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le harcèlement de rue

Mademoiselle ! Oh réponds salope !

Vous avez déjà entendu ça, n’est-ce pas ?

le harcèlement de rue

Qu'est-ce que c'est ?

Le harcèlement de rue, ce sont les comportements adressés aux personnes dans les espaces publics et semi-publics, visant à les interpeler verbalement ou non, leur envoyant des messages intimidants, insistants, irrespectueux, humiliants, menaçants, insultants en raison de leur genre, de leur orientation sexuelle, de leur couleur de peau, de leur situation de handicap…

Vous savez, les sifflements, les commentaires, les interpellations ou insultes, voire les attouchements… Ces comportements, qui touchent principalement les femmes, se déroulent dans la rue, les bars, les transports et les espaces publics.

Leur caractère répétitif et violent génère un environnement hostile envers les personnes concernées et porte une atteinte inacceptable à leur dignité et à leur liberté. Ce n’est pas de l’humour, ce ne sont pas des compliments, et ce n’est certainement pas de la drague ! Nombre de femmes apprennent à baisser la tête, ne pas répondre, changer de trottoir… Elles tentent d’éviter ces réactions anxiogènes en cessant de sourire en public, en s’habillant différemment, en ne prenant plus les transports en commun de nuit. Bref, elles se sentent moins en sécurité, moins autonomes. Par crainte, elles deviennent moins ouvertes aux vraies rencontres, moins enclines à aller draguer ou à se laisser draguer. Et c’est bien dommage.

La drague et le harcèlement de rue ne sont pas la même chose et il est anormal de les confondre. La drague se construit à deux, là où le harcèlement est la responsabilité d’un individu qui ignore volontairement l’absence de consentement de son interlocuteur.

Non, nous ne sommes pas contre la drague lorsque celle-ci est respectueuse. Draguer n’est pas un délit et c’est d’ailleurs le plus souvent flatteur. Il n’y a pas de mal à trouver une personne séduisante et à le lui faire savoir, mais uniquement si c’est fait avec respect et bienveillance.

La drague est une main tendue, le harcèlement est une main qui s’abat.

le harcèlement de rue

Que dit la loi ?

Le choix d’une nouvelle infraction

Au début du collectif, l’enjeu majeur était d’interpeller les pouvoirs publics sur cette violence ordinaire dans la rue et les transports. Les premières actions ont permis des rencontres avec des élus.

En 2014, Pascale Boistard, ministre des Affaires Sociales sous le gouvernement Sarkozy, jugeait inutile de créer une infraction d’harcèlement de rue et qu’il fallait s(atteler à faire appliquer le droit existant.

En 2017, Marlène Schiappa, secrétaire d’état à l’égalité femme-homme sous le gouvernement Macron, considérait nécessaire une définition légale spécifique.
Nous avons été auditionné·es à l’occasion du travail sur la Loi du 8 août 2018 renforçant la lutte contre les violences sexistes et sexuelles par les commissions des lois à l’Assemblée Nationale et au Sénat.

Notre point de vue sur la pénalisation du harcèlement de rue a toujours été que si ces agissements sont (symboliquement) reconnus comme nuisibles par le droit pénal, la répression ne suffira jamais à elle seule pour faire reculer le harcèlement de rue.

L'outrage sexiste

La loi votée crée donc une nouvelle infraction, outrage sexiste, qui constitue le fait “d’imposer à une personne tout propos ou comportement à connotation sexuelle ou sexiste qui soit porte atteinte à sa dignité en raison de son caractère dégradant ou humiliant, soit crée à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante”.

C’est une contravention de 4ème classe punit d’une amende de 750 euros à 1500 euros en cas de circonstances aggravantes (abus d’autorité, sur mineur de 15 ans, vulnérabilité, en réunion, dans un transport collectif, en raison de l’orientation sexuelle). Une peine complémentaire de stage de lutte contre le sexisme et de sensibilisation à l’égalité entre les femmes et les hommes peut être ordonnée par le juge.

Si des agents de police ou de la gendarmerie sont témoins des faits, ils pourront constater l’infraction en flagrant délit et ainsi directement contraventionner l’auteur. À défaut, il est toujours possible de déposer plainte dans le commissariat ou la gendarmerie de son choix ou par une plainte au Procureur.e de la République territorialement compétent.

Les agents n’ont pas le droit de refuser une plainte (art 15-3 du Code de procédure pénale). Toutes les preuves sont admissibles et seront examinées par la justice (témoignages, enregistrements audio/vidéo même à l’insu de l’auteur).

Le bilan

Le bilan de cette nouvelle infraction n’est pas vraiment concluant. Depuis son entrée en vigueur, un peu plus de 1300 amendes délivrées pour outrage sexiste. Or on ne sait pas parmi ce chiffre quelle est la part d’amende forfaitaire et celle issues d’une procédure engagée par la plainte d’une victime. Il est aussi à craindre que certaines amendes ont été qualifiées d’outrage sexiste alors qu’il s’agirait d’une infraction sexiste et sexuelle de catégorie plus grave.

Le continuum de violence

Il est important d’envisager l’outrage sexiste comme inscrit dans un continuum de violences sexistes et sexuelles schématisé par une pyramide.

Au socle de cette pyramide, il y a un sexisme intériorisé qui justifie les inégalités de genre et banalise les violences. C’est en travaillant sur les violences les plus quotidiennes et de plus faible gravité qu’on peut faire reculer les crimes les plus graves. 

le harcèlement de rue

Comment lutter ?

Si vous aussi, vous souhaitez vous investir pour lutter contre le harcèlement de rue, voici 5 conseils que vous pouvez suivre :

1. Renseignez-vous sur ce phénomène

Vous n’avez peut-être pas été victime mais il est important de savoir de quoi il s’agit. Ignorer ce phénomène, c’est oublier que dans votre entourage, certaines personnes l’ont subi et continueront peut-être à le subir. Lisez les témoignages de victimes, les enquêtes qui ont été menées, les textes de loi… Ce phénomène nous concerne tous et chacun·e peut, à son niveau, contribuer à son éradication.

2. Se taire et écouter les concerné·es

3. Questionnez votre propre comportement

Peut-être un jour avez-vous adopté un comportement de harcèlement : sifflement, klaxon, interpellations, remarque inappropriée à une personne que vous avez croisée dans la rue… Faites une rétrospective de vos attitudes et mesurez leur impact sur les personnes qui l’ont subi. Quelle a été leur réaction ? Pourquoi ai-je agi ainsi ?
Comment savoir si j'harcèle ?

4. Ne cautionnez pas et agissez

Lorsque vous êtes témoin de harcèlement, ne participez pas, ne riez pas, ne renchérissez pas, ne commentez pas. Cela signifierait donner raison aux personnes qui harcèlent et amplifier l’inconfort de la victime.Lorsqu’une personne vous fait part de son expérience, ne jugez pas et ne décrédibilisez pas son témoignage. Elle n'est pas forcément en mesure de répliquer ou de porter plainte et encore moins de relativiser. Montrez votre soutien, que vous ne cautionnez pas, proposez votre aide.
je suis témoin, que faire. ?

5. Sensibilisez

Parlez du harcèlement de rue à votre entourage, notamment auprès des plus jeunes pour leur expliquer comment traiter les personnes, notamment les femmes, avec respect tout en tenant compte de leur consentement. C’est avant tout par l’éducation, la sensibilisation et la prévention que le harcèlement ne sera plus qu’un phénomène isolé.
Des questions ?

Des réponses

1. Quelle différence entre drague et harcèlement ?

Il y a un bon millier de façons de séduire ou de complimenter une personne sincèrement et sans passer pour un·e tordu·e ! Voici quelques idées d’approche : essayer d’entamer une conversation sur autre chose que le physique de celle·celui que vous convoitez. Montre un intérêt sur ce que la personne est en train de faire, les livres ou autres objets que la personne pourrait porter avec elle ou sur un évènement particulier qui serait en train de se produire…

Il faut garder à l’esprit qu’une personne seule dehors la nuit tombée et/ou dans un endroit désert ou un quartier inconnu réagira probablement mal à un quelconque compliment car elle se trouve déjà dans une position inconfortable et peut croire que sa sécurité est menacée. Il est donc judicieux de ne pas l’approcher du tout et même s’éloigner d’elle pour lui signifier que l’on a compris sa situation.

Dans tous les cas, si la personne abordée montre des signes de gêne ou de malaise, il est plus sage de s’excuser poliment pour ne pas causer davantage d’embarras.

Non, savoir séduire est à la portée de tout le monde et heureusement. En revanche il faut savoir le faire avec un minimum de subtilité et de bienveillance et, comme tout comportement social, ça peut s’apprendre… Le dragueur maladroit n’est pas un harceleur, sa maladresse est d’ailleurs généralement bien tolérée.

Pour faire la différence entre séduction et harcèlement, il suffit de se demander si on aimerait soi-même sincèrement recevoir les mêmes mots ou les mêmes signaux d’une autre personne… On peut regarder pour cela le film Majorité opprimée d’Eléonore Pourriat qui permet aux hommes de comprendre ce que représente le harcèlement de rue pour les femmes. Si certains commentaires vous choquent, imaginez ce que c’est de les recevoir.

Tout simplement en considérant la réceptivité de la personne avec qui il souhaite nouer une relation de séduction réciproque ! La drague respecte le consentement ou l’absence de consentement de l’autre. Elle est polie et tient compte des réactions de la personne en face. Le harcèlement ne prend pas en compte ces interactions. C’est le résultat de la volonté d’un seul individu dont le but n’est pas de nouer une relation mais d’intimider une autre personne. Il met à défaut le confort de la personne prise pour cible et l’entrave dans son sentiment de sécurité.

Concrètement, dire bonjour à une femme et tenter une approche polie et courtoise, en l’invitant par exemple à prendre un café ou un verre et en l’informant qu’on la trouve jolie, n’est pas un comportement de harceleur tant que cette attitude se cantonne à une proposition.

Soit cette proposition débouche sur un dialogue et alors un rapport de séduction peut se construire à deux, soit cette proposition est repoussée (formellement, par un silence ou un refus de dialogue) et alors la drague doit s’arrêter là. Chercher à dépasser le refus manifeste d’une personne, ou le minimiser comme s’il s’agissait d’un jeu, c’est entrer dans le harcèlement.

Les propositions et actions constitutives du harcèlement sont non désirées et non réciproques. Elles privent les cibles de leur capacité de choisir par qui elles veulent être touchées et qui elles veulent laisser entrer dans leur intimité. C’est une interaction forcée.

Autrement dit :

• Pour faire une rencontre, il faut être deux ;

• Sans consentement des deux personnes, il n’y a pas de drague possible ;

• L’absence de consentement (ignorer la proposition) ou le refus explicite (décliner la proposition) doit mettre un terme à l’approche et ne constitue en aucun cas une justification à des insultes ou des propos sexistes.

Les salutations, compliments, sentiments, sourires neutres et sans connotation sexuelle sont possibles et ne rentrent pas dans le cadre du harcèlement de rue.

Il y a une bonne part d’appréciation au cas par cas, mais en gros trois critères caractérisent le harcèlement.

Le fait d’interpeller une personne (même une seule fois) en lui tenant des propos ou en exprimant une attitude sexiste, humiliante, insultante ou généralement à caractère sexuel.

Oui une seule fois ça suffit lorsque les propos ou l’attitude sont inacceptables par leur nature même. Et puis malheureusement, quand le harceleur dit ça une fois il n’est pas forcément le premier, ni le dernier de la journée… Alors oui, dans ce cas une fois c’est déjà trop !

Le fait d’aborder une personne (quelle que soit l’intention), sans tenir compte des réactions de celle-ci et de son refus de réciprocité, que celui-ci soit exprimé verbalement ou simplement par un refus de dialogue.

Lorsque l’on a abordé une personne et que celle-ci n’est manifestement pas intéressée à entamer un échange, il convient de respecter sa décision. En insistant on entre dans le domaine du harcèlement. Pas de dialogue = pas de consentement = fin de la tentative, c’est plutôt simple en fait.

Le fait de suivre une personne à qui on impose une présence non souhaitée et/ou un itinéraire forcé en l’obligeant à faire face à la menace implicite que ça représente.

Une telle attitude crée un environnement hostile et angoissant pour la personne qui en est victime.

Oui mais c’est aux hommes de faire le premier pas, forcément il faut bien aborder les femmes !

L’homme qui doit faire le premier pas c’est un peu beaucoup « cliché »… L’homme peut également être objet de désir et la femme peut apprendre à se risquer à être rejetée. Quoi qu’il en soit, toute personne (homme ou femme) peut faire le premier pas sans tomber dans le harcèlement…

Faire le premier pas c’est ouvrir un dialogue (en évitant de se contenter d’une réflexion sur le physique ou la tenue de la personne), parfois simplement par un regard (à condition que ce ne soit pas un regard déshabilleur et pervers…). Mais attention, le premier pas doit rester le seul si l’on constate que la personne n’est pas intéressée !

Complimenter une personne ce n’est pas harceler et heureusement ! Un compliment ne fait jamais de mal. Mais complimenter ce n’est pas « commenter »…  Autrement dit évoquer le charme et la beauté d’une personne par une remarque un peu subtile : oui, avec plaisir, mais se contenter d’évoquer basiquement le physique d’une personne : non, c’est un commentaire physique et pas un compliment !

Pourquoi les filles ne se sentent pas flattées quand on leur fait des compliments ou qu’on les aborde ? Le harcèlement dans la rue, qu’il soit ou non accompagné de propos sexuels ou sexistes, a toujours une même source : le pouvoir.

Le harcèlement met à défaut le confort de la personne prise pour cible et entrave son sentiment de sécurité. Les victimes se considèrent souvent intimidées, malmenées et moquées, atteintes dans leur dignité. Si la cible réagit, elle est potentiellement sujette à des insultes, menaces et à de l’agressivité verbale voire physique, c’est alors un sentiment de danger qui est vécu par la victime.

Et même un pseudo « compliment » peut être malvenu, surtout quand il a trait au physique des personnes ou à leurs choix vestimentaires. Une personne ne se résume pas à ces quelques aspects, et être renvoyée constamment à ceux-ci sous prétexte de leur visibilité c’est aussi une forme d’enfermement.

« Complimenter » un physique ou une tenue c’est aussi envoyer indirectement un message clair à la personne : « si tu ne veux pas que ça t’arrive, dissimule-toi ou fais d’autres choix… ». Répété à longueur de journée, ce message est une entrave réelle à la liberté de choix, d’expression et de déplacement des personnes qui en sont victimes. Le fait que ce message repose parfois sur de bonnes intentions n’en provoque pas moins un effet négatif bien réel : obliger les personnes à subir ce message ou à s’y conformer.

2. Quelles sont les causes du harcèlement ?

Certaines femmes aiment ou tolèrent les sifflements et les commentaires sur leur apparence. Mais ce n’est certainement pas le cas pour les 80 % des 811 femmes interrogées internationalement par Holly Kearl qui disent surveiller constamment leurs alentours. Les 50 % qui doivent traverser la rue et modifier leur itinéraire pour rejoindre leur destination. Les 45 % qui évitent de se déplacer seules. Les 26 % qui doivent mentir et dire qu’elles vont rejoindre quelqu’un. Les 19 % qui ont dû déménager et les 9 % qui ont dû changer de travail pour éviter le harcèlement dans la rue. Comme tout le monde, la préoccupation première de ces femmes tenait à leur sécurité et non à savoir si les individus qui les abordaient ressemblaient à Jude Law/Brad Pitt.

Non ! Le harcèlement n’est jamais provoqué, il est uniquement subi !

Chacun·e a le droit de s’habiller et de s’exprimer par son image comme il ou elle l’entend. La société a des lois pour définir ce qui est acceptable dans l’espace public et ce qui ne l’est pas, mais ce n’est certainement pas une affaire d’opinion personnelle.

Et ce n’est pas non plus une invitation ! Il serait faux de dire que personne ne s’habille jamais pour impressionner quelqu’un. Mais beaucoup d’entre nous choisissent simplement leur garde-robe sur des critères culturels, professionnels, météorologiques, religieux, de confort, de couleur. Quand bien même une personne s’habille pour séduire, attirer l’attention, est-ce pour autant qu’elle mérite l’irrespect ? Certainement pas.

Nous ne prétendons pas que toutes les personnes qui sont sifflées ou reçoivent des commentaires sur leur physique dans la rue de la part d’inconnus détestent absolument ça et se sentent déshumanisées ou bouleversées.

Mais si nous aimions toutes et tous avoir ce type d’interactions dans la rue, ce collectif n’aura pas été créé. Les pages Facebook n’aurait pas vu le jour. Le hashtag #safedanslarue n’aurait pas été autant repris…

Personne n’aime secrètement recevoir des commentaires raciaux, homophobes, sur son âge, sa position sociale, sa religion, etc. Pourquoi aimerions-nous de telles humiliations quand elles portent sur notre genre ou notre identité ? Est-ce parce qu’elles nous parviennent plus ou moins déguisées en compliments ?

Le harcèlement de rue n’est pas le fait de telle ou telle catégorie de personnes. Il y a des harceleurs dans toutes les catégories sociales, dans les quartiers chics comme dans l’espace rural ou les banlieues, et il y en a de toutes les origines !

Les formes du harcèlement peuvent changer selon les références culturelles des uns et des autres, c’est normal, il y a aussi de la diversité dans le harcèlement. Mais en aucun cas un groupe de population peut-être désigné comme ayant une plus forte tendance au harcèlement qu’un autre.

3. Pourquoi cette mobilisation ?

Parce que le harcèlement de rue est un phénomène massif et qu’il s’inscrit dans un contexte plus global de réduction des droits des femmes. De nombreuses enquêtes ont été lancées afin de le mettre en lumière :

•  Enquête « Enveff » réalisée en 2000 auprès de près de 7 000 femmes de 20 à 59 ans : ce sont environ 2,5 millions de personnes qui sont victimes chaque année de harcèlement sexuel dans l’espace public en France.


•  Enquête Madmoizelle réalisée en mars 2013 auprès de 5256 femmes, hommes et transexuel-le-s : 9/10 femmes ont déjà subi du harcèlement de rue dans l’espace public

•  Etude par le Haut Conseil à l’Egalité entres les femmes et les hommes réalisée en 2015, 100% des femmes ont subi du harcèlement au moins une fois dans leur vie dans les transports publics, dans plus de 50% des cas, la 1ère agression intervient avant 18 ans.

•  Enquête par l’Agence des Droits Fondamentaux de l’UE réalisée en 2013 auprès de plus de 93 000 personnes LGBT, près de la moitié des répondants (47 %) déclarent avoir été victimes de discrimination ou de harcèlement fondés sur l’orientation sexuelle au cours de l’année.

Ça vaut la peine qu’on s’en occupe, non ?

D’autant plus que les victimes les plus touchées par ces violences, allant de l’insulte aux agressions physiques, sont les jeunes personnes qui construisent leur personnalité et celles qui sont les plus vulnérables socialement : non diplômées, au chômage et vivant seule. La précarité offre un terrain particulièrement favorable au harcèlement.

C’est aussi un sujet prioritaire car nous pouvons agir dessus et faire changer les choses très concrètement ! Le harcèlement de rue c’est avant tout une question d’éducation et de sensibilisation. En refusant collectivement de le tolérer, en travaillant avec les pouvoirs publics et les gérants d’établissements ou d’événements accueillant du public (bars, festivals) on peut refaire de l’espace public un espace qui appartient à toutes et à tous, un espace de liberté et de tolérance.

Enfin et surtout, c’est un sujet prioritaire car ce que l’on qualifie à tort de sujet « banal », « pas si grave », « inévitable », impose quotidiennement une inégalité basée essentiellement sur le genre. Chaque jour, des millions de personnes sont renvoyées à un statut sexualisé par autant de personnes qui affirment ainsi un statut de domination et d’impunité. Par son caractère diffus et accepté, ce phénomène installe et consolide une discrimination qui en alimente d’autres.

Le harcèlement sexuel dans la rue est la démonstration du sexisme dans sa forme la plus ordinaire et la plus acceptée. Il est un exemple du non-respect des femmes au quotidien. Parce qu’il est subi par la plupart des femmes mais toléré même par certaines femmes, nous pensons qu’il est un problème grave et urgent !

Le harcèlement de rue aborde les notions de respect, de sécurité et de parité, et ceci de manière concrète et visible par tous. Il permet de parler de l’éducation à la mixité. Nous estimons que ce sont des sujets sérieux, c’est pourquoi ce projet nous tient à cœur et nous semble important.

Les paroles blessent, c’est même la meilleure arme pour détruire une personne de l’intérieur. Au fil des années, être harcelée dans la rue c’est accumuler et refouler des peurs, des dégoûts, des lassitudes, des humiliations, des frustrations, des colères… Les incidents non physiquement violents du harcèlement de rue peuvent causer de considérables dommages psychologiques et émotionnels sur les personnes qui en sont victimes.

Le harcèlement de rue entraine une limitation de l’accès à l’espace public pour les personnes qui en sont victimes. L’enquête
« Enveff » révèle que les trois quarts des agressions ont lieu au cours de simples déplacements quotidiens. Cette réalité impose aux personnes de mettre en place des stratégies de protection : détours pour éviter certaines rues, taxi plutôt que transports en commun, réduction des déplacements… Et contrairement aux idées reçues, cette contrainte ne se limite pas à la nuit et aux lieux isolés puisque, toujours selon cette enquête, 67% des agressions ont lieu de jour et, dans 65% des cas, dans des espaces fréquentés par d’autres personnes au moment des faits…

Les grandes zones urbaines, en raison peut-être de la densité de leur population et de la nature des échanges qu’elles imposent, semblent plus largement soumises à toutes formes d’incivilité et notamment aux insultes à l’égard des femmes et aux atteintes à caractère sexuel (poursuite, exhibitionnisme, pelotage). En revanche, les agressions physiques ne sont pas plus fréquentes dans les grandes agglomérations, compte tenu d’autres facteurs, mais elles le sont en fonction de la structure de l’habitat, notamment collectif.

Une partie des violences physiques semblent donc relever d’une fracture sociale plus que d’une fracture géographique puisque ce sont les femmes présentant divers signes de vulnérabilité ou d’isolement qui les subissent davantage (les non diplômées, les femmes au chômage ou vivant seule…).

Si le harcèlement de rue est par hypothèse un phénomène urbain lié à des échanges sociaux plus fréquents, le sexisme lui ne l’est pas… Si dans l’espace rural le harcèlement et les atteintes à la dignité des femmes et des LGBTQ prennent des formes différentes, il n’est pas moins réel !

Pire, si le phénomène est moins visible c’est peut-être aussi parce que les personnes qui en sont victimes dans l’espace rural sont beaucoup plus isolées, et que les contraintes sociales qui s’y exercent les empêchent d’accéder pleinement à l’espace public… Quoi qu’il en soit, nous sommes ouvert·es pour en parler !

4. C’est comme ça et on n’y peut rien !

Il est certain que n’importe quelle personne ayant séjourné dans différents pays peut témoigner que le fait de publiquement
« complimenter les femmes » et les « draguer » est un phénomène fréquent dans différentes cultures… Et justement ce n’est pas la drague et les simples compliments que nous dénonçons, mais le harcèlement !

En outre, ce n’est pas parce qu’une pratique globalement plutôt sexiste bénéficie de la patine de l’histoire et du folklore qu’elle est plus légitime pour autant ! Enfin, partout dans le monde, quelles que soient les différences culturelles, des collectifs et associations se mobilisent contre le harcèlement de rue qui fait aujourd’hui partie des campagnes de prévention menées par la commission des Nations-Unies sur les droits des femmes.

Oui, et toute liberté s’arrête là où commence celle des autres. Si exprimer un compliment (en supposant que ce soit vraiment un compliment) relève de la liberté d’expression, cette liberté ne doit pas porter atteinte à la liberté des autres de se déplacer librement sans être interpellé·e constamment !

Quand on fait un compliment à une personne qui ne nous a rien demandé, il faut se souvenir que l’on est peut-être la dixième personne de la journée à le faire. A qui est-ce que cela plairait de recevoir toute la journée des « compliments » qui, globalement, insistent sur votre physique ou votre tenue et ne tiennent compte en aucun cas de ses sentiments et de sa personnalité ?

A notre sens, combattre le harcèlement dans la rue c’est promouvoir la liberté individuelle plutôt que l’inverse. Nous voulons permettre aux gens de vivre, travailler, jouer, voyager sans crainte et dans l’apaisement. Leur allouer plus de liberté dans leurs déplacements, dans leur faculté de lier des amitiés, de s’impliquer dans leurs quartiers, etc.

Nous refusons cette vision pessimiste ! Bien sûr il y aura toujours des gens pour se sentir autorisés à harceler d’autres personnes, mais par l’éducation et la sensibilisation on peut tout à fait restreindre ce phénomène à quelques personnes marginales. Aujourd’hui le phénomène est général et trop souvent « socialement accepté », c’est cette situation que nous dénonçons et oui on peut agir !

Parfois le harcèlement de rue est présenté comme un phénomène masculin, une pulsion irrépressible et naturelle… Outre qu’une telle vision des choses est contestable à bien des égards, notons simplement que toutes et tous nous apprenons par l’éducation et la vie en société à contrôler nos pulsions, pourquoi celle-ci moins qu’une autre ?

Enfin, comme nous l’avons dit plus haut, le harcèlement de rue transcende les barrières de genre et d’identité sexuelle. Conclure lapidairement que “les hommes sont comme ça”, c’est insulter les hommes, renier leur libre arbitre. C’est refuser le débat et la recherche des origines du harcèlement. C’est ignorer les sentiments des victimes.

On ne se mobilise pas contre des personnes mais contre un phénomène de société. Le fait que des facteurs économiques, sociologiques et éducatifs puissent expliquer un phénomène ne le rend pas plus acceptable pour autant, ni plus facile à vivre… Les victimes ne sont pas là pour faire le suivi psychologique des agresseurs et la société n’est pas là pour leur demander de le faire.

L’action que nous menons ne vise pas à « interdire » le harcèlement de rue (il est déjà interdit, voir ci-dessous) ni à en « punir » les auteurs, mais bien à faire en sorte que collectivement et avec le concours des autorités (communes, écoles, responsables de lieux ouverts au public…) nous parvenions à ce que toutes les personnes qui pratiquent le harcèlement de rue se remettent en question et, ainsi, mettre fin au phénomène.

De nombreuses dispositions légales ou règlementaires s’appliquent aux différents faits qui relèvent du harcèlement de rue :

•  Injures publiques (art. 29 de la loi de 1881 sur la liberté de la presse) et privées (art. R621-2 du Code Pénal)

•  Menaces de commettre un crime ou un délit (art. 222-17 du Code Pénal), ou menaces de violences (art. R623-1 du Code Pénal)

•  Violences (art. R625-1 du Code Pénal) ou violences légères (art . R624-1 du Code Pénal)

•  Exhibition sexuelle (art. 222-32 du Code Pénal) et harcèlement sexuel (art. 222-33 du Code Pénal)

•  Agression sexuelle (art. 222-22 du Code Pénal)

6. Comment fonctionne le collectif ?

Toutes les luttes pour le progrès social en général et l’égalité femmes-hommes en particulier sont importantes. Nous n’entendons pas les hiérarchiser et encore moins positionner celle contre le harcèlement de rue comme plus importante que d’autres. D’ailleurs, de nombreuses personnes membres du collectif sont également engagées dans d’autres combats et dans d’autres structures.

Par contre, nous tenons à ce que le collectif reste ouvert à toutes et à tous et que l’on puisse s’y investir contre le harcèlement de rue sans forcément partager toutes les convictions des autres membres. Nous voulons agir concrètement contre ce phénomène en mobilisant toutes les forces qui se reconnaissent dans les principes de notre action.

C’est pourquoi nous n’engageons pas le collectif dans des actions ou des prises de position portées par d’autres mouvements. En revanche, nous relayons les informations que l’on nous transmet aux membres et aux sympathisants. Chacun est alors libre, en son nom propre, de les soutenir.

Nous ça va, merci. Au collectif, il y a des femmes. De tous physiques, toutes tailles tous styles. Mais pas que. Il y a aussi des hommes. De tous physiques, toutes tailles tous styles. Potentiellement, nous sommes toutes et tous au gout de quelqu’un. Et parce que nous avons déjà pu plaire, ou chercher à plaire, nous sommes justement capables de faire la différence entre drague et harcèlement.

Nous sommes originaires de pays, communautés, religions, genres, couches sociales variés et avons des âges, opinions politiques, éducations, expériences personnelles très différentes.

La chose qui nous réunit, c’est la volonté de lutter et d’agir contre le harcèlement de rue. Nous voulons vivre dans une société plus égalitaire, faire ce que nous avons à faire sans être effrayé·e·s, menacé·e·e. Et nous ne sommes pas les seul·e·s.

De nombreux mouvements en Europe et à travers le monde dénoncent ces comportements.

Comment savoir si j'harcèle ?

Si vous abordez une personne dans un espace public, dans la rue, dans un bar,
soyez attentif.ve à son comportement, respectez son choix et n’insistez pas !