te regarde depuis tout à l’heure et je te trouve très charmante. J’ai vu qu’on habitait la même rue et si tu as besoin d’un plan cul ou un coup rapide, je suis ton homme.

(Oui oui !!!! Je dois avoir une tête à vouloir ça xD)

– ben déjà merci du compliment mais je vais décliner ta proposition. J’ai déjà un plan cul régulier qui s’appelle un petit copain et on vit ensemble. Et on est pas porté sur le plan à 3. Alors je te souhaite une bonne fin de journée.

Le mec me lâche pas le bras et commence à me faire mal.

Moi : par contre tu as 2 secondes pour me lâcher. Si t’as pas compris par la gentillesse, clairement c’est non. Je suis pas le genre à me laisser victimiser et si je veux te faire bouffer le goudron je le ferai.

Le mec me lâche et part avec un gros : toute de façon je baise pas les salopes. »

Alice, Lyon

 

« C’est la grève des transports en commun à Paris, j’attends désespérément mon RER pour me rendre au travail. Je suis seule et dans mes pensées lorsque j’aperçois un homme à ma gauche qui cherche à rentrer en contact avec moi. Il me pose des questions de banalités (l’heure, râler sur la grève etc), il n’est pas agressif cependant il est lourd, inintéressant et insistant. Je vis à Paris depuis 5 ans, j’ai l’habitude de ce genre de type, j’enfile donc ma carapace de femme pas commode et je me referme sur moi-même, lui faisant comprendre que la discussion va prendre rapidement fin. Lorsque sur notre gauche arrive une jeune fille (16 ou 17 ans), seule elle aussi. J’aperçois alors cet homme se détourner de moi pour reproduire le même scénario avec elle. Peut importe l’âge, cette jeune fille adopte la même attitude que moi, elle se braque et essaye de l’éviter. J’observe la scène avec beaucoup d’attention prête à intervenir. Le RER arrive enfin, il est évidement surpeuplé. La jeune fille se dirige vers un wagon différent du mien, l’homme la suit. Elle s’en aperçoit et décide de quitter le wagon pour venir dans le mien. L’homme sort aussi et nous nous retrouvons tous les trois collés serrés dans ce train bondé.

Je continue d’observer l’attitude de ce type avec attention. Il est collé à elle, je le vois, ça la gêne mais les gens sont les uns sur les autres, ni l’une ni l’autre ne pouvons bouger. A chaque arrêt, mouvement de foule mais l’homme se remet constamment derrière elle, collé à ses fesses. Sauf qu’à un moment la vu se dégage et je m’aperçois de ses intentions : ce mec est un frotteur. Je vois son sexe en érection sous son pantalon et ses mouvements de va et viens contre elle. Elle s’en aperçoit mais ne comprends pas bien se qu’il se passe. Je suis outrée, scandalisée et je boue à l’intérieur de moi même. Il y a trop de monde, je suis bloquée et je ne peux toujours pas bouger. Nous arrivons enfin à une station où une masse de gens descendent sur le quai, je décide d’agripper la jeune fille par le bras et la tire derrière moi. Elle est plaquée contre la paroi du train. Je me retrouve entre elle et lui, face à lui. Je lui fais des yeux noirs, il comprend que je sais ce qu’il est entrain de faire, il fait mine de s’excuser pour la proximité, qu’il y a du monde etc. Je ne répond pas, je lève le menton bien haut et le fixe avec un air sévère. Il baisse les yeux. Avec la jeune fille nous sortons à la station Châtelet, je la prend par la main pour ne pas qu’elle me file entre les doigts. Je me sens une âme de grande soeur et je ne veux pas la lâcher. Une fois sur le quai, elle me remercie mais ne comprends pas ce qu’il s’est passé. Elle est consciente qu’une chose anormale s’est passée. J’ai été témoin de tout et je lui explique qu’elle a été victime d’un frotteur et je lui donne les détails ragoutant pour qu’elle soit marquée par la réalité des choses. Je lui explique qu’il faut faire très attention à ce genre d’homme prédateur. Elle est sous le choc mais avertie. Je vous narre cette histoire car si vous êtes témoin d’une agression quelconque, s’il vous plait, réagissez. Ne laissez pas les jeunes filles dans la peur, la panique, l’incompréhension et l’impuissante. La peur peut paralyser les femmes victime d’agression mais à l’intérieur d’elles-même c’est des hurlements. Simuler que c’est une connaissance, prenez-les par le bras, extirper les de leur agresseur. Sauvez-les. »

Margot, 29 ans, Paris

 

« La semaine dernière, pour rentrer chez moi, je rentre dans le métro. Ce métro, ce n’est pas le dernier, non. Il fait encore jour pour un moment, il n’est que 18h30, et tout le monde se retrouve à attendre sur les quais, les gens circulent…et moi aussi. Je suis la foule, un peu ailleurs, j’ai passé une journée épuisante, ça doit se voir. Et alors? En face, je remarque trois hommes. Je les vois parce qu’ils sont grands, et bruyants, et surtout parce qu’ils remontent le flots de voyageurs en empêchant les gens de passer. J’étais de ceux-là, et « ça » m’est tombé dessus. J’aimerais dire « Pourquoi moi? » mais ça voudrait dire « Pourquoi pas quelqu’un d’autre? » Je crois que je préfère que ça me tombe dessus, je suis assez solide. Alors qu’ils arrivent à ma rencontre, les trois mecs forment un mur, m’empêchant de faire un pas de plus. Le plus costaud des trois avance le bras, et sans que je puisse parer son geste, empoigne mon sein avec une force terrifiante, le presse et le tord, avant de se servir de sa prise pour me jeter contre le mur. Je suis choquée. Je tremble, je ne m’attendais pas à une telle agressivité. Ce contact, violent et absolument abject, de cette main sur ma poitrine, et la douleur, tout ça me laisse (malheureusement) sans voix, sans recours possible. Les trois s’esclaffent, ils ont passé un bon moment. Je vois bien que pour eux, c’est « une bonne blague » réussie. J’ai envie de leur arracher la peau avec mes ongles, mais est-ce qu’on ose faire ça quand trois hommes de 1m90, taillés comme des armoires à glace, font face à vous qui atteignez avec peine le mètre cinquante?

 

Alors j’ai arrêté de les regarder pour chercher de l’aide. Du regard seulement, je ne savais plus quoi dire. Et ce que j’ai constaté m’a fait tout aussi mal: les gens, nombreux, avaient vu. Et ces mêmes gens, dans ce même nombre, on détourné les yeux, admirant le quai d’en face, cherchant sur leur smartphone, fouillant dans leurs poches, etc… Ces trois c*ns ont fini de rire et sont partis. J’ai remis mon sac sur mon épaule et j’ai dû faire de même. Écœurée. Quand j’ai raconté ça, on m’a soutenue, bien sûr. Mais on a aussi relativisé. Moi, je ne voulais pas. C’était grave. Et j’ai entendu: « Mais pourquoi tu n’as pas crié ? Pourquoi tu ne t’es pas défendue? Si tu comptes toujours sur les gens… » Ai-je vraiment une réponse à donner ? Je me sens coupable de n’avoir rien dit. « Ils auraient pris peur, si tu avais crié. Si tout le monde se tait, ils continueront » Voilà ce qu’on m’a aussi répondu, ajoutant la culpabilité au fait que, si j’avais agi, ils auraient arrêté. Mais non, je ne suis pas d’accord. Je n’ai rien pu faire, et surtout, s’ils continuent, ce n’est pas de ma faute! Je n’ai rien dit parce que j’étais surprise et choquée, et parce que j’ai senti, à tort ou à raison, que ça pouvait probablement être pire. Dur de se dire que votre instinct de survie vous a soufflé la passivité comme meilleure stratégie. Dur, aussi, de ne pouvoir en découdre avec ces trois c*nnards. C’est arrivé, je n’ai pas plus peur pour autant. Je devrais me méfier, mais je ne suis pas comme ça, à m’inquiéter à tout instant. Et ce n’est pas l’héritage que je veux recevoir de cette histoire. Du harcèlement, physique et verbal, j’en ai eu ma part. Là, c’est juste que j’en ai assez qu’on tourne la chose en dérision, voire qu’on se permette un sourire en coin quand je raconte ce qu’il s’est passé. Merci d’avoir lu, je me doute qu’il y a pire, mais aucun de ces gestes ne peut rester anodin. »

 

Anonyme, 33 ans, Lyon

 

« Aujourd’hui j’ai eu peur. Tu étais près de moi tout en étant loin, je te sentait me suivre depuis de longues minutes je n’ai pas eu la force de me retourner et de regarder ton visage. J’ai voulu partir vite mais tu en as décidé autrement tu me voulais près de toi tu me voulait sous ton emprise. À la caisse je savais que tu allais arriver tôt ou tard derrière moi. j’appréhendais ce moment je me suis dit pourvu qu’il ne me touche pas, pourvu qu’il ne me parle pas. Et tu est arrivé, tu es arrivé et tu m’as parlé. Non tu ne m’as pas parlé tu m’as rabaissé insulté, menacé. Pourquoi? Car je ne suis pas retourné, car tu n’as pas vu mon visage et mes yeux remplis de larmes car j’avais peur de toi. J’ai vu sur ce tapis ce couteau et cette bouteille d’alcool. J’ai vu en toi un danger. Tu t’est permis de poser tes mains sur moi. J’étais bloqué entre toi et cette dame devant moi , j’avais honte.
 
J’entendais mon père me dire retourne-toi et éclate lui les couilles, j’entendais ma mère me dire cours chercher de l’aide. Je suis resté là devant toi à regarder la caissière en ayant les larmes aux yeux. Je t’entendais parler je t’entendais me menacer. Tu étais là derrière moi pendant ces petites minutes qui était pour moi interminable. J’étais perdu. J’avais peur. Je ne sais pas qui tu es et à quoi tu ressembles mais ta voix tourne en boucle dans ma tête. j’ai l’impression de sentir encore ta présence sur ma peau. Je suis triste de ne pas avoir agi comme d’habitude de ne pas mettre retourner et t’avoir éclaté les couilles je ne sais pas pourquoi,je ne sais pas comment mais j’ai perdu tout contrôle. Et puis j’ai décidé d’aller parler à cette dame. je lui expliquer calmement que j’étais suivi, je lui ai demandé de ne pas te regarder je lui ai demandé de faire comme si l’on se connaissait. Elle m’a raccompagnée à ma voiture, elle m’a sauvé. Mon subconscient m’as protégé de ne pas te regarder pour ne pas que ta tête de pervers traîne dans mes cauchemars. J’ai eu peur et je sais que ça continuera. »

Hélène, 20ans, Vannes (56)
 
« J’étais à la fête de l’humanité. Nous sommes le dimanche, il est 18h30, je fais le tour des stands des copains pour leur dire au revoir. À la sortie d’un stand, je me fais arrêter par un homme pour me dire bonjour. Emportée par l’élan, j’accepte de lui serrer la main (à l’huma, on est toustes copain-e-s et toustes camarades). Celui-ci a dû se sentir pousser des ailes puisqu’il enchaîne de suite en me proposant son numéro. Après avoir refusé son offre, celui-ci m’embrasse la main un peu comme un baise-main. J’ai la chance d’avoir une camarade féministe qui l’arrêtera avant que ça puisse aller plus loin, peu importe quelle aurait été l’issue. Je n’ai pas su réagir à part regarder en panique à la recherche de l’homme que j’aime pour qu’il vienne m’aider. Ce n’est pas grand chose, mais je me suis sentie beaucoup moins en sécurité pour la fin. »
 
Anonyme, 19 ans, Fête de l’Humanité 2017
 
« Après un après-midi shopping en centre-ville je rentre tranquillement chez moi. Il pleut beaucoup et les rues sont plutôt déserte pour un samedi après-midi. J’emprunte une rue, en face deux jeunes hommes qui marchent dans ma direction. Je ne leur prête pas plus d’attention que ça mais arrivé à ma hauteur j’ai le droit aux réflexions « salut mademoiselle très mignonne » « tu veux boire un verre » je leur souris pour ne pas paraitre impolie et continue mon chemin. Mais en les dépassant je sens derrière moi une présence et je sais qu’ils commencent à me suivre. Je les entends ricaner, j’accélère le pas mais ils arrivent vers moi l’un des deux propulse mon parapluie au sol l’autre m’attrape par les bras et me maintient contre lui.
 
Je commence à me débattre et à crier mais malheureusement personne n’est là à cause de ce temps pluvieux de merde. Celui qui s’est occupé de mon parapluie continue de rigoler, à un moment l’autre me lâche, je récupère mon parapluie (j’ai pensé à le prendre au sol je ne sais pas trop pourquoi) et commence à marcher très vite sans courir. Je les entends derrière me lancer tout un tas d’insulte « sale chienne va » « petite salope » et en continuant de rigoler. Je rentre chez moi en larme, je me sens humiliée, seule et impuissante. Le pire c’est que pour eux c’était une simple blague, leur petit moment drôle de la journée. »
 
Anonyme, 21 ans, Orléans
 
« Aujourd’hui alors que je me rends tranquillement faire des photocopies à Nantes, je suis a pieds et j’écoute de la musique. malheureusement j’entends quand même, même avec mes écouteurs. Je marchais donc quand j’entends une sorte d’interpellation venant de la route, je me retourne donc (et là fut mon erreur) et vois deux mecs dans une voiture fenêtre ouverte. Sachant à quoi m’attendre je me dis  »et merde » et continue ma route faisant mine d ne pas les avoir vus. Malheureusement ils savant qu je les ai vus et continuent de m’interpeller en criant  » je veux juste te poser une question! ». je continue de les ignorer jusqu’à ce que j’en entende un dire  »quelle salope » avant de balancer une bombe de gaz vide sur moi. Là plus moyen de l’ignorer, mais je suis pétrifiée il m’as carrément balancé quelque chose dessus.
 
J’enlève mes écouteurs, aborde un sourire forcé, la boule au ventre et me tourne vers eux. L’un d’eux me demande  »tu t’appelle louane non » Non pas du tout. je lui dis donc non et me prépare à partir mais il continue de me poser la question pendant que… son pote est entrain de me filmer. Je suis incapable de leur dire pourquoi tu filme espèce de connard. On pense à rien dans ces moments là on a juste envie de lui éclater la tête contre un trottoir, on est morte de peur on sait pas quoi faire. heureusement après un final et on pourrait presque dire  »banal » t’as pas un numéro ils ont enfin daigné me laisser tranquille. c’était court cependant ça paraît interminable on se fait pleins de scénarios. on ne sait pas comment ça va se terminer. Je me suis demandé ce que j’avais fait pour mériter ça, ce qui devait être une petite ballade tranquille a pieds pour aller faire des photocop s’est lentement transformé , cauchemar. Depui je me suis remise de mes émotions mais j’ai encore la boule au ventre. Je me demande quand sera la prochaine fois car oui ça m’es déjà arrivé de me faire accoster mais jamais comme ça. Je sais que je ne suis pas la seule. Mais ce que je ne sais pas c’est pourquoi on nous inflige ça? est ce que ça les amuse ? »
 
Anonyme, 20 ans, Nantes
 
« J’étais à Paris, dans un petit parc près de la gare du Nord avec mon chéri. Un groupe d’hommes se trouvait sur le banc à côté du nôtre. Une femme seule a traversé le parc, et l’un des hommes l’a accostée. Ils avaient l’air de se connaître, et la jeune femme lui souriait. Ils étaient assez proche de nous et nous pouvions les entendre, la femme a commencé à dire qu’elle devait partir, elle avait l’air agacée et beaucoup moins souriante qu’au début. L’homme voulait la retenir, et le ton montait, il l’attrapait par le bras et lui disait de rester, qu’il allait lui présenter ses amis, et son groupe d’amis l’encourageait. J’étais terrorisée, mais je savais que mon chéri (très sportif) serait là si ça dégénerait. Je me suis levée, malgré le fait que mon copain tentait de me décourager en me disant que ce « n’était pas mes affaires », et je suis allée voir cet homme lui demandant de la laisser partir. J’ai vu le regard apeuré de cette jeune femme, elle a vu le mien, l’homme a rejoint ses amis sans faire plus d’histoire, la jeune femme m’a remerciée et elle est partie.
 
J’ai 17 ans, et j’ai osé tenir tête à un homme d’une quarantaine d’années, mais j’étais seulement témoin, je ne sais pas si j’en aurais le courage en tant que victime. Osez agir. Je ne sais pas ce qui aurait pu arriver à cette jeune femme et je pense qu’elle ne veut pas le savoir. J’ai eu peur, vraiment, mais j’ai osé. S’il vous plait, tout le monde peut avoir besoin d’aide un jour, alors osez. »
 
Anonyme, 19 ans, Paris
 
« Je suis de Montpellier mais j’habite à Paris actuellement et j’ai constaté qu’il y avait beaucoup + de types d’harcèlements dans la rue que ce que j’ai connu pendant mes années lycées dans le sud. De plus, j’ai constaté une réelle régression de la part de certains hommes en comparant aux générations précédentes. En effet, ma mère qui a 45 ans m’a dit que dans sa jeunesse ce phénomène s’estompait petit à petit mais était revenu en force depuis quelques années. Ce que je trouve aberrant c’est que moi même je suis victime de regards peu audacieux tout au long de ma journée. Que ce soit dans le métro ou autre.
 
Un évènement qui m’a choquée était que je prenais la sortie à Réaumur Sébastopol quand un groupe de policier m’ont regardée en me disant « nihao » ( oui, déjà là ça prouve le niveau de maturité) et m’ont dit que j’étais quand même vachement jolie. Or, ils se situaient sur leur lieu de travail et était censé effectuer des rondes. J’ai trouvé ça hallucinant. Ils se sont même charriés entre eux pour savoir qui avait commencé à dire que j’étais jolie. Mais d’une manière fort désagréable de gros lourdingue. Bref, une autre histoire aussi quand j’étais allée au commissariat pour porter plainte pour vol à l’arraché de mon portable et que le policier au poste, m’a demandé de lui faire la bise pour faire connaissance? C’est révoltant. Je lui ai donc dit non mais je ne suis pas venue pour ça. Il m’a répondu d’un air hautain que j’étais méchante et qu’il ferait tout pour que ma plainte soit refusée. Même si c’était de l’humour (très drôle…) Je ne trouve pas ça acceptable. »
 
Marie, 19 ans, Paris
 
«Lyon, début du mois de janvier, il fait très froid. Je sors de cours et je saute dans le tramway pour aller rejoindre mon copain. Forcément heure de pointe oblige, le tramway est extrêmement rempli et nous sommes obligés d’être serrés les uns contre les autres pour que les portes se ferment. Peu importe je n’ai que deux arrêts à faire pour arriver à destination. Tout d’un coup je sens quelque chose de dur se frotter contre moi, des vas et viens. Je ne comprend pas tout de suite, je me demande si ce n’est pas plutot moi qui suis parano, si ce n’est pas seulement parce qu’on est tous serrés et que la personne en question ne fait pas exprès…
 
Et puis je comprend vite, je sens le souffle d’un homme juste derrière qui continue à se frotter contre moi de plus en plus rapidement. Je n’ai rien su dire rien pu faire à part essayer de bouger un peu pour lui faire comprendre que je n’étais pas d’accord. Arrivée à destination je suis sortie en courant sans même me retourner. Je n’ai même pas pu regarder son visage. J’ai rejoins mon copain qui n’a même pas semblé se rendre compte de la gravité de la situation… Aujourd’hui avec le recul je me dis que j’aurai dû réagir différemment, cet homme méritait d’être humilié devant tout le monde..j’aurai dû le remettre à sa place… Je ne peux pas m’empêcher de me demander comment un homme peut profiter d’une telle situation pour se faire plaisir…dans un espace public…à vision de n’importe qui… J’adore Lyon, j’adore ma ville et je continue de prendre les transports en commun, je n’ai pas peur. Maintenant je ne me laisserais plus faire.. »

Anonyme, 22 ans, Lyon

 

« Ce soir j’ai été la victime d’un pervers sexuel. J’attendais que mon train démarre à Lille et j’étais contre la vitre côté voie lorsqu’un train est arrivé en gare de mon côté. A un moment donné je me suis tournée vers la vitre et j’ai vu un homme positionné entre les deux trains, en train de se masturber contre la vitre. Son sexe tendu, positionné de profil, était au niveau de mes yeux… Tellement choquée, je me suis retournée paniquée et quand j’ai voulu voir si je n’avais pas halluciné il était de nouveau dans le train, les mains dans les poches avec la bosse visible de son érection sous son survêt. La porte côté voie de ce train était grande ouverte. Mon train a commencé à démarrer et je me suis dirigée vers les contrôleurs pour leur expliquer ce que je venais de voir. Je n’ai pas pu retenir mes larmes, j’étais extrêmement choquée qu’un homme ait ce genre de pratique et que je puisse être l’objet de son désir malsain. Le contrôleur a tout de suite signalé l’individu à ses collègues restés en gare, mais lorsqu’il a compris que j’avais vu l’homme entre les deux trains et que la porte côté voie de l’autre train était ouverte, il m’a dit que c’était impossible et que seuls les contrôleurs pouvaient ouvrir la porte avec une clef spéciale. J’ai alors émis l’idée que ça pouvait être un agent sncf et on m’a répondu que c’était impossible.

En définitive, à leurs yeux j’étais tellement sous le choc que je me trompais sur ce que j’avais vu alors que j’étais sûre de moi. Fort heureusement une jeune femme est intervenue pour appuyer mon témoignage, disant avoir vu l’individu entre les deux trains aussi. Une fois arrivée chez moi, j’ai reçu un coup de fil de la police ferroviaire qui disait avoir arrêté un individu qui correspondait à la description. Mais quelques secondes après j’ai entendu quelqu’un dire que ça ne pouvait pas être lui et ils l’ont donc relâché. Je n’étais de toute manière pas capable de le décrire précisément. Ce qui m’inquiète c’est que si on admet qu’il ne s’agit pas d’un agent sncf, cela veut dire qu’un individu possède la clef qui permet d’ouvrir les portes des trains et qu’il peut s’adonner à ce genre de pratique sans risquer de se faire prendre. La police ferroviaire m’a conseillé de porter plainte contre X, ce que je vis faire. Dans le contexte de la braderie de Lille ils n’ont pas pu mettre par écrit ce que j’ai expliqué mais ils ont été très attentif. Ils m’ont dit qu’ils avaient déjà eu ce signalement et qu’ils allaient enquêter pour savoir comment il a pu ouvrir les portes et comment l’en empêcher. J’ai également un ami qui travaille à la sncf qui a signalé ce que j’ai vu.
Je témoigne ici pour que les personnes victimes de ce genre de pratique aient le courage de témoigner afin que cet ou ces individus ne puissent plus sévir en toute quiétude. J’ai porté plainte et l’homme a recommencé une semaine plus tard. Il a été repéré et s’est fait arrêter. »

Anonyme, 27 ans, Lille

 

« A l’instant, je sors de chez moi, je marche et je passe devant 3 mecs. Je me fais accoster, siffler et traiter de chienne. Je suis fidèlement votre page et j’aurai aimé avoir le cran de répondre, de me retourner et de les envoyer chier et au lieu de ça j’ai docilement marché jusqu’au tram.. Je suis énervée contre moi. »
 
Anonyme, 24 ans, Dijon

 

« Ce soir, c’est jeudi, et l’été à nimes ont lieu les traditionnels « jeudis de Nîmes » : des artistes/artisan-e-s exposent leurs créations sur le parvis de la maison carrée, les cafés sont bondés, la ville est animée, l’ambiance est festive. Comme tous les jeudis je me rends avec une de mes meilleures amies rejoindre d’autres amies. Nous nous étions retrouvés sur la terrasse d’un bar du centre ville, et nous décidons d’aller nous commander un verre à l’intérieur. Juste avant de franchir la porte du bar, un gars nous interpelle : « eh mesdemoiselles » et nous n’entendons pas la suite, coupant la parole à cette personne, car nous l’avions reconnue : j’avais déjà été harcelée par cette personne auparavant alors que je me baladais seule et la semaine avant ce jeudi de Nîmes, mes amies et moi avions de nouveau été victimes de ce harceleur.

En effet, la semaine dernière nous marchions en centre ville pour rejoindre des amis (le coin n’était pas trop fréquenté mais nous étions deux, nous n’avions pas peur) lorsqu’une voiture s’est arrêtée à notre hauteur. Le conducteur a baissé la vitre et nous a dit « eh mesdemoiselles vous êtes vraiment très charmantes ». Sur le coup, nous l’avons remballés : « Oh le relou… ». Bref, ce soir, nous allions commander nos consommations quand il nous a interpellé, mais nous l’avons directement reconnu et nous lui avons dit de nous laisser tranquille car c’était lourd. Nous croyions que « l’affaire » allait s’arrêter là, mais à peine sorties du bar et passant devant lui nos verres à la main (il était entouré de plusieurs potes à lui) nous avons entendu qu’il criait bien fort devant tout le monde : « mais qu’elles sont laides, vous êtes laides, laides, laides ». Puis, il s’est posté pile en face de nous en nous fixant et en rigolant, et nous nous sentions observées tout le reste de la soirée. Le terme « laide » ne m’a absolument pas vexée (venant de ce genre de personne), mais c’est plutôt cette tendance à tout le temps dire aux filles : « mesdemoiselles vous êtes charmantes » avec un regard déplacé. Ce qui me dérange, c’est le fait que des « gars » s’autorisent, se permettent de nous insulter. Parce que nous n’avons pas répondu à leurs « avances », qui nous font plus peur qu’autres choses, ne nous font absolument pas plaisir (je ne sais pas pourquoi ce genre de personne pense que nous sommes flattées de ce genre de paroles), je ne comprends pas la motivation de ces gars à dire cela, le besoin qu’ils ont d’accoster/de parler aux filles de cette façon. Demain, je dois me rendre en ville et la semaine prochaine je veux retourner au dernier jeudi de nimes de l’été, mais j’ai une petite appréhension au fond de moi de recroiser cette personne, même si je sais que je ne crains rien car je suis entourée. »

Charline, 23 ans, Nîmes

 

« Aujourd’hui en rentrant du travail, fatiguée, je traverse la ville. Un homme en voiture m’arrête pour demander sa route, je lui ai répondu gentiment. Jusque là pas de soucis, je remets ma musique. Je l’entend à nouveau me parler, je me retourne et là : « vous voulez pas faire une virée avec moi », je réponds fermement non. Et là mr me suis pendant 15mn à me sortir des insanités: « on pourras faire une partie de jambes en l’air » , « vous me faites une pipe je vous donne 7€ ». J’arrive au point de rdv devant un parking et là rebelotte il me lâche pas. S’arrete à nouveau à côté de moi. Je fini par hurler de dégager, et là enfin au bout de 15mn il part. J’en ai marre de devoir dire plusieurs fois non et que les hommes refusent de m’écouter, j’en ai marre de devoir hurler et menacer pour qu’on me foute la paix, j’en ai marre de ne pas être respectée. Heureusement grâce aux témoignages et aux soutiens, je sais réagir et je ne me démonte pas. On était en plein jour et il n’y avait personnes autours de moi. J’ai tenu bon et j’étais prête à me défendre, mais qui sait ce qui se passera la prochaine fois… »

Louise, 19 ans, Quimperlé (29)

 

« Comme quoi les relous sont de partout. J’ai passé un séjour à Berlin la semaine dernière avec des amis. Un soir on décide de sortir dans un club: soirée afrobeat, dub, dancehall. On était partis pour une soirée rythmée et endiablée. On se dirige à l’intérieur mes deux amies sous la bras, on arrive dans une première salle très hip-hop, on était lancées pour la soirée. Hélas notre fièvre du samedi soir n’était que temporaire. On ne pouvait pas danser sans qu’un homme vienne se coller à nous, danser langoureusement devant nous, nous interpelle, ne nous parle. On s’écarte et refuse poliment ses avances. Puis un autre arrive, même topo, puis un troisième etc. Je bouillonnais parce que je nous sentais observées, réduites au statut de proies, désirées alors qu’on en avait pas du tout envie, matées, déshabillées du regard et surtout parce que je voyais mon ami, devant la scène danser en s’amusant comme jamais, tournant sur lui même, libre de tous faits et gestes, libre de danser sans se soucier d’attirer l’attention, tout simplement. Il était libre et sans peurs ni craintes. J’ai ressenti un profond sentiment d’injustice qui depuis ce jour là je n’arrive pas à oublier. Sans doute la goutte d’eau qui à fait déborder mon vase. Un peu plus chaque jour je perds espoir dans ce combat pour le changement des mentalités mais grâce à votre page je me dis que je ne suis pas seule, qu’une communauté est là, bien présente. Ça me rassure. Je voulais vous dire tout simplement merci pour tout ce que vous faites sur cette page, vos actions et vos mots. »

Justine, 22 ans, Berlin

 

« C’était une très belle journée de fin de mois de septembre, il faisait beau et je buvais un verre place Sainte Anne à Rennes avec mon frère et quelques copains. Habitant en dehors du centre, nous devions rentrer assez vite avec mon frère pour un anniversaire et donc prendre le bus. Il devait être 18h quand nous sommes arrivés à l’arrêt. Nous avons environ 15-20min de trajet alors on s’est dépêché de monter pour prendre des places assises et pouvoir passer un trajet tranquille. J’étais devant mon frère, je me suis dirigé vers 2 places et je me suis assise sur la place côté fenêtre pour laisser celle côté couloir à mon frère. Malheureusement il a dû aller dans le fond du bus puisqu’un homme s’est assis à côté de moi avant lui. Vous me direz, rien de spécial jusque-là ! C’est ce que je croyais aussi!  Je n’étais pourtant pas à mon avantage, je portais un vieux jean, un teeshirt et un gilet il me semble. Pas du tout prête en plus pour la soirée d’anniversaire de notre amie ! Mais qu’on soit en jupe, en pantalon ou en robe n’y change rien dans ce genre de situation, pour certaine personne vous êtes un objet, un bout de viande, une sucrerie..

Je riais en voyant mon frère par le reflet d’une vitre qui se trouvait non loin devant moi. Je me disais qu’il allait passer le trajet debout avec son gros sac de cours sur le dos et moi tranquille assise à ma place. J’aurais aimé louper la place et rester debout dans le fond du bus avec lui. L’homme qui se tenait à côté de moi n’était pas vieux, 25-30 ans je dirais, il portait un tee-shirt orange et n’était ni louche ni alcoolisé. Pourtant, il a commencé à me parler, un bonjour à laquel je n’ai pas fait attention et donc je ne lui ai pas répondu, j’étais trop concentré à rire de mon frère. Mais il s’est approché de mon oreille, m’a chuchoté des: « t’es bonne » « salope » « c’est bien, tu n’as pas croisé tes jambes, écarte encore » À ce moment-là je n’ai pensé qu’à une chose: pourquoi moi? Pourquoi me fait-il ça ? C’est un cauchemar ou la réalité ?
La situation s’est aggravé, a mon regret, il a commencé à glisser sa main sur ma cuisse, mon entre jambes, à vouloir passer sa main sous mon tee-shirt et plus encore. J’étais terrifiée, j’avais peur, il y avait tellement de monde mais personne n’a rien vu, personne ne regardait, étais-je invisible ou..? Je me suis demandé quand est-ce que cela allait s’arrêter, si mon frère pouvait me voir.. mais mes questions étaient sans réponses.. alors j’ai regardé par la fenêtre, tétanisée, je ne pouvais ni me débattre ni parler, j’étais impuissante. Intérieurement, je hurlais!
Étant croyante, je me suis demandé pourquoi Dieu ne m’aidait pas, pourquoi me laisser ainsi, pourquoi..?

Ça à durer 10min comme ça, mais pour moi c’était des heures. Comment me suis-je sortie de là ? Ah je remercie encore le chauffeur du bus d’avoir mis du temps à démarrer. L’homme en question avait des amis autour de nous qui sont sorti du bus en l’appelant (me regardaient-ils pendant que leur copain profitait de moi?). Alors l’homme a enlevé ses mains, m’a chuchoté dans l’oreille que j’étais une pute et s’est en aller.
Mon frère a pris immédiatement sa place sans savoir ce qui s’était passé mais la peur, la colère, la tristesse, l’incompréhension, la culpabilité, se lisaient sur mon visage et mon corps entier et il l’avait bien compris, se sentant lui-même mal sans même savoir ce qui s’était exactement passé.J’ai passé le reste du trajet à ne rien dire et c’est en arrivant chez moi devant ma famille que j’ai explosé comme une bombe.

Aujourd’hui ? Justice n’a pas été faite et elle ne le sera jamais, alors je vis, tout en essayant à la fois d’oublier mais aussi d’en parler.
Je me suis tu ce vendredi à 18h, je me suis tu pendant longtemps. Forcément je suis encore gênée d’en parler. Je suis encore bouleversée parce que c’est l’une des choses la plus traumatisante que j’ai vécue jusqu’à maintenant. J’ai connu cette page grâce à une amie et je me suis dit « pourquoi pas raconter mon histoire ? Ça pourrait me permettre d’enlever un poids et d’aider sûrement certaines personnes ». Cela me tenait à cœur d’écrire mon histoire et de la partager. Une chose est sûre, si cela se reproduit pour d’autres ou moi, que ça soit aujourd’hui ou demain, je ne me tairais pas. Réagissons ensemble. »

Anonyme, 20 ans, Rennes

 

« Individu : Femme – 27 ans – 1,65m – 65 kg

Lundi 31 juillet 2017 – 17h45 / 20h

Tenue : Legging de sport noir, débardeur blanc, petit pull en laine noué sur les épaules, baskets.

Je me suis rendue au cinéma, seule pour la séance de 18h. Auparavant, j’avais une jupe longue (jusqu’aux pieds) fendue sur les cotés jusqu’au niveau des genoux et un petit haut noir. Mais pour aller voir ce film tranquillement et traverser la rue piétonne seule, je décide de me changer. Déjà, ce genre de raisonnement ne devrait pas avoir lieu d’être. A peine la rue traversée, je ne regrettais pas mon choix de tenue. Les hommes assis en terrasse avaient tous les yeux rivés sur moi. Peu importe, je soutiens leurs regards, j’ai des années d’expérience. Certains sont gênés d’être répérés et tournent la tête, mais la plupart continuent de me regarder. Au cinéma, peu de monde, beaucoup de parents avec leurs enfants. Pas de quoi se sentir observée.

Film terminé, retour à la maison. Plus grand monde dans cette rue piétonne à 20h. Je rentre donc tranquillement jusqu’au passage piéton en face de chez moi. Celui que je connais par coeur et pour lequel je sais anticiper avec 3 secondes d’avance le passage au vert. Une camionnette s’arrête car le feu était rouge. 3 hommes à bord commencent à me siffler. Je les ignore, faisant mine de surveiller la couleur de mon petit bonhomme. L’un d’eux me demande comment je vais. Je leur jette un regard pour leur faire comprendre mon agacement. Cela ne les derange pas, au contraire, ils en profitent pour me faire des petites mimiques à connotation sexuelle. Je les regarde donc droit dans les yeux, soutiens leurs regards insistants. Ce rapport de force a duré quelques instants avant que je me rende compte que mon feu était passé au vert, puis au rouge, car c’était à leur tour, en voiture, de passer. Seulement ils étaient décidés à rester là. J’ai donc contourner leur camionnette en leur lachant un « Cafards » puis suis rentrée chez moi. Quand j’ai raconté cette histoire à ma mère, elle m’a dit : « Méfies-toi, un jour il va t’arriver des problèmes ». Donc je dois faire quoi maman ?? Baisser la tête sans arrêt, répondre à leurs questions, leur donner mon numéro et répondre à leurs propositions « Ah oui, j’ai envie de baiser, ça sera avec grand plaisir ».

Jeudi 3 août 2017 – 16h

Tenue : Jupe longue turquoise, débardeur fine bretelles noir basique, tongs.

Je précise tout d’abord que la jupe m’arrivait en bas des pieds. Je sors de chez moi pour aller faire quelques courses et à peine 10 mètres parcourus que j’entends « ça c’est beau !! ». Je ne dis rien, comme d’habitude je fais mine de n’avoir rien entendu. Mais cette phrase m’a hantée pendant 10 minutes. Je me suis dit mais pourquoi ne pas lui avoir demandé ce qu’il trouvait beau ?? Pourquoi ne pas lui avoir dit « Rassures-moi quand tu dis c’est beau ça, tu parlais de cette arbre, ou de cette voiture, pas de mes fesses ?! » Il se serait surement trouvé idiot d’avoir agit ainsi, se sentant fort avec son ami. Mais non, comme d’habitude, j’ai gardé la tête haute et fait semblant de ne rien entendre. Ces deux histoires, en l’espace de 3 jours m’ont amené à me poser des questions. Cela fait plus de 11 ans que je vis cela. Les hommes se retournent sur moi dans la rue depuis aussi loin que je me souviennes.

J’entends chaque jour ces questions, ces remarques, ces commentaires qui réduisent la femme à un objet. Et depuis toujours je garde la tête haute et soutiens ces regards malsains. Je ne réponds quasiment jamais, un simple regard. Et si jamais un jour l’un d’eux s’en prends à moi, j’ai pratiqué pendant 10ans les sports de combat et de self défense. Je saurais au moins me dégager et me sauver. Reste à espérer qu’il court moins vite que moi. Mais la plupart des femmes dans la rue baisse la tête. C’est eux qui devraient baisser la tête de honte. J’en viens aussi à me demander si les mentalités changeront un jour. Si réellement un jour la femme sera l’égal de l’homme. Et je voudrais trouver une solution pour qu’aucune femme ne se remette en question lorsqu’elle subit ce genre de harcèlements. Car notre tenue n’est jamais forcément en cause, c’est pour cela que j’ai écrit ces deux témoignages. 2 tenues, 1 seul résultat, le harcèlement de rue. Ces comportements me désespèrent car ces hommes doivent avoir des soeurs, des femmes, des filles. Que penseront-ils quand ces dernières, leur sang, sera ainsi traité ?? L’homme restera-t-il toujours cet animal ?? J’aimerais juste aider les femmes à faire face à ça pour leur dire stop. »

Anonyme, 27 ans, Charleville-Mézières (08)

 

« J’étais avec une amie à Belleville à Paris. On sortait d’une after vers 1h00 du matin après qu’une amie nous ai quitté. On marche dans la rue pour rentrer à notre hôtel en pressant le pas. Quand deux mecs bourrés nous sifflent et nous crient après. Je n’ai rien entendu mais j’ai eu peur. Et dix mètres plus loin, un autre que j’ai entendu clairement nous crier « Oh les putes » ! C’était violent, je me suis sentie mal le reste du trajet, je me suis agrippée à ma pote en craignait qu’il nous suive. Heureusement non… je ne dis pas que je ne me suis jamais faite harcelée. J’habit dans une petite ville et les remarques s’arrêtent souvent à des « Hé madmoiselle » ou des « sifflements » en l’espace de quelques mois. Mais dans tout les cas…. c’est désagréable de se sentir comme un morceau de viande. »

Charlotte, 25 ans, Paris Belleville

 

« Pas plus tard que tout à l’heure, sur le parking d’un supermarché, un homme m’a regardé en souriant avant de faire un bruit de baiser. Pendant trop longtemps, je les ai simplement ignorés, mais maintenant ça m’insupporte de plus en plus, on n’a pas à supporter ça. Alors maintenant je ne réfléchis plus, je réplique. Je lui demande s’il aimerait bien qu’on s’adresse comme ça à sa mère ou à sa soeur. Il me répond « Suce-moi », je réponds « T’aimerais bien ouai ». Pour vous qui témoignez, pour moi, pour toutes les femmes, je n’en peux plus. Et les engueuler c’est ma petite vengeance à moi pour tout ce qu’ils vous font subir. Soyons fortes ! »

Laura, 27 ans, Val d’Oise

 

« C’était au moment où j’avais une petite voiture, assez ancienne, avec un toit semi ouvrant. Je roulais sur la 4 voie, pour rentrer chez mes parents après une semaine à la fac. Les appels de phare d’un grand camion derrière moi m’ont interpellée. Comme je l’ai dit j’avais une vieille voiture et il n’aurait pas été étonnant que le conducteur du camion ait voulu me signifier un problème sur ma celle ci. Les appels de sont rapprochés et devenaient insistants. Inquiète, j’ai décidé de m’arrêter sur un emplacement sécurisé. Le camion s’est garé devant moi et un homme d’une cinquantaine d’années est descendu de la voiture. Prudente, j’ai simplement ouvert la fenêtre pour voir ce qu’il avait à me dire. Aussitôt, il s’est approché, et m’a dit que j’étais très charmante, tout à fait à son goût, et qu’il avait pu l’observer du haut de son camion, par le toit ouvrant. J’ai aussitôt refermé la fenêtre, mais lui restait là, devant la voiture, à me regarder avec insistance. J’ai allumé le moteur et suis repartie en vitesse, complètement paniquée. Il y avait du monde sur la route et il faisait jour. Que serait-il arrivé en pleine nuit…? »

Fanny, 23 ans, Caen

 

« Dans les harcèlements de rue que j’ai subi, trois m’ont particulièrement marqués. La première fois que j’y ai été confronté, c’était à Lille, et j’avais 14 ans. Je sortais du Conservatoire de musique, j’allais à la boulangerie, située à 5 minutes à pied, m’acheter un goûter. Il y avait du vent ce jour là, et je ne sais pas, j’avais la drôle de sensation que les personnes derrière moi me collaient d’un peu trop près. Du coup je tenais ma jupe dans mes mains pour être sûre qu’elle ne se soulève pas. Quelques secondes plus tard, j’ai eu la confirmation que mon impression ne s’était pas plantée. Un jeune homme, environ 25 ans, s’est penché à mon oreille et m’a dit « tu sais, quand il y a du vent, il ne faut pas la tenir, sa jupe ». J’ai foncé dans la boutique la plus proche, et ils m’ont attendu devant en me regardant pendant 15 longues, trop longues, minutes. Le pire, c’est qu’après ça, je n’ai plus osé porter de jupe à Lille pendant un bon moment, de peur de revivre ça.

Toujours l’année de mes 14 ans. Je passais le weekend chez une amie à Villeneuve d’Ascq. C’était l’été, il faisait beau, on a décidé de sortir faire le tour du quartier. Dans la rue, une camionnette passe à côté de nous, l’homme au volant ralentie, ouvre la vitre, et nous siffle. On ne fait pas particulièrement attention: il est au volant, et nous ne sommes pas loin de chez mon amie, nous nous pensons en sécurité. Nous tournons à la rue suivante, et je vois alors la camionnette garée devant une maison. Mon amie ne fait pas le lien tout de suite avec la camionnette qui était passée, mais je suis très méfiante, et je trouve ça extrêmement louche. Il commence à nous parler, à nous demander si on est du quartier, notre âge, ce qu’on fait pendant nos vacances d’été… Je ne lui réponds pas, j’avance tête baissée, dans le but de passer mon chemin le plus vite possible, mais mon amie lui répond. En relevant la tête je remarque alors que la maison devant laquelle il est garé est fermée: aucun signe de vie, tous les volets clos,… Je trouve ça de plus en plus louche et je tire mon amie par le bras en lui disant que quelque chose cloche, qu’il n’est visiblement pas la pour travailler, et qu’il faut qu’on s’en aille. Quelques mètres plus loin, mon amie a commencé à partir en courant devant moi, sans rien me dire. Je me suis retournée et j’ai vu que l’homme était remonté dans sa camionnette et nous suivait! Je me suis mise à courir, je n’ai jamais couru aussi vite de ma vie. Heureusement, mon amie connaissait très bien le quartier, et nous a fait passer par une ruelle dans laquelle la camionnette ne rentrait pas, et nous avons pu rentrer seine et sauve. L’image de la camionnette bloquée à l’entrée de la ruelle me hante encore. Et je suis encore plus méfiante qu’avant. J’ai emménagé à Lyon je venais juste d’avoir 18 ans. J’étais venue habiter ici pour les études, premier logement seule, loin des repères, une sensation de liberté infinie !

Un jour alors que je me rendais en cours, un homme s’est arrêté juste devant moi, me bloquant le passage, et a commencé à hurler dans la rue que je ne portais pas de soutien-gorge. Le fait est que j’en portais un de couleur chaire, mais la n’est pas la question! D’où est-ce qu’il s’est cru permis de me stopper dans mon chemin pour mater ma poitrine sans aucun respect et d’en hurler ses conclusions personnelles ?! Malheureusement c’est loin d’être la seule « rencontre » de ce genre qui me soit arrivée à Lyon… »

Pauline, 23 ans, Lyon

 

« Avec une amie nous partions faire les soldes, j’étais habiller « normalement », jeans, talons et une chemise (qui appartenait à mon copain en plus donc rien de bien sexy…). D’ailleurs même si c’était super sexy, ça ne changeait rien ! Je sors simplement de la voiture quand un mec avec un copain et son père (du moins il avait l’air de l’être) me regarde et me sort direct avant même que j’ai le temps de le voir « Oh putain, ça sent le cul ça ! ». Mon sang n’a fait qu’un tour, c’est bête et nul mais je n’ai eu aucun contrôle sur ma réponse « Et toi tu vas sentir ma main sur ta gueule si tu ne parles pas mieux ! ». Le gars est tomber sur le cul. Il a juste répondu « ouai ouai… » . Je pense qu’il ne s’attendait pas une telle réponse. Moi non plus remarque. Je n’ai eu aucun contrôle sur ma réponse. Comme un réflexe… Je regrette de m’être énervé comme ça. J’aurais préféré avoir une réaction plus intelligente qui peut être l’aurait fait réfléchir lui et ses amis. Ses amis qui n’ont eu aucun réaction du début à la fin d’ailleurs…. Enfin même si ce jeune homme a réussi à m’énerver sur le coup tout le reste de la journée, aujourd’hui avec mon amie on en rigole et nous en avons fait une blague entre nous. Je me demande seulement comment aurais réagit ce jeune homme si quelqu’un avait dit sa à ça maman. »

Betty, 24 ans, Vendée

 

« Je rentrais des courses et je portais des vêtements moulants. J’étais dans mon bus et avant de descendre, j’avais vu qu’il y avait un groupe d’hommes, peut-être 25, 30 ans au bas de mon immeuble. Je me suis dirigée vers chez moi (de la musique dans les oreilles) et lorsque je me suis approchée suffisamment, tous m’ont regardée. Je n’ai pas fait plus attention à leur comportement puisque c’est monnaie courante de se faire reluquer comme un objet, maintenant. Celui devant la porte m’a laissée passer (encore heureux, c’est quand même devant chez moi) et j’ai donc ouvert la porte du RDC de mon immeuble. Le temps que je passe la clé dans la serrure, je sentais leur regard sur moi, le silence autour était suffisamment clair pour ça. Je suis rentrée dans le hall de mon immeuble et j’ai ouvert ma boîte aux lettres. J’ai pris mon courrier et je m’apprêtais à monter les marches lorsque j’ai entendu : « Eh ! Tu fais payer ton cul ?! « , suivis de rires. Je peux vous dire à quel point ça m’a énervée ! Comme à mon habitude, quand j’entends des propos aussi grossiers que ça, je regarde la personne avec un regard noir qui suffit à me laisser tranquille et qui prépare le terrain pour répliquer. Sauf qu’ils ne regardaient plus vraiment. L’un d’eux murmurait quelque chose à un autre, un air malsain sur je visage et ils ont ajouté quelque chose mais je n’ai pas entendu à travers ma musique. Puis, j’ai monté les marches et je me retournais sans cesse, pour savoir s’ils regardaient, s’ils allaient ajouter un truc et surtout pour saisir l’occasion de leur faire un bon gros doigt d’honneur. Malheureusement je n’ai pas pu et je suis rentrée, mais je sais que je ne ressortirais pas de l’appartement pour aujourd’hui, au risque de les revoir et d’avoir une autre remarque dégueulasse. Sans parler du fait qu’ils savent que j’habite ici maintenant, rien ne les empêche de revenir un autre jour.

Tout ça pour vous partager mon ras le bol, comme tant d’autres femmes comme moi, qui en ont marre du comportement de certains hommes à nous traiter comme des moins que rien, à nous réduire à un simple bout de chair à « baiser ». J’en ai plus que marre de faire attention à comment je m’habille, à me demander si cela va attirer des réactions comme ça même si au fond, je m’en contrefous. Simplement, je n’ose pas toujours mettre certains vêtements, soit parce qu’ils sont moulants et que l’on pourrait voir mes formes (comme aujourd’hui), soit parce qu’ils laissent voir mes cuisses, mon ventre, mon dos ou mon décolleté. Mais encore une fois, lorsque j’ai suffisamment confiance en moi, je m’en fiche et je sors comme j’en ai envie. Je n’ai aucune attention à porter pour les gens qui jugent à la façon dont nous sommes habillé(e)s. Je fais ce que je veux et si je sens le regard de quelqu’un qui me jauge, je ne me gêne pas pour le regarder avec insistance et lui signifier de se mêler de ses affaires. Je suis une fille un peu réservée par moment, je n’ai pas forcément les mots justes et j’ai peur de rougir si j’ose dire quelque chose, mais mon regard est une arme que je ne me prive pas d’utiliser. Bref, j’en ai marre que des abrutis nous traitent comme leur jouet, comme des vagins ambulants. J’aimerais trouver un moyen que ça change, que l’on arrête de minimiser ce harcèlement de rue, ces paroles vulgaires et sexistes, ces jugements incessants sur le comportement des femmes, que cela vienne d’hommes ou même de femmes. J’aimerais être avant tout un être humain comme les autres, à qui l’on parle avec gentillesse, qu’on ne réduit pas à son sexe et son corps et qui est libre de se vêtir, de marcher, de faire l’amour, de vivre comme bon lui semble, sans jugement. »

Manon, 20 ans, Caen

 

« J’en ai marre que dès qu’une fille met une robe, une jupe ou tout autre vêtement dévoilant ses jambes, un gros lourd vienne l’emmerder. Merde quoi. On ne peut plus sortir comme on veut sans qu’on vienne nous embêter ? Les mecs ne peuvent pas se retenir un peu (je ne fais pas une généralité, je sais qu’il y en a qui se comporte normalement) ? Ça commence réellement à me saouler. La première fois que ça m’est arrivé, c’était il y a deux ans. J’étais dans le tram, côté fenêtre, en robe. Il n’y avait pas grand monde. Soudain, un homme, d’une quarantaine d’année, un peu enrobé s’installe à côté de moi. Rapidement, je sens ses coudes sur mes hanches, mais je me dis, comme pour me rassurer :  » Nan mais il est juste un peu gros et il prends de la place, c’est tout…  » Et je me décale un peu. Il cesse quelques instants avant de recommencer. Je ne dis rien, j’essaye de me rassurer mentalement. Du moins, jusqu’à ce que je sente sa main ignoble sur ma cuisse. Bordel à ce moment là j’étais tellement énervée contre lui… Mais la peur m’empêchait de bouger…

Finalement, j’ai réussi, je ne sais trop comment, à trouver le courage et me lever pour partir, même si ce n’était pas mon arrêt. Il me suit. J’ai vraiment eu la trouille de ma vie à ce moment là, seule à l’arrêt de tram avec lui. Enfin, je suis pas restée là bien longtemps car lorsque j’ai entendant l’alarme de fermeture définitive des portes, je me suis presque précipitée à l’intérieur. Je sais que c’était un peu bête d’agir ainsi, surtout s’il me suivait, mais j’étais tellement terrorisée que je ne réfléchissait plus correctement et ne savais pas quoi faire. Et hier, rebelote. Je m’habille en robe et prends le tram. Je vois deux mecs assit un peu plus loin, mais ne les calcule pas vraiment et m’installe. À peine ai-je posé mon cul sur la banquette que l’un deux vient me voir et me dit :  » Ça te dérange si je m’installe à côté de toi ? » Et automatiquement, sous la peur, et l’énervement de me faire emmerder, je suis ai répondu sèchement « Oui, un peu, en effet. », et je suis partis plus loin en le laissant en plan. Alors oui, vous pouvez pensez que c’est méchant d’avoir réagit ainsi, mais après tout ce que j’ai vécu, je n’ai pas envie de subir ce genre de chose. Tout ça pour dire, je ne sais pas si c’est le cas de tout le monde, mais j’ai vraiment peur lorsque je dois prendre les transports en commun ou sortir. Les hommes que je ne connais pas m’effraient, et je ne peux m’empêcher d’avoir la boule au ventre en passant près de quelqu’un. »

Pauline, 20 ans, Grenoble

 

« J’étais avec des amis. 3 garçons, dont mon meilleur ami de l’époque. Cela faisait déjà quelques années que nous nous fréquentions tous. À l’époque, je n’avais rien d’autre qu’eux. Pour mes parents, je n’étais pas plus importante que la sainte télévision. Les jeunes du quartier me méprisaient et me tabassaient à cause de mes dreadlocks et de mon look metalhead. J’avais beau le dire à la police et aux parents, rien à faire. J’étais seule au monde.

Un soir, invitée à une soirée chez l’un de mes « amis », je n’avais bu qu’une petite bibine que je m’étais ramenée en clandestine. Personne d’autre n’avait bu la moindre goutte d’alcool. J’avais un tee-shirt jaune moulant sous une veste de skateboarder trop large et un froc de teuffeuse, large aussi. J’ai un moment enlevé ma veste parce que j’avais chaud. Mon meilleur ami m’a dit : hep, la M ! T’es bonne ! Mais je croyais qu’il disait ça pour rigoler.
Bref, il y avait des matelas par terre, mais ayant un peu le dos pourri, j’ai voulu dormir dans le lit. Mon meilleur ami qui lui aussi avait mal au dos s’est battu contre moi pour avoir le lit. J’aurais dù aller sur le matelas par terre. Mais au lieu de ça, j’ai dit en ayant aveuglement confiance en l’amitié : : bah au pire on sera 3 dans le lit et pis voilà, tant que ça dérange personne… non ? Bon, ben bonne nuit alors !

Quelle idée j’ai eu ! Durant la nuit, ce soit-disant meilleur ami a cru que c’était portes ouvertes. Je ne sais tjs pas s’il en était conscient lui-même ou non, mais ça m’a réveillée. Il m’a touché la poitrine et il a essayé de s’introduire par un côté comme par l’autre. J’ai serré tout ce que je pouvais pour qu’il n’entre pas, mais je me suis figée. Tellement figée que c’est peut-être pour ça qu’il n’est rentré nulle part. Je n’arrivais pas à croire que mon meilleur ami me faisait ça. Je n’ai jamais réussi à savoir s’il était conscient ou non.
Quand il s’est « calmé », j’ai fait style de descendre pour aller pisser pdt au moins 2 heures et en remontant, je me suis recouchée dans le même lit. J’avais tellement peur de les perdre. Même si 1 d’entre eux était pas réglo, je ne voulais pas me retrouver toute seule avec mes tortionnaires de parents. Je voyais tjs tout le monde régulièrement, c’était une sorte de délivrance, même si lui était là.
Je ne l’ai jamais dit à personne. Sauf à mon mec avec lequel je suis depuis 12 ans, quelques années après. Même pas à mon propre père parce que ce cher môssieur le mâââle avait l’habitude de jamais me défendre, ni encore moins de me croire, quant au soutient…… inexistant.

En me prenant la tête avec mon père, 12 ans après, il vient me reparler de ce meilleur ami que moi, j’ai envoyé tailler les rosiers, je lui explique alors que si je fréquente plus ce bestiau, c’est parce qu’il a essayé de me violer. La réponse de mon père :
– ah bon? Ah ben ça moi j’en n’ai rien à foutre !
Bref, mon père, quoi. »

Emilie, Moselle (57)

 

« Depuis un certain temps, dans ma famille, j’ai le droit à des remarques sur mon poids et sur ma personne (ma façon de m’habiller, de me coiffer ou me maquiller…). Là où ça a commencé à vraiment m’emmerder, c’était à l’Ascension 2016, pendant notre grosse réunion de famille. J’ai reçu, presque toujours de la part des mêmes personnes, des remarques comme « oh tu as pris du poids », « tu ne devrais pas manger ça » ou encore « fais attention à ta ligne » – liste non exhaustive. Sachant que je n’étais à l’époque pas du tout à l’aise avec mon corps (j’ai pris 20 kilos en 2 ans, et je le voyais très bien sur moi), ça m’avait déjà beaucoup touchée, et quand on me faisait ce genre de remarques je ne disais rien et partais ailleurs, tout simplement. Mais la même année, à Noël, c’est devenu trop pesant. A chaque fois que je mettais un truc dans ma bouche, j’avais droit à une remarque – alors que c’est Noël et que tout le monde fait des excès, en plus ! « T’es sûre que tu reprends du gâteau ? C’est pas très bon pour toi ça ! » (etc etc) La remarque de trop était toute bête : je mangeais une pâte de fruit avec mon fromage, et là un de mes oncles m’a sorti « hé c’est pas bon pour ta morphologie ça ! ». Là, j’ai vu rouge, et je suis carrément sortie de table pour aller ailleurs, pleurer un bon coup parce que c’était juste trop. Mon frère, qui avait certainement vu le truc venir, est venu me voir, m’a écoutée, et m’a proposé, puisque je ne voulais pas parler, de dire quelque chose à ma place. Il est donc reparti à table, et je suis évidemment aller écouter à la porte (bah quoi ?). Je l’ai entendu dire que les remarques qu’on me faisait étaient déplacées, et que ce que je mangeais, mon poids ou bien comment je percevais mon corps ne regardait que moi et qu’il fallait tout simplement garder ce genre de remarques pour soi. A ce moment-là, une de mes tantes a répondu – celle qui me faisait le plus de remarques – que toutes les « filles » de la famille avait vécu ça, que c’était normal et que c’était comme ça, et qu’elle voyait pas en quoi ça devrait changer ou en quoi c’était mal.

Heureusement, ma mère m’a soutenue en disant qu’elle n’avait jamais fait ce genre de remarques à aucune de mes cousines – ce qui est vrai – et je suis repartie m’assoir toute seule au coin du feu, en attendant la fin du repas. Un de mes oncles est venu me voir juste après, en me demandant si ça m’avait vraiment blessée, ce à quoi j’ai évidemment répondu oui. J’ai ajouté « c’est comme si moi je te disais comment gérer ton cholestérol ! », et bizarrement il a tout de suite compris quel effet ça pouvait avoir. Un autre de mes oncles – celui qui avait fait la remarque trop – est venu s’excuser en me disant qu’il ne pensait pas que ça aurait autant d’effet. En vérité, ce n’est pas cette remarque-là en particulier qui est blessante – même si elle l’est un minimum – mais surtout l’accumulation de remarques, comme si le fait de faire partie de ma famille en autorisait n’importe quel membre à avoir son mot à dire sur mon corps. Et puis je pense qu’aucun homme de mon âge dans ma famille n’a connu ce genre de remarques. Après cette soirée-là, Noël s’est déroulé plutôt calmement. Et puis vint l’Ascension 2, édition 2017. Ma famille entière était là. Et je n’ai eu AUCUNE remarque. Zéro. Rien. Nada. Tout ça pour dire, les filles (et les garçons aussi d’ailleurs), si on vous fait des remarques de ce genre, n’ayez pas peur de dire que ça vous emmerde. Que votre corps vous regarde, et que vous pouvez avoir toutes les formes que vous voulez, ou même ne pas en avoir, ça ne regarde que VOUS. Soyez forte et ne vous laissez pas abattre par des commentaires que personne, ni même les gens les plus proches de vous, n’ont le droit de faire. »

Ariane, 21 ans, Périgord

 

« J’ai été il y a quelque année étudiante en école d’art et en recherche d’un nouvel appartement. Pour contextualiser je venais de me faire arnaquer par un marchand de liste et suite à cette méthode inefficace et crapuleuse je m’étais adressée à des agences immobilières. J’ai fini par convenir d’un rendez vous avec un agent pour visiter un studio. Il m’avait appelé le matin même et avait commencé à me poser des questions « oh vous dessinez ? » « vous faites du nu alors ? » « il n’est jamais arrivé que l’homme bande pendant les séances ? » etc… Des questions plutôt gênantes mais je me suis dit qu’il devait être très curieux sur la formation comme beaucoup peuvent l’être. On avait convenu qu’il vienne me chercher devant une station de métro pour m’emmener visiter l’appartement. Pendant le trajet, je pouvais lui parler de mon problème avec « l’agence » marchand de liste et mon litige avec eux. Il avait promis de m’aider.

Donc on est resté longtemps dans la voiture pour régler ça. On a enfin pu commencer la visite, ou ce que l’on peut appeler visite car ça ne l’a pas du tout intéressé (pourtant c’est lui l’agent). Une fois enfermé dans l’appartement et après le tour de celui-ci, il s’est assis sur le canapé du studio meublé et m’a demander de m’assoir à coté de lui. Ce à quoi j’ai répondu que j’étais mieux debout. J’avais des questions à lui poser sur l’appartement et il trainait à faire des réponses. Il préférait me poser des questions, sur moi, si j’ai un copain, si j’aime dessiner des nus, si ça ne pose pas de problèmes sur ma sexualité ? (sous entendu voir des gens nu et la jalousie de mon copain) Si ça ne me donnait pas envie des fois en voyant ces corps d’hommes nus? Je commençais à devenir très gênée et angoissée de me retrouver dans un espace clos avec ce type. Je me sentais incapable de l’envoyer bouler, coincé dans ma politesse. Je ne pouvais qu’essayée de le ramener sur l’appartement, et poser des questions dessus. Ces questions devenaient de plus en plus gênantes. Si j’étais sure de ne pas vouloir m’assoir à côté de lui ? Que je suis ravissante avec mes taches de rousseurs, qu’il aimerait bien voir mes dessins chez moi, donc pouvait-il me ramener jusque chez moi pour les voir ? Qu’il aimerait apprendre à dessiner, donc est ce que je faisais moi-même du nu ? Non ? Dans ce cas est-ce qu’il peut me prendre en photo ? J’ai réussi à m’en sortir par toutes les réponses négatives possibles.

Encore une fois j’aurai pu le traiter de malade et claquer la porte du studio. Mais je n’avais que 19 ans et après une arnaque qui me faisait un trou dans mon budget, je flippais de pas avoir l’appartement. Il l’a bien senti d’ailleurs car il m’a fait comprendre que c’était possible de l’avoir mais sous conditions… J’ai très bien compris la référence même si elle n’a pas été dite explicitement. Juste avant il me disait qu’il connaissait bien mon école, qu’il avait eu à faire avec des filles de là bas. J’ai de gros doutes sur de potentielle petites amis vu la différence d’âge (il faut 45/50 ans) mais j’imagine très bien le genre de questions et de moments angoissant qu’il a pu leur faire vivre. Je ne sais plus comment la conversation s’est close. Je me souviens juste que comme on était venu en voiture il voulait me raccompagner jusque chez moi. Ce à quoi j’ai inventé qu’une amie m’avait invité chez elle, que j’étais en retard et qu’elle m’attendait. Il insistait beaucoup et j’ai négocié pour qu’il ne me ramène QUE chez elle… Ce qu’il a fait, et c’est la que j’ai ressenti toute la pression que j’avais eu jusque la… J’ai mis du temps à capter l’ensemble de l’évènement. Il avait mon dossier donc connaissait mon adresse et pour les dernières semaines dans mon appartement je sortais le moins possible de peur de le croiser. J’ai par la suite eu d’autres visites, mais avec mon copain si c’était avec un agent. Je n’ai pas peur maintenant que je recherche de nouveau, je sais que si je ne me sens pas à l’aise il faut que je sorte de ma politesse, de ma réserve et le dire à la personne en face, ou me barrer… Mais je flippe beaucoup plus pour toutes celles qui arrivent à Paris et qui font confiance au sérieux de la profession. Parce qu’on devrait leur faire confiance. Je ne veux pas qu’elles flippent, ni s’enferment dans une politesse inutile face à ce genre de personne et dire les choses quand on peut… »

Anonyme, 23 ans, Paris

 

« Le harcèlement de rue se passe-t-il forcément dans la rue ? J’ai pu apprendre à mes dépends que ce n’est pas le cas. Strasbourg, mois de juillet, 5e étage d’un immeuble d’une rue très calme, dans un quartier familial. Sortie de ma douche et revêtie d’un pyjama adapté à la saison, une culotte et un soutien gorge de sport, je passe dans ma chambre fermer mes volets. J’arrive au premier, j’entends un espèce de sifflement, comme celui d’un serpent. C’est un homme, sur son balcon à l’immeuble d’en face. Il commence à me parler, tu t’es habillée ainsi pour moi, tu es bien jolie, … Je ferme de suite le volet, j’éteins précipitamment la lumière et m’assieds par terre. Un problème se pose. Mon second volet est cassé, je dois donc passer du temps dessus pour réussir à le fermer. Mais j’entends encore l’homme. Assise sur le sol sous ma première fenêtre, j’attends, je me dis qu’il va se lasser, mais je continue à l’entendre. Rallume la lumière, allez viens te montrer, pourquoi tu as éteins, moi j’aimais bien. Parfois, il y a des minutes de calme. Je ne bouge quand même pas. Je l’entends à nouveau, je crois que c’était une technique pour me faire sortir. Il se met à imiter la chèvre, le loup. J’attrape une robe posée pas loin et l’enfile. Même si je ne compte pas sortir de ma cachette, je me sens un peu moins vulnérable. La porte de ma chambre est dans l’axe de la fenêtre ouverte, et mon lit juste en dessous, mon téléphone posée dessus. Je décide de ramper vers le lit. Il m’entend, car il recommence à me parler. Sors de ta cachette, je veux juste discuter. J’envoie un message à ma sœur, dans la chambre d’à côté. Je n’ose pas l’appeler, j’ai peur qu’il m’entende. Mais elle ne répond pas, j’imagine qu’elle dort ou qu’elle ne le voit pas. Collée contre le mur dans un coin de mon lit, j’envoie donc des messages à mes amis, qui me rassurent pour la plupart ou me conseillent d’appeler les flics. Mais j’avais peur de le faire. Au bout de 30 minutes de calvaire, ma sœur voit finalement mon message et se poste à la fenêtre. L’homme est parti. J’en profite pour fermer mon volet, et je vais la rejoindre, paniquée et en larmes. Elle passera le quart d’heure suivant à guetter, attendant qu’il se pointe à sa fenêtre pour pouvoir l’engueuler, mais il ne se montrera plus. Le lendemain, je n’ai pas ouvert mes volets de la journée. Je ne me suis pas sentie en sécurité dans mon propre appartement. Quand le harcèlement dépasse les portes de votre domicile, quel est l’endroit où on se réfugie pour se sentir en sécurité ? »

Lisa, 19 ans, Strasbourg

 

« J’ai pris le métro à Jean Macé direction saxe-gambetta pour emmener un enfant que je garde chez l’orthophoniste. Un homme d’une soixantaine d’années abordait une jeune femme qui distribuait des magazines. L’homme lui faisait clairement peur, il lui lançait des phrases très bizarres et elle n’osait pas lui répondre. Forcément, je n’ai pas pu m’empêcher d’intervenir et de lui dire calmement de partir, de la laisser tranquille et de ne pas revenir. Il a dit que j’étais « chelou », et je lui ai répété la même chose très distinctement. Je suis retournée voir la jeune femme en sortant du cabinet car j’étais assez inquiète pour elle. J’ai dit au petit que je gardais d’aller à son terrain, comme d’habitude, c’est le deal avec ses parents, je n’ai pas besoin d’être présente, mais je ne pouvais pas rester sans savoir. J’avais ma bombe lacrymogène dans la poche, et je n’allais clairement pas hésiter à m’en servir et à appeler la police si nécessaire. Quand je suis retournée la voir, elle m’a remercié car l’homme était parti. Il a pris peur, et elle était soulagée car elle n’avait pas de quoi se protéger. Il lui disait que ses yeux pétillaient, qu’elle devait quitter son copain… Des gens se trouvaient autour, prêts à « intervenir » mais plus il y a de monde, moins les gens agissent. Elle, ça aurait pu être n’importe qui. Toi, moi, ta sœur, ta cousine. Alors, faites attention à vous et ne restez pas sans agir si nécessaire ! »

Mélitine, 22 ans, Paris

 

« Aujourd’hui à Montpellier, j’ai été témoin , avec mes amis, de scènes de violences en pleine rue qui m’ont profondément touchée. J’ai vu un homme, enragé, frapper violemment une femme au visage, celle-ci a hurlé de douleur, pleuré, criait d’épuisement. Une seule femme a réagi face à cet homme en se révoltant contre ce geste, il a failli la frapper, l’a insultée, menacée, il était très agressif. Beaucoup de personnes autour observaient sans réagir, ce qui déjà en soi me révolte. Il a entraîné sa pauvre victime en la menaçant continuellement avec insultes à tout va, elle le suivait à contre coeur, et moi, je ne pouvais pas rester là sans rien faire. J’ai été la seule, suivie de quelques uns de mes amis, à tenter d’agir au milieu de tous ces badauds, il fallait voir toute la violence chez cette dangereuse personne et la détresse de cette femme qui malgré tout l’a suivi… l’homme nous a à notre tour menacés et insultés au moindre geste de notre part, j’étais terrifiée… nous avons tenté de retenir la victime et je lui ai dit, avec toute la bienveillance possible, de ne pas le suivre, qu’il était dangereux, qu’il ne devait pas la traiter comme ça, que j’allais l’aider. Déboussolée, elle m’a répondu « écoutez je suis à la rue il faut que j’y aille  » et je n’ai pu la retenir plus longtemps… j’ai immédiatement appelé le 3919, qui a coupé l’appel après que la messagerie m’ait indiqué que « toutes les écoutes sont déjà en ligne ».

Alors j’ai appelé la police et ai signalé la situation du mieux que je pouvais. Chose qui n’aura sûrement servi à rien, mais que pouvais je faire de plus ? Je me sens si mal, si coupable, de l’avoir laissée partir, la situation me semblait si critique, et qui sait ce qu’elle a pu subir par la suite… deux choses m’alertent dans cette histoire: tout d’abord, cette scandaleuse situation de dépendance de la victime qui n’a d’autre choix que de se laisser dominer, insulter, menacer, frapper, peut être violer qui sait, pour survivre ? Cette femme criait de souffrance et son visage respirait la détresse et la crainte face à cet homme. C’est ça le prix à payer pour échapper à la précarité ? Syndrome de Stockholm ou profond problème de société ? Ensuite, c’est cette inadmissible lâcheté qui, en quelques sortes participe à l’aggravation de ce type d’agressions en les laissant arriver. Je ne demande pas aux gens de se confronter physiquement à l’agresseur, étant donné les risques évidents face à quelqu’un d’aussi agressif et peut être armé. Mais bordel, si toutes les personnes autour s’y étaient mises, rien qu’en tentant de le calmer et de le remettre un peu à sa place, permettant ainsi à la femme de prendre la fuite, on en serait pas là, elle n’en serait pas là ! Je me sens si responsable, et pourtant, je suis pratiquement la seule à avoir agi un minimum. Alors si j’ai une chose à dire… ne soyez pas passifs, par pitié pour ces personnes en danger. »

Anonyme, 19 ans, Montpellier

 

« Aujourd’hui 14 juillet région parisienne, j’ai subi un harcèlement particulièrement traumatisant car c’est la première fois que j’en subi depuis que je vis en région parisienne. Dans le train de retour de Clichy après une ballade en famille avec mon chéri et ma petite fille? un homme c’est collé à moi il sentait l’alcool et il parlait tout seul et sa dégaine attirait les regards .. Aucune personne majoritairement masculin n’a réagi ils me regardait juste d’un air compatissant.

Finalement l’homme commence à devenir violent envers moi et mon compagnon intervient car il était assis plus loin donc il venait à peine de remarquer ce que faisait cet importun. Heureusement la police ferroviaire était là et intervient. Leur réaction : le faire descendre au prochain arrêt. ! Je les interloque « il va se chercher une autre proie ! » Aucune réaction ils descendent aussi …

Je me rappelle de tous ces articles du parisien qui décrivent des multi récidivistes qui agressent les femmes. Je comprend mieux pourquoi maintenant »

Alexandra, 28 ans, Paris

 

« Je suis caissière dans une enseigne reconnue et aujourd’hui j’ai vécu un moment plus que gênant, sans doute le plus gênant que j’ai eu à vivre jusqu’à présent. J’ai un jean noir simili-cuir, un chemisier blanc, des sandales à talons marrons et le gilet de l’enseigne couvrant toute parties pouvants éventuellement attirer l’attention. J’ai pourtant l’habitude dans le milieu du commerce à faire face à des hommes gênants. Il y a ceux qui vous tutoie comme si vous étiez sa pote, ceux qui vous suivent du regard avec un petit sourire en coin comme si vous alliez être croquer sur place, ceux qui fixent votre « décolleté  » même s’il n’y a absolument rien à voir, il y a aussi les « bonjour mademoiselle » avec le même petit sourire pervers, et enfin il y a ceux qui font pire que ça, ceux qui vont plus loin dans les paroles ou les gestes.
Ces exemples peuvent peut-être paraître exagérées car les femmes victimes de ce genre de comportement sont reconnues malheureusement pour être « parano ». Quand vous vivez depuis gamine dans un monde où beaucoup d’hommes ne savent pas se tenir, je vous assure qu’on sait reconnaître un sourire bienveillant à un sourire pervers.


Aujourd’hui, enrhumée depuis deux semaine a cause de la clim, je suis à ma caisse et j’ai le malheur d’éternuer. L’homme que j’encaissais, 70 ans au moins, « laissez moi vous déshabiller pour que je vous examine », avec le fameux petit sourire répugnant. Ma seule réaction, « ha » avec un sourire gêné… *politesse quand tu nous tiens*. Je n’ai pas eu peur car je savais qu’il ne pouvait rien faire vu les circonstances du lieu mais maintenant je me pose la question, que pourrait faire un homme comme ça seul avec une jeune femme ? Je suis restée choquée, abasourdie par ce que je venais d’entendre, moi qui avais l’habitude de vivre des scènes plutôt « basiques » comme celles énoncées plus haut.
À ce moment-là viennent une cascade de questions et surtout de remise en question, vous pensez à votre tenue : est-ce le rouge à lèvre nude qui fait cet effet ? Est-ce les talons pourtant pas très hauts ? Est-ce ce joli haut acheté il y a trois jours qui n’a même pas de décolleté ? Puis vous vous regardez dans le miroir et passez par plusieurs positions pour voir à quel moment il aurait pu entrevoir la moindre chose.
Aujourd’hui j’en ai parlé à mes parents et à mon copain, ils me soutiennent, m’assure que ce n’est pas moi la fautive, que c’est ce monsieur qui n’est pas normal ! On me conseille d’en parler à ma patronne et au vigile, je n’en ai pas encore parler car est ce que ça changera quelque chose ? Je n’ai ni retenu sa tête ni son nom, donc qu’est-ce qu’ils pourraient faire de toute façon ?
Depuis cette réflexion, mon gilet est fermé et remonté complètement, je n’arrive plus à sourire naturellement aux clients, car c’est peut-être mon sourire de commerçante qui lui a paru aguicheur ?


J’ai toujours eu l’habitude de lire les témoignages de cette page, je me suis toujours demandé comment les victimes pouvaient culpabiliser car ça n’a jamais été leur faute. Maintenant je comprends car j’ai moi-même de la culpabilité. Je suis habituée à être méfiante en général dans la rue car je suis malheureusement habitué aux regards, sifflements, petites réflexions…mais je ne pensais pas que sur mon lieu de travail ça pouvait arriver, aussi violemment. Aujourd’hui je ne sais pas vers qui me tourner pour résoudre ce problème, si je dois écouter mes parents, aller en parler à ma patronne ou au vigile. Qu’est ce qu’ils pourraient faire franchement ? »

Emma, 18 ans, Valence

 

« Pendant mon adolescence, on m’a toujours vieilli, donné 5 ou 7 ans de plus, j’étais, et suis toujours très grande, j’ai eu des formes à partir de 12 ou 13 ans. J’ai grandis dans la campagne profonde, mais j’allais souvent rendre visite à ma famille, en île de France. Et c’est d’une journée là-bas, dont je vais vous parler, week-end qui a changé ma vie, et ma relation avec mon corps. J’avais 14 ans, j’étais en famille, dans le jardin de chez ma grand mère, il faisait chaud. Elle s’est aperçue qu’il lui manquait quelque chose pour le repas du midi, elle m’a donc donné un peu de sous pour que j’aille au supermarché 200 mètres plus loin. J’étais en short. J’avais 14 ans.

Sur le chemin, je me suis fais alpaguer une première fois par des mecs en voiture, à qui j’ai répondu que j’avais 14 ans, ils sont partit. J’ai continué ma route, et je suis passé devant le bar/tabac du coin, où un homme de 60, 70 ans m’a sifflé. Je l’ai regardé, mi-choquée mi-enervée, mais j’ai continué mon chemin. Arrivée au supermarché, le vigile à l’entrée m’a dit que j’étais jolie, et que je devais pas être du coin. J’ai acheté ce qu’il fallait, et je suis rentrée. J’ai recroisé l’homme âgé, qui cette fois-ci, c’est levé après mon passage, m’a attrapé par les hanches et ma touché la fesse. Je suis partie en courant. J’en ai parlé à ma famille, qui m’a dit de passer à autre chose, et on a mangé.

L’après midi, on est allé aux puces de St Ouen, pour moi c’etait LE moment attendu, j’allais pouvoir m’acheter des chaussures de marques, et des vêtements, j’étais pressée et j’essayais d’oublié l’incidant du viel homme …. On y est allé en transports en commun. Il faisait toujours très chaud, mais ma mère m’a dis que je devrais mettre un jean, pour éviter de me faire embêter. En pleine crise d’adolescence, en rébellion, et vexée qu’elle n’ai pas prit un peu plus au serieux l’incident d’avant, j’ai décidé de garder mon short. J’ai regretté. Arrivée aux puces, avec ma mère et ma tante, on se balade, on profite, et je ne sais plus pour quelle raison je me prends la tête (j’suis ado, ça va !) avec ma mère. On rentre chez ma grand-mère, mais arrivé dans le métro (ou rer je ne sais plus), elles vérifient le trajet devant la carte et je les attends quelques mètres plus loin. Quand tout a coup, 5 mecs, dont je n’oublierais jamais le visage, s’approchent de moi, m’entourent, me collent, me touchent, tous en même temps. J’appelle ma mère, ils s’en vont, je suis en pleurs, meurtris de toutes ces mains sales qui m’ont touché, moi, jeune fille de 14 ans. Ma mère et m’a tante me disent que je n’aurais pas du mettre un short. Aujourd’hui j’ai 23 ans, et je commence seulement à remettre des short. Je me suis fais dragué dans la rue d’autres fois, toujours en île de france, parfois gentillement, parfois de manière agressive, mais je n’oublierais jamais cette journée. »

Anonyme, 23 ans, Paris

 

« Je sors rejoindre une amie en ville. Je passe sous des échafaudages et là un homme âgé (comme quoi il n’y a vraiment pas d’âge pour les crocodiles…) me dit « Bonjour mademoiselle, c’est 5 euros pour passer! ». Je lui réponds « ah désolée, je les ai pas. ». Et là il me répond « Ou bien un bisou ». Je continue mon chemin en l’ignorant et j’entends derrière moi « Une langue dans la chatte ça marche aussi! ». C’était il y a 3 semaines mais ça me revient en tête régulièrement. Quand j’ai raconté ça à mon mari, ça l’a fait rire… »

Anonyme, 28 ans, Lyon

 

« Cet après-midi, j’ai pris le bus à Châtelet : j’étais au téléphone avec ma mère, je repère une place libre au fond du bus et je vais m’assoir pour lui parler tranquillement. C’était sans compter les deux hommes saouls présents au fond de ce même bus. Ils commencent par me dévisager de bas en haut, avant de m’aborder. Impossible de comprendre ce qu’il me disent. Gênée et agacée, je retourne vers la porte pour pouvoir être en paix. Sauf que les deux hommes me suivent et continuent de me parler, et de parler entre eux, sans que je comprenne ce qu’ils disent. Ils s’approchent de plus en plus de moi, je commence à avoir peur. Le bus s’arrête, la porte s’ouvre, je contourne un des deux hommes et saute dehors. Je me rends alors compte qu’ils sont sortis du bus pour me suivre et j’ai vraiment très peur. J’accélère et je change de trottoir. Les deux hommes disparaissent. Ouf. Ma mère au téléphone me calme et m’aide. Une dame m’aborde : « ça va mademoiselle? J’étais dans le bus, j’ai tout vu. La prochaine fois, ne descendez pas, demandez aux gens de vous aider. J’étais là pour vous aider. On va pas les laisser faire ces connards !  »

Prise dans la panique, et stressée, j’avais fui tellement vite que la dame n’a pas eu le temps de me signaler sa présence. Je voudrais vraiment la remercier car même si elle n’a pas eu le temps d’intervenir avant, sa présence et son soutien après m’ont vraiment aidée. Elle a su me rassurer et me donner de la force, si jamais cette situation devait se reproduire. J’ai fait de mon mieux face à la situation dans laquelle j’étais, et je suis contente d’avoir eu le réflexe de fuir, mais elle a raison : on ne va pas les laisser gagner ces connards.

De savoir que d’autres femmes, comme cette dame, et d’autres hommes, veillent et seront là pour me soutenir, m’aide à me sentir plus forte et à apprendre : la prochaine fois, je ne descendrais pas du bus, je ne fuierai pas. Je me battrai et je demanderai de l’aide, car ce n’est pas moi qui suis en tort. C’est à eux de comprendre que nous ne sommes pas des bouts de viande à leur disposition. »

Inès, 23 ans, Paris

 

« Hier, à Lille. Il fait chaud, très chaud. J’ai mis une jolie robe et je me ne suis pas maquillée par flemme. Je finis un rendez-vous avec une amie en ville et je rentre chez moi. J’en ai pour seulement 15 minutes à pied. Quelques minutes après avoir laissé mon amie, un mec un peu éméché vient me parler, je continue ma route, il m’insulte dans mon dos car je ne lui ai pas répondu. Presque arrivée chez moi, un groupe de 3 mecs prêt à traverser un passage piéton me voit, s’arrête et m’attend. Il me regarde arriver et une fois à leur niveau, m’aborde. Je ne répond pas. Un des mecs insiste, je lui réponds, excédée, « ta gueule! ». Les gars se mettent à rire, m’insultent. Je continue ma route, j’ai envie de pleurer. Quelques mètres plus loin, un homme plutôt âgé me fait un clin d’œil et un bruit de succion avec sa bouche. J’accélère le pas pour rentrer chez moi. C’était une belle journée, c’était 15 minutes de marche à pied dans Lille. »

Annabelle, 28 ans, Lille (59)

 

« J’avais 19 ans, c’était l’été il faisait beau, il devait être à peu près 19h, j’étais allée boire un verre avec des copines et je rentrais chez mon copain. En sortant du métro j’ai traversé la gare de Lyon Part Dieu, me suis retrouvée de l’autre côté où les bus se garent, j’avais cette affreuse sensation d’être suivie et je sais que mon instinct sur ces choses là ne se trompe jamais. Je n’étais pas très loin de chez moi peut être à 500metres, j’ai accéléré le pas et j’ai entedu d’autres pas aller plus vite. Je voulais pas me retourner, je voulais pas voir le visage de la personne qui me suivait depuis déjà quelques minutes. Finalement j’ai fait volte face, il était jeune, je ne suis même pas sure qu’il était majeur, je lui ai alors demandé s’il cherchait quelque chose ?  » Ouais ton cul grosse pute » d’accord, bien déjà c’est très classe, je lui ai dit que c’était pas possible car il appartenait déjà à mon copain qui vient me rencontrer sur le chemin, il a commencé à me traiter de tous les noms, j’ai lors essayé de partir rapidement mais il ne m’en a pas laissé le temps, il m’a attrapé par les poignets, il m’a secouée dans tous les sens en hurlant qu’il allait me montrer ce que c’était de se moquer de lui (à quel moment je me suis moquée de lui ?!?!?!) il continuait à hurler des insanités « tu vas voir ce que je vais te faire, on va aller la bas dans la petite rue et je vais te violer tu verra ce que ca fait de pas respecter les hommes » j’avais vraiment peur, il me faisait mal aux bras, il continuait de me secouer dans tous les sens.

Je regardais autour de moi, les gens nous regardaient et passaient leur chemin comme si rien ne se passait, j’avais beau essayé de capter leur regard personne ne réagissait. Je n’arrivais même pas à lui mettre ce coup de genou bien placé il m’en empêchait sans problèmes. Finalement quelqu’un est venu m’aider, c’était un monsieur SDF, il a attrapé mon agresseur et lui a donné quelques coups de pieds dans le dos, il lui a probablement fait mal mais tant pis. Il a attendu d’être sur que l’agresseur était parti, puis gentiment il m’a proposé de me raccompagner jusque chez moi pour être sur que l’agresseur ne me retrouverait pas sur le chemin. Je n’ai pas décliné son offre car j’étais en état de choc. Il est allé récupéré ses quelques affaires et m’a accompagnée jusque devant ma porte. Cet homme m’a tellement réchauffé le coeur que je lui ai donné ce que j’avais, des clopes, une écharpe, je suis montée dans l’appartement, j’ai préparé un sandwich et une bouteille d’eau. Il n’en a pas voulu mais je l’ai presque forcé à les prendre, cet homme m’a peut être sauvé la vie, il ne voulait rien, il sait ce que ca fait quand les gens passent à côté sans même regarder. je n’oublierai jamais cet homme que je n’ai jamais recroisé et qui m’a peut être sauvé la vie. »

Anonyme, Lyon

 

« Aujourd’hui je sors du bus après le boulot, la journée était enfin chaude et ensoleillé, je me suis dit que c’était l’occasion de remettre une jupe. J’en ai pour 800 mètres depuis l’arrêt de bus pour arriver chez moi. Je traverse le trottoir et là une voiture passe à ma hauteur, manque de bol le feu est au rouge. Les hommes qui sont dedans poussent des cris mais vraiment en mode homme de cromagnon. Je ne me suis pas retourné je ne pourrais donc pas dire combien ils étaient ni quel âge ils avaient ni rien sur eux. Devant mon manque de réaction ils commencent à « parler » et je me souviens d’une phrase « même ta jupe est plus bronzée que toi ».

Alors faudra qu’on m’explique comment une jupe peut être bronzée… Et oui étant blonde je suis très claire de peau et forcément une jupe noir c’est plus foncé que ma peau. Je n’ai rien fait, je les ai ignoré superbement, le feu est passé au vert et ils sont partis. Mais non ce n’est pas normal de se faire hurler dessus comme un animal en cage juste parce que je suis une femme et que je porte une jupe (et même si j’avais un pantalon ça ne serait pas normal).

Non ce n’est pas normal d’avoir des appels de phare, coup de klaxon et autres pseudo abordage à la fenêtre d’une voiture quand on est jugé bonne, sexy, belle… Je m’en fous de votre avis de relou. Je fais ce que je veux, je m’habille comme je veux. Je n’ai sûrement pas besoin d’avoir votre pseudo approbation. Alors votre réaction, vous vous la mettez là où je pense. »

Marie, 25 ans, Lyon

 

« Je sors retrouver un ami sur les coups de midi. Il fait beau, chaud, il est midi, ce sont les enfants et les papys et mamies qui sont de sortie, il n’y a donc pas de soucis, je mets une robe. Sur mon chemin, je dépasse un vieil homme, qui marche lentement. Lorsque j’arrive à sa hauteur, je l’entends dire quelque chose, j’ai l’impression en tout cas, d’entendre « joli cul ça ». Ce n’est pas possible, je dois avoir mal entendu, je lui demande s’il peut répéter. « Eh bien oui, c’est un joli petit cul, c’est bien pour ça que tu as mis ta robe là ! ». Evidemment monsieur, j’ai mis ma robe pour que des inconnus puissent commenter mon cul, la chaleur ambiante et le soleil qui tape ne sont bien sûr qu’un prétexte que j’ai utilisé pour me dénuder, dépravée que je suis !

Je suis choquée. Je ne sais pas vraiment quoi répondre. C’est un vieillard, je pourrais être sa petite fille, je ne me vois pas le gifler, il tient à peine debout. Je ne lui sors qu’un « vous êtes une honte monsieur », avant de continuer ma route. Je m’en veux, j’aurais du faire bien plus, le corriger. Je n’ai pas eu peur de ce type, il n’était pas physiquement dangereux pour moi. Il a été psychologiquement dangereux néanmoins. J’ai eu l’impression que les gens ne regardaient que ça tout le reste de mon chemin. Et ce soir, je mettrais un jeans pour sortir.

Je l’ai raconté à un ami. Cet ami m’a répondu « il faut laisser, il est vieux, il faut bien qu’il puisse profiter ! ». Profiter de la vie oui, mais profiter de moi, jamais.  » »

Lisa, 19 ans, Strasbourg

 

« Je me balade dans le centre ville, un jeune homme (entouré de ses copains) m’interpelle « salut Mademoiselle! T’es trop jolie ».
Réticente mais polie, je lui répond « merci c’est gentil! »
Et là, il me dit « tu ne t’imagines même pas comment je me ferais plaisir » et tout ses copains éclatent de rire.

J’aurai dû peut être continuer à avancer plutôt que de lui répondre quand il m’a adressé la parole la première fois, et encore j’aurai sûrement eu le droit au bon vieux « salope, t’es pas polie ! ».

Je suis coupable d’avoir espérer que ce mec la ne faisait pas partie de ces hommes irrespectueux. Depuis je ne répond plus, je me contente de lever la tête, de regarder loin devant moi, et de mettre mon armure pour que leurs mots ne m’atteignent pas. »

Anonyme, 22 ans, Tourcoing

 

« Je suis une personne qui met peu de robe, de jupe, toujours à faire attention ce qu’on ne voit pas trop mon corps. Hier alors que je n’avais pas mis de robe depuis 5,6 ans, j’ai enfin passé le cap, et j’ai passé une super journée jusqu’à qu’un homme passe à côté de moi en m’effleurant le visage et me dise « huuum mais tu es bonne toi » je me suis arrêtée, je l’ai regardé avec le regard le plus noir que j’ai tout en l’insultant de « connard » il m’a fait un clin d’œil, et est parti avec le sourire. Je regrette de ne pas avoir réagit autrement, je suis désolée pour toutes ces femmes qui vivent la même chose et qui comme moi, se sent comme un « truc » un « quelque chose » »

Anonyme, 15 ans, Lisieux

 

« Aujourd’hui alors que je rentrais chez moi en transport en commun, j’effectue un changement de ligne. En montant les escaliers, un homme qui se trouvait sur ma droite m’a littéralement craché dessus. Sans que je lui ai jeté un regard ou adressé ne serait-ce qu’un mot.

Lorsque j’ai levé les yeux dans sa direction, complètement choquée par ce qu’il venait de m’arriver, cet homme m’a fait un doigt avant de partir et continuer son chemin comme si de rien était. Je suis restée planter comme une idiote avant de m’effondrer, ce n’est seulement qu’à ce moment là que des personnes se sont arrêtées pour me demander ce qu’il se passait. »

Zoé, 24 ans, Paris

 

« Comme tout les jours j’emprunte le même chemin pour aller à mon travail. Il fait beau et chaud. Je suis en jean et et en débardeur Basket. Au loin j’aperçois un groupe de jeunes. Comme toutes les fois où je croise des hommes, que se soit seul ou plusieurs je la ressent. Cette boule au ventre. Et ce moment où je me demande si encore une fois je vais avoir droit à une réflexion.  » c’est quoi ton numéro sale pute ». J’avais mon coeur qui battait très vite. Je n’osais pas répondre. J’avais peur de me faire agresser. Je continue ma route en les ignorant.  » la prochaine fois qu’on te voit on te baise par le cul sale pute « .

A cette boule au ventre montait en moi une grande colère. Et le sentiment de ne plus en pouvoir. Chaque jour. Tout le temps. La même chose. Les mêmes remarques. La même rengaine. C’est usant. Et dans ce pays de liberté qu’est la France, chaque jour, à chaque remarque, j’ai l’impression de porter une musolière. Qui m’interdit de me défendre au risque de me faire agresser physiquement. Et ça, ce n’est pas la liberté. »

Pauline, 21 ans, Lille

 

« C’était il y a 3 semaines, un samedi soir. J’étais avec une amie à Caen à une soirée. Nous sommes reparties vers 3h du matin en direction de mon domicile, pas loin du lieu de la soirée. On évite d’abord de passer devant la boîte de nuit pour éviter les soucis. Quelques minutes plus tard, j’ai vu un homme marcher derrière nous, sans trop réagir. Puis j’ai senti les pas de cet homme s’accélérer, jusqu’à ce qu’il se mette à courir pour arriver à notre niveau, en se plaçant entre nous 2. Il voulait nous parler, faire connaissance avec nous. Nous faisions comme si de rien n’était, tout en accélérant le pas pour arriver le plus rapidement possible chez moi. Il a continué de nous suivre, de nous parler, sans qu’on lui réponde. Mon amie était, tout comme moi, littéralement paniquée. Je n’ai vu personne d’autre dans la rue, mis à part une voiture qui passait sur la route. Plus on avançait, plus il devenait insistant. J’ai dû lui dire, pleine de peur, que j’allais hurler s’il continuait de nous suivre pour qu’il nous laisse tranquille. Jamais je ne suis rentrée aussi tétanisée chez moi. Nous n’avons pas signalé cet acte à la police, on aurait dû. Depuis, mon amie supporte mal la présence d’hommes et personnellement, j’en fait des cauchemars.

Peut-être cela paraît anodin, ou pas grand chose, mais on s’est tellement senti en danger à ce moment-là. On a « l’habitude » (malheureusement) de se faire huer, siffler ou encore accoster, mais jamais suivre de nuit. Je ne le souhaite à personne. Et si jamais cela vous arrive, signalez-le, ne vous muez pas dans le silence comme nous l’avions fait jusque-là. Il faut dire ces choses, pour qu’elles cessent. »

Marion, 21 ans, Caen

 

« C’était il y a 6 ans, j’avais 16 ans et je rentrais chez moi en bus. Un homme plus âgé me fixait de façon insistante sans que je n’ai particulièrement cherché le contact visuel. Je descends à mon arrêt, l’homme me suit. Après quelques minutes, je me retourne et il me suit toujours. Il commence à m’interpeller en souriant, mais je ne réponds pas. Puis j’atteins le hall de mon immeuble, l’homme me suit toujours. Je n’arrive pas à réagir plus que ça, mais je décide de prendre les escaliers plutôt que de me retrouver coincée avec lui dans l’ascenseur.

Il me suit toujours, je cours dans les escaliers et je l’entends derrière moi. Je finis par faire volte face et je m’adresse à lui directement en lui disant de cesser son manège, que je vais prévenir mes parents. Il s’approche de moi, je reprends mon ascension en me disant que je dois être très rapide pour atteindre mon étage. Il me suit toujours, alors je me retourne une nouvelle fois, et lui dis en le regardant fixement que je suis mineure, que je suis en train d’appeler mon père qui va descendre (ce qui était faux). Il s’approche à nouveau et je me mets à crier. Il prend peur, il redescend aussi vite.
J’ai eu extrêmement peur, j’aurais sans doute du m’adresser à quelqu’un dans la rue plutôt que de le guider involontairement jusqu’à mes escaliers d’immeuble, mais je n’ai pas su réagir autrement a l’époque. »

Anonyme, 22 ans, Paris

 

« C’était mercredi passé, cours de gym dans le parc à côté de mon école. Sous le cagnard, soufflantes, transpirantes, on court autour de l’herbe. Devant moi, mon amie N., dont la surcharge pondérale n’a rien à envier de son trop-plein de tendresse. Oui, elle est grosse, mais on s’en tape, on l’aime, et elle est très fragile à ce propos, et dans la classe on la soutient beaucoup. Derrière moi, mon amie M., à peine plus épaisse que moi, mais ayant également beaucoup de complexes au propos de son poids. Toutes deux sont douces, fragiles moralement, et surtout, très émotives. Toutes les trois, nous courons côté route. Deux clampins en mobylette arrivent derrière nous et gueulent:

 »Allez les grosses, on court! »

Je n’ai pas le temps de réagir, ils sont déjà partis. Je pense que ce n’est rien, je ne me sens pas visée. Puis j’entends des sanglots.
N. et M. sont en pleurs. Et moi je ne peut rien faire.
J’ai 18 ans, et je me sens impuissante. Je ne sais pas quoi dire. J’ai 18 ans, et je rumine. De retour au vestiaire, autour de moi je n’entends que des filles qui haïssent leur corps, mal à l’aise avec leurs seins, leurs fesses, leurs cuisses. J’ai mal à ma féminité.
J’aimerais leur dire qu’elles sont superbes, qu’elles m’inspirent. Mais elle ne me croiraient pas. J’ai 18 ans, et j’ai mal à ma féminité. »

Natasha, 18 ans

 

« J’habite à Lille, et malheureusement comme beaucoup trop de personnes je suis victime de harcèlement de rue. En effet j’ai souvent entendu des remarques sexistes et déplacés que ce soit à propos de mon physique ou sur des ami-e-s. Mais jusqu’à maintenant ça n’avait jamais été physique.

Depuis quelques mois je me suis remise au sport et ce matin je me suis donc décidé à aller courir dans le parc qui est prêt de chez moi. Pensant être tranquille j’ai donc mit mon casque et je me suis mise à courir. C’est seulement au bout de 10 minutes de courses qu’un homme un peu plus âgé que moi et se baladant sur son vélo s’est décidé à me toucher les fesses sans aucune raison et le tout avec un immense sourire. Je me suis sentie impuissante et la seule chose que j’ai faite c’est de lui demander de « dégager » en le disant assez fort que pour les autres personnes présentes puissent l’entendre. Sauf que personne n’a bougé, ni même fait la moindre remarque, comme si rien ne s’était passé.

Je n’arrive toujours pas à comprendre comment ce genre de chose est toujours possible dans notre société, ni pourquoi est ce que ce sont nous qui sommes obligés de subir sans jamais pouvoir répliquer de peur des représailles.

A ceux qui se permettre de harceler toutes ces personnes, je vous pose une question : est-ce que vous auriez agi de la même façon s’il s’agissait de votre mère/soeur/copine ? J’espère que non et j’espère qu’un jour nous pourrions tous nous balader dans la rue et tout simplement vivre notre vie sans avoir à subir le regard malsain ou les commentaires déplacés de ces gens qui se croient tout permit. Et surtout sans avoir peur qu’une de ces choses se produisent. »

Anonyme, 20 ans, Lille

 

« Un dimanche matin, vers 6 heures du matin, ma meilleure amie et moi avons pris le métro parisien pour un trajet de 10 minutes (les plus longues de ma vie). Alors qu’on discutait tranquillement, assises côte à côte sur un emplacement pour quatre personnes, deux hommes sont montés dans le wagon. L’un d’entre eux, très alcoolisé, s’est assis en face de moi et son ami, un peu moins éméché, en face de ma meilleure amie. Je précise que j’ai développé une phobie des gens saouls au fil du temps (pour des raisons antérieures) et ce que j’ai vécu ce jour là n’a pas du tout arrangé les choses. Etant quelqu’un d’avenant, j’ai commis l’erreur de répondre à ce monsieur lorsqu’il m’a adressé la parole. Je ne sais plus vraiment comment a débuté la conversation tant c’était banal, je me souviens juste avoir précisé que nous n’étions pas de Paris, et du moment où les choses ont commencé à déraper.

Il m’a demandé si j’étais célibataire, chose à laquelle j’ai répondu non, de manière très naturelle. Je pensais qu’après ça, il allait en déduire que je n’étais pas intéressée et qu’il allait me laisser tranquille. Mais au lieu de ça, il a commencé à se rapprocher de moi, à me chuchoter des paroles très embarrassantes et déplacées dans l’oreille comme : « il te baise bien ton mec ? ». J’ai commencé à avoir peur, je me souviens lui avoir dit, le plus calmement possible d’abord : « on ne se connaît pas, vous n’avez pas à me demander ça. » et il a insisté, répétant la question de plus en plus fort, jusqu’à ce que les gens autour nous regardent. Il y avait ceux qui faisaient semblant de ne rien entendre, et il y avait deux jeunes que ça faisait marrer, plus loin. Alors qu’il insistait toujours, je lui répétais que je n’avais pas à lui répondre. Il a fini par s’approcher une nouvelle fois et m’a chuchoté à l’oreille : « tu as de beaux seins… ». Ce même homme a ensuite essayé de m’embrasser, mais j’ai tourné la tête, j’aurais aimé faire plus mais j’étais tétanisée et je n’osais plus bouger. Je lui criais de me lâcher, de me laisser tranquille, mais je n’osais pas bouger, mes jambes ne semblaient plus répondre donc impossible pour moi de sortir d’ici. Son ami est intervenu : « laisse-la, tu vois bien qu’elle va mal, là ». Mais ça ne l’a pas empêché d’essayer à nouveau de me toucher les seins, je l’ai repoussé avec mes mains du mieux que j’ai pu. Je regardais de temps à autre, furtivement, les arrêts qu’il nous restait à parcourir avant d’arriver à destination. Heureusement, nous avons fini par arriver.

Une fois sur le quai, avant que les portes ne se referment, j’ai regardé les gens dans le wagon et ai dit de vive voix : « les agressions sexuelles, tout le monde trouve ça normal, apparemment ?! ». Je me souviens encore d’avoir vu et entendu mon agresseur rire de ma phrase. Lorsque le train est parti, je me suis mise à pleurer et je me suis effondrée plus loin, dans un couloir. J’ai fait un malaise et une crise d’angoisse. Un homme s’est gentiment arrêté et m’a demandé, paniqué : « ça va, mademoiselle ?! Vous allez bien ? ». J’étais incapable de répondre, tant j’étais sonnée. Ma meilleure amie lui a dit qu’elle allait s’occuper de moi et l’a remercié de s’être arrêté. Tout le reste de la journée, je me suis sentie affreusement mal et surtout : SALE. Parce que mon corps avait suscité l’excitation d’un homme que je ne connaissais pas et qui m’écœurait. J’ai pleuré presque dix heures d’affilée (tout le trajet du retour et y compris une fois arrivée chez moi) et j’ai passé les deux nuits suivantes sans dormir, réveillée par des cauchemars, à pleurer et à faire des crises d’angoisse.

Depuis, je ne sors plus sans avoir sur moi une bombe lacrymogène. Il m’est arrivé, un jour, de me rendre compte que je l’avais oubliée et j’ai commencé à paniquer. Je ne trouve pas normal de devoir être « obligée » de transporter avec moi ce genre de dispositif, visant à repousser d’éventuels prédateurs. La peur de me faire agresser une nouvelle fois ne me quitte plus, dès que je sors. Et pendant plusieurs mois, j’ai été INCAPABLE de prendre le tramway toute seule. Je n’ai pas pu refaire l’amour avec mon chéri avant pas mal de temps, parce que j’avais honte de mon corps et parce que j’avais l’impression d’entendre ou de voir mon agresseur chaque fois que j’avais une relation sexuelle. Je pleurais tous les jours, je ne me regardais plus dans le miroir. Depuis, je ne vais plus non plus à des soirées où je suis sure de croiser quelqu’un qui aura trop bu, de peur de revivre la même situation.

Un jour, mon psychiatre m’a dit « vous auriez pu changer de place, au lieu de jouer les victimes ». Je me suis sentie mal de ne pas être comprise et épaulée par ce professionnel qui me suit depuis deux ans. Il n’a pas compris le fait que j’étais trop apeurée pour pouvoir faire quoi que ce soit. Cette histoire a laissée des marques sur beaucoup de gens m’entourant : ma meilleure amie, avec qui on ne parle jamais de ce qui s’est produit. Mon copain : je me souviens qu’il était brisé en apprenant la nouvelle (il en a pleuré de rage) et s’en est profondément voulu de n’avoir pu être présent. Mes parents : dégoûtés que de tels « monstres » (terme employé par ma mère) puissent exister et agir impunément. De plus, ils ont été réveillés toutes les nuits par mes crises d’angoisse. Et enfin : ma petite sœur qui maintenant a peur de se faire agresser aussi.

Je précise, au cas où, pour ceux qui trouveraient éventuellement que la tenue justifie le viol ou l’agression (ce que je trouve ridicule et inadmissible, comme remarque) : ce jour là, je n’avais pas beaucoup dormi, je portais mes lunettes au lieu de mes lentilles, j’étais habillée d’un short en jean (pas du tout au ras des fesses) et un débardeur. On aurait dit que j’étais en pyjama : je n’étais pas DU TOUT à mon avantage. Aussi, en ce qui concerne mon âge : j’avais 19 ans au moment des faits (août 2016). Et pour ma meilleure amie, parce que je suis presque sûre que certaines personnes diront qu’elle aurait pu agir : elle n’osait rien dire, elle avait très peur que tout cela se retourne contre elle et jamais je ne lui en voudrai pour ça, car jamais je n’aurais souhaité qu’elle vive ce que j’ai vécu.

Ce témoignage est sans doute long, mais je tenais à l’écrire dans les moindres détails. Je trouvais important de décrire tout ce que cette agression a impliqué dans ma vie et de tout ce qu’elle a généré chez moi pendant et après. Aujourd’hui encore, je me sens mal quand je repense à tout ça, et il m’arrive encore d’en pleurer. Certains diront peut-être que ce n’est rien, mais pour moi, cela reste à ce jour, l’expérience la plus traumatisante de toute ma vie et j’estime qu’il n’est pas DU TOUT normal que certains (et je souligne ce mot) hommes puissent se comporter ainsi et qu’on les laisse faire, qu’on regarde passivement une agression qui se déroule sous nos yeux sans agir, en faisant semblant de ne rien voir, ou qu’on ose en rire. »

Anonyme, 21 ans, Paris

 

« Je bosse dans un bar, et j’ai 90% de clients hollandais ou anglais, que je peine à comprendre vu que je ne parle que très peu ses langues. Alors, même s’il disent quoique ce soit de sexiste, je ne peux pas les comprendre.
Par contre, je comprend très bien les 10% restant.
Un après-midi, un groupe de clients (donc parlant français, trois hommes et une femme), arrive au bar. Chacun me dit ce qu’il désire boire, je les sers puis de là commence les remarques.
L’un : « j’aime bien les petites serveuses moi ». L’autre : « Si elle était blonde avec forte poitrine je ne dirais pas non » (devant sa propre femme). Ne voulant pas m’attirer d’ennuis (car le client est roi, euuuuh non pas trop quand-même), j’ai uniquement répondu : « Si vous avez encore des remarques à faire sur les femmes, je ne veux pas les entendre alors allez dehors ! », puis je suis partie faire autre chose pour ne pas avoir à les voir. Je me suis sentie tellement humiliée, et tellement choqué que deux hommes se permettent de tenir de tels propos devant d’autres clients, leur femme et moi même.
Non, je ne suis pas un bout de viande, non je ne supporte pas qu’on tienne des propos aussi désobligeants à mon égard.
Stop au harcèlement, où qu’il soit ! »

Amélie, 21 ans, Châteauroux

 

« Il y a 1 mois, je devais me rendre à un spectacle sur Nice avec ma sœur. Ce soir la, étant très coquette, je décide de m’habiller en talons, jean et chemise et de me maquiller pour la soirée, je me sens bien dans ma peau et encore mieux : dans mes affaires !
Une fois partie de chez moi et arrivée sur Nice nous n’avions plus que 10 minutes pour arriver au théâtre. Moi et ma sœur sortons de la voiture, à la première intersection deux hommes bien plus âgé que moi et ma sœur me regardent et nous font une réflexion inaudible, nous passons notre chemin.

3 minutes plus tard, un mec commence à nous suivre et me lance un « eh mademoiselle ! T’as de belle jambes tu sais ? » Cet épisode reste l’un des plus inquiétant car nous ne savions pas si il aller continuer à nous suivre ou non. Heureusement il s’est arrêté après quelques mètres. J’étais partagé entre me retourner et lui dire de se la boucler et continuer mon chemin sans rien dire. J’ai continuer mon chemin sans rien dire de peur qu’il réagisse mal face à moi et ma sœur.

Exactement 2 minutes plus tard un autre homme nous salut sans qu’on lui ai rien demandé… Ce n’est qu’arrivée au théâtre que nous avons eu la paix.

Si j’écris ce message aujourd’hui c’est parce que ça devient insupportable de ne plus réussir à marcher 5 minutes dans la rue sans avoir une réflexion ou des regards insistant sur soi. D’avoir envie de crier pour que ça s’arrête et pouvoir sortir de chez soi tranquillement. Je n’ai qu’une seule question :
Est ce qu’un jour je pourrais sortir de chez moi et ne plus avoir à me soucier des remarques incessantes et fatigantes ? »

Margaux, 18 ans, Antibes

 

« C’était la rentrée, ils étaient trois et était dans le même collège que moi. J’étais sur le chemin pour rentrer chez moi quand ils se sont mis à me suivre. Ils me posait des tas de questions « où est-ce que tu vas comme ça? t’habite où? » je tentais de les ignorer comme je pouvais en pressant le pas. Puis ça a fini par des insultes. J’ai eu droit à des « réponds nous salopes! pourquoi tu cours sale chienne? ». Je me suis mise à courir, ils se sont mis à me courir après tout en continuant de me couvrir d’insulte. Puis j’ai foncé dans le premier tramway, en priant que les portes ne s’ouvrent pas pour les laisser entrer. C’est justement ce qui se passa. Ils cognèrent sur la porte du tramway en me faisait des mimiques de cunnilingus et me faisant des doigts d’honneur. Puis le tramway est parti, et j’ai éclaté en larmes. Par chance, j’ai eu assez de courage pour porter plainte au directeur le lendemain de l’incident et je n’ai plus eu de problèmes avec eux depuis. J’avais 14 ans quand c’est arrivé et ils en avaient 15. »

Julie, 20 ans, Grenoble

 

« Dès qu’il s’est assit en face de moi je l’ai ressenti, l’aura d’intérêt et d’attente qu’il dégage. Ses petits yeux perçants me cherchent. Déjà contrariée, je m’enfouis d’avantage dans mon livre, ne laissant pas sa présence entacher ma lecture. Il fait si chaud. Je porte une robe qui découvre mes jambes jusqu’aux genoux et des sandales. Mal réveillée, j’ai un air bougon et mes cheveux semblent poursuivre leur bataille nocturne. Il me regarde.

Je descends au terminus et le wagon du métro se vide peu à peu, laissant deux sièges vides à mes cotés. À quelques instants de l’arrivée, il se déplace et s’installe à ma droite. Un coup d’oeil furtif me permet de voir qu’il ne s’est pas mis tout à fait à coté de moi, ni même sur le siège d’après. Ok, il s’est assis entre les deux fauteuils, il va m’aborder. Je sens la colère affluer dans ma poitrine. Ce n’est vraiment pas le bon jour.

Alors qu’il se penche vers moi, je le fusille du regard. « Madame… » je ne lui laisse pas le temps de finir sa phrase que je l’interromps d’un « Non. » sans détour. « Madame, je vais chez toi… ou tu viens chez moi… ». Indignée, je tourne le buste vers lui pour lui rétorquer « J’ai dis non ». Je quitte ma place et vais un peu plus loin, debout et je poursuis ma lecture. Je ne vais tout de même pas me laisser perturber.

Mais tandis que le métro s’arrête sur le quai, un doute me saisit. Je tourne à droite. Je ne vais jamais à droite. Ainsi, s’il me suit, j’aurai d’avantage de chemin pour le semer. Arrivée en haut de l’escalier, il me dépasse et j’entends « S’il-vous-plaît madame… ». Comment ça « S’il-vous-plaît » ? Je tourne la tête vers lui et je le vois, le regard presque triste avec dans la main un morceau de carton jaune avec un code barre. Je suppose qu’il s’agit de son numéro de téléphone noté sur un emballage quelconque. Mais alors que je fais brusquement demi-tour en répétant plus fort « Non ! J’ai dis non, ça suffit ! » je reconnais l’objet.

C’est un préservatif.

Ma colère laisse place à de l’inquiétude. Je garde le pas ferme et je poursuis ma route dans le sens inverse. Je profite d’un tournant pour m’arrêter une seconde, j’ai besoin de respirer. Je descends de la rame avec précaution. Je l’ai perdu de vue. Arrivée en bas, je reprends une allure assurée avant de le voir du coin de l’oeil. Il est descendu de l’autre coté. Pour me retrouver si vite, il doit avoir couru ! « Madame s’il-vous-plaît… ». Cette fois je hurle « J’ai dis NON, vous arrêtez maintenant ! ». Je lui tourne le dos et poursuit ma route. Je tourne à gauche. Je ne passe jamais par la gauche. Mais cette route est plus fréquentée et les immeubles qui la bordent offre de grandes baies vitrées dans lesquelles je peux observer mes arrières.

Il ne me suit pas. Je poursuis ma route jusqu’à chez moi et je réalise que je ne reprends mon souffle qu’après avoir claqué la porte derrière moi. J’ai eu peur. »

Anonyme, 26 ans, Rennes

 

« Il y a quelques années, je marchais dans la rue sans regarder personne, sans penser à rien, j’étais juste de bonne humeur et je profitais de ma journée ensoleillée. Soudain une voiture ralentit en passant à côté de moi et un jeune garçon me crie par la fenêtre:  » T’aimes bien te la prendre dans le cul, hein, salope ?  »
J’ai cru avoir tout d’abord mal entendu. Puis je me suis aperçue du regard de cet individu sur moi. Comme si j’étais un objet, comme si j’étais son objet et qu’il avait le droit de conjecturer sur ma vie privée et de me juger. Je suis restée pétrifiée, et j’ai ressenti de la honte. J’ai eu honte que d’autres personnes entendent les paroles que cet homme venait de m’adresser. Sans que j’ai cherché à établir le contact. Comme un chien qu’on siffle. Ma mère me suivait à quelques pas et n’avait pas entendu. Elle fut tout aussi choquée que moi.
J’avais 15 ans et je me rendais à la bourse aux livres pour mon entrée en seconde. Je portais une jupe juste au dessus du genoux mais même si j’avais porté une mini jupe, cette personne n’aurait jamais dû se croire en droit de me dire cela. C’était la première fois que je connaissais ce sentiment d’impuissance, d’humiliation, et de colère. Celui que je ressens plusieurs fois par semaine maintenant. Celui qui me frappe comme un fouet chauffé à blanc lorsque je me rends compte à quel point nous sommes dans une époque où la misogynie, le sexisme et le harcèlement de rue connaissent une recrudescence importante et se cachent dans tellement de gestes et de phrases qui sont rentrés dans les moeurs qui cela passe inaperçu.
Je me dis que le combat en faveur de la condition et de la considération féminine est loin d’être terminé aujourd’hui même si beaucoup de gens pensent le contraire. »

Mélanie, 20 ans, Metz

 

« Il était 21h. Je sortais du travail et j’avais insisté auprès de mon copain pour qu’il ne vienne pas me chercher à part dieu mais à la sortie de mon tram. Je vais donc prendre mon tram, et me place sur les sièges « assis-debout » et regarde autour de moi : deux femmes et le reste… des hommes. Je me dis que je psychote. Ce n’est pas parce que je suis en robe ( avec un short en dessous… toujours. ) qu’il est un peu tard, qu’il va m’arriver un truc.

Les deux femmes sortent au premier arrêt et je me retrouve dans un wagon exclusivement rempli d’homme. Je ne panique pas, j’ai mon casque, quand bien même, un de ces individus viendrait me parler je ne lui répondrais pas. Je n’ai que 5 arrêts à faire avant que mon chéri soit la pour me récupérer. Mais voilà après le troisième arrêt un mec se place à côté de moi et se rapproche dangereusement de moi, petit à petit. On est à 1 ou 2 min d’arriver à mon arrêt . Et là. La pire sensation de toute ma vie, cet homme a passé la main sous ma robe. Tranquille. Comme ça. Comme si c’était normal. Je me suis levée d’un bon et suis partie devant la porte du tram, cherchant du regard une aide.

Mais ce fut Les 30 secondes les plus longues de ma vie, venant de me faire toucher par un mec, dans un wagon rempli d’hommes, la peur d’empirer les choses si je me m’étais à crier ou à pleurer. Je suis sortie du wagon, ai retrouvé mon chéri et ai explosé en sanglots.
J’étais la première à dire que je gueulerai si un mec me touchait sans ma permission. Ou si j’étais victime de harcèlement. Mais voilà, la peur vous fait perdre tous vos moyens. Je n’ai pas arrêter de porter des robes/shorts/jupes pour autant, je ne sais même pas comment je réagirai si ça m’arrivait à nouveau. Je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est que j’ai toujours un peu peur, Du regard des hommes sur moi, de leurs gestes et de leur attitude.

Je suis très triste car après analyse de mon propre témoignage, je ne pourrai même pas me dire « tiens c’est bête, j’aurais pu demander de l’aide à une tierce personne » car tout simplement je ne voyais pas de solution. Aucune. Très triste tout ça. »

Lilas, 22 ans, Lyon

 

« Jeudi, premier jour de service dans un bar-restaurant de ma ville. Les soirées étudiantes génèrent beaucoup de monde, et je parviens tant bien que mal à gérer la pression. Deux jeunes hommes, d’environ 20 ans, prennent commande en me regardant fixement et un peu trop longuement. Pendant que je leur sert leurs bières, l’un me demande avec insistance mes coordonnées, je refuse plusieurs fois. Il finit par se résigner mais se permet de me dire, avec un regard encore une fois insistant, mais le sourire narquois en prime : « en tous cas, jolies grosses fesses ». Choquée, je bafouille de façon sèche que « je ne lui permet pas », que ça « je ne l’accepte pas », mais évidement « ça va c’était pour rire madame ».

Sur le coup de la surprise, je n’ai rien su dire d’autre, leur permettant de comprendre pourquoi ce n’est pas acceptable.
Je sais que je vais durant la saison être à nouveau confrontée à ce genre de situation, et je ne compte pas me laisser faire. »

Anonyme, 19 ans, Dordogne

 

« C’était il y a 2 ans, en plein mois de juillet. Gros pic de chaleur, en plein milieu d’après midi. J’étais avec mon petit ami, avec qui je venais d’emménager ; on allait chercher les derniers cartons de mon ancien appart. J’étais habillée en short, et en t-shirt. On était à pieds, en plein centre ville. J’étais dans mes pensées , toute heureuse de ce déménagement et de ce beau temps d’été.

J’ai entendu mon copain crier « quoi ?! », « qu’est ce que t’as ?! » Il avait interpellé un mec sur le trottoir d’en face, que je n’avais pas remarqué. Ce mec m’avait reluquée de haut en bas jusqu’à se retourner quand on l’avait dépassé. Il n’a donc rien trouvé d’autre à répondre à mon copain: « si tu veux pas qu’on regarde ta meuf, t’as qu’a pas l’habiller comme ça. »

Sa réponse m’a choquée. Je me suis sentie mal, j’ai tout de suite remis en question ma tenue que je ne trouvais pourtant pas spécialement aguicheuse. Il s’est adressé à mon copain en parlant de moi comme si j’étais un objet qu’il avait pour rôle d’habiller convenablement, comme si je n’étais pas libre de m’habiller comme je voulais et que je dépendais de lui. Je me suis sentie profondément humiliée.

Ça a gâché ma journée et je m’interrogeais sur mon short, peut être trop court ? J’ai posé la question à mon copain, que je remercie pour sa réaction saine : « bah oui il est court ton short mais il fait chaud et puis tu t’en fous, si tu l’aimes bien c’est le principal, c’est pas à moi de choisir comment tu t’habilles ! Il avait pas à te regarder comme ça. »

C’était pas une agression mais une fois de plus du rabaissement, un sentiment de se sentir femme-objet, comme si c’était normal de sentir des regards posés sur soi à longueur de journée dès qu’une paire de jambes est dévoilée. Ce n’était pas la première fois que ça m’est arrivé et pas non plus la dernière, malheureusement. »

Manon, 21 ans, Amiens

 

« J’ai 16 ans, et depuis 1ans je me suis rendue compte a quel point la femme était vue comme une proie au yeux des hommes.
Je n’ai pas de copain, je n’ai jamais eu de relations non plus. Le regard insistant de certains hommes sur moi me gêne quand je suis en jupe.

16ans, et je suis déja vue comme un bout de viande.
c’est horrible… je suis encore une adolescente, et de voir des hommes de 30ans me regarder avec des sourires et des regards insistants quand j’attend de traverser le passage pièton alors que eux sont dans leur voiture me répugne.

Je vois écris car aujourd’hui ça a encore recommencé… je marchais pour aller à mon stage, sous 32° pensez bien que je vais pas sortir en jean et col roulé. J’ai opté plutôt pour une jupe qui m’arrive au dessus du genoux et un tshirt de groupe de rock rentré dans celle ci. Je marchais donc, puis une voiture sors de virage et arrive vers moi, je vois le gars (25-30ans maximum) me faire un signe des plus déplacés (il mimait une fellation en me regardant).

16ans et un homme inconnu d’une trentaine d’année dans une voiture qui passe et me fait un signe de fellation, vous trouvez ça normal ? Je suis dépassée vraiment, je sors de moins en moins rassuré de chez moi en journée parceque je suis en jupe ou en robe. Juste l’impression d’être un mouton au milieu d’une meute de loup… »

Laurie, 16 ans, Salon de Provence

 

« Ce témoignage pour expliquer que le harcèlement de rue peut se faire dans des endroits improbable tels qu’une église . J’étais allé prier dans l’église du quartier je m’arrête pour prier, un homme âgé débarque, salue la statue et me dit bonjour, je réponds naturellement « bonjour », il me dit qu’il va m’offrir un cierge (sur le coup je me dis qu’il a reçus une bonne nouvelle et veux la partager). Il me donne donc ce cierce et me dit d’aller le poser en face. Je vais donc le déposer et continue ma petite prière. L’homme débarque et me prend la main, sur le coup ça m’a choqué, je ne savais pas comment réagir, il commence à me dire qu’il va prier pour moi. Il me demande quel est mon nom et tout bref, je commence à paniquer. Il me dit « je suis riche et je cherche une femme noire ». Prise de cours et souhaitant rester polie, je lui dit que je dois y aller, ayant un train à prendre, il me demande mon numéro et à m’accompagner je dit NON. Il me demande alors de rembourser le cierge je lui donne donc le seul billet que j’avais et m’enfuis. Une fois sortie et sur tout le trajet jusqu’à chez moi je me suis désinfectée les mains au moins toutes les minutes. Je m’en veux d’avoir crus que dans un endroit tels qu’une église on pouvais faire confiance au gens mais je trouve ça surtout honteux pour cet homme qui agit de la sorte dans ce lieu tout ça pour dire qu’on est à l’abri nulle part et c’est bien triste. »

Anonyme, 23 ans, Paris

 

« Dans un bar à Paris avec ma soeur et des amis. Je lui dis que je vais acheter des cigarettes au tabac qui est à quelques mètres. Elle me demande si je veux qu’elle m’accompagne on ne sait jamais, ce à quoi je lui réponds « Non mais quand-même ! Ça va c’est juste à côté !… »

Je traverse et marche donc quelques mètres, entre dans le tabac et paie mes cigarettes, puis au moment de récupérer ma monnaie j’entends dans mon dos : « – Oh t’es mignooonne tooooi !… Ahah ! »

Je me retoure vers eux – ils étaient deux – plutôt que de les ignorer comme souvent, méga blasée/habituée/indifférente – enfin indifférente comme on peut, parce qu’on ne s’y fait jamais vraiment- et donc très agacée là aussi, je les regarde une micro seconde chacun dans les yeux, en mode « regard noir/revolver/c’est quoi ton problème encore gros relou ».

Alors son ami grand défenseur de libertés individuelles me dit : « – Oh c’est un compliment qu’il t’a fait là, tu pourrais sourire hein, putain j’sais pas c’qu’elles ont ces filles, elles sont jamais contentes, il t’aurait dit « T’es moche » tu l’aurais mal pris là… Tss, allez va ! Ahah ! Ahah !

Moi – Pas du tout. Rien à foutre de tout ce que vous pourriez dire d’ailleurs.

Le pote – Vas-y dis lui alors. Dis-lui bordel !

Le premier – …T’es moche !

Moi – C’est bien merci. Très haut niveau. Pousse-toi maintenant, je sors.

Le pote – Ah, là… Tu souris hein ?!…

(Je sors)

Le premier – T’es moche !  »

Un sourire naturel oui, j’avoue, un sourire de… sidération face à cette pure bêtise offerte. Le Grand Vide. Le Néant. »

Victoria, 26 ans, à Bandol (83).

 

« Il y a trois ans, un soir de novembre, à Dijon, j’étais partie après les cours avec deux amis cismecs pour faire des courses de Noël après nos cours. Comme on ne voulait pas aller dans les mêmes boutiques, on s’est séparé après s’être mis d’accord sur un point de ralliement.

Une fois mes achats effectués, je me mets en chemin pour gagner la librairie où l’on devait se retrouver. J’entends alors le fameux « Hey madmoiselle, eh t’es charmante! » qui arrive derrière moi. Comme on est un soir de novembre, il fait nuit, il fait froid, il pleut. J’ai un pantalon et un gros manteau, je suis fatiguée après cette journée de cours, je suis gelée, je me sens tout sauf charmante et je n’ai pas eu le courage de me retourner pour les envoyer se faire voir. J’ai accéléré le pas, stressée, et je me souviens encore de mon cheminement de pensée, alors que ça n’a pas duré plus de 2 secondes:

« C’est à moi qu’ils parlent? On dirait. Il y a des gens, si ils m’agressent je suis pas seule. Mais je vais oser les appeler pour m’aider? Mais pourquoi, je ne suis pas habillé sexy, je ne suis pas maquillée et j’ai des cernes, j’ai mon vieux manteau moche, mon pantalon qui traîne dans l’eau. »

Oui mon premier réflexe a été de me demander ce que j’avais fait pour les provoquer. Et si ça avait été une autre fille qui avait été interpellé, je l’aurai sans aucun doute laisser en plan sans chercher à l’aider. J’ose espérer qu’aujourd’hui, maintenant que je suis sensibilisée au féminisme et au problème du harcèlement de rue, après avoir lu et relu tous les articles du Projet Crocodile et des témoignages de Paye Ta Schneck, que mes réactions seraient différentes. Car on ne le répétera jamais assez tant que le harcèlement de rue sera d’actualité : Ce n’est jamais la faute de celles qui le subissent. Peu importe la tenue, l’endroit où iels se trouvent, le moment de la journée ou de la nuit, leur état d’ébriété ou que sais-je encore, c’est toujours la faute de ceux qui le font. Et que si jamais un jour vous vous trouvez un jour témoin du harcèlement de rue, que la victime semble avoir besoin d’aide, et que vous vous sentez capable d’agir pour l’aider, alors s’il vous plaît aidez-la.

J’en suis là dans mes pensées, je ne sais pas à quoi ressemblent ces emmerdeurs ni combien ils sont, quand je sens alors une main sur mon épaule m’attraper pour me retenir. Sérieusement, je crois que j’ai senti mon coeur presque s’arrêter, mais en même temps je me suis retournée prête à en découdre. Et là je vois que ce sont mes deux potes qui se marrent de «  » »l’excellente » » » blague qu’ils m’ont faite.

Honnêtement, ils ne sont jamais passer aussi prêt d’une droite de ma part. Je vous jure, j’ai eu un de ses ascenseurs émotionnels, j’étais tellement soulagée que je n’étais même pas été énervée contre eux. J’ai dû leur dire en riant jaune qu’ils étaient cons, alors que j’aurai surtout voulu leur dire qu’ils m’avaient fait super peur, mais je ne l’ai pas fait pour ne pas passer pour une froussarde. Car bon, c’est rien hein?, c’est marrant de se foutre de ses gros lourdauds qui savent pas draguer les filles dans la rue, et de faire peur à ses ami.e.s pour rie on fait ça souvent entre potes, non? Tout comme je leur ai pas expliqué qu’il ne fallait pas faire ça, que ce n’était pas drôle, pour ne pas casser l’ambiance. Et c’est ce que je regrette le plus.

Alors je voudrais le dire maintenant. Non messieurs, le harcèlement de rue ce n’est pas drôle, surtout pour nous. De devoir faire attention à comment on s’habille quand on sort, aux trajets que l’on emprunte, à l’heure qu’il est. De se faire siffler comme des clebs, de se faire insulter comme des moins que riens, de se faire traiter comme si on n’était que des morceaux de viandes disponibles parce que l’on est dans l’espace publique.

Moi, je n’ai été harcelé que 4 fois seule, et 3 fois alors que j’étais avec des amies dans la rue, et ça n’a pas dépassé les mots. Je dis ‘que’ car vraiment, je m’estime chanceuse quand je lis que pour certaines filles, c’est plusieurs fois par jour, que certaines se font agressées ou suivre jusqu’à chez elle. Et pourtant, ce ‘que’ est déjà trop. Je n’ose même pas imaginer l’effet qu’aurait eu cette ‘blague’ sur une personne qui aurait déjà vécu ça.

Non, le harcèlement de rue n’est pas une blague, et si un jour vous avez ri de cela de faire pareil interrogez vous sur le pourquoi. Car franchement, rire d’une agression, même minime (car le harcèlement de rue est une agression), que vous n’avez vécu et que vous ne vivrez sans doute jamais, contrairement à toutes les filles qui elles la vivront au moins une fois et sûrement plusieurs, rire d’une agression causée par votre genre sur le notre, c’est indécent. Rire du harcèlement de rue, c’est participer à la culture du viol. Pour anecdote, mon ami qui a eu l’idée de cette blague est ce que l’on appelle un Nice Guy, qui ce dit trop gentil avec les filles et qui pense que parce qu’il est gentil avec elles, elles lui doivent quelque chose en retour. Mais une femme, une fille, ne vous doit jamais rien, que ce soit une connaissance, une proche, ou une inconnue dans la rue.

Donc ne le fait pas, ne riez pas de ça et si vous voyez des mecs le faire, reprenez-les, expliquez leur. Car ce n’est pas qu’aux femmes de vous éduquer, car vous ne savez pas le passif des femmes présentes à ce sujet et des traumatismes qu’une ‘simple’ blague peuvent réveiller en elles. »

Mélanie, 20 ans, à Dijon.

 

« Il n’est que 19h mais il fait déjà nuit, je rentre chez moi. Il y a peu de monde dans la rue, mais obnubilée par mes pensées je n’y prête pas du tout attention. J’entends un « ça te va super bien le rouge ». Bordel, jamais tranquille. Je lève la tête et découvre, non sans surprise, devant moi, un homme me regardant avec un grand sourire et des yeux obscènes. Cela dit j’étais très loin d’imaginer le voir derrière une poussette, promenant un petit garçon. Les yeux de ce petit garçon m’empêchent de lâcher un juron tellement je suis choquée. Je trace ma route, sous le choc de le savoir témoin de telles horreurs. Le père, lui, n’a aucun problème pour enchaîner les remarques déplacées :  » t’es vraiment bonne », « c’est encore mieux de dos » Je ne réponds pas et j’avance. Derrière moi le mec s’écrie alors « TU POURRAIS DIRE MERCI » Là, s’en est trop, je perds toute maîtrise, je me retourne et hurle « MAIS FERME TA GUEULE CONNARD », puis voyant que cette remarque ne plaît pas, j’accelère le pas sous un flot d’insultes et de menaces.

« tu pourrai dire merci » cela m’a achevée. Un homme se sent légitime d’aborder une femme dans la rue, de lui donner son avis sur sa tenue vestimentaire, de la sexualiser, de l’insulter, de lui faire peur ET EN PLUS IL VEUT UNE MÉDAILLE ? Je suis tellement en colère ! J’ai la rage de cette injustice ! Parce que je sais, je l’ai ressenti et on m’a appris à le ressentir en tant que fille, que si un homme nous complimente sur notre physique on doit en être «  » »fières » » », voir même rechercher ce compliment. Je sais que c’est ancré dans l’éducation de beaucoup d’entre nous, et qu’il le faut combattre tous les jours. Et quand je vois ce détritus qui essaie de me culpabiliser de ne pas me sentir flatter par ses obscénité, je pense à toutes ces femmes qui sont victimes de ce cercle vicieux et humiliant. On est rabaissées, hypersexualisées à longueur de journée et en plus on devrait dire merci et en redemander ! »

Anonyme, 18 ans.

 

« Le harcèlement de rue, comme toutes les femmes de mon entourage, je connais bien ça. Il fait partie de mon quotidien depuis que j’ai douze ans. Mais je pensais qu’il y aurait au moins une période de ma vie durant laquelle je pourrais être tranquille, et ne plus être importunée dans la rue : durant ma grossesse. Je pensais que je serais protégée par l’image sacro-sainte de la Mère, ou en l’occurence de la future Mère.

Je me trompais, évidemment.

A la fin du mois d’août, alors que je termine mon cinquième mois de grossesse, et que mon ventre se voit clairement, j’attends mon bus, seule dans la rue. Il fait chaud, je porte une robe légère, qui met en valeur mon ventre de femme enceinte dont je suis si fière.

Un homme passe alors, dans une grosse berline noire, me voit, baisse la vitre, et me lance un baiser. Puis, me dit « J’t’en mettrait bien un deuxième dans le ventre! », avant de partir en trombe.

Je n’ai même pas eu le temps de réagir. Je ne sais pas ce que j’aurais dit d’ailleurs. Habituellement, je réagis froidement, je remets ces perverts à leur place, j’engueule… J’en ai vécu beaucoup des moments comme celui-ci au cours des années, mais là, je me suis rarement sentie aussi salie et peu respectée. Non seulement ça, mais j’avais aussi le sentiment que mon bébé aussi avait été agressé et souillé par cette phrase. »

Sarah, 25 ans, à Villemomble (93).

 

« Il y a quelques jour en rentrant des cours, je prends le tramway pour rentrer chez moi. Il y a du monde mais par chance une place se libère et je réussi à m’assoir. Ce jour là, il y a pas mal de voiture, le tramway est souvent obligé de s’arrêter, ralentir brusquement et toutes les personnes debout se retrouvent déséquilibrées.

C’est l’excuse que j’ai trouvé à l’homme debout à côté de moi qui frottait sans complexe ses parties intimes sur ma cuisse. Sur le moment, je me persuade qu’il ne fait pas exprès, qu’il ne s’en rend pas compte. Mais lorsque je déplace légèrement ma cuisse je suis étonnée de voir qu’il la cherche avec son bassin. Je n’arrive pas à y croire, je me dis que c’est de la paranoïa jusqu’à ce qu’à un moment je sente ses parties réellement collées à ma cuisse. Il me dégoûte, mon cœur commence à battre très fort et je suis très mal à l’aise. Je change de position pour qu’il ne puisse plus du tout avoir un contact et espère que le trajet va vite se dérouler.

Manque de chance, ce n’est pas terminé. Je consulte mes réseaux sociaux sur mon téléphone. Il y a moins de monde désormais dans le tramway mais l’homme reste à côté de moi et a les yeux rivé sur son téléphone. Puis, il approche son écran vers moi avec discrétion. Mes yeux sont forcément attiré et je jette un coup d’œil. Sur l’écran, je vois une scène de sexe crue. Je me dis qu’il ne le fait pas exprès mais il le fait à plusieurs reprise cherchant d’attraper mon regard. Cette fois ci plus aucun doute sur ses intentions. Je suis de plus en plus mal à l’aise, mais je n’ose pas parler, j’ai peur qu’il se décide à me suivre mais heureusement il descend.

À ce moment, je pense à ma petite sœur à qui il aurait pu faire la même chose. Je suis dégoûtée, consternée et j’en ai marre que les hommes se permettent de me siffler, se coller à moi dans les transports. Que des milliers de femmes vivent chaque jour le harcèlement des gommes. Il est temps d’ouvrir les yeux, d’agir pour changer les choses. »

Charlotte, 21 ans, à Paris.

 

« J’ai eu super peur dans le tram hier. Y a un gars, en s’essayant à côté de moi, me fait un grand sourire. Mais un sourire flippant qui disait « je vais te baiser ». Enfin c’est l’effet que le sourire m’a fait. Et ils s’est collé à moi, mais genre, vraiment. J’étais collée à la vitre. Il me faisait tellement peur que je suis descendue à la gare alors que c’était pas du tout mon arrêt.

En soit il m’a pas vraiment touché mais le fait qu’il se colle à moi c’était assez suggestif.

J’avais même trop peur de juste me lever et aller au fond du tram parce qu’il aurait comprit que j’avais peur de lui et il m’aurait peut être même suivi. Alors que descendre carrément c’était comme si c’était vraiment mon arrêt était la meilleure solution sur le moment.

Mais je crois bien que c’est la première fois que j’ai eu peur dans ce genre de situation. »

Anonyme, 20 ans, à Tours.

 

« C’était un après-midi normal, banal, d’un mois de septembre. J’avais décidé de porter un short, et une paire de collant très épais. Malheureusement, j’ai décidé de porter un petit pull un peu trop décolleté. Un affront, aujourd’hui.

Je suis donc sortie de chez moi, décidée à aller faire quelque courses. Je marchais tranquillement jusqu’à l’arrêt de tramway le plus proche, et voit au loin un homme marcher d’un pas décidé vers moi. Je décide de ne pas y prêter attention, et continuemon chemin. Jusqu’à ce que l’homme ralentisse son rythme une fois à moins d’un mètre de moi, et se mette à me fixer, descendre les yeux sur ma poitrine visiblement un petit peu trop dégagée pour lui, et déposer sa main sur son sexe à travers son pantalon, en imitant un frottement, et en ouvrant la bouche d’une façon plus que déroutante.

Choquée, je n’ai rien su dire et j’ai avancé d’autant plus vite jusqu’à mon arrêt.

Je l’ai recroisé quelque fois dans cette même rue, et j’essaie de changer de trottoir lorsqu’il est là. »

Elisabeth, 22 ans, à Orléans.

 

« Je rentrais chez moi il était environ 16h donc il faisait encore jour. Je monte les escaliers de la gare pour rejoindre la sortie, et c’est là que je sens une présence tout près, derrière moi, c’est aussi là que je sens sa main qui se cale sur ma jupe. J’ai sursauté et je me suis aussitôt retournée pour « éventuellement » dire quelque chose mais j’étais tellement tétanisée qu’aucun son ne sortait de ma bouche, et il n’y avait personne pour pouvoir témoigner. Je l’ai alors fixé, mais lui, évitait mon regard, me jettait des coups d’oeil, faisait genre qu’il n’avait rien vu, rien fait, faisait l’innocent, je me rappelle encore de son visage trait pour trait. Je suis rentrée chez moi, toujours apeurée, en y pensant tout le long du trajet jusqu’à ma maison.

Je finis tard les cours en ce moment, donc le temps que je rentre chez moi il est environ 21h et il fait nuit à cette heure là ! Et un jour, en sortant du train, qui c’est que je vois ? Le mec sans gêne qui m’a mis une main aux fesses, il m’a regardée avec le même regard que l’autre jour, il faisait vraiment peur. Je suis sortie du train par la porte à l’opposé d’où je me trouvais pour voir s’il allait me suivre, et vous savez quoi ? Il m’a suivie. Et là j’ai vraiment commencer à flipper. Je marchais vite, je ralentissais, j’accélérais toujours pour voir s’il continuait de me suivre, et il s’avère qu’il me suivait toujours, il accélérait et ralentissait au même rythme que moi. Alors c’est là que je me suis précipitée vers une dame qui rentrait tranquillement du travail, je lui ai demandé si elle habitait loin pour que je puisses faire un bout de chemin avec elle parce qu’un mec bizarre me suivait et que j’avais peur, et elle m’a répondue « ne t’inquiète pas, je reste avec toi ». Puis le mec a disparu de mon champ de vision juste après que j’ai commencé à parler avec la dame.

Il m’arrive pleins d’histoires comme ça, et j’ai peur maintenant tous les soirs quand je rentre chez moi. Je compose toujours le « 17 » à l’avance si jamais il m’arrive quelque chose. Et je ne me sens plus du tout en sécurité quand je suis seule à traverser la ville pour rejoindre ma maison. Ce n’est pas suite à cette histoire que j’ai peur, mais suite à des évènements du genre récurrents. »

Anonyme, 19 ans, à Paris.

 

« Aujourd’hui, je rentrais de la soirée d’anniversaire d’une amie et j’étais d’ailleurs encore un peu dans les vapes. Je sortais à peine du métro, et j’étais venue m’asseoir près de mon arrêt de bus, les écouteurs et la musique à fond dans les oreilles : il est 13:45, mon bus passe à 14:13, et on est dimanche.

C’est alors qu’un homme se pointe devant moi en me donnant l’impression qu’il voulait me demander quelque chose. Je lève les yeux, retire un de mes écouteurs. Il me salue avec un « bonjour mademoiselle » et à l’air de vouloir regarder un truc sur ma main, l’homme est assez près, s’est penché à mon niveau. Je tourne rapidement ma main en me demandant ce qu’il veux, et il me la prend et commence à me tirer pour que je me lève, il me regarde en me lâchant un « Lève ton cul », au fond de moi, je suis profondément choquée.

Plantée à l’endroit où je suis assise, je le regarde droit dans les yeux, et lui ordonne de me lâcher. Il me répète « Lève ton cul », et je lui répond très fermement « Non. Lâche-moi. » L’homme me lâche, il part en me fixant, je n’hésite pas à le fixer en retour avec l’air le plus menaçant que je puisse faire.

Un autre homme juste à côté me regarde avec un air consterné et me dit qu’il n’est pas intervenu car il ne savait pas si je connaissais cette personne ou non, s’en suit un débat sur le fait que je ne devrais pas « tendre la main » à des personnes que je ne connais pas. Je ne voyais pas trop ce que cet homme me voulait donc que vouliez-vous que je fasse ?

Je ne sais pas lire dans les pensées, je ne savais pas qu’il allait me dire un truc déplacé. Je suis tolérante envers les gens, et ce n’est pas de ma faute si cet homme a réagi comme cela, mais pour cet autre homme à côté de moi, c’est visiblement de ma faute, et ce n’est qu’en écrivant cela que je m’en rend compte, j’habite dans une petite commune et il est donc rare pour moi de me faire harceler. L’homme qui me fait la leçon part, j’attend de nouveau mon bus et j’appelle l’amie chez laquelle j’étais pour lui raconter ce que je venais de vivre. 5 minutes plus tard, mon harceler du début repasse par la même rue, le voyant arriver, je sors mon énorme trousseau de clé et le tiens dans ma main droite, je reste assise. Le mec s’arrête UNE NOUVELLE FOIS devant moi en me disant « T’es encore là? » Je suis encore au téléphone, il se remet à mon niveau pour s’adresser à moi et me demande « Tu suces ? » Je m’arrête de parler, tourne mon regard vers lui, et je lui lance un « Non, vas-t-en. » Il ne bouge pas, je lui lance alors un « Casse-toi. » très agressif. Le mec se met alors à sourire et secoue la tête « Non. » Et il continue de me répéter « non. » pendant une bonne dizaine de secondes. Je parle à mon amie au téléphone, serrant mon porte clé, prête à frapper en plein visage l’homme avec mon trousseau si il compte rester plus longtemps. Finalement, il s’en va. Je me décrispe et le suis des yeux.

C’était la première fois que je me sentais humiliée par un de ses relous que des milliers de personnes supporte chaque jours. Je suis profondément choquée et je ne ressens que l’amertume que produit cette envie de vengeance.

Il faut que ça cesse.

Maintenant, je sais ce que ça fait. C’est effroyable. »

Lucille, 17 ans.

 

« Un soir en semaine, 20h. Du point A au point B : 5 minutes. Direction cours de danse.

Il fait nuit. J’entends « Eh la chinoise. »

Je remarque qu’un gars cagoulé se trouve de l’autre côté de la rue.

Je continue de marcher et à nouveau le gars m’interpelle « Eh la chinoise. »

Il m’agace mais je me dis que c’est peut être un pote qui me fait une blague pourrie. Je m’arrête et essaie d’entrevoir son visage. Le mec traverse et je constate que je ne le connais pas.

Je ne lui laisse pas le temps d’engager la conversation et je préfère mener la danse.

« Pourquoi est-ce que tu m’interpelles comme ça ? Je ne sais pas si tu te rends compte, mais à t’entendre parler ça fait très raciste.

– Non mais je connais pas ton prénom.

– Et alors ? même si tu ne connais pas mon prénom, il y a des façons bien plus respectueuse de parler aux gens.

– Et tu t’appelles comment ?

– Je n’ai pas le temps pour te dire qui je suis. Au revoir. »

Je lui tourne le dos et m’en vais pendant qu’il essaie de me retenir.

Arrivée à la danse, il m’a fallu quelques minutes avant de relaisser descendre la pression. C’est prendre sur soi quand même lorsqu’on essaie de trouver les mots pour ne pas s’emporter et ne pas laisser l’autre prendre le dessus….

Quand j’y repense ça m’agace encore, mais la chose que je ne regrette pas. C’est d’avoir réagit et tenter comme je peux de faire réfléchir. »

July, 30 ans, à Vienne (38).

 

« La premiere agression que j’ai subi c’était au collège. Je me suis faite une entorse dans les escaliers et les pions sont venus et m’ont transporté ; sauf que qu’un pion m’a tripotée (il a touché ma poitrine) et il me disait en meme temps que je ne devais rien dire… Je ne disais rien, j’etais tétanisée je voulais juste ne pas revoir ce type. »

Anonyme.

 

« J’habite à Madrid, dans un quartier proche du centre et très cosmopolite. Pour me rendre à mon travail, il suffit de 15 minutes à pieds. Eh bien TOUS les jours, 2 fois par jour, on me fait des remarques au moins 4-5 fois par trajets : « Hola nena, hola guapa, maaadre que piernas!, no te enfades guapita » et blablablaaaa. Des hommes de tous les âges, de toutes les couleurs et de toutes les nationalités.

Un jour que je fumais avec une de mes chefs, une femme donc, j’aborde le sujet en lui disant que je n’en peux plus, que j’en suis venue un jour à renoncer à mettre une robe par 40° (avant de me raviser par fierté, je l’ai mise ma foutue robe!). Elle me répond très tranquillement « naaaa mais non t’inquietes pas, c’est l’Espagne ça ! Et puis parce que t’es jeune et mignonne ». Ben non justement, c’est pas qu’en Espagne, et le fait que toi, une femme, ne me comprenne pas, bah ça me donne envie de gerber. Y’a encore du boulot… »

Charlotte, 24 ans, à Madrid.

 

« Je me rendais à un match de handball dans un complexe sportif. Je me dirigeais vers la salle de handball avec une amie, deux hommes fumaient des cigarettes. Je les vois de loin, je n’y fais pas attention. Ils nous regarde arriver, et à peine sommes nous arrivées à leur hauteur que l’un d’eux lance un « miaou », en se léchant les lèvres. J’étais sidérée. On rentre dans la salle, et je sens leurs regards insistant sur nous. Je me retourne, ils regardaient nos fesses. Avant d’être assez loin, j’entends de nouveau des petits sifflements, puis de nouveau des « miaou ». J’y ai pensé toute la soirée, enragée de n’avoir pas su les recadrer. »

Manon, 20 ans, à Rennes (35).

 

« Mon trajet pour rentrer du travail était de 1h30, je prenais le tram puis le bus pour rentrer chez moi à 22h. Un soir, un homme que je voyais souvent prendre exactement le même trajet que moi descend à mon arrêt et me suit jusqu’à devant mon immeuble pour m’interpeller. C’est alors qu’il me fait une liste d’informations me concernant: mes horaires de travail, l’adresse de mon travail, ma propre adresse, le travail de mon copain, le nom de tout mes arrêts de bus et de tram…Je l’écoutais, pétrifiée, raconté ma vie ne sachant pas quoi dire. Il faisait noir, j’étais sous un porche, il n’y avait personne. Ensuite, il me dit que tant que je n’accepte pas un verre avec lui, il me suivra ainsi tout les jours, et que demain, il sera devant chez moi à 10h précise. Je tremble et il le sent et me dit que ça lui plais. J’appelle discrètement ma mère sans trop savoir pourquoi qui entends juste cet homme me menacer. Finalement, je lui dis que je ne suis pas intéressée et qu’il me fait peur, au bord des larmes. Je me sens faible, nulle et idiote de ne pas réussir à m’énerver contre lui. Je cours jusqu’à ma porte, il essaye de me rattraper mais n’y arrive pas. J’appelle en pleurs la police avec la peur au ventre qu’il rentre chez moi. On me répond simplement que n’ai pas à me mettre dans des états pareils car « il ne m’a pas touchée ». J’arrive donc seulement à obtenir un rendez-vous le lendemain matin, à 10h…heure où il est censé m’attendre devant chez moi. Le lendemain, il n’est pas là, je regarde derrière moi tout les 50 mètres, le trajet en bus pour me rendre au commissariat me semble interminable. Je suis alors reçue par deux hommes dont j’espère recevoir de l’aide voir même de la compassion. Ils me proposent de poser une main courante ce que j’accepte, je raconte toute l’histoire, la liste de menaces, l’allure de cet homme, ses habits ect… Ils notent tout, je me sens mieux d’exprimer toute cette histoire. Après avoir terminé, leurs seules paroles ont été: « Vous savez ma petite dame, vous êtes jolies…blonde aux yeux bleus…forcément vous plaisez à ces gens-là, ils n’ont pas ça chez eux…dans la brousse. J’ai noté votre histoire mais sincèrement, il ne va rien se passer. Ca ne sera pas la dernière fois que cela vous arrive. » Les deux policiers sourient. Je ne dis rien une fois encore, je n’en reviens pas. Je repart le coeur encore plus lourd devant ce monde macho et en plus raciste… Si je raconte cette histoire aujourd’hui, c’est parce que moi aussi je veux me battre. Je veux être à l’aise la nuit dans la rue. Je ne veux pas accepter d’être une victime, une proie pour la société. »

Anonyme.

 

« C’était l’année dernière, je rentrais en bus comme tous les soirs à 18h.

Des relous, j’en croise presque tous les jours. Le pire je pense c’est lorsqu’on réalise qu’on s’est résignée face à tant de stupidité. Résignée à choisir ses habits selon l’heure à laquelle on rentre et non selon la soirée où on va. Résignée à porter ses écouteurs en permanence comme protection et plus seulement pour le simple plaisir d’écouter de la musique. Je suis fatiguée, usée et c’est peut-être ce qui m’a poussé ce soir-là, ce soir de trop à réagir.

Il était donc 18h mais le bus n’était pas bondé. J’étais assise vers le fond lorsqu’un groupe de 3 relous sont montés. A la façon dont ils m’ont regarder j’ai compris que j’allais me faire emmerder et ça n’a pas trainer. Ca a commencé doucement par des « psssst » puis des remarques et enfin des insultes « comment elle doit bien sucer cette chienne ». A aucun moment je n’ai réagis, ni daigner les regarder ce qui en a agacer un au point qu’il se lève et vienne se placer en face de moi « on te parle sale pute, tu pourrais répondre ». Je le regardais avec dédain sans rien dire. Il m’a alors attrapé violemment par le bras. Cette fois c’était trop. On ne me touche pas.

Je me suis alors levé et mon siège étant un peu en hauteur, il était obligé de lever les yeux pour me regarder. « Tu vas me lâcher tout de suite », il répliqua en rigolant « ah ouais ? Mais c’est qu’elle mord la petite chienne, tu vas faire quoi hein ? »

Ce qu’il ne savait pas et ce que je ne vous ai pas préciser c’est que j’ai fais 10 ans de karaté. Je n’ai jamais osé m’en servir jusqu’à présent mais je me suis dis que c’était le moment de mettre mes pratiques en place. Il n’était pas très costaud c’était faisable.

Je lui ai fais une clef de bras et l’ai plaqué contre la vitre du bus.

« Je t’avais dis de me lâcher »

Le bus arrivait à ce moment là à un arrêt, ce n’était pas tout à fait le mien mais je suis descendue comme une reine, le relou choqué à vie. »

S., 19 ans, à Grenoble (38).

 

« Il y a deux ans, je me rendais dans le 7e arrondissement de Paris. Il faisait chaud, c’était l’été, je portais une jupe (sans collants évidemment). A la sortie de métro, je prends l’escalator. Un homme, d’une cinquantaine d’année, se trouvait derrière moi. Tout d’un coup, je sens ma jupe qui se soulève. Je me retourne choquée, regarde la personne derrière moi et me dis « non ce n’est pas possible, ça ne vient pas de se passer ». Pourtant je n’ai pas rêvé, j’ai bien senti ma jupe se soulever ! Interloquée et choquée par ce qui vient de se passer, je me re-retourne et lui dis « vous venez de me soulever la jupe » comme un simple constat. Et là il ose me sortir « désolée j’ai pas fait exprès je suis tombé ». Je réalise que ça s’est réellement passé et folle de rage, je commence à lui hurler dessus « connard, pervers, vous venez de me soulever la jupe, vous êtes malade ! » Les gens me regardent comme une folle, personne ne réagit, je hurle et je pleure, lui me fuit du regard et tente de s’éloigner le plus rapidement possible.

Résultat: 10mn à pleurer choquée, assise dans la rue, et personne qui ne tente de m’aider. »

Marie, 23 ans, à Paris (75).

 

« J’habite une ville de moins de 50.000 habitants, en 2013 je suis rentrée seule à pied d’une soirée j’avais 500m à faire pour rentrer chez moi, dans une rue je croise une voiture avec 4 garçons (c’est allé très vite mais ça m’a suffit) musique à fond à mon avis alcoolisé ils sont passés à côté de moi et m’on jeter des ballons remplis d’eau assez voilement en m’insultant, j’en ai été traumatisée (le lendemain j’avais des bleu sur les bras, j’étais de mariage je n’ai pas pus en parler).

L’année d’après je me suis retrouvée dans une autre rue avec une amie on marcher vers minuit pour rentrer on a croiser une voiture qui nous à interpellées avec 4 mecs dedans en train de nous parler ect on a pas répondue la voiture est repartie et 50m plus loin ils ont fait marche arrière ma copine l’a regarder et m’a lancée « couche toi derrière les voitures ou dessous » j’ai même pas chercher à comprendre je l’ai fait.

Lorsque la voiture est arrivée à notre niveau on a bien comprise qu’ils nous cherchais mais en quelques dizaine de secondes ils sont repartis… »

Alex, 26 ans, dans le Sud-Ouest.

 

« Jeudi soir je suis sortie à l’occasion d’une fête de rentrée de ma fac. Je pars d’abord seule pour rejoindre une amie chez elle, dans le 18ème. Arrivée à la station Barbes Rochechouart vers 21h, j’attends quelques instants sur les quais sans savoir où aller, et j’appelle mon amie pour qu’elle m’indique le chemin jusqu’à chez elle. Je remarque un homme, clairement alcoolisé. Suivant les indications de mon amie, je me dirige vers la sortie. Alors que je me rapprochais de lui, il a craché devant moi, et au moment où je passais devant lui, en gardant mes distances, il a crié « Ouais j’vais cracher dans ta chatte ! »

Habituellement je me serais juste retournée avec un doigt d’honneur, mais là l’adrénaline est montée d’un coup, et je lui ai hurlé de la fermer, qu’il aille se faire voir et autres insultes, toujours au téléphone, et j’ai continué à hurler de rage en expliquant la situation à mon amie, jusqu’à ce que je sois sortie du métro.

Plus tard dans la soirée, dans le quartier de St Michel, nous étions assis en petit groupe sur le trottoir, en discutant tranquillement. On était peut-être 5 ou 6 filles et un garçon (qui a les cheveux longs, attachés en chignon), assis en cercle. Un homme arrive et s’arrête, derrière le mec de notre groupe. L’homme doit avoir la cinquantaine, et il commence à nous parler. J’étais la plus proche, mais je ne comprenais pas ce qu’il disait, alors j’ai regardé le mec, assis à côté de moi, et je lui ai dit que je ne comprenais pas, alors il s’est retourné vers l’homme. L’étranger a alors lancé: « Ah pardon je n’avais pas vu que tu étais un garçon, je vais vous laisser tranquille alors ! » Et il est parti.

Tout de suite ce qui m’a choquée c’est que dans sa tête, apparemment, il était acceptable qu’il nous aborde puisque nous étions des filles, mais en présence d’un autre homme, non, ce n’est pas possible, comme si le mec de notre groupe était le représentant masculin des 5/6 filles présentes. J’ai trouvé ça absolument insupportable.

Encore plus tard, je rentrais chez moi toute seule, et dans le métro, encore un autre homme, encore une fois âgé d’une cinquantaine d’année, m’a une fois de plus abordée, il m’a demandé s’il pouvais me parler, je n’ai pas vraiment répondu et il m’a dit « Vous êtes magnifique ! » en faisant un geste de la main allant de ma tête à mes pieds. J’ai dit que je n’avais pas envie de parler, il ne m’a plus parlé après ça mais je crois l’avoir vu chercher mon regard plusieurs fois.

J’ai eu de la chance de ne pas être tombée sur des lourdaux plus insistants que ça, mais j’étais bien énervée quand même, et l’attitude de ces trois hommes, plus tous les autres qui m’ont déjà sifflée-reluquée-abordée-insultée dans la rue, me désespère. Je voulais témoigner car c’est important à mes yeux que tout le monde sache que ce genre de comportement n’est pas acceptable, et que même si ce n’est que quelques mots, quelques gestes, ça nous marque, on n’oublie rien et on garde en permanence ces petits rien désagréables dans la tête dès que l’on sort de chez nous. On vit dans la peur d’être jugée pour notre tenue, d’être agressée parce qu’on était seule dans la rue, et ce n’est pas normal. »

Charlotte, 18 ans, à Paris (75).

 

« J’étais devant mon logement universitaire (Crous), je fumais une cigarette et j’ai entendu une fille qui « criait »: « laisse moi tranquille, lache moi, arrête de me suivre » donc étant seule et étant une fille je ne pouvais pas moi même intervenir. Par chance ce soir là il y avait un veilleur au Crous qui était très costaud, donc lorsque j’ai vu la fille suivie par le mec en question s’approcher du bâtiment et entrer dans un cul de sac sans le vouloir, je suis allée chercher le veilleur pour qu’il intervienne. Au bout de quelques minutes je l’ai vu ressortir de ce cul de sac et raccompagner la fille et le garçon dans la rue principal qui grouillait de monde. Étant en période de plan vigipirate (c’était en Janvier à peu près), le veilleur ne pouvait pas s’absenter trop longtemps du Crous donc il ne pouvait que raccompagner la fille. Ce qu’il m’a raconté ensuite m’a choqué: l’homme en question âgé d’une vingtaine d’année disait « non mais laissez nous, elle a juste besoin d’une bonne correction car elle montre trop ses formes ». Je tiens à dire que la fille portait simplement un manteau avec un pantalon style legging et des basket. Bref je ne sais pas ce qui est arrivé à la fille par la suite mais étant dans une rue grouillant de monde je pense qu’elle a réussi à lui échapper. »

Audrey, 23 ans, à Dijon (21).

 

« Il est 16h30, je viens de sortir du travail et je rejoins l’arrêt de bus pour rentrer chez moi. Un homme en costard-cravate et quelques personnes un peu plus loin attendent le bus aussi. J’entends un coup de klaxon, je vois une voiture arriver vers nous. Le chauffeur ralentit, ouvre sa vitre, il me regarde et mime une fellation pendant un moment qui semble durer une éternité avant de continuer sa route. Je suis très mal à l’aise, je me sens humiliée devant tous les gens présents et les nombreux passants qui assistent à la scène. Je fixe le sol, je n’ose même pas lever les yeux tellement j’ai honte, alors que je n’ai absolument rien à me reprocher. Je finis par me tourner vers le type en costume et je découvre qu’il est hilare. Visiblement, ce qui vient de se dérouler lui a beaucoup plu. Ce genre de situation lui semble normale, pire, marrante. Utilisant au quotidien les transports en commun et me promenant souvent en ville toute seule, je suis malheureusement habituée aux remarques et aux comportements déplacés de la part de certains hommes. La plupart du temps, les gens autour ne réagissent pas, font semblant de ne rien voir. Le type en costume, lui, il cautionnait et ça, c’est encore plus écœurant. »

Sophie, 25 ans, à Marseille (13).

 

« C’était un samedi dans soir dans le métro de Rennes, j’étais assise avec un ami êt en face de nous il y avait une femme.

À la station suivante deux mecs bourrés sont rentrés et un des deux est arrivé assez rapidement vers la femme.

Je me suis levée et me suis mise à côté d’elle. Le mec a reculé, je me suis rassise il est revenu à la charge en lui disant bien fort des insultes et autre.

Bien évidemment toutes les personnes présentes tournaient la tête en ignorant bien ce qui était en train de se passer.

La femme qui devait avoir mon âge cherchait de l’aide du regard, mais personne ne bougeait.

J’ai demandé à l’homme de la laisser tranquille il m’a alors répondu qu’il avait le droit de lui parler et que je n’avais rien à dire puisqu’elle même ne disait rien.

Je lui ai dit que c’était du harcèlement et que si elle n’osait rien lui dire c’était sûrement par peur,

Il a reprit la parole en me disant que ce n’était pas grave et qu’il allait me parler à moi.

Je lui ai demandé de ne pas me parler et encore de la laisser tranquille, qu’elle n’avait pas envie de se faire harceler juste en faisant quelque chose d’aussi banale que prendre le métro et que je la défendrai quoi qu’il fasse.

Il est partit s’asseoir dans le fond du wagon, la jeune femme est sortie juste après en me disant merci, je n’ai pas compris pourquoi puisque c’était un acte normal pour moi.

J’ai évidemment vérifié qu’il n’était pas sortit lui aussi afin de la suivre.

Il est partit un petit peu avant moi et j’ai eu le droit au lot d’insultes qu’un harceleur connaît bien mais peu importe, elle était loin de lui et j’avais fait ce que tout le monde autour devrait faire fasse à des comportements comme ça. »

Anonyme, à Rennes (35).

 

« Aujourd’hui, comme à mon habitude je suis partie du travail en tenue de sport.

Aujourd’hui, la ligne de métro était encore pleine à craquer mais aujourdhui l’homme se trouvant derrière moi s’est longuement frotté à moi (le temps paraît interminable dans ces moments là…).

Aujourd’hui je suis restée tétanisée en réalisant ce qu’il faisait… J’ai tout de même mis 2 stations à réussir à me sortir de cet état de panique et m’extirper de ce wagon…

Comment réagir dans ces moments là ? Que dire ? Que faire ?

Bien évidement mon histoire ressemble à beaucoup d’autre mais comment bien réagir ? Doit on vivre dans la peur ? Doit on se méfier de l’ensemble des personnes se trouvant dans les transports ?

Récit sûrement encore confus… La peur est encore présente et je ne sais comment passer au dessus… »

Camille, 25 ans, à Paris (75).

 

« Je rentre seule en pleine nuit pour deux raisons, quand je rentre du travail et quand je rentre de soirée, sinon je fais en sorte de toujours rentrer avant la nuit. Que je sois habillée en jogging ou en robe, j’ai toujours cette peur que quelqu’un s’approche trop près de moi. J’ai décidé un soir de prendre mon courage à deux mains et d’abandonner mes amis pour rentrer chez moi. Le trajet n’a duré que 5 min et pourtant… en 5 min on a le temps de se faire interpeller par un groupe de 5 hommes, un homme qui passe de l’autre côté de la route, un autre qui est saoul… interpellé par des « salut princesse ça va ? » « Hey ma jolie ! Viens là ! ». « Tu es belle mon amour. » Mais ce soir là, un homme à commencé à me poser des questions. Il a commencé à me suivre en me demandant où j’allais, comment je m’appellais (question à laquelle j’ai répondu « Devine », cet homme trop saoule à donc commencer à m’appeler Devine). Cet homme en question a commencé en passant son bras par dessus mes épaules. Je les donc repoussé et il m’a demandé pourquoi. J’ai donc gentillement répondu que je ne le connaissais pas et que je refusais qu’il me touche. Ce à quoi monsieur a répondu « t’es sérieuse ? ». J’ai donc campé sur mes positions et lui ai redis de ne pas me toucher. Ce à quoi il m’a répondu « on va chez toi coucher ensemble ? » J’ai à nouveau répondu non. Et là monsieur m’a encore répondu « T’es sérieuse ? ». Heureusement pour moi, cet homme était ivre et j’ai pu le semer en accélérant le pas.

Ce soir là, j’ai eu peur, peur qu’il me suive partout, peur qu’il continue à essayer de m’attraper, peur qu’il m’agresse ou tente de me violer. J’avais peur de lui.

Aujourd’hui, être une femme c’est supporter les regards, supporter les interpellations, supporter les remarques désobligeantes, supporter le harcèlement de rue.

Ce soir là j’ai eu peur, mais je continuerais à renter seule et à dire non. Je continuerais à faire face à ces types qui prennent les femmes pour des bouts de viande parce que je suis contre le harcèlement de rue. Parce qu’une femme peut être forte et qu’on est capable de dire NON. »

Marie, 20 ans, à Brest (29)

 

« Hier mercredi vers 18h50, bus 11, à Montpellier, vers les buisses.

J’étais avec ma fille de 9ans qui revenait de l’opéra. En jupe style uniforme aux genoux. On est assises. Deux jeunes de 13/14 ans se moquent de la jupe de ma fille. Un s’en va plus loin l’autre y va lourdement. Je fais comme si je ne voyais pas car je ne veux pas m’énerver.

En plus elle prend souvent ce bus seule, pas la peine qu’elle se mette à dos ces deux mecs.

Par contre j’ai travaillé longtemps comme visagiste en boîte de nuit, je n’oublie jamais personne. Je les avais déjà vus dans le quartier. Je les retrouverai, seule. Car je ne peux même pas porter plainte. Ils ne l’ont pas encore agressée, mais ça viendra. »

Élodie, 40 ans, à Montpellier (34).

 

« C’était un lundi d’automne en fin de journée, il pleuvait et les rues étaient quasi désertes. Je me déplace essentiellement à vélo mais ce jour-là j’étais à pied. Je sortais du supermarché où je fais habituellement les courses, me dirigeant vers le tram afin de rentrer chez moi. Je remarque qu’une personne marche derrière moi, un peu trop proche de moi d’ailleurs mais je n’y prête pas attention.

J’accélère le pas, surtout parce qu’il pleut et que je suis chargée. La personne marche un peu plus vite aussi et arrive à mon niveau. « Oh steuplé t’as un copain ? » me balance-t-il comme ça, sans aucune introduction. Je l’ignore, comme j’ai l’habitude de faire avec ce genre de mec. Il répète sa question plusieurs fois, 2 fois, 3 fois, 10 fois même ? Je finis par lui répondre « Oui ! fous-moi la paix ! ». Ma réponse n’a pas l’air de lui plaire « Menteuse ! Je te ne crois pas ! Pourquoi tu mens comme ça ? ». Encore une fois, il insiste avec ses questions. Je m’arrête et lui propose de passer un coup de fil ensemble à mon copain. Il me répète que je suis une menteuse, que je ne peux pas avoir de copain avec « ma tête de sorcière ». Soit. J’aimerai bien me transformer en Hermionne à ce moment-là.

Une fois arrivée au tram, il est là, toujours à côté de moi, entrain de me balancer ses multiples insultes, ses « salope » et ses « sorcière » (décidément il a vraiment quelque chose contre ces pauvres sorcières). Je m’énerve, « C’est quoi ton problème ? T’as rien d’autre à foutre que de m’emmerder ? ». Il y a un couple à côté de moi qui voit bien qu’il y a quelque chose qui cloche. Je les vois s’éloigner de moi, préférant attendre sous l’autre abris de tram… chouette. Le mec insiste toujours et encore avec sa première question « mais t’as un copain ou pas ? » et se rapproche un peu trop de moi. Lassée et énervée je sors mon téléphone et appelle mon copain « Il y a un relou qui me colle depuis 5 minutes, impossible de m’en débarrasser, j’ai peur qu’il monte avec moi dans le tram et me suis jusqu’à la maison, est-ce que tu peux m’attendre à la station stp ? ». Il s’énerve à nouveau « Oh pourquoi tu mens ? pourquoi tu me traîtes de relou ? ». Le tram arrive, il s’éloigne tout doucement. Je jette œil un peu partout pour vérifier qu’il n’est pas monté à l’arrière.

Je suis soulagée une fois que les portes se ferment mais je tremble de colère, prise soudainement d’une bouffée de chaleur et une envie de pleurer tellement je suis énervée. Je me retiens, c’est pas le moment de craquer. J’arrive enfin à la maison, soulagée mais tellement en colère contre tous ces relous qui pourrissent notre quotidien. »

Jennifer, 29 ans, à Strasbourg (67).

 

« Tu fais quoi, quand un mec menace de te gifler dans le tram?

Quand un mec pense que parce que tu es une femme tu vas baisser la tête et ramper loin de lui aussi vite que tu peux?

 

Quand DEUX mecs à la suite refusent de décaler leur cul et leurs couilles de 50 cm pour que tu puisses t’asseoir? Qu’ils te disent non 3 fois en te regardant bien droit dans les yeux?

Tu fais quoi quand le tram bondé ne vacille pas, et que tout le monde baisse les yeux pour faire semblant de ne pas voir que quelqu’un menace de te frapper parce que tu as osé vouloir t’asseoir?

Et tu fais quoi quand un vieux te suit et te touche en te disant des trucs dégueulasses en pleine rue, et que des dizaines de piétons passent sans rien faire? Quand tu sens que le mec prend du plaisir à te traquer, que ça le fait bander de te faire peur?

Tu fais quoi?

C’est tellement facile et évident pour eux de faire ça, c’est naturel, quotidien, NORMAL. C’est juste une habitude, ils voient ça tous les jours; oui, bien sûr! la femme obéit, on la vire, on l’insulte, on la menace, on la poursuit… c’est dans l’ordre des choses. Et d’ailleurs c’est sa faute si elle se laisse faire non? Si elle ne trouvait pas ça normal elle réagirait, elle répondrait, elle dirait quelque chose! Cqfd! Il n’y a pas à culpabiliser.

Ne baissez plus les yeux devant cette violence et cette humiliation quotidiennes. Aidez-vous.

Ce sont des lâches. Les mecs du tram, je les ai regardés droit dans les yeux, fixement, pendant tout le trajet, et aucun d’eux n’a eu le courage de soutenir mon regard. Ils ont baissé les yeux. Quant au mec du centre ville, l’immonde pervers; lorsque je me suis retournée pour le confronter, il est parti de l’autre côté de la route, à pas rapides, et il a disparu. »

Elise, 29 ans, à Strasbourg (67).

 

« J’étais dans le train assise à côté d’un fille de mon lycée je je ne connaissais pas, j’étais sans écouteurs et assise du côté couloir, de l’autre côté du couloir il y avais un agent de la SNCF qui n’était pas en service. Je vois un garçon que j’avais vu sur le quai qui me semblait suspect parce que évidemment en tant que femme j’imagine qu’on a toute peur des hommes en gare et qu’on surveille pour voir les hommes suspect ou non.

Donc il rentre dans la rame et je me dis « oh non celui là à tout les coups il est pour moi » et ça n’a pas raté il s’est arrêté à mon niveau, au début quand il me parlais je répondais comme une conversation normale :

– Comment tu vas ?

– Bien

– Tu vas où ?

– A Paris

– Pour faire quoi ?

– Aller à l’école

– Tu vas à l’école le samedi ? T’es bizarre toi et tu vas faire quoi à l’école ?

– Visiter un musée

– Je peux venir ? Je peux t’accompagner ?

– Non merci

– Allez vas y moi je veux visiter ta chatte. Ta chatte bien mouillée. Après on passe chez moi.

La je me suis figée. J’avais déjà peur quand je l’ai vu et à ce moment là j’ai imaginé tout les scénarios possibles dans ma tête « il va me suivre quand je vais sortir du train il va me violer il va me battre etc… »

– Attend bouge pas je reviens.

Et il sort du wagon. C’est seulement à ce moment là quand je me suis effondrée que le wagon s’est intéressé à moi : « Il vous a touchée ? Ça va ? Vous êtes sûre ? Vous voulez un mouchoir ?  »

Le contrôleur SNCF qui n’était pas en service m’as dit de passer à l’avant du train avant qu’il revienne et de trouver un contrôleur pour me protéger parce qu’il allait revenir. Il m’as accompagnée et m’a demandé si il m’avais touchée et si je voulais porter plainte, ils sont partis à trois dans le train à sa recherche. Je suis sortie indemne mais traumatisée je pense c’était la première fois que c’était aussi violent verbalement, personne n’a bougé. Je m’en souviendrai longtemps mais je compte plus me laisser faire. »

Noémie, 16 ans, à Mantes la jolie (78).

 

« C’était il y a quelques semaines déjà il faisait relativement beau donc j’étais en short, je rentrais chez moi. Dans la rue, un homme visiblement fatigué était assis sur un bord, et parlais tout seul. Au début je n’ai pas vraiment fait attention jusqu’à ce que je comprenne que c’était à moi qu’il s’adressait:

 » Petite traînée! Petite traînée ! Elle a des jolies jambes et elle le montre bien hein! »

Sur le coup je n’ai pas réagi, je voulais juste rentrer, j’avais juste envie de fondre en larmes. Arrivée chez moi je me suis effondrée, j’ai pleuré tout ce que j’avais, parce que pour la première fois de ma vie je venais de me faire insulter sans raison, juste parce que j’avais mis un short. »

Anonyme, 18 ans, à Saint-etienne (42).

 

« Je vais vous raconter ce qui m’est arrivé ce matin à l’arrêt de bus. Des récits comme celui que je vais faire j’en ai lu plein sur Paye Ta Shnek ou Stop harcèlement de rue et ils m’ont toujours beaucoup touché et écoeuré, mais cette fois ci c’est à moi que c’est arrivé, ce n’est pas la première fois loin de la meme mais cette fois ci j’ai envie que vous sachiez ce que c’est d’être une fille seule dans la rue.

Aujourd’hui je sors de chez moi pour aller prendre le bus pour me rendre au travail. Je vois deux mecs parlant fort passer devant mon portail, ils n’arrêtent pas de se retourner pour me regarder, je sais qu’ils vont m’aborder d’une façon ou d’une autre, j’en ai vu des mecs à l’œuvre, toujours la même tactique, des regards sourires et bruits insistants jusqu’à ce que tu daignes les regarder. Et ca ne loupe pas arrivé au niveau de ma boulangerie de quartier le plus petit me dit :

« stp mademoiselle elle est fermée la boulangerie? », au fond de moi je me dis « bon si ce n’est que ca », je lui répond donc aimablement comme ma mère m’a appris, qu’elle est fermée tous les mercredis, je continue néanmoins de tracer ma route. Mais évidemment les deux énergumènes n’en restent pas la, à peine ai je fini de lui répondre que son pote enchaîne en me disant « t’as de trop beaux yeux », j’hoche la tête en signe que je l’ai entendu mais que je connais la chanson. Et la je sais pas les deux types ont dû se sentir en confiance ils m’ont accompagné jusqu’à l’arrêt de bus « au cas où il t’arriverait chose », je sens la colère monter en moi, de quel droit ils me collent comme ca, de quel droit ils me tutoient et de quel droit ils s’imposent dans ma vie de bon matin. Je leur répond donc sèchement que « merci mais je m’en sors très bien toute seule », réponse qui visiblement ne veut pas dire « cassez vous bande de trou duc » à leurs oreilles. Ils restent à côté de moi me disent que je suis charmante, que si je veux ils prennent le bus avec moi, me demande mon prénom, mon âge, où je vais, tout en me regardant avec des yeux vautour devant une charogne. Devant mon silence le plus petit commence à s’impatienter et me lance « hé tu pourrais nous répondre, tu fais ta princesse ou quoi ». Je me tourne je le regarde et lui dis « Écoute je ne t’ai rien demandé, tu m’as parlé de la boulangerie je t’ai répondu maintenant non je n’ai pas envie de te dire comment je m’appelle combien je mesure quel âge j’ai et où je vais. Non je n’ai pas envie de faire connaissance avec toi et ton pote. Et je n’ai pas envie de vous répondre car ce que tu fais n’est en aucun cas une discussion normal ». Je suis énervée car il est 8h30 et ces mecs ont déjà entaché ma journée. Les mecs restent comme deux cons un instant et l’autre me dit « bah on se reverra bien alors fait pas la maligne » et ils se cassent. »

Émilie, 25 ans, à Angers (49).

 

« En ce moment il y a des ouvriers qui refont la façade de chez moi. N’ayant pas de rideaux, ça fait donc deux semaines que j’adapte mon comportement à ces hommes : pas de robes, pas de talons, pas de grasse mat’, pas de position allongée dans le canapé, je me sens oppressée, chez moi.

Et ce matin, triste constat : toute ma vie je me suis adaptée aux hommes.

Je m’habille en fonction des transports que je vais utiliser dans la journée, de l’heure à laquelle je pars le matin, et l’heure à laquelle je rentre. Je ne vais pas aller m’assoir dans le fond du bus si n’y a que des hommes présents, je ne vais pas rentrer dans la rame vide, je ne vais pas m’assoir à coté de ce mec qui me regarde avec insistance, … Nous, les femmes, nous sommes perpétuellement à l’affût : un regard, un geste, un comportement et on sait !

Depuis toute petite fille on nous apprend les dangers que peuvent représenter les hommes. Et on apprend, vite, très vite.

A l’âge de 13 ans un mec a voulu m’emmener dans sa voiture, j’avais croisé son regard 15 minutes plus tôt, j’ai su.

A l’âge de 14 ans, un SDF alcoolisé est venu me voir, m’a bloqué dans un coin, et m’a insulté en me disant qu’il voulait tuer « toutes ces salopes de bonnes femmes ».

A l’âge de 15 ans, lors du Salon du cheval, un homme est venu se blottir tout contre moi et s’est frotté, de longues minutes, avant que j’ose me défaire de cette situation humiliante.

A l’âge de 17 ans, un mec est venu à côté de moi dans la rue, a sorti son pénis et s’est mis à pisser, à 1m de moi, et me regardant et en se marrant.

Je ne compte plus toutes les fois où je me suis fait suivre, toutes les propositions indécentes, toutes les insultes, toutes les peurs et toutes les larmes d’effroi, de colère ou de honte que j’ai versé à cause du comportement déplacé des hommes.

Vais-je payer toute ma vie, le fait d’avoir un vagin ? »

Rachelle, 25 ans, à Joinville (52).

 

« Ça s’est passé il y a déjà 2 ou 3 ans, je ne sais même plus.

Il y a un petit centre commercial en ville, qui permet de rejoindre un côté de la ville à un grand boulevard en traversant la galerie marchande en sous sol. C’était en plein après midi et je voulais regagner le boulevard pour aller prendre le bus, et cette galerie marchande est un bon raccourci. Des boutiques, du monde, impossible qu’il se passe quoi que ce soit. Et pourtant, entre deux boutiques, je croise le regard d’un homme qui me fixe, et ça ne loupe pas, il fait demi tour, me suit et m’interpelle. Il me complimente, me propose d’aller boire un café. Je refuse, il insiste et me demande mon prénom, puis mon numéro de téléphone. Je lui donne un faux prénom et prend congé poliment en espérant qu’il aller lâcher l’affaire.

Eh bien non, il me suit dans la galerie. Je ralentis le pas, fais semblant de regarder les vitrines. Hors de question que je ressorte sur le boulevard avec ce type à 2 mètres derrière moi. J’entre dans une boutique, et lui, plutôt que de laisser tomber, il s’assied sur un fauteuil du centre commercial situé pile devant la devanture du magasin, me fixe. Je sais qu’il m’attend. Je fais mine de regarder les vêtements, je prends mon temps. 10 minutes passent, il est toujours là. Je finis par signaler aux vendeuses que cet homme me suit et m’attend depuis près d’un quart d’heure. Les deux vendeuses sont sorties devant la boutique, et m’ont dit qu’on allait appeler la sécurité. Quelques minutes après, l’homme était parti.

Ce n’est pas grand chose, et je me dis que j’aurai effectivement pu aller prendre le bus sur le boulevard puisque une fois dedans, ça aurait été réglé. Même en prenant le même bus que moi j’aurai pu le semer. Mais j’ai eu la trouille. »

Émilie, 25 ans, à Toulouse (31).

 

« J’étais dans la boîte et je dansais puisque je suis la pour ça. La soirée se passe tranquillement, j’étais venue seule n’ayant trouvée personne de motivé pour venir avec moi. J’aime danser mais seule, je refuse les propositions de chaque hommes à danser car je ne supporte pas ce contact qui me bride dans mes mouvements. Vers 4h30 du matin je commence à fatiguée je décide de prendre un verre d’eau avant de m’en aller et sur la route du bar je me fais alpaguer par un homme (en m’aggripant par le bras évidemment), étant de bonne humeur je me dis que je peux échanger quelque mots avec lui quelques secondes. Nous discutons une dizaine de seconde et je l’informe que je vais bientôt y aller. Un de ces amis derrière lui me regarde d’un air vraiment malsain et me dis « tu sais on te voit depuis tout à l’heure. On va t’attraper tu vas jamais rentrer chez toi ». Je reste prostrée. J’attends les rires.. rien. Du coup je lui demande « pardon?? » Il me répète toujours droit dans les yeux :  » t’as très bien entendue! On va t’attraper en sortant tu rentreras jamais chez toi ». Je deviens livide, je transpire, j’ai froid, j’ai chaud, je ne sais pas quoi dire donc je me dirige vers un homme de la sécurité. Je lui explique et lui demande si quelqu’un pourrait me raccompagner jusqu’à ma voiture qui se trouvait à un bon kilomètre de l’entrée. Négatif « on sort pas de la boîte nous, demande dehors » j’hésite puis me décide à sortir. Je croise deux femmes de la sécurité à qui j’explique le problème et je reste encore ahuris face à la réponse que j’ai reçu : « Ah bah tu sais les mecs hein. T’inquiète il t’arrivera rien va à ta voiture de toute façon y a sûrement les flics plus loin hein ». Je reste la effrayée jusqu’à ce qu’un mec de la sécurité me dise « bon si tu pars faut évacuer l’entrée ». Je me retrouve seule. J’avance, pas de « flics », pleins de mecs, des remarques, sifflements etc.. peu importe j’ai trop peur pour m’en préoccuper. Arriver à la barrière du bout du parking je vois que 2 maîtres chiens sont la et je leur pose la même question en expliquant la situation j’en pleurais presque! Et cette fois miracle! L’homme appelle son collègue « Yacine ramène la demoiselle à sa voiture stp elle a eu des problèmes avec un petit con à l’intérieur » et Yacine ma ramenée à ma voiture. Il m’a dit qu’il n’était pas joyeux d’être une femme de nos jours, à attendu que je ferme la portière et verrouille ma voiture pour partir en me disant qu’au moindre problème je klaxonne sans m’arrêter et qu’il reviendrait. Il y a des monstres et il y a des anges, j’ai eu la chance que ma dernière rencontre soit de la deuxième catégorie. »

Stéphanie, 26 ans, à Bretigny Sur Orge (91).

 

« J’étais dans le métro vers 16h, avec un gros sac à dos où une étiquette indiquait mon prénom et mon nom. Deux jeunes hommes sont assis dans le carré d’à-côté. J’avais mes écouteurs mais je me rends vite compte qu’ils me regardent en ricanant. Je coupe ma musique en gardant mes écouteurs et je les entends m’appeler par mon prénom.. Là je me glace d’un seul coup, je suis effrayée, qu’est-ce qu’ils me veulent ?

Tout d’un coup, je sens qu’il va se passer quelque chose et effectivement, alors que le métro s’arrête, l’un d’entre eux vient s’assoir juste à ma droite. L’autre est écroulé de rire et se cache derrière son sac. À partir de ce moment, je suis juste en colère contre eux : je suis quoi ? Un animal qu’on approche en susurrant son prénom ? Celui qui est à côté de moi me regarde mais sans me parler et regarde son pote comme s’il avait franchi une étape importante ! Wahou mec tu t’es assis à côté d’une fille après l’avoir matée en rigolant avec ton pote ! T’es vraiment courageux !

Ils continuent à rire en me regardant et moi je suis juste de plus en plus en colère. Je dois faire quelque chose. Je me retourne vers lui, je le regarde dans les yeux et je lui demande bien fort : « vous avez un problème ? » . Il me regarde sans comprendre et me sort d’une petite voix, « pardon? » . « EST CE QUE VOUS AVEZ UN PROBLÈME?  » *des gens se retournent dans notre direction*. Il bafouille « non non », je remets mes écouteurs, satisfaite, et à l’arrêt suivant ils s’enfuient de la rame comme des voleurs. Je les ai fait se sentir bien cons et c’était la meilleure sensation du monde.

Comme quoi juste avec quelques mots, une situation peut s’inverser ! »

Anonyme, 19 ans, à Paris (75).

 

« J’étais pote avec un type depuis trois ans, il était dans la même classe que moi et on avait sympathisé sans plus. Je suis entrée à l’université et lui à une autre école pas loin. Comme nous vivons dans la même région, nous prenons le même train : il m’arrivait de le croiser et nous parlions sur le trajet, sans arrière-pensée. Un jour, j’ai commencé à remarquer qu’il se plaçait constamment à l’endroit où j’entrais dans le train, j’ai donc décidé de changer d’endroit mais il s’y déplaçait : j’ai donc carrément changé de rame, mais il m’a suivie. Il ne me parlait pas bizarrement, alors je me disais juste qu’il n’avait peut-être pas beaucoup d’amis et qu’il se sentait seul même si ça m’agaçait. Et puis il a commencé à sortir au même arrêt que moi pour prendre le métro au même endroit alors qu’il perdait plus de temps qu’il n’en gagnait. Je commençais à en être saoulée, alors je le lui ai dit et il l’a mal pris, me faisant culpabiliser de l’accuser sans raison alors qu’il « voulait juste discuter ». Durant toute ces périodes, il m’envoyait des messages constamment pour me demander ce que je faisais, quand je finissais les cours, quand je prenais le train, si j’étais dispo un week-end, etc. Je suis devenue sèche, j’ai arrêté de lui sourire et je lui montrais des signaux clairs que y’aurait jamais moyen (notamment en parlant de temps en temps de mon copain) mais il n’a rien lâché. J’étais terrifiée, je n’en dormais plus, mais je n’arrivais pas à m’en détacher car je culpabilisais. Un jour (encore), il m’a carrément suivie à mon bâtiment et m’y attendait les jours où j’arrivais plus tard. Fatiguée de tout cela, j’en ai parlé à des amies qui m’ont fait comprendre que je devais arrêter cette relation toxique, que ma peur se devinait et que je devais mettre un point à tout ça (j’étais en effet devenue très pâle et constamment sur mes gardes). J’ai pris mon courage à deux mains et lui ai dit lors d’une de ses énièmes embuscades que je ne voulais plus le voir. Je l’ai bloqué partout suite à cela. Il m’a malgré tout appelée en numéro masqué, pour savoir « pourquoi je ne voulais plus qu’on se voie », et ce en étant posté devant chez moi. Je lui ai raccroché au nez et j’ai demandé de l’aide à mes parents qui ont réglé le problème. Je ne souhaite cela à personne, le tout a duré 10 mois et c’était vraiment une des pires choses à vivre. Et franchement je remercie mes deux amies qui m’ont ouvert les yeux et m’ont aidée à me sortir de ce mauvais pas, en me faisant comprendre que je n’avais aucune raison de culpabiliser, qu’il envahissait mon espace personnel et qu’il n’avait aucun droit de faire cela. J’ai mis du temps à en parler à des personnes et j’espère que mon témoignage aidera à délier les langues d’autres filles qui vivent ce genre de choses. »

Anonyme, 18 ans à l’époque, en Suisse.

 

« Un soir de juillet, 2h du matin, pluie et froid. Je venais de rentrer de mon boulot, 30 minutes de trajet à vélo. Tous les soirs j’avais la trouille en rentrant à vélo seule. Mais ce soir là c’était différent. Je sentais que quelque chose allait se produire. Pendant le chemin j’étais pas tranquille comme les autres fois. J’étais inquiète et je fixait tous les gens que je croisais, pour voir si je pouvais tracer ma route tranquille. J’avais peur qu’ils m’arrêtent ou m’agressent ou autre . J’avais peur de tout mais j’avais pas le choix. J’arrive donc chez moi je dépose le vélo à sa station, je marche vers ma résidence et en pleine nuit sous la pluie, j’entends : « eh tu me suces ? » Ce mot ma transpercé le coeur. Je me suis retourné et j’ai vu en plein milieu de la nuit un homme nu se masturbant. Horrible. Affreux. Inexplicable. Intolérable. J’ai vite compris la situation. Mon coeur battait fort. J’ai su garder mon sang froid et hâter le pas mais pas trop…J’ai essayé de tracer jusqu’à chez moi sans regarder en arrière. J’arrive et je vois qu’il n’a pas bougé. Ce soir là pas de veilleur de nuit. Pourtant c’est un campus. Oui un campus. Oui des jeunes. Oui on n’est plus en a sécurité dans un campus. Oui c’est dégueulasse. Je suis montée chez moi, j’ai pleuré tout la nuit. Je n’ai pas été travailler le lendemain. J’ai appelé la police pour qu’ils fassent une ronde ils n’ont rien voulu faire. J’aurai du appeler quand ça c’était produit au lieu d’appeler deux heures après mais j’étais tellement sous le choc que j’avais perdu mes moyens. Le lendemain c’était la colère qui sabattait sur moi. J’avais envie de prendre ma vengeance. Envie de me faire entendre. Envie de lui montrer que c’est pas lui qui fait la loi. Envie de crier au monde STOP. Mais je n’ai pas pu. Et je ne suis pas la seule. »

Joana, 22 ans, à Bordeaux (33).

 

« Dans le bus pour aller dans mon lycée, il faut beau, je suis de bonne humeur, j’ai donc décidé de mettre une robe avec un manteau et de simples sandales.

Je m’assois au fond, comme à mon habitude. Peu de temps après, deux hommes rentrent. Ils m’observent. J’ai la sensation d’être un morceau de viande sur lequel ils ont posé les yeux.

Sans que cela ne m’étonne tout en espérant qu’ils ne le fassent pas, ils choisissent les places les plus proches de moi alors que le bus est quasiment vide.

Ils me regardent, toujours. Alors pour éviter tout contacte je regarde par la fenêtre en espérant arriver plus rapidement.

Je les entends alors marmoner, doucement au début puis de plus en plus fort;

-« mmmm.. t’es bonne toi »

-« aller viens nous voir »

-« ah t’as sorti ta robe de coquine »

Mais encore -« tourne-toi et lève un peu ta robe qu’on en voie plus »… ça m’a dégoutée.. je les trouvais répugnants et horribles… par chance, mon arrêt était juste après. Ils sont sortis juste derrière moi mais ont tourné dans la rue suivante après avoir remarqué que je me dirigeait vers la rue de mon lycée, pleine de monde.

C’est un exemple parmi tant d’autres, et ce n’est pas normal. Plus je grandis et plus je suis victime de ce genre de remarques.. cela me révolte! Pourquoi devons-nous supporter cela au quotidien ? »

Maëlle, 17 ans.

 

« La fête de la musique. Cette ambiance festive, où, entre amis, l’on passe un « bon moment ».

« Ne reste jamais seule », m’intime ma mère. « Tu ne sais pas sur qui tu pourrais tomber ». Oh maman, bien sûr que oui, je le sais. Parce qu’ils n’attendent pas la fête de la musique pour nous trouver, nous siffler, nous insulter. Ces lâches, ces moins que rien, qui ne portent aucun respect à l’égard de la femme. Tu sais maman, je les connais très bien, et crois-moi, je ne le veux pas.

M’enfin. Me voilà forcée de vivre dans la peur constante d’en croiser un, peut-être un peu plus fou que les autres, qui pourrait faire basculer ma vie du jour au lendemain.

Je suis avec une amie.

« Pas de robe légère, tu risquerais d’attirer le regard d’une personne contre qui tu ne pourrais pas te défendre ».

Voilà donc à quoi je suis réduite ? Devoir passer le restant de ma soirée à tenter de passer inaperçue ? Ou bien cacher du mieux possible mes formes afin d’éviter un énième « compliment » du type : t’es bonne ? Merde, ça me révolte ! Comment de simples inconnus peuvent-ils avoir le pouvoir de régir mon corps ?!? MON corps !

Je m’exécute pourtant.

Parce que c’est ma mère, parce que je n’ai que dix-sept ans, et parce qu’éduquer un mort de faim semble plus complexe que de nous laisser avoir peur.

Je ne porte qu’un chemisier blanc avec un simple jean troué. Et je me justifie. Comme si j’avais eu tords.

Je n’ai été seule que dix minutes maman, je te le jure. Et pourtant, je ne devrais pas. Je ne devrais pas m’excuser d’avoir vécu ma soirée comme je l’avais entendu. Je ne devrais pas me reprocher le fait de m’être éloignée pour aller rejoindre un autre groupe d’amis. Et pourtant maman, je le fais. Parce que depuis mon plus jeune âge, c’est ce que l’on m’a inculqué.

Mais dix minutes maman, c’est si peu ! Et à la fois si long… Surtout lorsque je les ai croisé. Ils devaient être cinq, et m’ont reluqué comme un vulgaire bout de viande. Comme si je n’étais rien, qu’une poupée gonflable ambulante. Dénuée de sentiments.

Puis il s’est approché de moi et m’a dit que « j’étais sexy ». Ça avait l’air de le faire rire, mais pas moi. j’ai eu peur maman, mais à la fois, j’étais hors de moi. Comment pouvait-il se permettre ?!? Lui avais-je seulement demandé son avis ?

J’étais prête à ne pas me laisser faire, à le regarder droit dans les yeux, à lui dire tout ce que j’avais sur le coeur.

Bon sang, je ne m’attendais pas à ce qu’il me dise : « Tu n’imaginerais pas ce j’te ferais si nous étions dans un hôtel ».

Oh. Woa. Je me suis sentie souillée, humiliée, démolie.

J’étais un peu comme cet os que l’on agite sous le nez d’un chien. Rien de plus. Un os. Une merde.

Et ce qu’il y a de pire dans tout ça, c’est que je m’en suis voulue. De n’avoir rien dis, d’être restée seule, et de ne pas avoir écouté ma mère.

Je n’ai pas souhaité avoir peur, ce soir.

Je ne voulais être libre de mon corps que le temps d’une soirée.

Et je n’ai pas réussi.

Pas parce que je suis faible non. Mais parce que l’on a trop prit l’habitude de banaliser l’harcèlement de rue, d’amoindrir la part de responsabilité des harceleurs, et de juger les harcelées.

Mais j’ai dis non.

Non, je ne ferais plus jamais partir de ce schéma destructeur, parce que je vais me battre pour faire valoir mes droits en tant qu’individu à part entière dans une société, et ce, peu importe la taille de ma jupe.

Solenn, 17 ans.

 

« Je me rappel d’une fois où je marchais avec une amie pour aller à ma banque, nous étions en pleine discussion et deux hommes nous ont abordés, nous ont coupé le passage sur le trottoir et on commencés à nous dire  » charmante blabla » (très franchement je n’écoutais pas, je discutais). Mon amie leur a répondu  » Oh ta gueule ! » lassé par cette interruption qui était plus que déplacée.

Par chance, nous étions arrivé devant ma banque et donc nous sommes rentrées. L’un des types en question est rentré à son tour et à commencer à hurler sur mon amie en lui disant qu’elle a pas à lui parler comme ça, que c’est qu’une sale pute et qu’elle va voir ce qu’elle va prendre dans sa gueule. Mon amie ne se démonte pas et lui dit qu’il n’a pas à interrompre une conversation pour venir pseudo draguer une fille et la regarder comme si elle était un morceau de viande. Il s’est énervé et lui a attrapé le bras pour la tirer dans la rue.

Le type était immense et musclé, très franchement t’as pas envie de l’énerver. Je me suis interposée en hurlant et je l’ai fait lâcher le bras de mon amie. Dans la banque il y avait une dizaine de personnes qui regardait la scène ébahis, sans bouger. Même le personnel personne n’a bougé.

Le type a finit par sortir en disant qu’il nous attendait dehors. On a donc été obligées d’appeler la police pour pouvoir sortir. Les minutes passées, on nous a installé à l’arrière de la banque (premier acte de pseudo secours du personnel), en attendant la police. Quand ils sont enfin arrivés ils ont discutés avec les deux types. Leurs versions c’était que  » mon amie avait été jalouse qu’ils viennent m’aborder moi et pas elle alors elle l’a insulté » . C’est vrai qu’on est toujours déçue qu’un mec de deux fois notre âge et très franchement peu attirant, viennent nous couper la route et nous empêcher de passer sur un trottoir, en coupant notre discussion pour se permettre de venir nous dire qu’il nous trouve charmante etc. Certains policiers sont restés avec les deux types pendant que deux autres nous ont raccompagnés jusqu’au bout de la rue, jusqu’à ce que nous ne soyons plus dans le champ de vision des deux hommes. Tout cela n’est PAS normal. »

Marine, 24 ans, à Bordeaux (33).

 

« Un mec ma suivi en voiture, me coupant la route pour m’inciter à monter j’ai pris mon téléphone pour appler ma soeur en disant sa plaque à haute voix pour qu’elle la note. Il s’est dépêché se partir.

J’ai voulu déposer plainte mais la policière m’a dit : « c’est une technique de drague des jeunes de quartiers, faut pas être aussi mignonne mon chou »…

Je suis tellement restée bête que je n’ai pas déposé plainte… Je le regrette encore aujourd’hui et reste sidérée qu’une policière ai put me tenir de tel propos… »

Ambre, 23 ans à Lyon (69)

 

« C’était un samedi soir cet été dans les rues parisiennes. Je marchais tranquillement avec deux amies à la recherche d’un bar. À un moment on aperçoit un groupe de mecs au loin. On se regarde en se disant qu’on échappera pas aux remarques habituelles.

Effectivement ça n’a pas loupé, une fois arrivées à leur hauteur on sent les regards insistant sur nous les sifflements fusent et on a le droit à  » vous êtes charmantes les filles, ça vous dit de sortir avec nous ?  »

Nous n’avons pas répondu et avons simplement poursuivi notre chemin. Puis 5m à peine plus tard un des mecs lance  » et puis allez voir votre médecin « ..

On continuait à marcher ne comprenant pas trop la phrase ….

Il ajoute :  » Pour vous faire poser un stérilet !  »

Je regarde mes amies, naïve peut être je n’avais pas tout de suite compris. Elle me regarde blasée en me disant

 » Tu comprends pas ? Il insinue qu’on va se faire violer »

Cette phrase m’a glacée sur place. Que faire face a ça? Nous n’avons pas répondu, on a juste continuer à marcher… »

C., 26 ans à Paris (75).

 

« J’ai vécu 23 ans en région parisienne et j’ai subi pendant pour ainsi dire 10 ans le harcèlement de rue perpétuel. Partie à la campagne depuis 2 ans, je suis allée à Paris pour une semaine de vacances. Un matin je décide d’aller au cinéma voir Spotlight toute seule. Mais non.

Un mec décide que je suis une pièce de viande, se met à côté de moi dans la salle, s’allonge complètement en se couvrant de son manteau et me fixe en gigotant. Une fois que je remarque qu’il me fixe et qu’il est allongé, je me tourne vers lui une fois, deux fois, il me fixe toujours et ce qu’il est en train de faire ne fait aucun doute. Alors je l’invective en lui demandant quel est son problème et pourquoi il préfère me regarder moi plutôt que le film. Il fait l’innocent, je l’invective à nouveau, il ne répond pas. J’hésite à lui mettre mon poing dans la gueule, je décide d’aller chercher la sécu. Le temps que je monte et que la sécu aille dans la salle il était parti. Le responsable de la sécurité me demande de le décrire, ce que je fais, ma description correspond à un individu qu’il avait repéré depuis un moment suite à plusieurs plaintes pour des faits similaires, c’est toujours ce même homme qui était filmé en train de partir par la sortie de secours donnant directement sur la rue juste après les faits. Les policiers arrivent, avec une grande classe l’un d’eux balance en rigolant « alors on a un tripoteur? ».

Après avoir expliqué ce qu’il s’est passé les policiers expliquent qu’étant donné qu’il s’est caché sous son manteau la plainte ne peut pas être prise en compte. Le chef de la sécu du cinema a le nom du gars grâce à sa carte d’abonnement mais les policiers ne le prennent même pas, ils veulent que la sécu prennent le pervers en flag, le pantalon baissé et le sexe sorti sinon ils ne feront rien. Alors je les ai prévenu droit dans les yeux, la prochaine fois je n’hésiterai pas et je frapperai, ras le cul que rien ne change, qu’on soit impuissantes et que personne ne nous aide. Les Femmes ne peuvent pas être libres entourées de ces gens, ils nous enlèvent toute autonomie, toute tranquillité et ce en permanence.

Le policier m’a meme sorti « vous portez des bottes en plus ? Ah bah voila ! ». Merci.

Je suis partie de Paris en grande partie à cause de ça et même en vacances l’oppression continue.

Je ne peux même pas exprimer à quel point c’est usant.

Alors si vous êtes témoins de harcèlement alors pitié réagissez, ne faites pas comme 100% des témoins des agressions et harcèlements que j’ai subi. »

Ursula, 26 ans à Cervione (2B)

 

« Je marchais dans un parking pour regagner le centre commercial de ma ville, je croise deux jeunes hommes, l’un d’eux me dit : « wouahh t’es trop bonne ! »

Je ne réponds rien, je baisse les yeux pour montrer que ça ne m’intéresse pas, et je continue mon chemin, puis j’entends : « TU POURRAIS DIRE MERCI SALOPE ! » »

Anonyme, 37 ans, au Havre (76)

 

« Un soir d’été, il était 21h, je marchais accompagnée d’un garçon. Je passe à côté d’un homme, ce dernier me regarde et se met à se toucher le pénis en me regardant. Hors de moi et un peu éloignée de lui, je crie « Tu vas enlever direct ta main d’ici sale porc! » Ce dernier m’a insulté de salope.

Au même moment, des enfants passaient en vélo sur l’autre trottoir. Ils regardaient la scène, choqués. L’homme dit à une petite fille « Qu’est-ce que t’as toi?? Viens m’sucer! ».

Bref, j’étais vraiment déterminée pour revenir sur mes pas et lui balancer un coup de pied dans ses parties, mais le garçon de l’époque m’a convaincu de revenir sur mes pas.

Aujourd’hui, je regrette énormément. Toucher à la liberté de la femme, c’est très grave, mais à celle d’une petite fille, ça l’est encore plus. Je me devais de vous partager cette histoire… »

Anonyme, 16 ans à Bourg-en-Bresse (01)

 

« Il est 22h45 dans le TER Marseille Toulon, nous sommes 2.

Quand on rentre des militaires nous proposent de l’aide avec nos bagages, on décline et on va se poser plus loin. Ils commencent à parler de nous, on les entend ils font des remarques déplacées, on ignore. Un d’eux se lève et s’avance vers nous, on continue à parler, il s’arrête devant moi, et me parle à 5 cm du visage : « Tu nous a chamboulé moi et mes collègues avec ton « grand coeur » (oui, j’ai une forte poitrine), tu devrais t’asseoir pour ne plus qu’on te voit. C’est un conseil hein. » Je boue de l’intérieur je deviens écarlate et lui réponds pleine de sarcasme « merci du conseil ». Il part, on s’assoit (parce que même si c’est très énervant de lui donner raison on a pas envie d’avoir d’ennuis, surtout pas avec une bande de militaires 3 plus musclés que nous (ces mêmes militaires qui devraient nous protéger et assurer notre sécurité…).

On est toutes les deux très énervées, je me roule une clope pour aller la fumer au prochain arrêt et faire redescendre la pression. Le train s’arrête, je descends, je commence à fumer. Je les vois descendre, ils marchent vers moi, je m’apprête à rentrer, le même qui me parlait tout à l’heure me met une main aux fesses, je lui jette ma cigarette dessus en rentrant dans le train à toute vitesse.

Voilà l’histoire de notre trajet. Mais ce n’est pas pour ça que j’écris ce témoignage, c’est pour ce qu’il s’est passé ensuite. J’ai raconté cette histoire à mon père, ça l’a mis très en colère, le lendemain, il m’a appelé pour me dire qu’il avait trouvé à quelle base appartenaient les militaires (qui étaient d’ailleurs des légionnaires) et qu’il avait appelé cette base pour rapporter les faits. A ma grande surprise il me dit que leurs actes sont pris très au sérieux et qu’ils vont m’appeler pour qu’avec mon amie on leur détail les faits et qu’on décrive nos harceleurs. C’est ce qu’on a fait au téléphone 1 heure plus tard avec le commandant de la base. Le lendemain après-midi je reçois un coup de fil du même commandant qui me dit qu’il a retrouvé les personnes en questions et que des sanctions sont prises : suspension d’une durée indéterminée et sanctions disons « physiques » (entraînement acharné etc..)

Ce qui nous est arrivé dans le TER est arrivé à pleins de filles tous les jours, le problème c’est qu’on n’ose jamais faire quelque chose par la suite, par peur du jugement, ou parce qu’on se dit que de toute façon ça ne sert à rien. Mais finalement, c’est comme si on cautionnait, car au final ces actes restent impunis ? Alors j’en appelle à toutes celles qui se sont reconnues dans l’histoire précédente. Osez parler ! Parce que ça peut payer. Et que quand c’est le cas, les actes sont sanctionnés. Ces sanctions non seulement nous font du bien à nous victimes mais aussi et surtout montre que ces actes ne sont pas anodins et ne doivent pas rester impunis.

Demain, j’irais à la gendarmerie pour faire un signalement, car le commandant m’a rappelé pour me le demander, car en cas de récidive ce sera dans les fichiers et les sanctions seront bien plus sévères. Qu’ils soient sanctionnés me fait honnêtement très plaisir, que ces actes ont été pris au sérieux sans qu’on nous demande, comment nous étions habillées ou qu’on se sentent jugées aussi, mais aussi et surtout me dire que grâce à cela, ça peut éviter à une autre de vivre la même chose me rend fière d’avoir osé parler ! »

Anonyme, 20 ans à Toulon (83).

 

« J’attendais le bus à un arrêt, il y avait un groupe de mecs. L’un d’entre eux sort, s’avance vers moi, se met à me tourner autour tout en me dévisageant de la tête aux pieds. Ses potes rigolaient, je ne savais pas quoi faire et étant seule face à eux, je n’ai pas osé grand chose. Cela a duré à peu près 3 minutes et c’était humiliant, je me suis sentie comme un morceau de viande chez le boucher… »

Anonyme, 28 ans à Bordeaux (33)

 

« Je prends tous les jours les transports en commun pour me rendre à l’université, c’est justement dans ces transports en commun, que le harcèlement est le plus fort. Des relous vous regarde dans le bus d’un air malsain, certains osent même vous frôler les cuisses, les épaules ou la poitrine. Dans le bus j’ai des remarques tous les jours quelque soit ma tenue vestimentaire.

Je vais vous expliquer une situation qui s’est produite pas plus tard qu’hier, cinq jeunes hommes s’arrêtent devant moi, je portais une petite robe, et sous le faux prétexte de ma tenue « trop légère », j’ai reçu des insultes ouvertement sexiste, une dame qui passait a ce moment-là à réagi, elle m’a conseillée de ne pas rester là, et puis je suis partie, cela recommencera peut être demain… »

Anonyme, 18 ans à Dunkerque (59)

 

« Voilà ce qui s’est passé il y a maintenant quatre ans. Je bosse dans la ville de Bayeux. Du coup je prends le train tous les jours et je marche 3km pour me rendre à mon taf. C’était une fin d’aprèm. J’étais à 200m de la gare. Et là un gars me croise en me disant qu’il me trouve jolie. Un peu trop polie et sans doute trop naive, je le remercie. Et là je continue ma route et je sens que le type me suit. Bref, il fait pas nuit, j’suis en ville. Je me dis que je ne crait rien, mais je me sens pas à l’aise quand même, donc j’accélére doucement mon pas. Là j’arrive à la gare, il n’est plus derrière moi, fin ça c’est ce que je pensais. J’attends mon train paisiblement sur le quaie, au soleil avec mon livre.

Et là le mec s’assoie à coté de moi, genre tout près. Je sens que c’est un relou de la pire espèce. Le mec me pose plein de questions, comment je m’appelle, qu’est ce que je fais dans la vie… Jusqu’à me proposer un resto que je décline. Mais il comprend pas. Il est gentil et je lui dis non.

Le train arrive je me dis que je suis sauvé. Du coup je monte dans le train, naive le retour, je pense qu’il n’est pas monté. Que néni, le gars s’assoie à coté de moi, bis repetita, j’suis toujours dans mon livre. Le mec, en mode relou, se la joue séducteur, pleurnicheur. Je tiens cinq minutes, il reste encore dix minutes de trajet. Je lui dis que je dois aller au petit coin. Je sors des toilettes et décide de rester debout. Et là le mec se plante devant moi, genre il est dans ma bulle. Une petite mamie me regarde avec l’air complement dépiter, genre pov jeune fille t’en chie, j’voudrais bien t’aider, mais je sais pas quoi faire. Je reponds toujours poliement au gars, que non je ne suis pas intéréssé, mais il a la comprenette difficile.

Le train arrive en fin à Caen, chez moi. Je sors du train en quatrieme vitesse, mais j’ai quand même le temps de comprendre que la petite mamie demande de l’aide au bon jeune homme qui s’execute. (Cette dame a été formidable, je n’ai jamais eu l’occassion de la remercier). Naiveté le re-retour, je me sens tranquille. Mais non le mec est coriasse. il trotte jusqu’à moi et pose sa main sur mon épaule. cette intrusion sur mon corps a été le truc en trop, là je me retourne en mode super vénére. J’ai de la chance car je longe un gros chantier. Je pense que j’insulte le mec avec tellement de virulence et décibel que des gars de chantier comment à se mettre sur les échafaudages. Il y en a meme deux qui déscendent. Je crois que le gars a tellement était surpris qu’il est resté bouche bé. Et il a fait demi tour.

J’avoue que je crois qu’il ai pu se permettre de me toucher a été la pire des choses qu’il pouvait faire. »

Melissa, 35 ans dans le train de Bayeux à Caen.

 

« C’est assez courant pour moi (et un nombre incalculable de personnes) de me faire insulter dans la rue. Généralement, quand ça arrive et qu’on en parle à quelqu’un, la 1e question qui nous est posée est : « pourquoi ? ». Je m’indigne toujours quand cela arrive. Comment peut-on chercher une raison qui justifie le fait d’être insultée ou jugée pour le simple fait de se balader dans la rue ? Être dans la rue ne signifie pas être ouverte à des commentaires sur son physique. Comme si on devait s’accommoder de ça pour avoir le droit de sortir de chez nous.

Tout ça pour dire qu’hier en fin d’après-midi, je discutais avec un couple de copains que je ne connais pas encore très bien et le garçon se permet de dire à haute voix à chaque fille qu’il croise « oh putain mais les obus qu’elle a » « oh elle est trop bonne » alors même que sa copine est à côté (mais c’est un autre débat). Je suis terriblement gênée d’être du côté du harceleur, malgré moi. Je commence donc à lui expliquer calmement, puis de moins en moins à mesure que je suis confrontée à ce mur de bêtises, que les filles ne cherchent pas l’approbation des hommes quand elles se baladent et lui lance tous les arguments que j’ai en réserve. Il se défend, dit que le féminisme est une opinion (et le racisme aussi ?), que les femmes aiment qu’on les « complimente » ainsi dans la rue. J’argumente tant que je peux mais même sa copine lui trouve des excuses en disant « oh mais il est comme ça tu sais, on le changera pas ». Pour le mec, je suis fermée d’esprit. Wow. Je stoppe le débat car je ne veux pas plus gâcher ma soirée mais ça me reste en travers de la gorge.

Quelques minutes plus tard, dans la rue encore, je suis toujours avec eux, et un inconnu arrive en face de moi et me lâche un simple « chienne ». Comme ça. Je suis sortie tous les jours cette semaine et tous les jours je me suis fait traiter de « pute », de « pétasse », et d’autres « compliments » (ça s’appelle comme ça, non ?) déplacés du genre. C’en est trop. Ça pour la énième fois + la discussion d’avant, je commence à avoir les larmes aux yeux de voir tant de méchanceté, de sexisme, de préjugés, d’impolitesse… et là, miracle de ma journée, une dame qui était derrière moi et qui avait tout entendu me défend, ne s’adresse pas à l’homme qui m’a insultée (qui est déjà loin) mais à moi, et me dit « mais c’est de la jalousie, vous êtes très jolie mademoiselle. Il ne faut pas les écouter. » Et de voir une personne qui ose réagir et consoler une inconnue, c’est ça qui m’a profondément touchée et a transformé ces quelques larmes en pleurs torrentiels. Elle est restée avec moi et a essayé de me calmer et me consoler pendant quelques mètres jusqu’à ce que nos chemins se séparent. J’aurais aimé encore plus la remercier.

Je ne changerai JAMAIS ma façon de m’habiller, de me maquiller et mes itinéraires. C’est aux harceleurs de se contrôler, pas à moi de leur faciliter la tâche en les évitant. Je remercie chaque personne qui ose défendre et/ou consoler les victimes d’#harcelementderue quand elles en sont témoins car quelqu’un qui ne répond pas à une attaque n’en est pas moins une victime. Le choc, l’habitude (jamais totale mais on s’y fait presque), la surprise, la timidité ou la peur empêchent parfois de se défendre. Je dis aux filles qui se font insulter, qui reçoivent des commentaires incessants sur leur physique, COURAGE ! Mais militez ! Se taire c’est accepter le monde tel qu’il est et je ne compte pas attendre que ces cons fassent défiler leur répertoire d’insultes quand je passe à côté d’eux. Vous non plus j’imagine. »

Anonyme, 18 ans à Bordeaux (33).

 

« Hier soir je rentrais tranquillement de soirée, quand deux hommes dans une camionnette se sont arrêtés et on baissé la vitre pour me demander si un des deux pouvait descendre pour me raccompagner chez moi en gros allez ken une pauvre fille seule. Je répond que non, et de la les insultes fusent « petite salope, salope! ». Salope ? Parce que j’ai refusé que tu m’accompagnes parce que je ne te connais pas ? La peur s’installe car il reste encore un peu de chemin et la on réalise qu’il aurait pu se passer n’importe quoi et personne n’aurait rien vu. Presque arrivée chez moi, je pense que c’est terminée quand finalement je les vois apparaître au loin et rebelote: « hey je peux te poser une question ? » Sauf que cette fois ci pas le temps de répondre à mon tour de leur manquer de respect alors j’ai eu droit de nouveaux aux salope etc. Je ne sais pas ce qui est le pire dans cette histoire, les deux mecs dans leur camion qui devaient tourner en quête d’une proie ou le mec à son balcon qui a vu toute la scène et qui s’est juste contenté d’un « wow ».

Je possède une bombe lacrymogène, je ne voulais pas la prendre sur moi au cas où mais je pense qu’elle ne me quittera plus maintenant.

Devoir se réduire à prendre des précautions contre une éventuelle agression verbale ou physique ça ne devrait plus exister. »

Anonyme, 20 ans.

 

« Mardi soir. 23h30. Quartier St Michel à Toulouse. Je reviens d’un chouette concert, la vie est belle, je vais m’acheter du chocolat pour fêter ça.

Je sors de l’épicerie de nuit, je suis seule dans la rue.

3 hommes m’interpellent par des « Bonsoir princesse », « Bonsoir Bella » et autres.

Je les ignore.

Visiblement, ça les agace. Alors l’un d’entre eux lance une attaque sur mon physique. Je me retourne et reviens les voir en leur demandant sèchement de répéter. Il me disent alors que « Nan mais attends, on te dit « bonsoir princesse » et toi tu réponds même pas. »

Je leur explique, droit dans les yeux que je m’en branle et que je n’ai aucune obligation de leur répondre. Et qu’en plus, ils sont 10-15 clampins à m’interpeller de cette manière chaque jour et que je n’en peux simplement plus.

Celui près de moi me lance alors un « Ferme ta gueule » en crachant.

Je lui renvoie alors un gros « Non, toi, ferme bien ta gueule » en lui crachant dessus.

Et là, le mec me met un énorme coup au visage. Je me cogne brutalement contre une rambarde en fer et m’écroule par terre, la joue bien rouge et enflée et la lèvre ouverte. Et…le poignet complètement pété.

Hôpital. On m’annonce que les os sont déplacés, le poignet cassé et que je dois être opérée d’urgence. On m’ouvre et me met une plaque en fer. J’y reste 2 jours. Je suis salement amochée. 3 mois de convalescence en prévision. Rééducation, etc.

Avant, après: crises de nerfs et de larmes à m’en vider le corps.

2 jours que je pleure. Que je chiale de cette énième agression, humiliation, parce que je suis tout simplement une femme.

Alors voilà, j’ai bientôt 37 ans. Ça va faire maintenant presque 25 ans que je subis ces saloperies en tous genres: agressions verbales, humiliations multiples, harcèlement sexuel, moral, de rue ou au travail, violences physiques, viol. Et j’en passe…

Je suis à bout. La colère, la rage, je l’ai, je vis avec chaque jour. mais je monte d’un cran à chaque nouvelle épreuve de ce style. Mon sang bout de plus en plus.

J’en ressors une nouvelle fois traumatisée, vidée. Je reste debout mais je maudis ce système patriarcal. Je le vomis de toute mon âme.

Néanmoins, je reste fière d’être une femme et mon/notre combat continuera tant qu’il le faudra.

La peur doit changer de camp.

Edit: Mon agresseur était de type caucasien. Donc les fachos qui se servent de mon histoire pour assouvir leurs relents gerbants de racistes décomplexés, cassez-vous.

Edit 2: Je ne devrais pas avoir à me justifier ou à apporter d’autres renseignements sur mon agression. Mais vu que des petits ahuris me blâment de ne pas avoir porté plainte et que des médias relaient des mensonges, sachez que SI, j’ai porté plainte.

Vous êtes soulagés les guignols ?

Et non, je n’irai pas jusqu’à vous fournir la preuve de ce que je dis. Vous me faites déjà assez gerber. »

 

« Cette nuit, j’ai voulu sortir regarder les étoiles. Je me suis dit qu’a cette heure-ci, il n’y avait personne et que je serais tranquille. En effet, j’ai marché 15 minutes tranquillement en observant le ciel, puis j’ai rejoint une route un peu plus passante. Pendant les 5 dernières minutes de trajet alors que je rentrais chez moi, je me suis faite klaxonner deux fois. Oui, même la nuit, des hommes klaxonnent les jeunes filles dans la rue.

Déjà un peu énervée, ça ne s’est pas arrangé lorsqu’un homme en voiture a ralenti en arrivant à mon niveau et a commencé à me poser des questions. J’essaye de répondre froidement pour le faire partir, mais il insiste et me demande mon numéro. Je lui dit non en continuant mon chemin, il finit par s’en aller.

Un peu chamboulée par cette mésaventure, je continue mon chemin en essayant de me détendre. C’est alors que je vois cet homme arriver à pieds vers moi quelques mètres plus loin. Il commence à me dire que je suis charmante (alors qu’il m’a vue la nuit de dos, merci la crédibilité) et me redemande mon numéro. Je lui redis non et lui demande de me laisser tranquille. Mais il continue d’insister. Je me suis énervée et je lui ai dit que je voulais simplement marcher en paix et que je n’avais rien demandé. Il a fini par partir et je suis rentrée chez moi énervée, effrayée et choquée.

J’ai eu de la « chance », certains lâchent moins facilement.

Non il ne m’a pas touchée, ni insultée. Mais ceci s’appelle du harcèlement de rue et c’est la raison pour laquelle la plupart des femmes ont peur de sortir seules la nuit. Ce n’est pas normal et à aucun moment une personne ne doit se sentir autorisée à arrêter une femme dans la rue sous prétexte qu’elle est à son goût.

Non ça ne nous fait pas plaisir que 10 mecs nous arrêtent dans la rue en une seule journée pour nous dire à quel point nous sommes jolies. Et non, ce n’est pas parce que tu m’as fait un compliment que je vais te donner mon numéro de téléphone. Et ce n’est pas parce que tu es poli que ce n’est pas du harcèlement. Quand tu interpelles une personne qui marche dans un espace public et insistes pour obtenir une faveur de sa part (numéro, sourire, bisou ou que sais-je encore), alors qu’elle n’a rien demandé je le rappelle, c’est du harcèlement. »

Anonyme, 26 ans, à Toulouse (31).

 

« Un matin, je pars au boulot à 7h. C’est l’hiver. Je remonte la rue à la sortie de chez moi et devant moi je vois un type, qui part sûrement au boulot aussi vu sa tenue de chantier, mais je ne m’inquiète pas, parce que même si je me fais souvent emmerder quand je suis à pied en ville (comme toutes les femmes) , il est 7h du mat’ et je suis en jean, petites bottes plates, col roulé et veste: « je crains rien » . Il s’arrête pour refaire son lacet et je le dépasse, normal. D’un coup il m’empoigne le bras d’une main et de l’autre me touche les fesses. J’étais tellement surprise et effrayée que je me suis complètement figée! Il m’a finalement lâché et est parti en courant. Après la trouille et le choc j’étais vraiment en colère! Et on ose encore dire aux femmes que ce genre de problème est lié à leur tenue vestimentaire ou à leur comportement… Non non pas du tout! Peu importe nos fringues, nos mots, nos sourires ou autre, on n’est jamais JAMAIS à l’abri de commentaires malsains, de menaces, d’attouchements… »

Anonyme, 27 ans, dans le Var (83)

 

« Il y a quelques années, je marchais dans la rue. J’étais au téléphone. J’ai croisé un type. Il ne m’a pas parlé, il m’a juste peloté un sein et à continuer sa route sans se retourner. Ca m’a coupé la respiration. »

Virgnie, 35 ans, à Angers (49).

 

« Entrée à l’Université je choisi des options en plus de mes cours. Pendant l’un d’eux ne connaissant personne je m’assois ou il y a de la place donc à côté d’un type lambda. Je pose ma veste entre lui et moi. Il la prend et la renifle, au début je suis un peu choqué/surlecul alors je reprend juste ma veste pour la poser sur ma chaise. Je le vois se tortiller du coin de l’oeil, je regarde un peu mieux et la je comprends qu’il est entrain de se caresser l’entre jambe en me regardant. C’en est trop je quitte le cours. Je reviens le lendemain suivre mes cours habituels et je le croise dans l’entrée de l’UFR. Il me suit, partout je me réfugie dans ma salle de cours. Il a continué de me suivre chaque jour où je le croisais. Une fois alors que je fumais une cigarette il vient me parler pour me dire qu’il faut que je fasse très attention à moi, je panique, en parle à un « ami » de ma promo qui me culpabilise « il ne fait rien, tu as vu aussi t’es jolie, le pauvre type il veut juste pecho… » Je fini par prendre contact avec le directeur de mon ufr. Il me dit qu’il le connait, que je suis pas la première, qu’une fille a déjà signalé qu’il avait tenté de l’embrasser de force dans un couloir. Qu’il se dit que les femmes sont toutes à ses pieds que c’est normal. Et me pousse à porter plainte afin qu’il puisse entamer quelque chose contre lui.

Je vais au commissariat qui n’a finalement pas fais de plainte mais une main courante. Le policier m’a même demandé après mon récit si c’était tout.

J’ai laissé des messages sur les forums facebook des différents ufr de ma fac pour prévenir les filles et demander à celles qui avaient été harcelées de se manifester.

Il a finalement était viré de la fac et n’avait plus le droit d’y rentrer. Je suis resté fier mais cela m’a coûté pas mal d’heures de cours que j’ai loupé par peur de le croiser à nouveau. »

Marie-Cécile, 21 ans lors de l’agression, à Metz (57).

 

« Je rentrais chez moi à pieds, en plein après-midi, vers 15h.

A une trentaine de mètre devant moi, je vois un homme qui traverse la rue en courant pour rejoindre le trottoir sur lequel je me trouve. Il se dirigeait vers un arrêt de bus. Je vois qu’il m’aperçoit alors qu’il guette les voitures en traversant la route pour rejoindre le trottoir.

Je suis à plusieurs dizaines de mètres derrière lui, aussi je vois qu’il se dirige vers l’arrêt de bus.

Je continue ma route, et je constate que le monsieur en question se retourne franchement et me regarde.

Immédiatement après cette volte-face pour me reluquer, clairement, je me raidis et je me dis que si je croise son chemin, je suis bonne pour me faire interpellée. Je ne veux pas. En plus l’homme est très grand, très impressionnant.

Sans changer le rythme de ma marche ni marquer d’hésitation, pour ne pas montrer que j’ai remarqué le comportement de cet homme ni que j’en suis dérangée, je tourne à la première intersection, qui se trouve avant l’arrêt de bus où s’est arrêté l’homme.

Je me dis que je suis tranquile, qu’il ne va pas bouger de son arrêt puisqu’il attend son bus.

A l’intersection suivante, alors que je traverse, qu’est-ce que je vois ? L’homme de l’arrêt de bus est derrière moi.

Alors que l’inquietude laisse place à la peur, j’essaie de me raisonner : après tout, il a peut-être raté son bus, et son chemin passe peut-être par ici.

Sauf que… Sauf que à l’arrêt où il attendait, je sais que les bus vont précisément dans le sens opposé au mien…

Mais pourquoi je m’emballe ? En ratant son bus, il a peut-être modifié ses plans, et suit peut-être tout simplement son chemin ?

Je change de trottoir pour ne plus avoir sa présence derrière moi. Lui ralentit.

Très bien, là j’ai peur.

Pour avoir le fin mot de l’histoire, je commence à serpenter dans les rues, sans logique, sans destination apparente. Si ce monsieur suit juste son chemin, il ne me suivra pas, puisque mon chemin n’est qu’une succession de détour qui ne font que me ramener, volontairement, à mon point de départ.

Ce circuit à peine commencé, cela devient évident : il me suit. Il est toujours là, prends les mêmes détours et se retrouve comme moi, dans la rue où nous nous trouvions 3 minutes auparavant.

Il est derrière moi, 5 à 10 mètres derrière moi.

J’ai peur. Nous sommes en plein après-midi, en semaine, dans ce coin résidentiel d’une moyenne ville de province. Les rues sont désertes.

Je suis seule, avec un homme qui me suit depuis presque 10 minutes maintenant.

J’ai peur.

Manifestement il VEUT me suivre. Pourquoi ? Jusqu’où ira-t-il ? Attend-il une impasse ? Ou espère-t-il me suivre jusqu’à chez moi et m’attendre là demain, ce soir ?

Hors de question que je lui montres où je vis ! J’aurais trop peur de le trouver devant ma porte, sous mes fenêtres…

Alors je cours presque, et j’entends son pas qui s’accélère aussi.

Je me rue dans la boulangerie, tout près de chez moi. J’y rentre tremblante, en âge, parce que j’ai peur. Je demande à la dame qui est là si je peux rester un peu ici, parce que je suis suivie par un homme depuis un moment, que j’ai peur et que je ne veux pas rentrer chez moi pour ne pas qu’il sache où je vis.

Elle accepte.

J’attends.

Je ne sais pas quoi faire de moi dans cette boulangerie vide de client, avec cette dame qui ne sait pas non plus quoi faire visiblement, et qui décide de passer le balais derrière son comptoir finalement.

Et là, très vite, je le vois.

Il attend. Il est sur le trottoir en face, à une bonne distance quand même, mais il me guette. Je le vois, je le regarde même bien en face et il ne baisse pas les yeux.

Il sait que je sais qu’il me guette, qu’il m’attend, et il ne bouge pas.

A un moment il tourne même le dos à cette boulangerie, aux murs entièrement vitrés, et fais quelques pas en s’éloignant.

Pour revenir immédiatement et vérifier si je suis sortie.

Je n’ai pas bougé. Je n’aurais pas bougé avant d’être certaine qu’il ne me voyait pas sortir.

J’attends.

Lui aussi.

Au bout d’un moment (5 minutes ? 10 minutes ?) la boulangère me dit qu’il ne faut pas me laisser faire, que je devrais aller le voir et lui demander pourquoi il me suit, qu’il n’a pas le droit, que je devrais me défendre.

Je me sens minable. Du haut de mes 30 ans, j’ai l’impression d’avoir de nouveau 5 ans et d’avoir fait une bêtise.

J’ai eu tort, j’ai mal agis, je n’ai pas fait ce qu’l fallait.

Alors comme une enfant réprimandée, je dis « oui, vous avez raison » d’une toute petite voix, et je sors.

Mais je ne vais pas lui crier dessus. Parce que je ne le vois plus dans rue.

Alors je cours. Si je ne le vois pas, à priori, lui non plus ne peux plus me voir. Je cours, je vérifie qu’il n’est pas derrière moi, je sors mes clefs à l’avance en fouillant dans mon sac et je me jette dans mon hall d’entrée.

Une fois chez moi, je me mets à pleurer.

Je tremble encore.

Mais très vite ce n’est plus de peur, mais de colère.

Qu’est-ce que c’est que ce type ? Qu’est-ce que c’est que ça ? Alors comme ça, on trouve normal de suivre les gens dans rue ? On s’en sent légitime ?

Elle avait raison cette dame, j’aurais dû lui hurler dessus. J’aurais dû faire le plus gros scandale que cette rue avait connu.

En fait non, elle avait tort. Parce que je n’aurai pas « dû », j’ai fait ce que j’ai pu, avec ce sentiment de peur terrible, ce sentiment atroce de n’être même pas humaine, juste une chose, qu’on traque, qu’on méprise.

Dont on ne considère ni la liberté ni les sentiments.

J’ai fait ce que j’ai pu.

Mais je me promets à moi-même de tout faire pour ne plus oublier que c’était LUI qui avait TORT.

Ne plus jamais oublier que J’AI LE DROIT d’être respectée dans l’espace public et que c’est LUI qui été en TORT, LUI qui N’AVAIT PAS LE DROIT de me suivre, de m’importuner, de me faire peur, de me traquer.

IL N’AVAIT PAS LE DROIT.

Ce n’était PAS ACCEPTABLE.

Non ce n’était pas acceptable.

Alors je fais tout ce que je peux pour ne plus accepter.

Pour ne plus me taire.

Même si j’ai toujours peur.

J’ai toujours peur, mais plus jamais je ne laisserai le silence faire croire que c’est acceptable. »

Pauline, 32 ans, à Chartres (28).

 

« Je marchais dans la rue un matin, quand un homme ralenti près de moi en voiture et me dit « viens je te dépose! ».

Je lui réponds « non merci !  »

Il insiste agressivement « dépêche-toi là monte !  »

Je ne lui réponds plus et continue à avancer…

Il continue « monte je te dépose !  »

Fâché il hurle « je te baise moi je te baise !  »

Je le regarde lui réponds « non je crois pas… »

Et il accélère d’un coup hurlant « je te baise moi !  » »

S.D., 28 ans, à Melun (77).

 

« Tous les jours, en rentrant de la fac, je croisais un groupe de mecs à la gare. Toujours les mêmes, au même endroit. Ils dévisageaient toutes les femmes qui sortaient du train. J’avais pour habitude d’avoir toujours des écouteurs sur les oreilles. Une fois, je ne les avais pas et j’ai compris qu’ils ne faisaient pas que nous dévisager. Ils nous approuvaient. Chaque femme qui passait au milieu de leur attroupement (car ils formaient une sorte de haie d’honneur…), devait subir un jugement sur ses habits ou son apparence physique. Et vu que leurs regards n’étaient pas assez explicites : « Ah oui, là oui! », « Oh regarde celle-là », « Eh! Fais pas genre que tu m’as pas entendu » enfin vous connaissez sûrement ! Une seule solution : changer de route, faire un détour.

Ce n’est pas « des compliments », ce n’est pas de la « drague », c’est de l’harcèlement. On n’a pas besoin d’être approuvées pour marcher dans les rues. »

Anonyme, à Melun (77)

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