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le harcèlement de rue

Mademoiselle ! Oh réponds salope !

Vous avez déjà entendu ça, n’est-ce pas ?

le harcèlement de rue

Qu'est-ce que c'est ?

Le harcèlement de rue, ce sont les comportements adressés aux personnes dans les espaces publics et semi-publics, visant à les interpeler verbalement ou non, leur envoyant des messages intimidants, insistants, irrespectueux, humiliants, menaçants, insultants en raison de leur genre, de leur orientation sexuelle, de leur couleur de peau, de leur situation de handicap…

Vous savez, les sifflements, les commentaires, les interpellations ou insultes, voire les attouchements… Ces comportements, qui touchent principalement les femmes, se déroulent dans la rue, les bars, les transports et les espaces publics.

Leur caractère répétitif et violent génère un environnement hostile envers les personnes concernées et porte une atteinte inacceptable à leur dignité et à leur liberté. Ce n’est pas de l’humour, ce ne sont pas des compliments, et ce n’est certainement pas de la drague ! Nombre de femmes apprennent à baisser la tête, ne pas répondre, changer de trottoir… Elles tentent d’éviter ces réactions anxiogènes en cessant de sourire en public, en s’habillant différemment, en ne prenant plus les transports en commun de nuit. Bref, elles se sentent moins en sécurité, moins autonomes. Par crainte, elles deviennent moins ouvertes aux vraies rencontres, moins enclines à aller draguer ou à se laisser draguer. Et c’est bien dommage.

La drague et le harcèlement de rue ne sont pas la même chose et il est anormal de les confondre. La drague se construit à deux, là où le harcèlement est la responsabilité d’un individu qui ignore volontairement l’absence de consentement de son interlocuteur.

Non, nous ne sommes pas contre la drague lorsque celle-ci est respectueuse. Draguer n’est pas un délit et c’est d’ailleurs le plus souvent flatteur. Il n’y a pas de mal à trouver une personne séduisante et à le lui faire savoir, mais uniquement si c’est fait avec respect et bienveillance.

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La drague est une main tendue, le harcèlement est une main qui s’abat.

le harcèlement de rue

Que dit la loi ?

Le choix d’une nouvelle infraction

Au début du collectif, l’enjeu majeur était d’interpeller les pouvoirs publics sur cette violence ordinaire dans la rue et les transports. Les premières actions ont permis des rencontres avec des élus.

En 2014, Pascale Boistard, ministre des Affaires Sociales sous le gouvernement Sarkozy, jugeait inutile de créer une infraction d’harcèlement de rue et qu’il fallait s(atteler à faire appliquer le droit existant.

En 2017, Marlène Schiappa, secrétaire d’état à l’égalité femme-homme sous le gouvernement Macron, considérait nécessaire une définition légale spécifique.
Nous avons été auditionné·es à l’occasion du travail sur la Loi du 8 août 2018 renforçant la lutte contre les violences sexistes et sexuelles par les commissions des lois à l’Assemblée Nationale et au Sénat.

Notre point de vue sur la pénalisation du harcèlement de rue a toujours été que si ces agissements sont (symboliquement) reconnus comme nuisibles par le droit pénal, la répression ne suffira jamais à elle seule pour faire reculer le harcèlement de rue.

L'outrage sexiste

La loi votée crée donc une nouvelle infraction, outrage sexiste, qui constitue le fait “d’imposer à une personne tout propos ou comportement à connotation sexuelle ou sexiste qui soit porte atteinte à sa dignité en raison de son caractère dégradant ou humiliant, soit crée à son encontre une situation intimidante, hostile ou offensante”.

C’est une contravention de 4ème classe punit d’une amende de 750 euros à 1500 euros en cas de circonstances aggravantes (abus d’autorité, sur mineur de 15 ans, vulnérabilité, en réunion, dans un transport collectif, en raison de l’orientation sexuelle). Une peine complémentaire de stage de lutte contre le sexisme et de sensibilisation à l’égalité entre les femmes et les hommes peut être ordonnée par le juge.

Si des agent·e·s de police ou de la gendarmerie sont témoins des faits, ils pourront constater l’infraction en flagrant délit et ainsi directement contraventionner l’auteur. À défaut, il est toujours possible de déposer plainte dans le commissariat ou la gendarmerie de son choix ou par une plainte au Procureur.e de la République territorialement compétent.

Les agents n’ont pas le droit de refuser une plainte (art 15-3 du Code de procédure pénale). Toutes les preuves sont admissibles et seront examinées par la justice (témoignages, enregistrements audio/vidéo même à l’insu de l’auteur).

Le bilan

Le bilan de cette nouvelle infraction n’est pas vraiment concluant. Depuis son entrée en vigueur, un peu plus de 1300 amendes délivrées pour outrage sexiste. Or on ne sait pas parmi ce chiffre quelle est la part d’amende forfaitaire et celle issues d’une procédure engagée par la plainte d’une victime. Il est aussi à craindre que certaines amendes ont été qualifiées d’outrage sexiste alors qu’il s’agirait d’une infraction sexiste et sexuelle de catégorie plus grave.


Le continuum de violence

Il est important d’envisager l’outrage sexiste comme inscrit dans un continuum de violences sexistes et sexuelles schématisé par une pyramide.

Au socle de cette pyramide, il y a un sexisme intériorisé qui justifie les inégalités de genre et banalise les violences. C’est en travaillant sur les violences les plus quotidiennes et de plus faible gravité qu’on peut faire reculer les crimes les plus graves. 

le harcèlement de rue

Comment lutter ?

Si vous aussi, vous souhaitez vous investir pour lutter contre le harcèlement de rue, voici 5 conseils que vous pouvez suivre :

1. Renseignez-vous sur ce phénomène

Vous n’avez peut-être pas été victime mais il est important de savoir de quoi il s’agit. Ignorer ce phénomène, c’est oublier que dans votre entourage, certaines personnes l’ont subi et continueront peut-être à le subir. Lisez les témoignages de victimes, les enquêtes qui ont été menées, les textes de loi… Ce phénomène nous concerne tous et chacun·e peut, à son niveau, contribuer à y mettre fin.

2. Commencez parécouter les concerné.es

Lorsqu’une personne vous fait part de son expérience en tant que victime, ne jugez pas et ne décrédibilisez pas son témoignage. Il est important d'apprendre à se taire, afin de lui laisser un espace de parole. Savoir rester à sa place c'est donner à la victime un temps d'écoute qu'elle ne trouve pas forcement ailleurs. Pour être un bon allié, votre rôle est d'écouter, de soutenir, et de croire.

3. Questionnez votre propre comportement

Peut-être un jour avez-vous adopté un comportement de harcèlement : sifflement, klaxon, interpellations, remarque inappropriée à une personne que vous avez croisée dans la rue… Faites une rétrospective de vos attitudes et mesurez leur impact sur les personnes qui l’ont subi. Quelle a été leur réaction ? Pourquoi ai-je agi ainsi ?
Comment savoir si j'harcèle ?

4. Ne cautionnez pas et agissez

Lorsque vous êtes témoin de harcèlement, ne participez pas, ne riez pas, ne renchérissez pas, ne commentez pas. Cela signifierait donner raison aux personnes qui harcèlent et amplifier l’inconfort de la victime.Lorsqu’une personne vous fait part de son expérience, ne jugez pas et ne décrédibilisez pas son témoignage. Elle n'est pas forcément en mesure de répliquer ou de porter plainte et encore moins de relativiser. Montrez votre soutien, que vous ne cautionnez pas, proposez votre aide.
je suis témoin, que faire ?

5. Sensibilisez

Parlez du harcèlement de rue à votre entourage, notamment auprès des plus jeunes pour leur expliquer comment traiter les personnes, notamment les femmes, avec respect tout en tenant compte de leur consentement. C’est avant tout par l’éducation, la sensibilisation et la prévention que le harcèlement ne sera plus qu’un phénomène isolé.

6. Participez

Si vous en avez le temps, et surtout l'envie, vous pouvez nous rejoindre pour participer ponctuellement aux événements annuels ! Sans aucun engagement et en fonction du temps que vous avez, venez vous battre à nos côtés pour lutter contre le sexisme et les inégalités.

Le nombre fait la force !
Des questions ?

Des réponses

La drague et le harcèlement de rue ne sont pas la même chose et il est anormal de les confondre. La drague se construit à deux, là où le harcèlement est la responsabilité d’une personne qui ignore volontairement l’absence de consentement de son interlocuteur·trice. La drague est une main tendue, le harcèlement est une main qui s’abat. Une personne qui apprécie la conversation la continuera, se prêtera au jeu. Une personne qui n’a pas envie de discuter ne répondra pas, ou par onomatopées, ou montrera des signes extérieurs de gêne. La plupart d’entre nous est capable de comprendre ces messages et il ne tient qu’à nous de respecter le choix de la personne que nous avons abordée.

La liberté d’aller et venir est un droit essentiel. Le harcèlement est un obstacle à l’exercice de cette liberté et au partage de l’espace public. Il incite les personnes concernées à abandonner certaines sorties, à ne se déplacer qu’accompagnées… Pour prendre un exemple, 100% des femmes ont déjà été harcelées dans les transports en commun d’après le Haut Conseil à l’Egalité entre les Femmes et les Hommes. Un problème aussi massif cesse-t-il d’être prioritaire dès lors qu’il ne concerne pas la bonne moitié de la population ?

Il y a des harceleurs de toutes les catégories sociales, dans les quartiers chics comme dans les espaces ruraux ou les banlieues, et il y en a de toutes les origines. Harceler n’est donc pas spécifique à une culture populaire, ou franco-française, ou à celle d’une autre communauté. C’est précisément grâce au sentiment d’impunité que le “laissez-faire” a pu engendrer que le harcèlement de rue est aussi prépondérant dans nos vies. Notre société n’hésite pas à condamner très fermement les crimes et délits contre la propriété tels que le vol. L’importance du droit de propriété est inculquée dès le plus jeune âge ; il paraît évident qu’une société qui dénigrerait le droit de propriété et n’en ferait pas l’une de ses valeurs principales verrait ses statistiques de vol crever le plafond. Il est permis de penser que l’éducation au consentement permettrait d’éradiquer une grande partie des agissements contre lesquels nous luttons.


Comment savoir si j'harcèle ?

Si vous abordez une personne dans un espace public, dans la rue, dans un bar,
soyez attentif.ve à son comportement, respectez son choix et n’insistez pas !